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Ponyo sur la falaise : production

Production

Début juillet 2006, Hayao Miyazaki part en repérage au bord de la mer, à Setouchi, dans l’ouest du Japon. C’est la fin de la pré-production. La création de l’animation est imminente. Il profite de cette occasion pour se retrouver seul, une semaine, dans la maison de l’un de ses amis, au bord d’une falaise. Il n’oublie pas pour autant d’avancer l’e-konte du film. Mais plus la période de production approche, plus il est nerveux et de mauvaise humeur.

A la mi-juillet 2006, il est de retour à Koganei, en banlieue de Tôkyô, dans les murs du studio Ghibli. Il rejoint la centaine d’animateurs déjà présents pour participer à la production de l’animation. A cette date, il a déjà dessiné environ 50 image board durant la pré-production. De son côté, il continue l’élaboration de l’e-konte du film. « C’est un travail que je me réserve, car il n’y a qu’à moi que je peux faire confiance. »

La grande particularité de l’e-konte chez Miyazaki, c’est qu’ils sont créés comme les chapitres d’un manga. A intervalle régulier, après avoir fini de dessiner quelques pages, il s’arrête et appose en bas de sa dernière page les mots « à suivre » pour créer une attente de la part de son équipe. Il fait alors une coupure durant quelques jours, voire plusieurs semaines, pour réfléchir aux prochains développements de l’histoire. « Même si on a déjà une idée de la fin de l’histoire, elle va toujours changer en cours de production. »

Le producteur Toshio Suzuki explique que même si la production du film a déjà commencé, lui-même et l’équipe du film, ne peuvent pas deviner où ils vont. Miyazaki lui-même ne le sait pas non plus. Tous devront éprouver le doute de savoir si chaque nouvel apport donnera au final un bon film. Le déroulement de l’histoire n’est pas figé dès la pré-production.

De la même manière, comme dans une peinture, les personnages eux-mêmes évoluent eux aussi par touches en cours de production dans ses films. Dans le cas du personnage de Ponyo, plus la production avance et plus Miyazaki est soucieux de la personnalité égoïste et immature du personnage. Il imagine qu’elle va avoir du mal à vivre dans la société humaine et commence à s’inquiéter pour son avenir. Pour que Ponyo s’adapte bien à la société des hommes, il pense qu’il doit ajouter une scène. Mais il ne sait encore laquelle.

Il se replonge dans l’élaboration de l’e-konte et compose finalement la scène où Ponyo, pour la première fois, offre quelque chose à autrui : de la soupe et un sandwich à un couple et leur bébé. Et si Ponyo écrase ensuite les joues du bébé qui boude, c’est aussi pour lui insuffler un peu de son optimisme. Tout en dessinant, Miyazaki estime que ce genre de gestes apporte une grande évolution émotionnelle aux enfants. Avec cette scène, Miyazaki s’assure que Ponyo fera de bonnes choses quand elle sera devenue humaine. Finalement, Ponyo a beaucoup plus mûri au cours de la production que ce que le réalisateur imaginait.

C’est seulement le 8 mars 2007, 11 mois après le début de la production du film, que le tout premier plan du film, montrant Ponyo entourée de méduses, est achevé. Mais à la fin de l’été 2007, la création de l’animation ralentit dangereusement. La cadence à laquelle le réalisateur vérifie l’animation a fortement diminué. A cause de la fatigue, le nombre de plans à contrôler s’amoncelle. Mais le plus problématique reste l’e-konte. Celui-ci est resté bloqué au moment au Ponyo et Sôsuke partent en bateau.

L’histoire en elle-même est déjà terminée depuis longtemps : jusqu’à la fin du récit, le film sera axé sur comment Sôsuke réussira à tenir sa promesse de veiller sur Ponyo. Mais Miyazaki pense qu’elle manque encore d’un peu d’impact. Il est à la recherche d’une nouvelle séquence, qui, même si elle n’est pas nécessaire, soit frappante.

C’est à l’automne 2007, alors qu’il approchait de ses 67 ans, que Hayao Miyazaki aurait tenu les propos suivants à Toshio Suzuki : « Je suis arrivé à un âge où je peux compter sur mes doigts les années qui me restent à vivre. Bientôt, je retrouverai ma mère. Que vais-je lui dire quand ce moment arrivera ? ». Cette question a été au centre de la création et de tout le travail qu’il a accompli autour de Ponyo sur la falaise. Et même si au final, elle n’est pas forcement claire et explicite pour le spectateur à l’écran, c’est justement en évoquant le souvenir de sa mère disparue qu’il va tenter de nourrir le développement de l’histoire de son film.

