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Hayao Miyazaki parle de Ponyo sur la falaise !
par doug Jones
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En juillet 2009, anticipant la sortie prochaine de Ponyo sur la falaise aux États-Unis, Hayao Miyazaki s'est rendu en Californie et y a multiplié les interventions. C'était en soi un évènement, car les visites du réalisateur japonais au pays de l'Oncle Sam sont rares (il s’était même dérobé en 2003 à la cérémonie de remise de prix de l’Oscar du meilleur film d’animation décerné au Voyage de Chihiro !)

Il s'est d'abord arrêté Comic-Con (convention de la bande dessinée) de San Diego, où il a reçu une longue "standing ovation" des 6 500 spectateurs du Hall H. Ensuite, il s'est rendu à la baie de San Francisco, pour recevoir un prix du Centre pour les Études Japonaises à l'Université de Berkeley. Puis, il a terminé son périple californien à Los Angeles, où il a présenté une projection de Ponyo à l'Académie des Arts et des Sciences du Cinéma et enduré toute une journée de conférence de presse.

Tout au long de son séjour, Miyazaki a été accompagné de John Lasseter, l’actuel directeur de Disney Animation et Pixar mais aussi ami de longue date. Sans ce dernier, la visite de Miyazaki n’aurait pas été possible. " Je suis désolé, mais je n'aime vraiment pas ce genre d'événements," a avoué le réalisateur japonais dans une petite salle remplie de journalistes à Los Angeles. Quoi qu’il en soit, Miyazaki s'est montré très agréable, répondant aux questions et acceptant des accolades partout où il est allé.

Doug Jones, programmeur senior du festival du film de Los Angeles, a été assez chanceux pour être présent à deux de ses apparitions, celle du Comic-Con et de la conférence de presse de Los Angeles. Il les a retranscrites puis publiées sur le site en langue anglaise GhibliWorld et les a regroupées selon des thématiques. En voici une traduction en français!

À propos du développement de ses films

John Lasseter : Pouvez-vous nous parler un peu de la façon dont vous développez vos histoires ?

Hayao Miyazaki : Ma méthode, c'est réfléchir, réfléchir, réfléchir. Réfléchir à mes histoires pendant longtemps. Si vous avez une meilleure manière de faire, faites-le-moi savoir.

J'effectue tout mon travail par story-board. Quand je dessine mes story-boards, le monde devient de plus en plus complexe. Il en résulte des changements dans tous les sens. Mais il semble que mon équipe, tout comme le public, ne se rend pas vraiment compte qu'il y a eu des changements.

Lasseter : Quand je lui rend visite, je suis toujours émerveillé. Nous travaillons tellement dur chez Pixar. Nous avons une équipe de storyboarder, et nous travaillons et retravaillons minutieusement toutes nos séquences. Je m’installe pour l'observer, et il s'assied à son bureau et commence. Il fait tout lui-même, et ses planches sont si belles. Elles deviennent ensuite les layouts de ses films, et elles jaillissent tout simplement de sa tête. Ce n'est pas vraiment une question, ce que je raconte là. Je m’emballe simplement parce que je suis assis juste à côté de Hayao Miyazaki !

Miyazaki : Je pense que travailler seul à un story-board est une coutume que nous avons au Japon en matière d'animation. Je ne suis pas le seul à travailler ainsi, mais comme je suis lent, il me semble que j’y passe plus de temps que d’autres.

Les origines de Ponyo sur la falaise

Miyazaki : John Lasseter le sait aussi bien que moi, mais il est vraiment difficile d'expliquer d’où provient la motivation ou l'envie de faire un film. Je pense que j’étais à la recherche de quelque chose dans mon subconscient avec un filet de pêche, que je me suis retrouvé à attraper un poisson rouge, et que c'était justement l'inspiration recherchée pour commencer ce film.

