Hayao Miyazaki parle de Ponyo sur la falaise !
par doug Jones (2/2)
Traduire Ponyo sur la falaise en anglais
Question : A quoi avez-vous voulu faire attention dans l'adaptation du film en langue anglaise ? Quelles modifications devaient être réalisées de sorte à obtenir les mêmes effets que dans la version anglaise ?
Miyazaki : J'ai confié la version anglaise à des amis de confiance, donc je n’étais pas inquiet. Je suis simplement resté au Japon sans m’en faire.
Lasseter : Un des plus grands défis dans la prise en charge et la création de la version anglaise des films de Miyazaki-san… C’est peut-être le troisième, non, le quatrième sur lequel j'ai vraiment travaillé : Le voyage de Chihiro, Le château ambulant, Les Contes de Terremer et maintenant Ponyo sur la falaise. Je ne veux en aucun cas que la version anglaise change quoi que ce soit dans l'histoire de Miyazaki-san. Le but est d’adapter le film pour le public américain et de rendre les dialogues naturels. Vous ne l’abordez pas comme si c'était un film japonais doublé. Ce n'est pas ce que nous souhaitons. Nous voulons surtout que chacun soit emporté par l'histoire.
Cependant, il y a parfois des choses que le public japonais comprendra visuellement et non le public américain. Dans ce cas, je m'efforce toujours de m’assurer que le public américain en soit exactement au même niveau de compréhension au même moment de l’histoire que le public japonais. Un parfait exemple qui remonte au Voyage de Chihiro, c’est lorsque le personnage principal marche et explore le village puis qu’elle tombe sur ce bâtiment. Tous les spectateurs japonais en le voyant savent immédiatement que c’est un bain public, mais personne aux États-Unis ne peut le comprendre. Donc, à ce moment-là, vous ajoutez juste une petite phrase du genre : « Oh, c'est un bain public ! » Ce sont juste des petites choses comme ça. Cela ne dénature rien. Mais ça permet de garder la compréhension du public intacte.
Une des choses à bien comprendre, c’est qu’au Japon, surtout avec Hayao Miyazaki, on enregistre toujours les dialogues après avoir fini l'animation, ce qui est différent de que nous faisons dans notre pays. Nous enregistrons toujours les dialogues avant de créer l'animation. Ainsi, le Lip-sync (synchronisation de l’animation labiale avec la voix de l’acteur) est le côté un peu ardu du travail d’adaptation. Mais il nous aide à y mettre les mots. Nous travaillons beaucoup avec les acteurs pour faire coller les lignes de dialogue avec le bon mouvement de bouche, parce que vous ne voulez pas voir quelqu’un assis, déblatérant un flot de dialogue alors qu'il n'y a pas de mouvements de bouche à l’écran. Vous souhaitez que cela s’harmonise.
L’objectif reste les salles obscures que le public américain soit emporté par cette belle histoire, par ses visuels et son univers. Donc nous avons travaillé vraiment dur pour que cette adaptation semble aussi naturelle que possible.
Question : Vous avez mentionné Les Contes de Terremer. Miyazaki-san, depuis que votre fils a réalisé ce film, produit avant Ponyo sur la falaise, qu’a-t-il entrepris pour perpétuer la tradition familiale ? Et M. Lasseter, je ne savais pas que vous aviez préparé une adaptation de ce film. Je pensais qu’il y avait un problème de droits avec Ursula Le Guin. Qu’en est-il vraiment ?
Lasseter : Nous sommes en train de patauger à ce propos, et il y a une date limite. Le film sera diffusé à une date encore non définie.
Question : Mais l’adaptation est-elle prête ?
Lasseter : Elle l’est.
Miyazaki : Mon fils est maintenant occupé à élever ses enfants.
Lasseter : Ce qui est très important pour Miyazaki-san.
Miyazaki : Ce qui est effectivement une étape importante de la vie.
Question : Y a-t-il quelque chose de plus à ajouter concernant l'intérêt de votre fils pour l'animation ?
