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Pompoko : Création du film

Origine et production

Après Porco Rosso, Hayao Miyazaki se demandait quel serait le prochain film du studio Ghibli. Le cheminement de sa pensée fut simple : « Buta, buta... Tanuki ! » Et il décida donc qu'après un cochon, le film suivant mettrait en scène des tanuki et Isao Takahata en serait le réalisateur.

Dans une interview de 1996, Takahata a raconté, qu'en fait, il lui aurait plu de réaliser un film dont l'histoire se serait déroulée dans le Japon féodal, à l'époque des grandes batailles. Mais, en se référant à Princesse Mononoke, il a ajouté : « Le problème est que Miyazaki est déjà en train de réaliser une œuvre très similaire et je ne crois pas que le studio Ghibli soit disposé à produire quelque chose qu'on a déjà vu. » Le film de costume que Takahata aurait voulu réaliser depuis plusieurs années déjà n'était ni plus ni moins qu'une adaptation partielle de l'Heike Monogatari (Le Dit des Heike), duquel il tirera néanmoins une scène qui a donné lieu à une magnifique référence dans Pompoko (voir la rubrique sur les références). Il voit également une filiation entre les récits épiques et Pompoko par leurs aspects de chroniques. On aboutit donc à un narrateur, qui nous raconte une histoire sur plusieurs années, avec parfois quelques répétitions, comme dans les grands récits d’autrefois.

L'idée d'un film sur les tanuki vient de Miyazaki, sans qu'il s'inspire d'un roman ou d'un manga en particulier. Dans cette optique, l'écrivain Hisashi Inoue a été contacté par Toshio Suzuki et Takahata suite à Fukkoki, son roman sur les tanuki publié en 1985. Après une longue discussion sur le sujet, l'auteur propose plusieurs scénarios et idées que Takahata refuse. Finalement, le développement dramatique et le manifeste politico-écologique sont l'œuvre de la pensée et de la plume de Takahata : « Au Japon le déboisement prive les tanuki de leur habitat naturel et pour ces animaux, il s'agit d'une véritable tragédie. Une poésie japonaise d'il y a un siècle et demi dit : « Quel divertissement ! Pourtant, qui sait comment et qui sait quand, tout est devenu triste. » »

Le titre Pompoko est une idée de Takahata, la transcription du son émis par leur ventre quand les tanuki les frappent. Cette idée a toujours déplu à Miyazaki, qui la trouvait trop vulgaire et triviale. Il ira même jusqu’à en parler à Inoue pour que celui intercède en sa faveur auprès de Takahata. Cependant le réalisateur, soutenu par Suzuki, ne cèdera pas. Le choix de ce titre est en fait révélateur de la réflexion profonde de Takahata quant à ses films. Derrière l’apparente bonhommie du titre se cache une œuvre profonde et complexe, qui rejette l’idée d’héroïsme  par le choix d’un récit collectif, et qui ne symbolise rien d’autre que la lutte des tanuki pour leur survie.

Dans Pompoko, la plus grande partie de l'animation a été réalisée par la jeune équipe qui avait été engagée après Souvenirs goutte à goutte et qui avait littéralement grandi au sein de Ghibli. Miyazaki est producteur du film et semble avoir trouvé la formule pour galvaniser l'équipe (cf. illustration de Miyazaki ci-contre où il rythme le travail des animateurs, représentés par des tanuki).

Après 20 mois de production au total, le film est prêt. Il sort au Japon le 16 juillet 1994. Il remporte un succès énorme, le plus gros du studio Ghibli jusque là et se classe n°1 au Box-office japonais, batant même, cette année là, un autre film d'animation « animalier », Le Roi Lion.

Fort de ce succès et de ses qualités, Pompoko a été choisi pour représenter le Japon aux Oscars du cinéma dans la catégorie « Meilleur film étranger ». Sa carrière internationale ne s'est pas arrêtée là, puisqu'il remporte l'année suivant le Prix du long métrage au Festival du film d'animation d'Annecy. Depuis cette date, l'œuvre attendait d'être distribuée en France et ailleurs et n'a malheureusement connu que des projections dans le cadre de festivals. Ce n'est que près de 11 ans plus tard, après les succès des films de Miyazaki, que Buena Vista (Disney) a sorti le film de l'anonymat pour le distribuer dans les salles françaises en janvier 2006.

