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Interviews sur le royaume des chats

       

Interviews et portraits extraits du dossier de presse GBVI.

Entretien avec Hiroyiku Morita, réalisateur du film

A propos de Hiroyuki Morita

Hiroyuki Morita est né en 1964 à Fukuoka. Après avoir obtenu un diplôme universitaire, il s'installe à Tokyo pour devenir animateur. Il entre dans une société de production de films d'animation, Shaft, et fait ses débuts d'animateur avec Hi atari ryôkô ! - Sous le soleil !. Puis, il devient free-lance et participe à la réalisation des dessins intermédiaires d'Akira et de La petite sorcière (Majo no takkyûbin). Il fait ses premiers dessins clés dans Lupin sansei : Bye bye liberty / Kiki ippatsu - Lupin 3 : Adieu, liberté / L'échappée belle. Il travaille ensuite à la réalisation des dessins clés de nombreux dessins animés, Ninja ryûkenden - Les guerriers de l'ombre, Tobe ! Kujira no pîku - Saute ! Peek la baleine, Hajire Merosu - Cours, Melos, Jojo no kimyôna bôken - L'Etrange aventure de Jojo, Memories - Kanojo no omoide… - Memories, Perfect Blue, entre autres.

Il fait ses débuts de metteur en scène avec Golden Boy. Puis il entre au Studio Ghibli pour participer à la réalisation des dessins clés de Mes voisins les Yamada (Hôhokekyo - Tonari no Yamada kun). Après avoir signé les dessins clés d'un dessin animé destiné au Musée Ghibli, La grande ballade de Koro (Koro no daisanpo), il réalise ici son premier film d'animation pour le cinéma. Il a été choisi par Hayao Miyazaki, à l'origine de ce projet.
 

Que Hayao Miyazaki vous confie la réalisation de ce film semble être une formidable opportunité ?

Eh bien… J'avais souvent dit à mon entourage que je souhaitais passer à la mise en scène, et je pense que ça a dû venir aux oreilles de M. Miyazaki... Il était en train de mettre ce projet sur pied avec Aoi Hiiragi, et il m'a presque forcé à en accepter la réalisation ! Il m'a dit que je n'avais pas le choix, qu'il leur fallait un réalisateur pour avancer. Je ne connaissais pas encore l'histoire, et ça m'inquiétait. Mais je me suis dit qu'ayant envie de faire de la mise en scène, je n'avais pas le droit de refuser une telle chance !

Comment avez-vous abordé le projet ?

J'avais surtout très peur de ne pas bien adapter au cinéma l'œuvre originale d'Aoi Hiiragi. Au début, j'ai beaucoup douté. J'ai même pensé faire quelque chose de complètement différent. Accumulant les essais et les erreurs, je me suis aperçu que ces tâtonnements venaient du fait que je ne comprenais pas les bandes dessinées pour filles. Or, je devais faire un film semblable à ces bandes dessinées…

Qu'entendez-vous par "bandes dessinées pour filles" ?

Les bandes dessinées pour filles se concentrent sur les sentiments, les désirs des filles. Mais c'est imperceptible. Ça reste vague. En traitant ce genre de sujet, on a forcément du mal à rester objectif. Mais j'ai arrêté de douter et j'ai décidé de raisonner en sens inverse. Si cette histoire doit être adaptée au cinéma, quel genre de fille sera Haru ? Comment sera le Bureau des Chats ? Le Baron ? Et Mouta ?

Comment avez-vous imaginé l'héroïne, Haru ?

Ce qui m'a d'abord marqué, c'est sa phrase : " Après tout, le Royaume des Chats n'est peut-être pas si mal… " Il est simple de démontrer que notre monde n'est ni aussi éclatant, ni aussi magnifique que celui dépeint dans les bandes dessinées pour filles. Il existe en effet beaucoup de choses sales, ignobles. Mais ce genre de discours ne concerne pas les fans des bandes dessinées d'Aoi Hiiragi. En fait, j'ai demandé aux femmes du Studio Ghibli de me parler des charmes des bandes dessinées pour filles et petit à petit, j'ai commencé à comprendre.

Il faut avoir de l'imagination pour trouver notre monde beau. Et à plus forte raison, le Royaume des Chats. Mais Haru pense que ce n'est peut-être pas si mal. Elle dit même : " C'est peut-être le paradis ". Haru est dans un tel état d'esprit qu'elle ne peut s'empêcher de raisonner ainsi. Je me suis dit qu'il était puéril de trouver ça ridicule. Mais ce qui est amusant, c'est que Haru sait pertinemment que cette idée est stupide, alors elle reste vague : elle dit que ce n'est " peut-être pas si mal "…

C'est son expression favorite.

J'ai trouvé ça mignon. J'aime ce genre de fille, ouverte, naturelle, gaie et sensible. Mais certains la trouveront peut-être indécise et stupide.

Mais c'est ce qui fait tout l'intérêt du film…

Oui, parce que c'est un film de divertissement. Je trouve ça beau, les gens qui doutent et ne trouvent pas d'issue. Parce que si dans ce monde, on n'a pas d'absolu, il est tout à fait juste d'adopter ce genre d'attitude. Tout le monde est ainsi. On ne cesse de se battre.

Je fais partie de cette catégorie de gens et je m'accroche à mon statut de réalisateur. C'est peut-être ce qui explique mon attirance pour le personnage de Haru. Certains puisent leur bonheur dans la vie quotidienne et sont heureux, même s'ils n'ont ni chance particulière, ni rang social élevé, ni place honorable. Il s'agit par exemple des femmes au foyer qui élèvent leurs enfants (et peut-être des hommes au foyer aussi). J'ai beaucoup de respect pour eux parce que seules les personnes sensibles et cultivées peuvent apprécier ce genre d'existence. Haru deviendra une adulte de ce genre. En fait, en décrivant ses errances, j'ai pu comprendre mes propres doutes.

Vous avez beaucoup réfléchi en réalisant ce film.

Au début, j'avoue avoir parfois regretté d'en avoir accepté la réalisation. J'ai craint de ne pas être à la hauteur. Il s'agissait de mon premier film. Je trouvais cela prématuré. Mais mon équipe m'a aidé. Plus je me suis concentré sur ce film, plus j'ai eu confiance en ce projet, plus le soutien de mon entourage est devenu important. Le Royaume des chats s'est révélé comme un dessin animé traitant de la bonne volonté en général, et mes doutes se sont évanouis. Je suis persuadé que les spectateurs sentiront, à travers Haru, le Baron, Mouta et Toto, la bonne volonté, la conscience professionnelle de toute cette équipe.

       

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