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Ponyo sur la falaise : Analyse (2/2)

Des motifs miyazakiens

Derrière son apparente originalité et le choix d’ancrer l’action dans le monde des océans, Ponyo sur la falaise demeure un film profondément miyazakien. Ainsi, on retrouve de prime abord une filiation plus qu’appuyée à Panda, petit panda, films certes réalisés par Isao Takahata, mais où Hayao Miyazaki a été concepteur scénique, animateur clé et scénariste. En dehors des similitudes scénaristiques, le film est plus précisément une relecture du second moyen métrage (Panda, petit panda - Jour de pluie au cirque) et de sa ville engloutie par les eaux. On se rappelle notamment le magnifique plan où Mimiko et les deux pandas partent de chez eux en utilisant le lit comme bateau. Evidemment, on songe donc à la deuxième partie du film où Ponyo et Sôsuke partent à la recherche de Lisa sur leur petit navire.

 

Les motifs miyazakiens sont par ailleurs fort nombreux dans le film, de manière appuyée ou non. Outre les quelques clins d’œil à Mon voisin Totoro précédemment cités, on peut par exemple relever l’hommage probablement conscient rendu à Nausicaä de la Vallée du Vent lorsqu’au début du film, Ponyo se glisse sous une méduse pour observer le ciel, comme la jeune princesse sous le globe oculaire de l’ohmu. Les substances noirâtres qui peuplent les mondes fantastiques de Miyazaki depuis Princesse Mononoke sont toujours présentes avec les vagues vivantes de Fujimoto, en perdant toutefois leur aspect inquiétant et en en faisant des exécutants obéissants un peu stupides et donc comiques. Quant à la ville de Sôsuke, il s’agit encore d’une ville au bord de la mer, motif récurrent depuis Kiki, la petite sorcière jusqu’au Château ambulant en passant par Porco Rosso. Le sous-marin de Fujimoto, doté d’ailes étonnantes, est un mélange d’un flaptère du Château dans le ciel et des machines de guerre du Château ambulant. Enfin, le tunnel de la scène final est un hommage plus qu’appuyé au Voyage de Chihiro, les deux scènes symbolisant le rite initiatique et symbolique du passage.

 

On retrouve également des thématiques tenant à cœur au cinéaste. Ainsi, en filigrane et traité sur un mode plutôt comique, Miyazaki dénonce la pollution du fonds des mers par l’homme et la rupture proche de l’équilibre entre le monde de la nature et celui des hommes. On retrouve aussi le thème de l’amour platonique pur, présent dans bon nombre de films du réalisateur, mais se terminant par un baiser, comme dans le Château ambulant.

Enfin, on pourrait considérer Ponyo comme un film aquatique loin des nuages et des vents chers à Miyazaki, étant donné le sujet général de l’œuvre. Cependant, celle-ci se déroule plus sur la mer que sous la mer. Les scènes sous-marines ne sont au total qu'au nombre de trois, la scène d’introduction, la scène où Ponyo est enfermée chez Fujimoto et la scène finale. En revanche, les scènes se déroulant sur la mer sont parfois dignes des plus grandes envolées de Miyazaki, notamment celle du tsunami, où Ponyo semble littéralement courir au-dessus des vagues et s’élancer telle un poisson volant à la poursuite de la voiture de Sôsuke. L’envol n’est donc jamais bien loin chez Miyazaki et cette scène d’anthologie en est la preuve !

Une construction scénaristique imparfaite

Ponyo sur la falaise débute donc dans la mer, avec une scène d’exposition visuellement fascinante, où l’on découvre un monde sous-marin magique et étrange, où Fujimoto distille d’étranges potions dans la mer. Comme dit précédemment, le spectateur ne saura jamais ce que le père de Ponyo fait sous la mer. On apprend juste de lui qu’il fut autrefois un humain, qu’il entretînt une relation avec Gran Mamare, la déesse de la mer, et qu’il est visiblement alchimiste. Son passé se limite à ces quelques lignes, ses motivations restent floues. Il en va de même avec la plupart des personnages secondaires du film. Ainsi, Lisa, la mère de Sôsuke, est caractérisée seulement par quelques traits : d’apparence juvénile, elle est souvent téméraire et emportée mais elle est dévouée à son travail. De plus, une distance est immédiatement mise entre Sôsuke et sa mère par le fait qu’il l’appelle par son prénom et non par la dénomination « maman ». Quant à Toki, on comprend peu le revirement total de caractère à la fin du film, ni l’importance soudaine que Hayao Miyazaki donne à ce personnage.

