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Le Royaume des chats : Création du film

Le projet

En 1999, un parc de loisirs demande au studio Ghibli de réaliser un film de 20 minutes autour d'un thème : les chats. Hayao Miyazaki est très vite intéressé par le projet et impose une condition, celle de reprendre des personnages de Si tu tends l'oreille, comme Muta et le Baron. Cette nouvelle aventure pour le réalisateur correspond à son désir de créer un nouveau film d'aventures fantastiques, après l'immense succès national et international du Voyage de Chihiro. Il souhaite un film dans la veine de Si tu tends l'oreille, le long métrage d'animation du regretté Yoshifumi Kondô qui connut un grand succès en 1995. Il demande donc à l'auteur du manga ayant inspiré ce film, Aoi Hiiragi, d'écrire une nouvelle histoire servant de base à un projet de court métrage.

En reprenant des éléments de Si tu tends l'oreille - le Baron, Muta, et le Bureau de la Terre - Aoi Hiiragi crée une nouvelle bande dessinée intitulée Le chat Baron. Ce manga étant pour ainsi dire une œuvre de commande, il n'a pas été édité sous le label Shûeisha, comme ce fut le cas pour Si tu tends l'oreille, mais sous celui de Tokuma Publishing (dont le studio Ghibli est une filiale) par le biais d'Animage Comics Special intitulé : Baron - Neko no Danshaku et daté de mai 2002. Malheureusement l'histoire qu'elle a développée est beaucoup plus longue que ce qui est prévu à l'origine. De plus, le parc de loisirs ayant passé la commande retire sa demande suite à des problèmes économiques. Cependant, le projet ayant été adopté, le studio confirme le choix d'adapter l'œuvre d'Hiiragi pour un moyen métrage de 45 minutes en vue d'une sortie vidéo, voulant éviter une trop grande pression sur les épaules du futur réalisateur du Royaume des chats.

En effet, Miyazaki monte le projet avec pour objectif de donner une chance à de jeunes cinéastes. Il a déjà mis en place des cours de mise en scène au sein du Studio pour trouver un successeur, mais aucun talent n'émerge dans l'immédiat. Isao Takahata se souvient alors du jeune Hiroyuki Morita, un jeune collaborateur du studio Ghibli. Il avait remarqué chez lui une grande sensibilité lorsqu'il s'était chargé des dessins clés de Mes voisins les Yamada et de La grande excursion de Koro, projeté au musée Ghibli. Morita, conscient de l'incroyable opportunité qui s'offrait à lui, a accepté de réaliser son premier film.

La production

Hiroyuki Morita se lance alors dans la réalisation d'un long story-board, reprenant toute la bande dessinée de Aoi Hiiragi. Au final, au bout de six mois de dur labeur, il dessine plus de 525 pages, insufflant la vie à ses personnages de papier. Lorsqu'il découvre ces croquis, Toshio Suzuki est très impressionné et décide alors de transformer le moyen en long métrage, afin que Morita puisse réaliser une œuvre d'ampleur. A la tête d'une équipe de 387 personnes, le jeune réalisateur prend alors conscience qu'il représente un « label » et que reposent sur lui de lourdes responsabilités.

Avec les premières difficultés, il a d'abord regretté son choix, pensant qu'il n'était pas à la hauteur. Il a en particulier mis du temps à saisir l'esprit du shôjo (bande dessinée pour filles) et ce n'est qu'après de nombreuses erreurs et tâtonnements et le soutien sans faille de son équipe, que l'adaptation a pris forme.

Le Royaume des chats étant plutôt court (à peine 75 minutes) et n'ayant pas l'ambition des précédents films du studio, il a été proposé dans les salles avec le court métrage Ghiblies - Episode 2, composé de six sketchs qui mettent en scène des employés du studio Ghibli dans des situations qui mêlent humour et sensibilité. Surfant sur le succès de Chihiro, la promotion du Royaume des chats a été plutôt conséquente avec plusieurs sponsors et le lot de produits dérivés habituels. Le film a été le grand succès familial de l'été 2002 au Japon accumulant 50 millions de dollars au Box-office

 

La promotion du film et quelques produits dérivés.

La France a une fois de plus été privilégiée, puisque c'est le premier pays hors Asie qui bénéficiera d'une sortie du film en salles le 30 juillet 2003, malheureusement sans Ghiblies - Episode 2, les droits n'ayant pas pu être obtenus auprès du studio Ghibli.

