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Revue de presse de Pompoko

 

Le monde

Avec Walt Disney, Isao Takahata a ceci de commun qu'il ne dessine pas les films qu'il dirige. Mais, contrairement au fondateur de la multinationale qui porte son nom, le cinéaste japonais profite de cette position exceptionnelle dans le cinéma d'animation pour exercer sa liberté de créateur, plutôt que pour imposer des normes. C'est ainsi que, de film en film, Takahata change de style graphique, du réalisme déchirant du Tombeau des lucioles (1988) à la caricature stylisée de Mes voisins les Yamada (1999).

Entre ces deux films, il y a eu Pompoko, sorti en 1994 au Japon. Et, cette fois, Takahata passe de style en style le temps d'un seul film. Le sujet se prête à la mutation. Les héros de Pompoko sont des tanukis, petits prédateurs charognards des forêts japonaises qui ont fait l'objet de nombreuses légendes qui toutes leur prêtent le pouvoir de se transformer.

Le film s'ouvre sur un tableau paradisiaque de la vie dans le Japon rural, dans les collines de Tama, à quelque distance de Tokyo. Le style est alors celui du studio Ghibli, fondé par Miyazaki et Takahata, réaliste et magique. Mais dès qu'il s'agit d'approcher la vie cachée des tanukis, celle qui échappe à la perception des humains, les personnages changent d'apparence. Ils deviennent d'abord de gentilles créatures aux contours arrondis qui évoquent parfois les Bisounours de l'animation télévisée. Mais lorsque la furie ou la folie les prend, ils franchissent un degré dans la stylisation et ne sont plus que des silhouettes.

Or il y a bien des raisons pour que les tanukis succombent à leurs démons. Le film est situé dans les années 1960, au moment où la ville gagne sans cesse sur la campagne. L'habitat naturel des tanukis est menacé, il leur faut réagir. S'affrontent alors au sein de leur communauté les partisans de la ruse et ceux de la force, ceux qui veulent utiliser les pouvoirs magiques de transformation que la tradition leur a prêtés et ceux qui veulent imiter la brutalité des humains.

Takahata met en scène cette confrontation comme une épopée drolatique, peuplée de personnages vigoureux et imparfaits. Aux mutations des tanukis répondent de brusques changements de ton sans que jamais le film perde son fil : il est porté par une énergie, un amour de la vie qui évoquent le cinéma de Shoei Imamura, particulièrement Eijanaika, cette ode à la force vitale de la culture populaire japonaise menacée par l'industrialisation.

La gravité du propos et son ambition ne détournent pas pour autant Isao Takahata de sa tâche de conteur, et les plus jeunes spectateurs (qui sont souvent plus au fait du contexte japonais que leurs parents) trouveront aussi leur compte dans cette saga burlesque et revigorante.

Thomas Sotinel

Le quotidien du cinéma

Il y a quelques années, "Le Tombeau des Lucioles" illuminait les écrans de cinéma, et le monde découvrait l'animation japonaise du studio Ghibli et ses artistes. Aujourd'hui les sorties de ces derniers sont autant d'événements, "Princesse Mononoké", "Le Voyage de Chihiro" et autres "Château Ambulant" ont fait rêver des millions d'enfants et leurs parents, conquis par la fantaisie de ces animations. Aujourd'hui c'est Pompoko qui arrive sur les écrans, où l'histoire de ces Tanukis, petits canidés du Japon qui peuvent, selon la légende, modifier leur apparence et celles de leur environnement. Dans ce dessin animé les voilà prêt à se battre contre une urbanisation ultra rapide qui les prive de leur forêt, contre ces hommes qui leur volent leur habitat.

Un tantinet irrespectueux, parfois surprenant, Pompoko a le mérite d'être direct, de ne pas mâcher ses mots, il explique aux plus jeunes de façon simple l'urbanisation et ses conséquences sur l'environnement. C'est avec humour également qu'il nous montre ces animaux sympathiques et leurs tribulations, explique un combat pourtant perdu d'avance. Les « humains ont un karma épouvantable » c'est certain, et Pompoko l'explique à tous, avec des mots simples. Malheureusement il n'a pas le rythme des autres productions Ghibli, et s'essouffle assez vite, se perdant dans diverses tentatives des changeants animaux on perd aussi l'intérêt pour leur histoire. Dommage, cela aurait pu être très intéressant! Fadette Drouard

Critikat

ILLUSIONS PERDUES

Les humains envahissent le territoire de deux clans de blaireaux ennemis, et ceux-ci s’allient pour déclarer la guerre aux envahisseurs. Leurs armes : dérision, humour, sacrifice, métamorphose, un solide sens du rythme chez le réalisateur et une animation sans faille. Pompoko est une œuvre iconoclaste de Takahata, drôle, amère et intelligente.