Il y avait ce livre d'enfants, ciblé pour les très jeunes, qui m'a un peu orienté au début, et j’ai éventuellement songé à l’utiliser comme histoire originale pour travailler. Il y avait une grenouille dans le récit. Mais pendant que je travaillais sur l'histoire, c’est devenu quelque chose de complètement différent de celle du livre, aussi je n'ai pas poursuivi dans cette direction. (Note : Il se réfère à Elta la grenouille de l'auteure japonaise Rieko Nakagawa).

Je ne pouvais pas concevoir un bon personnage avec une grenouille, alors je l'ai transformée en poisson rouge. Je pense que j'ai été chanceux, car c’était une bonne chose de l’avoir transformé en poisson rouge.

Question : Une des histoires qui a inspiré Ponyo est celle de La petite sirène. Quelles sont les différences entre votre interprétation et la version animée de Walt Disney ?

Miyazaki : J'ai vu la vidéo de la petite sirène il y a maintenant bien des années, quand on me l'a donnée, mais je ne l'ai pas revue récemment pour m’en inspirer. En tout cas, je ne l'ai pas revu en réalisant mon film.

À propos de l’image et du son

Lasseter : La couleur dans tous vos films est si belle. Elle aide vraiment à décrire les émotions sous-jacentes de vos scènes. Ce film est, je pense, l’un des plus colorés que vous ayez créés. Quelle était l'idée derrière la forme ?

Miyazaki : j'ai voulu faire une histoire simple et montrer cette simplicité à travers les couleurs. En outre, comme le personnage principal est un poisson rouge, je n'ai pas voulu que ses couleurs submergent les autres, donc les autres couleurs devaient être éclatantes elles aussi.

Lasseter : La musique dans vos films est le fruit du travail stupéfiant de Joe Hisaishi. Comment, très tôt, le faites-vous intervenir dans le processus créatif ?

Miyazaki : Assez tôt, je discute avec Joe Hisaishi du film que je vais faire. Je donne quelques orientations à M. Hisaishi concernant, par exemple, Ponyo. C’est une petite fille poisson rouge. Dans quel monde vit-elle ? Je lui donne des indications sur le genre de motifs que je voudrais avoir dans le film. Alors, il compose la musique comme bon lui semble, d'une façon libre et ensuite il produit ce que nous appelons l'Image Album. Nous n'utilisons pas nécessairement toute cette musique, mais c'est la musique qu'il imagine être la mieux pour cette histoire. Ensuite, comme l'histoire se développe et avance de plus en plus dans le processus de production, nous discutons alors des utilisations plus spécifiques de sa musique. À certains endroits nous utilisons la musique, mais quelquefois nous ne l’utilisons pas. Parfois il perd de vue l'orientation que je lui avais donnée. Parfois, il arrive aussi que nous ayons des conflits au cours de la production. Nous sommes vraiment en désaccord, parfois. Par exemple, à l’époque, il y a des morceaux que j'ai enlevés du film Mon voisin Totoro et il continue de me dire que j’aurais dû les utiliser.

A propos des avancées technologiques

Question : Après avoir eu recours à l’informatique sur un film ou deux, Ponyo sur la falaise marque votre retour à une animation complètement dessinée à la main. Y a t’il quelque chose de particulier dans Ponyo pour vous avoir imposé cela ? Ce retournement est-il lié au film ou bien auriez-vous fait avec n'importe quel autre projet?

Miyazaki : En fait, Le Studio Ghibli avait dissout son département infographie juste avant de commencer la production de Ponyo. C'est ainsi que nous avons décidé de nous en tenir à l’animation traditionnelle. Sur ce point, John Lasseter et moi sommes différents, je pense que je peux lui laisser l’exploration de l'animation par ordinateur.

Question : Aimeriez-vous réaliser un jour un film 3D ? Permettriez-vous à l’un de vos films d'être adapté en 3D ?

Miyazaki : Je ne pense pas que nous réaliserons un jour un film 3D. Tout au moins, pas tant que mon producteur, Toshio Suzuki, et moi-même seront vivants.

 

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