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Le Royaume des chats : Analyse

Le Royaume des chats est une sorte d'ovni dans la production du studio Ghibli, comme a pu l'être, dans un tout autre style, le téléfilm Tu peux entendre la mer. Cette œuvre est la première réalisation de Hiroyuki Morita et montre la volonté de Ghibli de parier sur la prochaine génération d'animateurs et de réalisateurs travaillant au studio. Cette relève ne se substituera évidemment pas à Isao Takahata et à Hayao Miyazaki, tous deux étant uniques et irremplaçables. Pourtant, après le triomphe du Voyage de Chihiro, tout le monde attendait la succession avec impatience. Le choix de Morita a alors été net et perspicace. En ne jouant pas dans la même cour que ses deux mentors, le réalisateur a fait de son film une œuvre qui évite la comparaison facile. Comme l'héroïne du film, Morita a compris qu'il devait être lui-même.

Un hommage à l'animation américaine ?

Beaucoup de critiques avaient vu dans le Voyage de Chihiro une référence certaine aux œuvres phares de l'écrivain anglais Lewis Caroll, Alice au Pays des Merveilles et De l'autre côté du miroir. L'histoire d'une petite fille en quête d'identité dans un pays à la fois étrange et merveilleux. Hayao Miyazaki s'est pourtant toujours défendu d'une inspiration directe des deux ouvrages et ne voyait au mieux qu'une influence inconsciente. En revanche, la comparaison paraît particulièrement pertinente si l'on compare Le Royaume des chats et l'œuvre de Caroll, ou tout du moins, l'adaptation fort réussie de Disney.

Ainsi, comme Alice, Haru est une petite fille tête-en-l'air, peu attentive aux cours et, surtout une douce rêveuse. Elle pénètre dans un monde étrange grâce à un tiers personnage, ici le roi qui désire voir la jeune fille à ses côtés, ce qui évoque évidemment le monde d'Alice. La tyrannique reine de cœur est remplacé par l'inquiétant roi des chats. Comme son illustre « ancêtre », il prend un malin plaisir à humilier ses proches, à se faire obéir sans condition et à faire tuer le moindre courtisan lui déplaisant. La vie semble être pour lui une grande partie de cricket, s'amusant de la fuite de Haru et du Baron à l'idée de devoir les pourchasser, faisant sauter sans remords une immense tour sans en mesurer les risques... Bref l'archétype même du roi tyrannique et sans morale, très loin de l'univers de Miyazaki et de Takahata et en revanche, bien plus proche de l'adaptation d'Alice au Pays des Merveilles par Disney.

Plus généralement, comme dans les Disney, la longueur du film est un de ses principaux atouts : on n'a pas le temps de s'ennuyer, les péripéties se succédant à un rythme soutenu. Aucun moment contemplatif, comme chez Miyazaki ou Takahata, n'est réellement mis en place. Hiroyuki Morita opte également parfois pour une mise en scène assez conventionnelle pour un dessin animé, fort éloignée de la production habituelle d'un Ghibli, qui s'inspire plus des films en prise de vue réelle. Ainsi lorsque le roi, lors d'un banquet, décide de jeter toute personne qui ne l'amusera pas par la fenêtre on pense immédiatement au ressort classique des films d'animation américains ou aux cartoons, le dernier en date étant Kuzco, l'empereur mégalo. Morita prend un parti pris résolument comique avec ce running gag, dans lequel le spectateur ne voit aucune violence directe et encore moins la mort de la pauvre victime, mais un vol plané risible et drolatique.

Morita semble également volontairement choisir la voie de la caricature quant aux caractères de ses personnages. Muta symbolise le personnage renfrogné, mais toujours sarcastique et courageux, le Baron incarne le parfait gentleman, presque insipide par sa perfection, le valet du roi est forcément obséquieux et la jeune Neige est un modèle de gentillesse et de bonté. Peu de nuances donc dans ses personnages, ce que l'on peut parfois regretter pour un Ghibli, mais qui place cette œuvre dans une grande tradition d'animation « à la Disney ».

Une réalisation trop timide ?

Il faut reconnaître que le film de Hiroyuki Morita ne peut complètement combler les attentes d'un fan du studio Ghibli, s'attendant à une suite de Si tu tends l'oreille. Le character design des personnages, assez shôjo manga, peut par exemple choquer le spectateur, de même que l'apparent manque de volume dû à un travail d'ombrage réduit au minimum.