Isao Takahata est, avec Hayao Miyazaki, le second principal réalisateur à avoir œuvré pour le prestigieux studio Ghibli. Si les deux complices ont souvent travaillé ensemble, l’œuvre de Takahata est à placer sous le signe d’un quotidien plus paisible que les fresques grandiloquentes et dantesques de Miyazaki. Il a réalisé les inédits Mimi o Sumaseba (sic) et Omohide Poroporo, ainsi que le méconnu Mes Voisins les Yamada. Si son nom reste inconnu du grand public, son film le plus connu - Le Tombeau des Lucioles - a largement contribué à la reconnaissance du cinéma d’animation en France, et reste un chef-d’œuvre bouleversant qui dépasse largement les limites de son genre cinématographique.

C’est ainsi que la sortie, aujourd’hui, de ce Pompoko peut étonner, tant il est hétéroclite dans la filmographie du réalisateur. Isao Takahata reste avant tout un peintre du quotidien, et si la fantaisie prend place dans cet univers, ce n’est que très rarement : il est par exemple présent dans une courte partie dans Mimi o Sumaseba, sous les traits du Baron, un chat anthropomorphe - habillé en frac - et tellement populaire qu’il sera plus tard repris dans le décevant Royaume des Chats.

Pompoko conte l’histoire de deux clans de blaireaux ( « Tanukis » ), de nos jours, qui se disputent la suprématie sur un petit morceau de terrain et une maison abandonnée. La guerre fait rage jusqu’au jour où l’homme reprend le contrôle du terrain, chassant les combattants, et leur retirant leur raison de combattre. Ils décident donc de s’unir et de chasser les humains. Quand ils se rendent compte de leur impuissance, ils décident de faire appel à leurs antiques pouvoirs de métamorphoses pour conquérir le monde de ces usurpateurs. Il s’agit d’un baroud d’honneur, pour montrer aux humains qu’ils ne sont pas les seuls habitants de ce monde.

La mythologie japonaise prête à - au moins - deux animaux le don de métamorphose et des intentions parfois malveillantes à l’égard des humains : ce sont les Tanukis et les renards - les Kitsunes. Ces deux animaux sont d’anciens « petits dieux », dont le culte est encore très présent, sinon dans la culture japonaise actuelle, au moins dans le monde conté par Miyazaki et Takahata. Les Tanukis de Pompoko possèdent à plus ou moins grande échelle ce don de métamorphose, mais ils sont en dehors de cela parfaitement proches des humains, et c’est comme eux qu’ils se battent, discutent, parlementent, courtisent... Ils restent cependant inadaptés à la société humaine moderne - ils ne savent plus guère se transformer convenablement, à la différence de leurs cousins les Kitsunes, qui eux ont parfaitement réussi leur intégration dans le monde. Ceux-ci évoluent parmi nous avec une remarquable aisance, et tiennent d’ailleurs des bars à hôtesses.

Le mystère se résout donc : Takahata vêt ici les humains des oripeaux des Tanukis, mais c’est bien la chronique d’une fraction de la société, qui vivrait encore selon d’anciennes lois et coutumes face à un monde toujours plus rapide et cynique, qu’il dépeint. Ils vivent selon un code moral forgé par la nature, et Takahata se pose comme une sorte de Rousseau, prônant un retour à l’état de nature, à l’humilité et au respect entre les êtres. Comme dans le Voyage de Chihiro, le message en filigrane est une idéologie traditionnaliste, ferme sans être dogmatique : les voies du passé ne sont pas forcément rétrogrades, et contiennent une sagesse qu’il conviendrait aujourd’hui de considérer à nouveau. Les humains présents dans le film sont quant à eux diaphanes, attachés à leurs nouvelles normes et coutumes, qui se centrent principalement autour de l’individualité et d’un quotidien fade et rythmé par le travail. La préférence de Takahata va donc clairement à ses héros animaux : même les renards, pour cyniques et mesquins qu’ils soient, restent en cela fidèles à leur nature, ce qui n’est finalement pas le cas des humains.

Pompoko est donc un film à la densité culturelle et traditionnelle impressionnante, et c’est également le cas d’un point de vue pictural : c’est pour Takahata le film de toutes les folies. Dans la scène de la première bataille, ou lorsque les Tanukis décident de prendre la ville des humains d’assaut et de leur infliger une grande parade des fantômes et des illusions, toutes les extravagances graphiques sont permises. Isao Takahata ose toutes les audaces grâce à un média qui à l’époque de réalisation du film (1994) était le seul à permettre une telle folie visuelle. L’humour est omniprésent, bien que le scénario oscille toujours entre la peur de l’homme et le désespoir de voir disparaître son mode de vie, si ce n’est pas cette vie même...

Finalement, malgré les apparences, Pompoko n’est ni un film mineur, ni un film léger. C’est un film d’une richesse culturelle appréciable, et au message clair, mais qui n’impose rien et laisse à son spectateur le loisir de se laisser simplement porter par un rythme soutenu et une mise en scène délirante, foisonnante, et d’une infinie richesse. La thèse écolo-humaniste soutenue par le scénario - comme dans Nausicaä ou Princesse Mononoke - est intelligemment exposée, et se refuse à la facilité d’une intrigue idyllique. Pompoko est un film drôle, enjoué, rythmé, intelligent, mais Takahata le rappelle : si les humains ne sont pas les seuls habitants de ce monde, et s’ils doivent la considération à d’autres espèces, il faut qu’il se souvienne de ses devoirs avant qu’il ne soit trop tard...