Par le passé, dans certains de ses films, Miyazaki a déjà fait des références latentes à sa mère malade, atteinte par une tuberculose grave dès la petite enfance du réalisateur. Il l’a déjà représenté à chacune des époques de sa vie de femme : Dora, dans Le château dans le ciel ; la mère de Mei et Satsuki dans Mon voisin Totoro ; Sophie, dans Le château ambulant). Cette fois-ci, c’est à travers le personnage de la grand-mère Toki qu’il va l’évoquer. Le personnage est solitaire et difficile avec les gens de son entourage. A ce stade, Miyazaki n’a pas encore d’idée précise mais il sait maintenant qu’il veut créer une séquence marquante réunissant Toki et Sôsuke.

Le 18 octobre 2007 devient une date critique pour la production du film. L’e-konte est toujours au point mort et ralentit dangereusement toute la fabrication du film. La production lui demande de le terminer pour fin octobre. Mais en vain, l’e-konte reste au point mort. Le studio décidera finalement d’attendre un peu plus et repousse sa date d’achèvement à fin 2007.

Le 3 décembre 2007, une conférence est organisée au studio Ghibli devant les médias pour présenter la chanson titre du film. Interrogé sur celle-ci, Miyazaki espère que, puisque la chanson est joyeuse, avoir une conclusion aussi gaie. Mais il laisse aussi deviner l’impasse créative dans laquelle il se trouve et avoue qu’il ne le sait pas encore lui-même car l’e-konte n’est toujours pas achevé.

Miyazaki n’a jusqu'à présent pas écouté les musiques provisoires du film. Le lendemain, il s’oblige à écouter l’Image Album (maquette de la musique) du film, supervisé par Joe Hisaishi. La dernière chanson, Himawari no Ie no Rinbu Kyoku (La ronde de la maison des Tournesols), qui exprime les sentiments des grands-mères dans leur maison de retraite, retient son attention. Le morceau lui rappelle sa mère et même si c’est émotionnellement un peu difficile pour lui, il réécoute la chanson plusieurs fois.

A la mi-décembre 2007, Miyazaki a enfin commencé à dessiner l’e-konte de la séquence qu’il cherchait. Dans celle-ci, Fujimoto se dresse devant Sôsuke qui essaye alors de lui échapper pour protéger Ponyo. Tout à coup, Toki apparaît et appelle le garçon pour le sauver. Il faudra encore une quinzaine de jours au réalisateur pour en être pleinement satisfait.

Pour cette séquence, le réalisateur tente de faire appel à la frustration qu’il a ressenti dans sa petite enfance de ne pas pouvoir serrer sa mère malade autant qu’il le souhaitait. Il se demande comment Sôsuke pourrait étreindre Toki. Où comment il le ferait si il se retrouvait face à sa mère. Le réalisateur décide finalement que c’est Toki qui enlacera frontalement Sôsuke. Il est satisfait de cette séquence à travers laquelle il a trouvé un moyen d’exorciser ce qu’il ressent depuis son enfance.

Le mot de la fin, concernant cette crise de fin de production, reviendra au producteur Toshio Suzuki : « Il y a dans le film une scène de retrouvailles. Bien sûr, ce ne sont pas celles dont Hayao m’avait parlé. On ne le voit pas non plus dans le film, mais à travers un petit garçon de cinq ans, Sôsuke, il retrouve une vieille dame qu’il semble bien connaître. Je ne vous dévoilerai pas ce qu’ils se disent. Je vous demande simplement de regarder le film, et d’apprécier... »

Epilogue

Le 5 janvier 2008, la crise de l’e-konte a été surmontée. C’est aujourd’hui le jour de l’anniversaire du réalisateur. Il a 67 ans. Il reçoit en cadeau une bouillote en forme de Ponyo. La production et son crayon s’orientent à présent vers la fin du projet. Il est finalement arrivé au happy end souhaité.

En juin 2008, le film est enfin achevé. Une projection interne, réservée aux collaborateurs du studio Ghibli, est organisée. Le 19 juillet 2008 est un jour encore plus important pour le réalisateur. C’est en effet à cette date, après plus de 2 ans de travail, que sort enfin son nouveau film, Ponyo sur la falaise, dans 340 cinémas à travers le Japon. « Je me suis réveillé tôt ce matin. J’ai peut-être le trac, mais c’est inconscient... »

Ponyo est considéré comme un beau succès au japon. Le film a atteint en 4 semaines d'exploitation 7,2 milliards de yens et reste en haut du box-office. Il totalisera à la fin de sa carrière 15,5 milliards de Yens, se situant juste en-dessous de Princesse Mononoke. Les critiques ont salué unanimement le retour de Hayao Miyazaki à la simplicité, même si certains regrettent un scénario parfois abscons.
Le 8 avril 2009, le film commence sa carrière en France avec le même accueil des critiques dans la presse. Ils s'enthousiasment pour la beauté et la simplicité visuelle de l'œuvre, mais la cataloguent très vite comme « un film pour enfants », tout en relevant l'hermétisme de certains propos.


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