De plus, ce qui s'apparente par sa longueur à un moyen métrage n'a pas (encore) l'ambition artistique et thématique d'un Miyazaki ou d'un Takahata. Du Royaume de chats ne ressort pas de thématique forte si ce n'est celle, banale, de la quête d'identité chez une adolescente. Dans un même temps, malgré un scénario dense et riche, la durée inhabituellement courte du film ne permet pas à Morita de laisser place à des scènes contemplatives ou de développer les personnages secondaires. On regrette notamment de ne pas en savoir plus sur le Baron et Muta ou encore sur la vie dans le Royaume des chats.

La mise en scène est une des faiblesse du film. Classique, elle ne prend par exemple pas la peine de préparer le spectateur à l'apparition du merveilleux, comme l'a si bien fait Hayao Miyazaki dans Mon voisin Totoro. En quelques minutes, Haru est propulsée dans le Royaume des chats et en ressort tout aussi rapidement, ce qui frustre un peu le spectateur.

A vouloir réaliser un film léger et sans prétention, Morita s'est révélé trop souvent timoré dans ses choix de mise en scène, comme s'il avait eu peur de trop en faire. Le film laisse l'impression que, s'il est resté lui-même, Morita n'est pas encore parvenu à se libérer et s'affirmer complètement.

Des scènes abouties

De nombreuses critiques ont vu dans le film de Hiroyuki Morita une œuvre imparfaite, voire incomplète ; une première œuvre sympathique, mais peu inspirée pour un film issu du studio Ghibli. Si l'on peut regretter la durée moyenne du film, force est pourtant de constater que Morita a réalisé des scènes d'une beauté rare pour une production animée.

Ainsi, le défilé des chats, en plein milieu de la nuit, est une des scènes fortes de ce film et montre la maîtrise scénique du jeune réalisateur. La musique étrange qui perce l'obscurité et les lumières dansantes et lointaines intriguent immédiatement le spectateur et le plonge dans une contemplation muette de la scène qui se déroule sous ses yeux. La bonne idée de Morita est alors de représenter un défilé royal japonais tout à fait traditionnel mais où des chats prennent la place des humains. On reconnaît et identifie donc immédiatement la scène, avec des serviteurs, des courtisans, un sage conseiller, le valet et l'empereur, mais on s'émerveille et l'on s'amuse de cette transposition dans le monde animalier. La touche d'humour de cette scène est bien évidemment la protection du roi par des chats dont la robe évoque des costards de gardes du corps. Ce court instant plonge le spectateur dans le même état d'hébètement que Haru, sans toutefois le dépayser complètement, ce qui est un équilibre difficile à atteindre pour un metteur en scène.

Une autre scène remarquable est bien évidemment la chute dans les airs de Haru, du Baron et de Muta dans les airs. On assiste ici à une scène qui peut largement être comparée aux scènes de vol les plus réussies de Hayao Miyazaki. La presque absence de musique et le son du vent qui fouette les visages et les vêtements, cette impression à la fois de chute et d'apesanteur est un véritable moment de magie. Comme Haru, le spectateur ressent tout d'abord une impression d'angoisse devant tant de vide et de vitesse. Puis peu à peu, comme elle, il se laisse envahir par une sorte de sérénité devant la beauté du paysage qui s'offre à nos yeux. Ce changement de rythme dans la chute ne provoque donc aucune peur réelle, on reste dans ce monde fantastique où tout est possible. Le spectateur n'est donc pas étonné qu'une nuée de corbeaux arrive à la rescousse de nos héros et forme un gigantesque escalier qu'Haru descend sans aucun problème. Morita maîtrise de bout en bout cette scène et l'on ne peut qu'être admiratif devant une telle réussite.

Au final, Le Royaume des chats est un film qui ouvre peut-être une nouvelle ère au studio Ghibli. Les qualités certaines de ce premier joli long métrage et le succès remporté au Japon laissent présager une suite de carrière prometteuse. Tout en réalisant un film radicalement différent des précédentes productions, Hiroyuki Morita a su préserver les captivantes scènes d'actions et l'humanisme touchant qui caractérisent les films du studio. Cette aventure féerique n'est peut-être pas aussi ambitieuse, inspirée et profonde que Le Voyage de Chihiro, mais elle ravira petits et grands. N'est-ce pas ce qu'on attend d'un excellent divertissement ?


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