Vincent Avenel

Comme au cinéma :

Un voyage ébouriffant dans le folklore japonais

Joyeux, farceurs, bondissants : la découverte des tanukis est un vrai bonheur ! Ces canidés, proches du blaireau ou du raton laveur, dont les aventures peuplent les récits populaires du Japon, sont les héros de Pompoko, long métrage d'animation d'Isao Takahata réalisé en 1994. On est d'emblée frappé par l'inventivité visuelle dont fait preuve le maître japonais. Les transformations des tanukis sont jouissives, toujours subites, souvent comiques. Beaucoup d'idées s'expriment en images, telle la déforestation, figurée par une feuille d'arbre que dévorent de mini tractopelles. Ce côté « une idée par plan » domine pendant le début du film, avant que les développements de l'intrigue - la lutte des tanukis contre les humains - ne prennent le dessus, et ne fassent un peu s'étirer le film en longueur.

Le propos se révèle alors, au fond, des plus pessimistes. L'environnement naturel du Japon a en effet été profondément bouleversé depuis la Seconde Guerre mondiale - au grand dam de ses petits habitants. Si la faute en incombe à l'homme, les tanukis ne nous sont cependant pas montrés comme uniformément bons : ils ont en eux toutes les qualités, mais aussi, pour certains, beaucoup de défauts du genre humain - parmi lesquels la bêtise et le goût de la violence.

Cette fable sur les ravages de la modernité, au propos universel, est enfin profondément imprégnée de culture japonaise. Même si l'on n'en saisit pas toutes les subtilités, c'est à une immersion dans le folklore, les légendes, l'imaginaire de l'ancien Japon rural que l'on se trouve convié. A savourer.

Arnaud Claes

Ecranlarge :

Chaque nouvelle année apporte son cortège de bonnes et de mauvaises nouvelles. La sortie en salles des classiques du légendaire studio Ghibli sous la bannière de Buena Vista (comprendre Disney !) fait partie de cette première catégorie. Ainsi un an tout juste après le magnifique Château ambulant réalisé par un Miyazaki en grande forme, le studio Ghibli continue d’enchanter les salles de l’Hexagone avec Pompoko. Réalisé en 1994 par Isao Takahata, co-fondateur du studio Ghibli à qui l’on devait déjà le superbe Tombeau des Lucioles, le film s’inscrit dans la lignée des ressorties des titres de gloire du célèbre studio par Disney, ce dernier ayant racheté leur catalogue pour une exploitation ciné dans nos contrées et en DVD aux États-Unis.

Pompoko raconte la lutte des tanukis, animaux mythiques aux vertus magiques faisant partie intégrante du folklore japonais, pour conserver leur territoire. Après une guerre fratricide qui voyait l’espèce, divisée en deux clans distincts (dont l’un judicieusement appelée l’armée rouge), se battre pour un bout de terre, les tanukis vont devoir s’unir pour faire face à l’urbanisation de plus en plus importante qui menace leur forêt et, par ricochet, l’avenir de leur race. Deux heures durant, le spectateur vibre au rythme de leurs multiples stratégies et des trésors d’ingéniosité qu’ils déploient pour arriver à leurs fins. D’entraînements intensifs où l’on apprendra l’art et la manière de réussir sa transformation en humain selon les tanukis, en saisons ponctuées de petites victoires et de grandes défaites (et réciproquement), c’est à un véritable voyage aux pays des merveilles où animaux et nature vivent en harmonie que Takahata nous convie.

Comme toute fable qui se respecte, Pompoko cultive l’art de l’allégorie alternant aussi bien le comique de situation que les scènes d’une poésie somme toute très mélancolique. Ainsi, le film se scinde en deux parties. La première s’articule autour du combat mené par ces adorables créatures où deux conceptions bien distinctes, représentées par les personnages de Shokichi et Gonta, s’affrontent. À travers eux, c’est l’éternel opposition entre violence (Gonta) et spiritualité (Shokichi) qui est évoqué. Aussi drôle qu’émouvante, cette partie contient à elle seule tout le propos du film et émerveille au détour de quelques scènes d’une beauté époustouflante dont un mémorable défilé dans les rues, véritable morceau de bravoure du film. Cependant, le long métrage glisse progressivement vers un conte au propos plus grave où les rires laissent place aux larmes pour tendre finalement sur un terrible constat sur la société japonaise, de plus en plus repliée sur elle-même dans sa course au progrès, et où la seule issue semble être l’assimilation. À ce titre, il est évident que les problèmes rencontrés par les tanukis humains font clairement référence aux difficultés d’adaptations des campagnards venus travailler dans les grandes villes. Si l’œuvre de Takahata possède bien des qualités, elle pêche cependant par un rythme parfois trop lent, en particulier dans sa deuxième partie où le réalisateur tire inutilement sur la corde. Ainsi, ses personnages tous très emblématiques et certaines de ses situations (au demeurant très fortes) suffisent amplement à traduire le propos et toucher le cœur des spectateurs. Le pari a beau être réussi sur ce plan, l’ensemble demeure toutefois trop long.