Le doublage français a été réalisé chez Dubbing Brothers, sous la direction de Matthias Koslowski qui avait assuré celui du Voyage de Chihiro et du Château dans le ciel. De nombreuses voix ont été envoyées au responsable de la promotion à l'international du studio Ghibli, Stephen Alpert, qui a fait la sélection : Emilie Rault (Haru), Patrick Borg (Baron), Michel Barbey (Le roi) et Jean-Claude Sachot (Muta). Le doublage, sur certains points supérieur même à l'original, a beaucoup plu à Ghibli qui a félicité Koslowski pour le travail accompli. Au final, bien que le film soit sorti en pleines vacances scolaires, il a pourtant su attirer presque un demi-million de spectateurs, chiffre tout à fait honorable et respectable.

Art et technique

Character design et animation

Le character design du film est très fidèle à celui du manga. Les différences se situent plutôt sur le plan de la scénarisation et de la trame. La seule différence majeure se trouve dans le fait que le rapport mystérieux entre Haru et Neige est explicitement révélé dès la rencontre entre les deux personnages dans la version papier.

 

Le manga original, au design plus shôjo que le film.

Les personnages secondaires sont aussi davantage traités en profondeur dans le manga, alors que dans le film ils sont simplement esquissés. Ce parti pris est un peu dommage car ces protagonistes ont un rôle important vers la fin de l'histoire. Enfin les origines de Muta ne sont révélées que dans la version animée.

La touche graphique et le character design des personnages, confiés à l'animatrice de renom Satoko Morikawa, est fidèle à l'œuvre originale (seul le côté shôjo manga a été laissé de côté). On n'atteint pas le niveau de détail et de complexité auquel le studio Ghibli nous avait habitués. Certains évoqueront un style plus dépouillé voire épuré. D'autres y verront plutôt une certaine pauvreté, notamment dans le travail d'ombrage réduit au minimum, mais cette économie a sans doute contribué à une animation irréprochable dans l'ensemble. Le film est resté relativement fidèle au character design des personnages déjà présents dans Si tu tends l'oreille, tout en les caractérisant plus, en leur donnant une véritable personnalité à travers leur physique. Ainsi, les animateurs prendront comme modèle de Muta, Ushiko, une chatte errante qui déambule régulièrement avec nonchalance dans le studio.

  

Le personnage du Baron dans Si tu tends l'oreille et dans Le Royaume des chats.

Les décors

Aux décors, on retrouve Naoya Tanaka qui avait déjà travaillé sur ceux de Princesse Mononoke et de Mes Voisins les Yamada. L'histoire étant plus intimiste et légère que les autres films du studio Ghibli, il préfère à des décors imposants des arrière-plans plus légers qui respirent la gaieté.

La principale difficulté a porté sur les décors du monde extrêmement fermé du Royaume des chats. Pour l'ensemble des décors, mais plus particulièrement pour la scène où Haru poursuit Muta dans des ruelles alambiquées, Tanaka s'est fondé sur des photos, et a cherché à recréer exactement certains détails réels. L'image d'ensemble se fonde sur « l'impression de lumière débordante » imaginée par l'auteur de l'œuvre originale. Les arrière-plans du monde réel sont sensiblement plus classiques mais ce qui caractérise les décors de ce film, plus encore que la différenciation des divers mondes, c'est l'emploi de la lumière. La grande majorité les scènes donnent une impression de gaieté et de clarté sans contraste excessif, à l'exception de la scène spectaculaire où apparaît le Baron, que Tanaka a voulu impressionnante.

 

Pour le monde réel (au présent à gauche et dans une séquence de souvenir à droite),
Naoya Tanaka s'est inspiré d'une ville et d'un quartier résidentiel moyens.

Pour le Bureau des chats, toutes sortes d'éléments européens ont été insérées.
Le style, mais surtout les disproportions entre certains meubles ou objets,
donnent l'impression d'une maison de poupée.

Pour le Royaume des chats, Naoya Tanaka a figuré un monde joyeux et clair,
donnant une impression proche de l'illusion ou du mirage.