Miyazaki : c'est une question difficile, mais je ne me vois pas créer une dynastie de réalisateurs, à moins qu'il ne puisse arriver à devenir un réalisateur accompli tout seul. C'est à lui de voir. Le premier obstacle à cela en ce moment, c’est d’élever ses enfants.
Les moments favoris de John Lasseter dans la filmographie de Hayao Miyazaki
Lasseter : Vous savez c’est quand vous regardez un film et que vous y voyez quelque chose, quelque chose que vous n'aviez jamais vue auparavant, quelque chose à laquelle vous n’aviez jamais pensé avant. J’éprouve toujours cette impression dans les films de Miyazaki-san, il y a probablement cinq ou six de ces moments dans chacun de ses films.
La première chose que j’ai vue de Hayao Miyazaki a été le premier film qu’il a réalisé, Le Château de Cagliostro. J'ai été complètement transporté par l'humour et la générosité du film. Et aussi par la façon dont il a mis en scène l'action, et c'était pourtant un film d’animation dessiné à la main. Si je me suis autant intéressé au film, c’est peut-être aussi parce qu'il y avait une poursuite automobile au début du film qui, selon moi, est toujours une des meilleures poursuites automobiles couchées sur pellicule. La façon dont il a créé l’impression de profondeur est tellement sophistiquée et pourtant si simple, elle est gigantesque, et utilise seulement animation dessinée à la main. (...) Des parties du premier plan ont été animées à la main pour donner un sentiment de mouvement tout autour. C'était une route de montagne, il a animé la route et, ensuite, le second plan et l’arrière-plan ont été fractionnés en plusieurs niveaux, et il les a fait glisser latéralement. Il a ainsi réussi à donner cette profondeur gigantesque, tridimensionnelle. J'ai été stupéfait de voir à quel point sa solution était simple. Cela m’a tellement marqué.
Nous avons analysé plusieurs de ces séquences d’actions [contenue dans les films de Miyazaki] et étudié comment il s’en était sorti. Cela a été une source d’inspiration pour nous. Il y a un sauvetage dans Le Château dans le Ciel où Sheeta, le personnage principal féminin, est sauvée d’une forteresse, et c'est l’une des meilleures séquences de sauvetage existantes. C’est tout simplement fantastique.
Appréciation mutuelle
Miyazaki : De l’observation des films de John Lasseter, je pense que je peux comprendre mieux que n’importe qui sa manière de fonctionner. Lorsqu’il a une vision, il fonce tout droit il et travaille vraiment dur pour qu’elle devienne un film. J’ai le sentiment que c’est cette vision des choses qui me lie à lui.
Lasseter : C'est très gentil. Je dirais que ce qui nous a inspiré chez Pixar, probablement plus que toute autre chose… c’est lorsque Miyazaki-San célèbre ces instants de sérénité dans ses films, ce qui est tout le contraire des tendances actuelles à Hollywood, vous savez, toujours plus fort et toujours plus vite, toujours plus de tout, un montage ultra découpé.
Si vous regardez ses films, il y a quelques endroits ici et là où -et c’est admirablement bien pensé par rapport à la place où se trouvent l’action et le reste- il y a ces beaux moments de calme. Ce qu’il fait, en définitive, c’est préparer le terrain pour les séquences qui viennent juste avant ou juste après en raison du contraste. Je pense que si vous regardez notre film Là-haut, Pete Doctor et moi-même étions si inspirés par cela qu'il y a quelques beaux moments dans Là-haut qui ressemble à du Miyazaki, notamment dans leur aspect contemplatif.
J'ai pendant longtemps voulu que le public américain découvre les films de Miyazaki-San. Je me suis consacré à cela et j'ai fait ce que j'ai pu pour proposer ses films au public américain. Une fois que vous avez vu l'un d'entre eux, vous y prenez goût… Il vous emporte et vous voulez en voir plus.
Ce texte a été initialement et conjointement publié sur GhibliWorld et Twich. Photos : Doug Jones.
Merci à Nicolas " Hagiwara " VULJAJ pour son aide à la traduction.

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