Fable écologique, conte humaniste, Pompoko est cela et bien plus encore. En dépit de défauts purement rythmiques, le film émerveille et interroge de par ses multiples niveaux de lecture. Malgré un final d’une radicalité qui déroute autant qu’elle suscite la réflexion, le titre « Pompoko », qui correspond au son que produit le tanuki lorsqu'il joue du tambour sur son ventre rond comme signe de prospérité, nous rappelle qu’il reste malgré tout une lueur d’espoir. En cela, le film demeure fédérateur aussi bien auprès des grands que des petits.

Cinegenre

Il était temps !!! A force de sacraliser le Studio Ghibli et de parler surtout des dernières productions de Hayao Miyazaki, on était en droit de se demander quand est-ce que les autres œuvres de sieur Isao Takahata allaient enfin sortir sur les écrans. L’occasion pour l’un des plus grands maîtres de l’animation japonaise de démontrer tout son talent grâce à ce film qu’est Pompoko. Sorti dans les salles japonaises en Juillet 1994, le long métrage suivant : « Heisei Tanuki Gassen Pompoko » raconte le périple de tanuki (sortes de ratons laveurs ^^) dans la japon actuel. Film surprenant pour l’époque, complètement inclassable et n’ayant pas pris une ride au compteur, ce long métrage primé au Festival d’Annecy en 1995 a démontré une réalisation technique très soignée. Ce métrage aborde un large panel du folklore asiatique et revisite le patrimoine culturel du pays du soleil levant. De plus, la représentation des tanuki est assez original puisque l’on peut admirer des designs complètement différents en fonction des émotions des personnages. Parfois dessiné de façon réaliste, limite documentaire, parfois plus fantaisiste ou tout simplement humaine. Car la force du tanuki est de pouvoir tromper le regard humain, ils leur est donc possible de prendre l’apparence de personnes comme vous et moi. Ces trois représentations permettent d’alterner fable écologique, récit documentaire, histoire humoristique mais aussi d’instaurer une émotion palpable rendant le tout très adulte. La force de Takahata est de pouvoir tabler sur les deux tableaux, bien avant Miyazaki, Takahata savait mixer l’univers enfantin qui nous est cher avec l’implication émotionnelle adulte d’une façon particulièrement judicieuse.

Un conte avec un point de vue moderne tel était le pari de ce long métrage ambitieux. Délaissant le côté intimiste du Tombeau des Lucioles, Takahata se livre à un immense travail anthropomorphique de ces êtres pas comme les autres. En effet nos petites bêtes essayent tant bien que mal d’agir comme des humains tout en gardant leur trait de caractère attachant (goût pour les blagues, la nourriture, la fête…). L’espèce humaine, quand à elle , est considérée comme une sorte d’animal dont il faut se méfier. Chez les Tanuki, tout n’est pourtant pas voué à classer l’être humain comme un être vil et mauvais. Ainsi, Takahata exprime son humanisme et sa foi en l’être humain par l’intermédiaire de Tanuki qui sont curieux de voir des humains et qui veulent leur donner une chance. En ce sens, l’écologie est très souvent remis en cause et le film trouve une sorte de résonance par rapport à Mon Voisin Totoro de Miyazaki.

Pompoko est aussi un film terriblement attractif vis à vis de ses idées visuelles. Comment ne pas tomber de bonheur lors des séances de transformations ou plutôt de métamorphoses en des personnages du folklore japonais ? Objet, monstres en tout genre sous fond de musique traditionnelle (Groupe folklorique Shansan Taifu) sont là pour nous le démontrer. Un véritable bonheur pour les yeux et les oreilles. Le défilé, sous fond de fantômes et ghouls en tout genre vaut son pesant de cacahuètes tant il est soigneusement mis en scène, il mériterait une analyse filmique à lui tout seul. A cela Takahata nous livre un beau cadeau, un film à l’univers très riche, un beau message pour les générations futures qui ne doivent pas oublier la magie d’autrefois sans toutefois renier les avantages de la modernité. Aujourd’hui, le film nous refait découvrir sa magie toujours intacte, soulignant avec force la fragilité de notre environnement.

La réalisation particulièrement ambitieuse, le soin du détail, les évocations édifiantes du folklore sont énormes. Ce qui pousse alors le spectateur à revoir ce chef d’œuvre, c’est la profondeur du récit et l’énorme panel de détails qui poussent à l’admiration la plus totale. Ecologique, amusant, adulte, ultra détaillé et réalisation parfaite. Il faudrait être cynique pour ne pas aimer ce très beau cadeau du studio Ghibli. Si Miyazaki a son Nausicaä et bien Takahata a son Pompoko. A voir et revoir de toute urgence.

