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Interviews sur le royaume des chats (2)Entretien avec Aoi Hiiragi, auteur de l'oeuvre originale
Comment avez-vous envisagé de travailler à nouveau pour le cinéma ? Je pensais que la conférence de presse annonçant la production du film Si tu tends l'oreille serait ma dernière. J'étais loin d'imaginer qu'une autre de mes bandes dessinées allait être adaptée au cinéma par le Studio Ghibli. Connaissant le succès mondial rencontré par Le voyage de Chihiro, j'étais très inquiète : je me demandais si mon histoire allait convenir. Au début, lorsque Hayao Miyazaki, qui avait déjà adapté Si tu tends l'oreille au cinéma, m'a proposé ce travail, il voulait une histoire très courte qui donnerait un court métrage de 20 minutes, et qui en reprendrait certains éléments. Pour cette raison, j'avais accepté sans trop réfléchir. Mais au fur et à mesure que j'écrivais, l'histoire s'annonçait de plus en plus longue. Je me suis rendu compte que le film allait faire plus de 20 minutes, mais comme il s'agissait d'un travail de base, je me suis dit que les gens du Studio Ghibli allaient pouvoir couper ce qu'ils désiraient ! J'avais terminé mon manuscrit depuis plus de six mois, soulagée d'avoir pu accomplir ma mission, et je me demandais quand le film serait achevé lorsque, à la fin de l'année dernière, le producteur est venu à Hokkaidô, où j'habite. Il s'était déplacé de très loin et je l'ai accueilli angoissée, persuadée qu'il était venu m'annoncer l'annulation du projet. Or, il m'apportait l'affiche du film et venait me dire qu'il allait sortir en salles ! Je n'avais jamais imaginé ça et, dubitative, je lui ai demandé si mon histoire lui convenait vraiment… Je doutais encore ! Parlez-nous de votre héroïne, Haru. Que vouliez-vous transmettre à travers elle ?Lorsque l'on m'a proposé ce travail, j'ai pensé que l'on attendait de moi le genre de chose que je fais en tant que dessinatrice de bandes dessinées pour filles. Voilà pourquoi j'ai décidé que mon héroïne serait une lycéenne. A ce moment-là, je réfléchissais souvent à ce qu'est le bonheur pour un être humain, et je crois que cette question se retrouve dans mon histoire. Les bandes dessinées pour filles traitent souvent de l'amour. Pour une adolescente, le bonheur est d'aimer et d'être aimée en retour. Mais je pense qu'il y a beaucoup d'autres formes de bonheur. Même si, dans le quotidien, nous avons souvent l'impression de ne pas avoir de chance. Ce film est une histoire qui se déroule dans un monde imaginaire. Haru se rend au Royaume des Chats. Après son retour, elle rencontrera peut-être d'autres situations difficiles, mais son expérience lui permettra d'être moins malheureuse et d'avoir une vision plus ouverte. Voilà ce que j'avais en tête en écrivant cette histoire. Comment avez-vous procédé pour créer l'histoire ? Etant donné que l'on y retrouve le Baron, un jouet à l'apparence de chat, et Mouta, je ne pouvais qu'écrire un récit imaginaire. Pour un film d'animation, il faut un univers dans lequel les spectateurs entrent immédiatement. J'ai donc pensé que je devais avant tout créer des personnages qui toucheraient les gens, leur permettant ainsi de pénétrer dans ce monde. J'ai alors eu l'idée de l'héroïne, Haru. C'est une lycéenne ordinaire, comme il y en a partout. Il était important qu'elle soit ainsi, pour que les spectateurs soient captivés par l'histoire. Ensuite, j'ai créé le cadre de l'histoire, dont le noyau est l'étrange expérience vécue par Haru. Le charme des récits imaginaires réside dans leur vision du monde particulière et pleine d'originalité. J'aime l'imaginaire, et je lis souvent ce genre de livres. Mais lorsque j'ai dû écrire moi-même une telle histoire, je me suis demandée quelle vision du monde créer. C'est ainsi qu'est né le Royaume des Chats. J'en ai fait un monde dans lequel tout est possible, rien n'est vraiment important. Le personnage qui règne sur ce pays devait donc être un peu insolite. J'ai alors créé le Roi des Chats. La raison pour laquelle Haru se rend là-bas est cette " dette " un peu embarrassante qu'ont les chats envers elle. Voilà comment est née l'histoire. Afin de mettre en scène le Baron, j'ai imaginé une histoire écrite par Shizuku, l'héroïne de Si tu tends l'oreille, qui aurait grandi. Cette histoire terminée est maintenant publiée sous le titre " Le Chat Baron ". A l'occasion de cette publication, je voulais mettre : " Texte : Shizuku Tsukijima - Dessins : Aoi Hiiragi" ". Mais c'était une idée peu réaliste et je ne l'ai finalement pas fait. Maintenant que vous en connaissez la genèse, j'espère, en tant qu'auteur de l'œuvre originale, que vous prendrez plaisir à voir le dessin animé et à lire la bande dessinée. Et je serais heureuse que vous réfléchissiez à ce qu'est le bonheur en compagnie de Haru. © Buta Connection |