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Le Projet et la production de Panda petit panda

   

Le projet

C’est en 1972, au cours d’une soirée de discussion passionnée entre Isao Tahakata et Hayao Miyazaki que germe le projet de création originale de courts métrages pour le cinéma. Le concept de ce qui deviendra Panda Petit Panda est rédigé en quelques heures par Takahata. Mais il faut aux deux hommes, dans un premier temps, apprendre à être patients car la proposition est classée sans suite. Ils poursuivent donc leurs travaux d’appoint télévisés à A Pro en attendant de pouvoir s’atteler à un projet plus personnel.

Mais un coup de pouce providentiel accélère la production de ce projet : le 29 septembre 1972, deux pandas géants, KanKan (un male) et LanLan (une femelle), sont offerts au Japon comme représentants de l’amitié entre la Chine et le Japon, pour célébrer la réouverture des relations diplomatiques entre les deux pays. Quasiment inconnu des japonais jusqu’alors, le panda fait alors l’objet d’un véritable phénomène de mode dès leur première présentation publique, le 5 novembre 1972. A cette époque, une queue gigantesque se forme alors quotidiennement devant le pavillon du couple d’animaux au zoo d’Ueno, à Tôkyô.

Au sein d’A Pro, la production du projet précédemment ignoré est alors relancée en urgence. Des années plus tard, en repensant à la mise en route de ce projet, Hayao Miyazaki ironisera : « Nous avons écrit la note d’intention en une nuit et n’en avons plus entendu parler pendant quelques mois après l’avoir soumise. Quand j’ai entendu cette nouvelle à la radio que des pandas arrivaient en provenance de Chine, j’étais sûr qu’elle serait approuvée. Tout comme je l’espérais, le projet a été immédiatement mis en chantier. A cet égard, ce projet surfait sur la vague du boom des pandas. Personnellement, quand j’ai lu le texte de la note d’intention que Isao Takahata avait écrit à la va vite, j’ai senti mon cœur se gonfler d’espoir car c’était l’occasion pour moi de créer un monde merveilleux. L’excitation est restée intacte sans se dissiper, je n’avais aucun scrupule à exploiter le boom des pandas. »

La production

L’idée originale de Panda Petit Panda est donc créée conjointement par Isao Takahata et Hayao Miyazaki. Takahata prend en charge la réalisation et Miyazaki s'occupe du scénario, des recherches graphiques, du layout (composition des plans du film) et des poses-clés de l’animation. Yasuo Ôtsuka et Yôichi Kotabe prennent en main la direction de l’animation.

Kotabe se souvient que Miyazaki a achevé le scénario très rapidement, malgré son imagination débordante. Puis celui-ci et Parksan (surnom de Takahata) se sont enfermés dans un ryokan (auberge traditionnelle japonaise) dans le quartier de Kagurazaka à Tokyo pour dessiner tranquillement le story board du film. A cette période, Kotabe leur rend souvent visite.

  
Les  croquis préparatoires pour Fifi Brindacier signés Yôichi Kotabe, démontrent un véritable désir
de mettre en avant la vie quotidienne, à travers ses menues tâches et des activités courantes et anodines.


 
Panda Ko Panda semble tout à fait s'ancrer dans cet optique.

En effet, dans l’esprit de la petite équipe, l’enjeu du film est la description du quotidien le plus anodin: une toute jeune fille va devoir rester seule car sa grand-mère s’absente. Puis son quotidien va ensuite entrer en contact avec le fantastique et la magie, motifs qui deviendront, par la suite, la marque de fabrique de Miyazaki. Le film doit surtout s’adresser aux enfants. Takahata et Miyazaki ont eux même de jeunes enfants en âge d’aller au cinéma. Avec ces films, ils ont sans doute saisi l’occasion de s’adresser à eux.

« Panda Petit Panda est un film qui date d’une vingtaine d’année, se souvient Miyazaki, en 1994, mais pour nous (Isao Takahata, Yasuo Ôtsuka, Yôichi Kotabe, et moi-même) ce film reste très significatif. À l’époque, nous pensions que les enfants aimaient les films tape-à-l’œil, bruyants. Mais nous savions que les meilleurs moments d’amusement et d’exaltation sont ceux que l’on trouve dans les petits riens de la vie quotidienne. Nous avons donc fait Panda Petit Panda dans l’espoir que ce serait quelque chose que les enfants apprécieraient pleinement. »

Le premier film est produit en l’espace de deux mois et demi. Une partie du travail préliminaire de Fifi Brindacier est réutilisé dans les deux moyens métrages de Panda Petit Panda. Mais comme il l’explique un peu plus haut, Miyazaki est peut être celui qui voit en ce projet une liberté totale et le moyen de s’épanouir. Aussi jette-t-il encore sur le papier, en quantité, une multitude d’esquisses et de croquis préparatoires. Face au succès rencontré, un second film, doublé du sous-titre Le Cirque sous la pluie (Amefuri Saakasu no Maki) est produit dans la foulée du premier en à peine trois mois.

L’exploitation des films en salles

Les deux films seront projetés séparément dans le cadre d’un programme réunissant notamment des films de monstres sous l’intitulé commun Tôhô Champion Festival. Le premier film sort en salles le 17 décembre 1972, conjointement avec une ressortie d’un film de Godzilla datant de 1968, et renommé Gojira Dengeki Daisakusen (Godzilla, opération détruire tous les monstres), réalisé par Inoshiro (ou Ishirô) Honda. Le second sort en salles le 17 mars 1973 et est co-distribué avec Gojira tai Megaro (Godzilla contre Megalon) de Jun Fukuda.

Les deux films n'étant pas projetés ensemble, il y a une scène de redite au début du deuxième film, afin de resituer les personnages et leur univers aux spectateurs.

Le mariage de l'ordinaire et de l'extraordinaire voulu par l’équipe semble en tout cas avoir atteint le jeune public recherché puisque, des années plus tard, Hayao Miyazaki se souvient de l’expérience vécue à la sortie du premier film en salles: «Quand le film est sorti, je suis allé le voir au cinéma avec mon fils et ma nièce. Il était projeté avec un film de Godzilla et ce n’était donc pas très long. Mais les enfants qui étaient venus pour le voir l’ont énormément apprécié. À la fin ils ont même chanté ensemble sur la chanson thème. J’étais ravi. […] Je me souviens m’être senti très heureux à la vue de ces enfants. Et je crois que c’était en raison du soutien de ces enfants que j’ai décidé du genre de travail que je ferais ensuite. »

Yôichi Kotabe relate à peu près les mêmes propos et le même ressenti: « Quand le film est sorti, les enfants chantaient le générique de fin en formant un choeur dans les salles de cinéma et c’est ce qui m’a bouleversé le plus. C’est vraiment un moment heureux qui touche les dessinateurs. Récemment, nous avons eu une projection des films au musée Ghibli pour les enfants [NDR : certainement en 2008, pour la ressortie au Japon des films en DVD dans la collection de films édités par le musée]. Nous avons encore eu de bons retours et notamment quand Mimiko fait le poirier. »

 
Sur ces deux affiches, on peut lire les accroches suivantes: «Même si Mimiko est orpheline,
elle n’est pas triste parce qu’elle a trouvé un père et un petit frère sous la forme de deux pandas.»
Pour la seconde: «Au secours! Le cirque est inondé! Il faut sauver notre ami Tigry!»

Traduction : Yasuka Takeda

   

© Buta Connection