A voir à lire

Rien ne justifie vraiment la distribution de Pompoko sur nos écrans, plus de dix ans après sa sortie japonaise, si ce n’est l’opportunité pour son distributeur français, Buena Vista, d’empocher de l’argent facile en voguant sur la manga mania et en particulier sur le succès colossal des films de Miyazaki. Nous ne les blâmerons pas, Pompoko est un spectacle de qualité qui vaut encore le détour malgré son petit âge qui correspond justement à celui de son public cible. Fable écologique un peu foutoir, Pompoko met en scène le malaise japonais, déchiré entre valeurs traditionnelles dites ancestrales et les ravages causés par l’urbanisation galopante. La nature, personnifiée par des créatures polymorphes, les tanukis, agonise, chaque jour détruite un peu plus par les constructions humaines qui logiquement finissent par l’emporter.

Le constat d’impuissance de ces créatures face au désastre annoncé est amer. Derrière leur bonhomie rigolote se cache une mélancolie touchante, une noirceur même dans un univers de fantaisies et de couleurs. Takahata, le cinéaste, a beaucoup d’idées et se perd un peu dans son récit, s’oubliant sur la durée. Son film est trop long, par trop bordélique, pour convaincre totalement. Il frise néanmoins le génie le temps d’une scène de carnaval de spectres absolument magistrale, digne du meilleur Miyazaki. Ce film d’animation recèle bien d’autres scènes qui valent leur pesant d’or, des moments de pur bonheur burlesque que la durée excessive du métrage ne parvient pas à gâcher. Cette impression l’emportant après la projection, on se demande bien pourquoi Pompoko a tant tardé à trouver sa place sur nos écrans, non pas qu’il soit incontournable, mais les enfants méritent bien de voir des spectacles aussi intelligents que celui-ci.

Frédéric Mignard

DVDrama

Merveille de l'animation japonaise jusqu'ici injustement ignorée en France, Pompoko raconte l'histoire d'un peuple confronté à l'enjeu le plus fondamental qui soit : la question de sa survie. Qu'est-ce qu'un tanuki ? Ce petit animal supposé vivre dans la forêt fait partie du folklore japonais. Il ressemble de loin à un raton laveur et possède le don de transformisme, qui lui permet de prendre la forme d'objets ou d'êtres vivants, voire de se fondre parmi les humains. Lorsque les chantiers font tomber les arbres les uns après les autres, c'est tout leur univers qui disparaît. Si la destruction de l'environnement est bien entendu au centre du film, Isao Takahata ne se contente pas de tirer un signal d'alarme sur les méfaits de la civilisation moderne et de mettre en scène une vengeance du monde naturel. Certes, le point de vue adopté est celui de l'espèce qui vit pleinement en contact avec la nature – un contact que les humains ont perdu puisqu'ils ne peuvent même plus comprendre le langage des animaux. Mais le réalisateur retourne la caméra sur les tanukis eux-mêmes et centre son récit sur leurs réactions face à cette situation de crise. Et comme nous l'avons compris, les tanukis, c'est nous.

Que s'est-il passé pour que les tanukis ne voient rien venir alors que cette urbanisation qui menace leur survie a pris naissance juste à côté d'eux ? Les tanukis sont-ils ces êtres humains qui vivent leur quotidien sans regarder autour d'eux et sans mesurer un instant les conséquences de cette insouciance ? Si l'enjeu de Pompoko part d'un conflit d'intérêts entre deux espèces, les tanukis adoptent aussi des comportements terriblement humains. Ainsi, tandis que certains préfèreront opter pour une attitude pacifiste, d'autres se réfugieront dans les superstitions tandis que les plus en colère décideront d'employer la manière forte. Et les tanukis n'y vont pas de main morte ! Des mauvaises blagues plus ou moins inoffensives aux attentats qui tournent mal, les agissements des tanukis ne sont pas tous reluisants. Tout comme il réussissait le tour de force de réaliser un film tout public à partir du calvaire de deux enfants dans le Tombeau des Lucioles, Isao Takahata parvient ici à mettre en scène des actes parfois brutaux de manière adaptée au jeune public, tout en rappelant aux adultes à travers un discours sans prétention que l'escalade de violence part d'un sentiment universel : la peur. Et si les tanukis ont peur, c'est peut-être aussi parce qu'ils vont devoir se forcer à changer de style de vie. Impuissants face à l'évolution du monde, ils n'ont d'autre choix que de faire appel à toutes leurs ressources pour tenter de résister, une nécessité qui permettra d'ailleurs à chacun de découvrir ses propres dons et de trouver sa place dans le groupe.

