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Analyse de Ponyo sur la falaise (2)

       

Du merveilleux au réel, l’anti-Totoro

Le rapprochement entre Ponyo et Totoro est très tentant et semble, de prime abord, flagrant. Deux jeunes enfants, des scènes de la vie quotidienne, la découverte d’un monde étrange et merveilleux,…On retrouve même quelques clins d’œil au film de 1988, avec par exemple l’air entonné par Lisa lorsqu’elle prend Sôsuke dans ses bras (« watashi-wa denki » chantonne-t-elle…) ou dans des motifs graphiques comme les petits crustacés noirs s’échappant en bruissant devant Sôsuke, telles les noiraudes fuyant l’arrivée de Meï.

Pourtant, l’histoire est plutôt à l’opposé d’un Totoro. Car en effet, les aventures de Mei et Sastuki s’inscrivaient dans un monde bien réel et concret qu’était le Japon des années 50, où elles découvraient par petites touches le monde des esprits, à travers de furtives rencontres… La scène du terrier, celle de l’arrêt de bus ou encore celle du camphrier géant sont des petites scènes courtes, intenses et d’autant plus magiques qu’elles sont rares et précieuses, savamment distillées dans le film.

Ponyo opte résolument pour un ton différent, et ce dès le début. La première scène n’est pas une scène terrestre, dans un monde normal et compréhensible pour le spectateur. D’emblée, Miyazaki nous propose un monde fascinant et étrange qu’est le monde marin… Le ballet hypnotique des méduses, les formes étranges des poissons, la lumière fragile et clignotante des organismes marins, toute la faune aquatique est conviée pour le plus grand bonheur du spectateur, qui découvre émerveillé ce mode enchanté. Mais l’étrange n’est pas là, il apparaît quelques secondes plus tard, avec la vision d’un engin sous-marin à nageoires et à bulle, avec sur son pont un étrange personnage distillant des onguents mystérieux… Que fait-il exactement, le spectateur ne le sait pas et ne le saura d’ailleurs jamais. Mais le ton est donné : nous ne sommes pas dans un monde rationnel et connu, mais dans celui de la magie et de l’étrange, et nous devons l’accepter. Finalement, après une telle entrée en matière, nul ne s’étonne ensuite de voir un petit poisson à tête d’humain sortir du vaisseau pour s’échapper vers le monde des hommes ! 

  

A l’inverse d’un Totoro qui distillait donc savamment les rencontres entre le monde réel et le monde des esprits, Ponyo est un film où peu à peu le surnaturel va prendre le pas sur le réel, jusqu’au point de littéralement le submerger et presque l’engloutir… Peu à peu, le spectateur doit accepter cette vague de magie sans plus d’explications. Quelles sont ces fioles étranges qui provoquent le tsunami ? D’où viennent-elles ? Comment la transformation de Ponyo en humaine provoque-t-elle un  déséquilibre gravitationnel, la chute progressive de la lune et la montée inexorable des eaux, nous ne le saurons pas non plus. Pourquoi ce retour au dévonien et pas à une autre époque, là encore le flou reste entier.

Au final, malgré toutes ces questions sans réponse, demeure  le message maintenant bien connu de Miyazaki, celui de l’équilibre entre l’homme et la nature, entre les humains et les esprits. La mer, véritable entité magique, semble être ici dotée d’une force et d’une présence propres, s’équilibrant avec le monde de la réalité, la terre, fragile équilibre remis en cause par la pollution de l’homme d’une part et la transformation de Ponyo de l’autre.

       

© Buta Connection