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Analyse de Ponyo sur la falaise (3)

       

Des motifs miyazakiens

Derrière son apparente originalité et le choix d’ancrer l’action dans le monde des océans, Ponyo sur la falaise demeure un film profondément miyazakien. Ainsi, on retrouve de prime abord une filiation plus qu’appuyée à Panda Kopanda, film certes réalisé par Takahata, mais où Miyazaki a été concepteur scénique, animateur-clé et scénariste. En dehors des similitudes scénaristiques, le film est plus précisément une relecture du second court métrage (Jour de pluie au cirque) et de sa ville engloutie par les eaux. On se rappelle notamment le magnifique plan où Mimiko et les deux pandas partent de chez eux en utilisant le lit comme bateau. Evidemment, on songe donc à la deuxième partie du film où Ponyo et Sôsuke partent à la recherche de Lisa sur leur petit navire.

  

Les motifs miyazakiens sont par ailleurs fort nombreux dans le film, de manière appuyée ou non. Outre les quelques clins d’œil à Totoro précédemment cités, on peut par exemple relever l’hommage probablement conscient rendu à Nausicaä lorsqu’au début du film, Ponyo se glisse sous une méduse pour observer le ciel, comme la jeune princesse sous le globe oculaire de l’ohmu. Les substances noirâtres qui peuplent les mondes fantastiques de Miyazaki depuis Princesse Mononoke sont toujours présentes avec les vagues vivantes de Fujimoto, en perdant toutefois leur aspect inquiétant et en en faisant des exécutants obéissants un peu stupides et donc comiques. Quant à la ville de Sôsuke, il s’agit encore d’une ville au bord de la mer, motif récurrent depuis Kiki jusqu’au Château ambulant en passant par Porco Rosso. Le sous-marin de Fujimoto, doté d’ailes étonnantes, est un mélange d’un flapster du Château dans le ciel et des machines de guerre du Château ambulant. Enfin, le tunnel de la scène final est un hommage plus qu’appuyé au Voyage de Chihiro, les deux scènes symbolisant le rite initiatique et symbolique du passage.

  

On retrouve également des thématiques tenant à cœur au cinéaste. Ainsi, en filigrane et traité sur un mode plutôt comique, Miyazaki dénonce la pollution du fonds des mers par l’homme et la rupture proche de l’équilibre entre le monde de la nature et celui des hommes. On retrouve aussi le thème de l’amour platonique pur, présent dans bon nombre de films du réalisateur, mais se terminant par un baiser, comme dans le Château ambulant.

Enfin, on pourrait considérer Ponyo comme un film aquatique loin des nuages et des vents chers à Miyazaki, étant donné le sujet général de l’oeuvre. Cependant, celle-ci se déroule plus sur la mer que sous la mer. Les scènes sous-marines ne sont au total qu'au nombre de trois, la scène d’introduction, la scène où Ponyo est enfermée chez Fujimoto et la scène finale. En revanche, les scènes se déroulant sur la mer sont parfois dignes des plus grandes envolées de Miyazaki, notamment celle du tsunami, où Ponyo semble littéralement courir au-dessus des vagues et s’élancer telle un poisson volant à la poursuite de la voiture de Sôsuke. L’envol n’est donc jamais bien loin chez Miyazaki et cette scène d’anthologie en est la preuve !

       

© Buta Connection