Suivant les standards du studio Ghibli, l'animation est absolument sublime et chaque scène regorge de trouvailles visuelles dont certaines s'avèrent hilarantes. Pas de tabou dans Pompoko, les testicules des tanukis mâles sont non seulement dessinés mais participent pleinement aux démonstrations de transformisme. Devant ce drame parsemé de scènes comiques d'anthologie, l'émotion est intense. On passe du rire aux larmes, et au final on se demande comment il est possible que ce film ait mis douze ans pour arriver dans nos contrées, tant cette fable est une merveille visuelle et narrative d'une richesse et d'une intelligence rare. Un film magique à voir en famille ou même seul, pour le plaisir. Elodie Leroy

Télérama

Agonie d'un monde bucolique, à la fin des années 60 : les tanuki, peuple de chiens asiatiques, débonnaires, chamailleurs et facétieux, voient leurs forêts rétrécir comme une peau de chagrin, et leur survie menacée, au rythme de l'expansion de Tokyo. Festivals et rétrospectives mis à part, ce célèbre conte, réalisé en 1994 par l'un des maîtres de l'animation japonaise, sort pour la première fois en France. Une fable écolo, tragi-comique, qui ne ressemble à aucune autre. Si les bouilles craquantes des tanuki appartiennent à l'univers classique de l'animation pour enfants, tout comme le décor pimpant de leurs bosquets enchantés, le récit traite, avec un mélange de pessimisme et de truculence, de questions plus sombres : l'inexorable expansion de la modernité, arrachant tout sur son passage, l'arbre avec ses racines, l'environnement avec ses légendes.

Les tanuki sont en effet des esprits de la nature, figures traditionnelles de la mythologie japonaise. Leurs pouvoirs magiques (ils se transforment à volonté) et les efforts qu'ils déploient pour se défendre contre l'agression du béton offrent au talentueux Isao Takahata (Le Tombeau des lucioles, Mes voisins les Yamada) de multiples pistes visuelles et scénaristiques ; la « communauté » tanuki permet ainsi une savoureuse et burlesque satire de la vie en société (engueulades collectives dignes d'un fameux village gaulois)… Mais le meilleur tient à l'irruption du pur merveilleux : résolus à effrayer ces envahissants humains, nos animaux organisent dans les rues de la ville une gigantesque parade de spectres, dieux et démons, d'une époustouflante étrangeté. Comme les tanuki, cette sarabande prend sa source dans l'imagerie nipponne, et préfigure un peu le défilé de créatures du Voyage de Chihiro, de Hayao Miyazaki, cofondateur, avec Takahata, des fameux studios Ghibli. Miyazaki est d'ailleurs à l'origine de Pompoko, dont il a soufflé l'idée à son complice. Cocasse, étonnante, mélancolique et chaleureuse, cette œuvre enchanteresse est d'ores et déjà un classique.

Cécile Mury

Chronic’art

L'un des chef-d'oeuvres du cinéma d’animation japonais est un film de guerre avec des ratons-laveurs transformistes à testicules modulables. Pompoko arrive tard -il a été réalisé voilà plus de dix ans- mais à point pour figurer violemment l’envers d’un discours écologiste aimable et généreux, qui est celui que la réception en Occident des films des studios Ghibli (le duo Miyazaki / Takahata) a bien voulu formuler à leur place. Ce qui frappe, à la vision de cette épopée, c’est son incroyable dureté. Non que l’ordinaire extraordinaire des films Ghibli en soit absent : plaisir absolu de l’imaginaire en fusion, génie du gag animé, puissance unique du récit. Néanmoins, ce qui fait de Pompoko un film à part, c’est non seulement la complexité de la narration (voix off multiples, profusion de personnages et d’intrigues parallèles) mais aussi, et surtout, la virulence du propos.

De quoi s’agit-il ? Du struggle for life. En 1967, l’état japonais décide de la construction d’une ville nouvelle et s’apprête pour cela à raser une forêt où vivent des tanukis, petits omnivores japonais inoffensifs. Branle-bas de combat : menacés de disparaître, ceux-ci décident de mener campagne, par tous les moyens, contre le projet. Dans cette lutte, Takahata prend bien sûr le parti et le point de vue de la faune sauvage contre l’urbanisation, et tient chronique de la vie des tanukis. Lesquels, transformistes et farceurs, ont l’étrange propriété de pouvoir se transformer, hors de la vue des hommes, en nounours à grosse bedaine dotés de parole, d’histoire, d’une vie sociale évoluée. Première métamorphose. De celle-ci, il faut déjà célébrer l’inquiétante beauté. Elle sépare la raisonnable hiérarchie du vivant de la vie secrète des sous-bois, et donne consistance au fantasme enfantin d’une vie privée autonome des animaux. Ces nounours, ces bêtes, ce sont les mêmes, bavards et rieurs, puis au plan suivant muets et sauvages. Leurs yeux ont le défaut d’expressivité de ceux des animaux, et en même temps ils sont encore affecté par la profondeur raisonnable de ceux des humains. Inquiétante beauté de ce double visage, c’est le mystère d’une altérité hétérogène -l’animalité- qui dans un claquement de plan vous saute à la gorge et vous fixe au fond des yeux.

