Les coulisses de la création
de ponyo sur la falaise
8 mars 2006
Tous les jours, ses journées commencent de la même façon : Hayao Miyazaki arrive au volant de sa deux chevaux dans son atelier personnel qu’il salue respectueusement, même si l’endroit est vide et surtout inanimé ! Il se prépare ensuite un café, puis sort un banc sur le seuil de l’atelier, placardé d’une affiche invitant tout le monde à venir s’y reposer.
Il commence ensuite seulement à dessiner mais pas pour son nouveau film. Il travaille actuellement sur une bande dessinée adaptée d’un roman anglais pour les enfants. Le réalisateur explique que ce n’est pas à proprement parler un travail, juste un plaisir personnel.
Miyazaki avoue que durant la période précédant les débuts de création, il fait parfois des choses qui n’ont rien à voir avec la préparation d’un nouveau long métrage. Ce jour-là, il est ainsi sorti pour filmer des paysages, en subjectif, à l’aide d’une petite caméra numérique. Lors de sa première sortie, le bleu du ciel était trop présent. Il est ainsi sorti une seconde fois pour refilmer. Le journaliste commence à le questionner :
-
Ce genre d’exercice vous aide à avoir des idées ?
- Pas du tout. Je fais plutôt ça pour m’amuser !
Le journaliste est perplexe car rien ne semble bouger dans le sens de la création du nouveau long métrage.
- La création avance ?
- En ce moment, je n’ai pas vraiment le temps de m’en occuper ! Je me demande d’ailleurs comment je vais faire.
Cela fait maintenant une semaine que le journaliste suit le réalisateur et que ce dernier n’a toujours rien commencé de concret…
27 avril 2006
Ce jour là, Miyazaki quitte son atelier personnel pour le studio d’animation principal qui se trouve à 3 minutes de là et où la production du film les Contes de Terremer touche à sa fin. Le long métrage est la première réalisation de son fils aîné, Goro, qui marche là sur les traces de son père malgré l'opposition de ce dernier. Le réalisateur voulait rendre visite à sa fidèle coloriste en chef, Michiyo Yasuda, qui lui fait en ce moment une infidélité en travaillant sur le film de son fils. Miyazaki choisit finalement de s’éclipser.
- Est-ce que vous essayez d’éviter votre fils ?
- Non, j’essaye plutôt de ne pas m’approcher de lui parce que ça m’embête. Cela me met de mauvaise humeur...
8 mai 2006
Miyazaki commence à s’activer un peu : lui, le directeur de l’animation Katsuya Kondô et le directeur artistique Noboru Yoshida se réunissent. Cette réunion marque le point de départ de la création du film. C’est lors de cette réunion que Miyazaki leur explique l’histoire de son nouveau film : Ponyo, une princesse poisson au visage d’être humain s’échoue sur la plage et est sauvée par un jeune garçon de 5 ans nommé Sousuké. Le titre de ce nouveau film : Ponyo sur une falaise (Gake no Ue no Ponyo). C’est la première fois qu’un film du réalisateur a la mer pour cadre principal.
« Je souhaite que le film donne l’impression que Ponyo est mignonne et que Sousuké un garçon courageux. Pour l’instant le film est très vague et je n’y ai pas encore réfléchi en détail. Mais en gros, je veux que le film soit amusant et l’ambiance joyeuse. »
La pré-production a commencé mais pour l’instant Miyazaki ne sait pas encore trop comment elle va se dérouler. Un des secrets du réalisateur est de commencer chaque nouveau film en dessinant des imageboards : des dessins d’ambiance en couleurs. Le réalisateur couche sur le papier un maximum d’images sorties de sa tête. Il commence ainsi par dessiner sans même avoir une histoire précise en tête. Il commence à dessiner un bateau sur la mer et s’arrête brusquement : «C’est pas bien aujourd’hui ! Arrêtez la caméra ! J’ai sommeil : je vais me coucher. Bonne nuit. »
La création des imageboards s’apparente un peu à l’idée de mettre un hameçon dans l’eau d’une rivière : on sait qu’il y des poissons dans l’eau mais parfois on ne peut pas les attraper !
Miyazaki réfléchit ensuite au début du film : s'il commence par la vie quotidienne de Sousuké, il sera plus facile pour le public de rentrer dans l’histoire mais s'il commence par la vie de Ponyo, ce sera plus original mais moins compréhensible pour lui. Pour l’instant, c’est plutôt l’option Sousuké qui emporte son adhésion. Mais il souhaite de plus en plus que le film soit original. Il estime finalement qu’un film trop compréhensible ne peut pas faire un film très intéressant. « Si je suis cette logique, peut être serais-je enchaîné par mes pensées. J’essaie donc de casser cette logique. Néanmoins, je pense que ça sera sûrement compréhensible pour les enfants car ils ne vivent pas dans la logique des adultes. »
Il commence ensuite à dessiner un groupe de méduses. Il pense maintenant que cela peut être amusant d’associer Ponyo à des méduses. Le lendemain matin, Miyazaki a presque achevé la totalité des imageboards du début du film. « Comme ça, conclut-il, on peut introduire et montrer un bestiaire spécial dès le début du film. »
A partir de ce moment, l’imagination de Miyazaki s’épanouit. Il recommence à dessiner un bateau. Au matin, il y aura un bateau qui fait du bruit et qui étonne Ponyo. Trois jours plus tard, il commence a rédiger le scénario mais finalement déchire le papier : il commence à regretter de s’être engagé dans la création d’un nouveau film. La création d’un film chez Miyazaki avance de façon sinueuse et est ponctuée de beaucoup de moments de doutes.
24 mai 2006
Le président du studio Ghibli, Toshio Suzuki arrive. Cela fait maintenant 30 ans qu’il travaille avec le réalisateur. Les imageboards du début du film représentant les méduses éveillent son intérêt. « C’est pas mal comme début de commencer dans la mer ! »
« Si c’est le producteur qui dit ça, alors on est obligé de commencer dans la mer ! » déclare Miyazaki en riant. Suzuki parti, Miyazaki ironise : « Voilà, on a réussi à convaincre Suzuki. C’est comme ça un film : si le début n’est pas intéressant, c’en est fini pour lui ! »

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