Le doublage

L'ensemble de l'enregistrement des voix a été réalisé par Kazuhiro Hayashi, qui a travaillé sur Princesse Mononoke et Le voyage de Chihiro. Concernant le choix des doubleurs, dans la version originale, le studio Ghibli a fait appel à certains des plus célèbres acteurs japonais. L'héroïne, Haru, est doublée par Chizuru Ikewaki. Elle lui donne vie fidèlement et magnifiquement, s'amusant véritablement lors de l'enregistrement à donner vie aux nombreuses exclamations de Haru.

Yoshihiko Hakamada incarne, pour sa part, l'altier chat Baron. La mère de Haru est doublée par Kumiko Okae. Le roi des chats, par le grand acteur Tetsurô Tanba dont la présence particulière donne au film toute sa profondeur. Aki Maeda (Neige), Takayuki Yamada (le prince Loon) et Hitomi Satô (Hiromi) incarnent les personnages qui font le charme du Royaume des chats.

Les animateurs du studio Ghibli s'amuseront même à tous défiler dans le studio d'enregistrement afin de « miauler » et de prêter donc leur voix à un des multiples personnages félins du film, ils s'amuseront également à applaudir « en sourdine » afin d'imiter les applaudissements feutrés de chats ! En tout, Le Royaume des chats comprend plus de 900 dialogues enregistrés !

La musique

Puisque l'histoire est sensée évoluer dans le même univers que celui de Si tu tends l'oreille, c'est tout naturellement que la bande originale du film a été confiée au compositeur du film de Yoshifumi Kondô, Yûji Nomi. D'ailleurs, voulant créer une véritable connexion musicale entre les deux films, Nomi a glissé un clin d'œil à sa précédente composition au moment du départ de Baron à la fin du film. C'est sa troisième collaboration avec le studio Ghibli, car il a aussi écrit la musique des courts métrages du musée Ghibli La chasse à la baleine et La grande excursion de Koro.

Pour la musique du Royaume des chats, Nomi a choisi un style d'un grand classicisme et livre une partition exclusivement symphonique, structurée par de grands thèmes éparpillés d'un bout à l'autre du film. Pour réaliser cette musique, Nomi choisira par ailleurs d'enregistrer avec l'orchestre philharmonique de Tôkyô dans le Orchestral Tokyo Opera City Concert Hall. Pour la scène de la marche des chats, Nomi écrit un air inspiré d'une musique traditionnelle nippone, le Gagaku. Mais pour donner de l'ampleur à cette partition, il remplace l'instrument habituel, le shô, d'une cinquantaine de centimètres, par un orgue d'une dizaine de mètres. La musique se teinte alors d'une note mystérieuse et envoûtante.

Chaque thème traduit l'état d'esprit des protagonistes et révèle aussi leur véritable nature. Ainsi le thème du roi des chats, inspiré de Roméo et Juliette de Sergueï Prokofiev, est légèrement inquiétant, afin de dénoncer sa cruauté, alors que celui du Baron est grandiloquent, en accord avec le style plein de panache du héros. Outre la caractérisation des personnages, le parti pris pour cette bande originale semble avoir été de souligner pas à pas l'action sur l'écran, comme dans les dessins animés occidentaux.

Le thème principal

C'est en parlant avec ses collaborateurs que le réalisateur Hiroyuki Morita a choisi de confier le thème du film à Ayano Tsuji. Le style original de cette artiste auteur, compositeur, interprète qui s'accompagne à l'ukulélé est très populaire au Japon.

Pour arriver à ce choix, Morita a choisi en effet de rencontrer les membres des différents départements et de discuter beaucoup avec les techniciens de l'animation et des décors. Au fil de la conversation, ils en vinrent à parler de leurs chansons préférées. Le nom d'Ayano Tsuji revenait beaucoup. Curieux, le réalisateur se mit à écouter ses disques. Il apprécia beaucoup la musique dépouillée et réconfortante de l'ukulélé, ainsi que les paroles réalistes et simples des chansons, qu'il écoutait en dessinant le story-board ou en vérifiant les dessins. Il pensa naturellement à elle pour le thème principal du film.

Le thème principal chantée par Tsuji s'intitule donc Kaze ni Naru (Devenir le vent). Hiroyuki Morita ne voulait pas de ballade, mais une chanson rythmée, puisée dans l'univers de Tsuji. De sa voix douce, elle exprime les sentiments de Haru arrivant au Royaume des chats.


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