Seconde métamorphose : les tanukis maîtrisent l’art de changer d’apparence, de prendre la forme qu’ils désirent, humaine ou végétal, vivante ou non, chimérique ou réelle. Savoir ancestral qu’ils vont mettre à profit pour se défendre contre l’invasion humaine. Les uns usant de moyens pacifiques (étude de l’adversaire et réflexion quant aux moyens de l’action), les autres sombrant immédiatement dans la l’activisme radical, le terrorisme, considérant l’humanité comme une espèce nuisible, et à exterminer (accidents sur le chantier, on compte les morts). Le film entame alors un récit de guérilla, d’une noirceur inouïe puisque la communauté des tanukis se divise avant d’exploser. Il ne faudrait pas pour autant réduire le film à son propos, si peu aimable soit-il, et qui s’interroge ouvertement sur la validité de la violence politique. La fable procure aussi une intense joie, le moment de l’action n’advient pas sans plaisir.

Le film, comme les roustons (en VOST) des bestioles, ne cesse de bondir et de se déplier autour du thème de la métamorphose, y trouvant matière à des scènes hilarantes (le plan inoubliable du petit tanuki cancre qui enchaîne les saltos mais ne se transforme en rien du tout) aussi bien qu’à un magnifique traité sur cet art secret. La métamorphose, ici, est avant tout circulation des apparences où s’active une idée du merveilleux comme champ de force et d’énergie. Une fois posé le principe du monde parallèle des tanukis, chaque métamorphose s’y donne tel un songe autant qu’une transgression invisible de l’ordre des choses. Et une dernière hypothèse, sublime, vient couvrir Pompoko d’une profonde mélancolie : sous la rage du propos de Takahata, perce enfin la proposition intensément poétique et qui fonde tout son rapport à la nature, celle d’une vie antérieure, oubliée, où l’homme se savait animal.

Jean-Philippe Tessé

Orient Extreme

Encore de la mangasse qui sort au ciné, mais attention, ça vient des studios Ghibli, alors logiquement, on va mettre le nom de Miyazaki en avant, et Télérama fera les choux-gras de l'une des seules part de l'animation japonaise acceptée dans les médias consensuels. Il faut dire que qualifier Chihiro de « fable adorable » n'engage à rien, ne nous mouillons pas trop. Pourtant notre Pompoko ci-présent n'est pas semblable à la filmographie de maître Hayao, et les propos sont, dans bien des cas, assenés avec plus de violence et de prosélytisme. Allez messieurs, laissons ce pauvre Hayao là où il est, et préoccupons-nous du francophile et joyeux Isao Takahata, réalisateur du fameux Tombeau des Lucioles. Mais son aspect « gros bedon » ne cache-t-il pas un caractère encore plus intransigible que le barbu Hayao ?

Disney nippon ? Pas si sûr

Le Ghibli nouveau – qui a cependant près de 10 ans – détonne relativement de ce que l'on connaissait jusqu'à présent. Non les tanuki ne sont pas des sortes de Totoro mignons, non Takahata ne cherche pas le consensus. Et pourtant, l'oeuvre est reçu favorablement auprès de toutes les critiques en France... à quelques exceptions près qualifiant l'oeuvre de « spectacle de qualité qui vaut encore le détour malgré son petit âge qui correspond justement à celui de son public cible » ou encore de « fable écologique un peu foutoir » (cf. http://www.avoir-alire.com), renchérit par la suite en expliquant que le film est un peu long. D'une durée de 2h, chose peu habituelle il est vrai pour un film d'animation, l'erreur – qui résulte plausiblement d'un visionnage peu convaincu – Pompoko n'est en aucune façon destiné à des enfants, bien que ces derniers puissent s'amuser à voir nos boules de poils faire les pitres.

Replaçons le film dans son contexte. De la fin des années 1950 jusqu'aux années 90, le Japon, en plein boom économique et démographique, se lance dans de grands projets de cités-dortoirs ou de villes nouvelles. Ces immenses complexes sont financés en partie par les pouvoirs publics bien que la réalisation et la gestion sont souvent offertes à des entreprises privées (un peu comme en France lorsque les autoroutes financées par l'Etat reviennent au privé). Pompoko, réalisé en 94, retrace en l'espace fictif de 3 ans un changement brutal de l'environnement péri-urbain qui s'est en réalité effectué en 30 ans, avant de sombrer au début des années 90 (avec l'éclatement de la bulle spéculative). Le titre même, Heisei, désignant l'ère actuelle (débutée en 89), précise qu'il est bien question d'une réflexion actuelle, et non nostalgique.