Art et technique

Graphisme et animation

Comme tous les autres films du studio Ghibli, Pompoko bénéficie d'une réalisation technique très soignée. Les décors, réalisés par Kazuo Oga, sont dans la veine de ceux de Souvenirs goutte à goutte, donc magnifiques. L'animation n'est pas en reste. Le pouvoir de métamorphose des tanuki présente, outre un formidable potentiel comique, des possibilités inépuisables offertes en terme d'animation : il suffit de voir dans le film le nombre incalculable de transformations en toutes sortes de créatures ou d'objets pour s'en rendre compte.

Le défilé des Yôkai est l'exemple parfait pour constater la minutieuse fidélité des représentations du bestiaire fabuleux japonais et la très grande précision des références culturelles en générale. Isao Takahata s’est par ailleurs inspiré de l’œuvre d'un spécialiste en la matière, le fameux dessinateur et mangaka Shigeru Mizuki, maître incontesté du manga d'horreur au Japon et auteur dans sa carrière de plus de 2 000 illustrations de monstres et autres fantômes japonais (ci-contre le Bake-zôri, un de ses Yôkai les plus célèbres).
Isao Takahata avoue ne jamais l’avoir rencontré, mais admire cependant l’œuvre de ce grand dessinateur, qui, à l’instar du studio Ghibli, possède son propre musée au Japon.

Un des points les plus remarquables au niveau des partis pris en animation est la mise en place d'une triple représentation des tanuki :

 

 

 

Ce traitement permet naturellement de varier le ton du récit et de passer instantanément du récit principal à un style documentaire ou, à l'opposé, à des moments d'émotions ou d'humour.

La musique et l'adaptation

Les musiques, confiées par Isao Takahata au groupe folklorique Shan Shan Taifû (ou Shang Shang Typhoon), qui joue de toutes sortes d'inspirations, est marqué par la présence d'instruments et de formes musicales dits « traditionnels ». Les percussions sont dominantes et sont aussi bien utilisées pour les scènes d'actions que durant les moments de fête et de danse, nombreux dans le film. Le groupe interprète le thème principal du film, comme le fédérateur générique de fin.

Notons d'autre part que les Warabe-uta (« chants pour l'enfance ») comme Shojoji no Tanuki Bayashi sont également légions. La chanson que Shôkichi et Okiyo chantent lorsqu'ils jouent à la balle est Antagata Dokosa (D'où viens-tu ?), une chanson enfantine pour les jeux de balles. Dans cette chanson, un chasseur tue les tanuki avec son fusil, les fait bouillir, les passe au barbecue et les mange. Une autre chanson, plutôt paillarde (et donc les enfants l'adorent !), parle de testicules de tanuki se balançant au gré du vent.

Au final, on est bien loin des thèmes orchestraux de Joe Hisaishi mais c'est justement à travers ce choix, très spécial, d'une bande originale sortant des sentiers battus que Takahata fait des films qui se distinguent.

L’adaptation française a par ailleurs fort bien réussi à retranscrire ses chants enfantins dans la langue de Molière. Sans sombrer dans un infantilisme à l’américaine, les traducteurs (dont l’inévitable Catherine Cadoux !) et interprètes sont restés fidèles à l’esprit du film, sachant retranscrire la fraîcheur, la poésie et la joie de ces textes. Le même travail a été effectué pour l’ensemble de la VF. On sait que pour Takahata, cette retranscription est très importante, car, selon lui, un sous-titrage pollue la vision globale du film. Tout comme lui, nous saluons donc ce véritable effort de traduction, qui permet d’apprécier l’œuvre dans son intégralité sans voir l’impression de perdre la force des paroles et pensées de nos chers tanuki !


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