La galerie des personnages secondaires est limitée et pourtant, aucun d’entre eux n’a vraiment de profondeur, comme si le spectateur savait déjà tout d’eux et que Miyazaki pouvait faire ainsi l’économie d’une présentation plus poussée.

Même Sôsuke est finalement peu charismatique, tant le personnage est lisse et sans aspérité, peut-être un peu trop parfait pour un petit garçon de 5 ans ! Finalement, la grande trouvaille est évidemment le personnage de Ponyo, qui, au fur et à mesure de l’histoire, va mûrir et devenir moins égoïste. Son humour, ses bouderies et son caractère changeant en font un être terriblement attachant. Finalement et paradoxalement, c’est probablement le personnage le plus humain du film. On reconnaît là encore la très fine observation qu’a Miyazaki du quotidien et des enfants. Les scènes de la vie quotidienne, lorsque Ponyo se retrouve chez Sôsuke, sont de véritables petits bijoux, peut-être les moments les plus touchants du film par leur simplicité, leur fraîcheur et leur innocence, où le comique côtoie l’intime et l’émotion. On regrette presque qu’il n’y ait pas plus de scènes de ce type dans le film./p>

La scène la plus époustouflante de Ponyo et l’un des grands morceaux de bravoure de la carrière de Miyazaki est cependant sans conteste la scène du tsunami. Celle-ci débute sous l’eau, lorsque les petites sœurs de Ponyo se transforment en poissons-vagues gigantesques, s’élançant dans les cieux pour replonger près des bateaux. La vision de Ponyo courant sur les vagues sur un thème musical proche de La Walkyrie de Richard Wagner reste le moment fort du film. Miyazaki rivalise alors d’imagination pour varier les plans et pour donner l’impression paradoxale d’une puissance ravageuse et destructrice guidée par une insouciance enfantine et comique. Cette séquence est véritablement l’apogée du film et son point culminant. On peut d’ailleurs clairement voir deux films dans Ponyo. Le premier pourrait s’arrêter presque au tsunami, et serait donc l’évocation du monde réel, le deuxième commencerait avec le raz-de-marée et serait uniquement consacré à la quête de Sôsuke et de Ponyo dans un monde imaginaire.

 

Tout tourne autour de cette scène, et lorsqu’on regarde le making-of du film, cette séquence fait d’ailleurs partie des toutes premières image-board de Miyazaki. On peut dès lors se demander si le film ne s’est pas construit comme une agglomération de scènes autour de ce point central. Cette manière peu conventionnelle de construire un film vient probablement du fait que le story-board demeure l’outil principal de mise en place de l’histoire chez Miyazaki, et non le scénario écrit, et que le réalisateur nippon dessine au fur et à mesure l’histoire, sans forcément savoir où celle-ci le mène. En fait Miyazaki utilise ce procédé depuis plusieurs films, manière pour lui de se renouveler et de se surprendre à nouveau dans le processus de production. La contre-partie est que le spectateur peut ressortir du film avec l’impression qu’il est moins structuré qu’avant. C’est un peu le cas ici, où le film a parfois de gros problèmes de rythme. Le début peut sembler long à se mettre en place (d’autant plus qu’il n’y a pas de scène d’exposition et donc pas de réel cadre) et l’après-tsunami peut sembler un peu lent après le véritable déluge visuel et galvanisant du raz-de-marée. Le film se termine sur une scène pouvant laisser le spectateur perplexe, puisque finalement, on ne tremble pas pour Sôsuke. Le personnage étant justement sans faille, à aucun moment on ne doute de l’issue, et rien dans la mise en scène ne permet la création d’une tension ou d’un enjeu dramatique.

Cependant, les qualités artistiques de Ponyo demeurent nombreuses. Le choix de couleurs pastel donne au film un cachet certain, une originalité osée à l'ère du tout-numérique. Avec ce film, on assiste également à un retour à un dessin plus simple et dépouillé des personnages, comme au début de la carrière de Miyazaki, mais avec néanmoins un traitement de l’eau très poussé pour un film d’animation traditionnel. Il n’existe probablement pas d’équivalent au monde d’un film en 2D où un tel soin ait été apporté à l’élément liquide, traditionnellement difficile à animer.

 

Marquant le retour de Hayao Miyazaki à un style simple et épuré, tout en relevant une gageure technique qu’est celle de la représentation de la mer, Ponyo sur la falaise est donc un film qui allie idées originales et images oniriques intenses. Malgré des faiblesses rythmiques et scénaristiques, Ponyo demeure une création au style graphique spectaculaire, fruit d’un savoir faire indéniable du studio Ghibli, qui laisse présager de grands films à venir...


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