Michael Moore de l'animation

En réalité, Pompoko est un simili-documentaire. L'image choque lorsque l'on parle d'animation, pourtant c'est bien le cas. Certes il fait usage de la fiction, du fantastique, et les images ne sont pas « réelles », mais il s'attache à donner une figure sociale au Japon actuel tout en promouvant une idée politique. Tout est mis à contribution du « réel », dans la représentation méticuleuse de la vie quotidienne. Quant aux tanuki, ils représentent une réalité mythique et populaire qui fait partie intégrante du folklorisme japonais, sorte de synchrétisme adapté à l'archipel. Ignoré, tout comme le renard, des mythes chinois, il fut réabilité durant l'époque féodale et lui fut attribué le statut de juge (parmi la représentation des douzes animaux mythiques). S'il était dans un premier temps assimilé au renard et qu'on lui attribué une malignité perverse, il fut écarté de la fourberie de ce dernier au fil des siècles et passera bientôt comme un animal sympathique. Tout comme son compère le renard, et le chat, le tanuki a le pouvoir de se transformer, et, bien que sa représentation classique soit celle d'une bouilloire métallique, il peut prendre n'importe quelle forme, et même humaine, pour rendre une dette à un humain qui aurait été clément à son égard. Dans le long métrage, le tanuki prend successivement trois formes : une forme réaliste pour soutenir le caractère sérieux de l'oeuvre, une forme sympathique, et une forme burlesque et simpliste. Le passage de l'une à l'autre se fait suivant les émotions provoquées, mais permet également d'exprimer la diversité ethymologique de la « transformation » en langue nippone.

Ce rapprochement à M. Moore résulte de l'approche, qui se veut objective, et du montage qui en ressort, servant à appuyer la thèse. M. Takahata n'a peut-être (sûrement) pas tort, mais il use d'un certain dirigisme sur l'oeuvre. Ce n'est sans doûte pas un hasard si Oshii Mamoru le qualifie de « staliniste ». Néanmoins, le caractère engagé de l'oeuvre ne la dénature en rien, et l'humanise.

Conte cruel du Japon moderne

Pompoko raconte une lutte perdue d'avance. A l'instar des mouvements paysans des années 60 de Haneda, les tanuki se battent pour ce qu'ils ont déjà perdu. Absorbé par leurs jeux et leurs chamaillements, ils ont oublié de se préoccuper du monde qui les entourait, et lorsque des machines viennent raser une colline voisine, les voilà dépourvues. Que peuvent faire des tanuki dont l'existence même est inconnue, contre les rouages de post-zaibatsu, mégacorporations au service du soi-disant « miracle japonais » ? Les tanuki sont semblables à des marginaux que personne ne veut écouter. Que le reste-t-il comme solution ? La méthode guerrière soutenue par une fraction d'entre eux est risible face aux humains. Ils décident alors de faire appel à des « sages » de Shikoku, maîtres en transformation. L'illusion sera alors leur arme contre la matérialité du monde moderne. Si les Japonais ne sont guères croyants, les superstitions persistent, et c'est ce que nos amis tanuki vont exploiter. Takahata utilise à profusion l'imagerie shintô, qui déroutera le spectateur occidental, atteignant son apogée lors d'une scène magnifique, où les tanuki se transforment en esprits malins (yôkai) pour faire un défilé en pleine ville. Mais loin d'effrayer les habitants, les parents s'étonnent et les enfants peuvent enfin se représenter tout ce folklore populaire. Et cette tentative d'intimidation est ensuite reprise par un industriel peu scrupuleux...

Une à une les actions des tanuki se révèlent peu fructueuses, il leur est impossible d'influer sur les évènements. Si les images sont relativement exempte de toute violence (que l'on doit à l'image cartoonesque de bien des situations), les propos ne le sont pas. On ne parle pas là de la maman de Bambi cruellement abattue par un méchant chasseur, mais d'une certaine inimportance de la mort (que ce soit du côté des ouvriers des chantiers que des tanuki), où seul le résultat compte. « Seul le résultat compte » nous aurait dit Thatcher. C'est effectivement le sentiment qui s'en dégage : réfléchit-on seulement de manière humaine, à un niveau humain ?

Takahata innonde littéralement le spectateur de références, de symboliques shintô, mais ne se perd pas dans une litanie obscure. La voix-off, partisante et actrice, participe à l'explication de la situation, et c'est indubitablement ce point qui pourrait faire penser que Pompoko cible les enfants... mais ne nous trompons pas, elle tient davantage du documentaire engagé que de la simplicité. Les personnages tanuki savent être attachants, avec leurs grosses testicules. Ces dernières ne sont pas représentants de la masculinité des petits êtres, mais éléments de dérision – ancien – que Takahata met à profit pour accentuer le décalage. On dit que les « roustons » de tanuki font la taille de deux tatami, elles sont souvent considérées dans les légendes comme inutiles, et donc ridicules.

Pompoko est une réalisation pour le moins parfaite d'un concept mis en exergue par les spécialistes japonais comme l'harmonisation de l'homme et de la nature, concepte, soit dit en passant, typiquement occidental, mais repris à leur profit par les insulaires. Pour Takahata, c'est la gestion de la nature par l'homme, et donc une destruction à petite échelle, qui lui donne sa beauté... il regrette simplement qu'elle ne soit pas plus respectueuse de Mère Nature. Peut-on alors lui reprocher ses méthodes, surtout lorsqu'elles donnent un tel résultat graphique et profond ?

Arnaud Lambert

 
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