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Les coulisses de la création
de ponyo sur la falaise (2)

   

31 mai 2006

Il s’est maintenant passé trois semaines depuis le début de la pré-production du film. De plus en plus d’imageboards sont terminées mais Miyazaki reste tendu : «J’ai l’impression que je m’égare ». Le réalisateur cherche une approche différente par rapport à ses autres films. Ces derniers sont connus pour la richesse de ses images. Pour Le voyage de Chihiro, Miyazaki, lui-même, sentait déjà qu’il avait atteint une limite dans la densité de détails que pouvaient offrir ses images. C’est en février 2005 qu’il en prend pleinement conscience, durant un voyage en Angleterre, lors d’une visite du Tate Modern de Londres. Là, il est bouleversé par les peintres du courant anglais préraphaélite du milieu du XIXème siècle, et plus particulièrement par le tableau Ophelia de John Everett Millais (1852). « Cette peinture est dense comme les images de mes films. J’ai finalement compris que je faisais la même chose que ces peintres mais en moins bien. Ca ne sert donc à rien de continuer dans cette voie car je ne peux pas les surpasser. »

    

Le réalisateur est un peu coincé car il comprend qu’il faut changer d’orientation mais il ne sait pas laquelle prendre. Quand il crée un film, Miyazaki essaie d’être neuf et honnête. « On met inconsciemment sa façon de penser dans ses films et même si on essaie de la cacher, elle rejaillit quand même dans les films. On regrette par la suite de ne pas avoir créé un film avec honnêteté et au final cela nous bloque lorsque l’on songe à aborder le film suivant. »

Ce soir-là, Miyazaki arrête de dessiner. Il met de la musique classique et écoute La chevauchée des Walkyries de Richard Wagner tout en commençant a écrire la note d’intention du film à l’attention de son équipe. Auparavant, ses films avaient comme caractéristique première un haut degré d’exigence technique. Cette fois-ci, il aimerait avant tout orienter son film vers plus de simplicité.

    

7 juin 2006

C’est un moment important pour le réalisateur car il commence à dessiner une scène de tsunami qui va être l’une des plus importantes de ce film. Dans cette scène, Ponyo et Sousuké vont se retrouver. Il utilise à cette occasion une boîte de pastels secs jamais utilisée.
- D’où vient cette idée ?
- Peut être du fait que j’ai écouté du Wagner.

Comme le film s’oriente vers quelque chose de plus simple, il épure également son dessin et évite ainsi les détails. Ce n’est pas qu’il déteste les détails (il en mettait avant), mais ce film doit être une rupture dans sa filmographie. Il évite donc soigneusement les ombres et des reflets de lumière dans son dessin. C’est un défi pour Miyazaki, car auparavant son dessin était dense et complexe. Cette fois-ci, il cherche à simplifier son trait et il est à nouveau anxieux.
Le directeur artistique Noboru Yoshida découvre son dessin. Ce n’est pas évident de créer un film rythmé avec des dessins simples. Donc il faut bien réfléchir à une nouvelle façon d’animer. Depuis le début de la création du film, Miyazaki a déjà multiplié les imageboards mais celles consacrés à la scène du tsunami sont les plus importantes. A partir de cette séquence, ses dessins avancent beaucoup plus vite.

    

28 juin 2006

Miyazaki assiste à l’avant première des Contes de Terremer. Il retrouve là Michiyo Yasuda. Le réalisateur était contre la nomination de son fils à la direction de ce film pour la simple et bonne raison qu’il serait impossible de tenir ce poste pour quelqu’un de novice dans l’animation. Dans la salle, Miyazaki est assis avec Yasuda dans les premiers rangs. Son fils Goro est assis quelques rangées en arrière à côté de Suzuki.
Une heure après le début de la projection, Miyazaki sort de la salle. « Il ne faut pas créer un film juste avec ses sentiments… J’ai l’impression d’être resté assis pendant 3 heures… »
Après avoir fumé une cigarette, il retourne dans la salle. Le narrateur de l’émission explique alors que durant l’enfance de Goro, son père était très pris par son travail dans l’animation. Hayao Miyazaki n’était pas un père très présent au foyer. Néanmoins, Goro a grandi avec les films de son père.
Fin de projection, applaudissement des spectateurs sauf de Miyazaki père. A la sortie le journaliste le rattrape et le force à sortir de son mutisme.
- Qu’est ce que tu veux que je te dise ?
- Votre impression sur le film ?
- J’avais l’impression que je regardais mon enfant qui n’a pas grandi. C’est tout.

Quelques jours plus tard, par l’intermédiaire de Michiyo Yasuda, le réalisateur félicitera son fils pour son travail et sa « façon simple de créer ». « Il faut aborder un film comme si on allait changer le monde, même si ce n’est pas vrai. » Le film de son fils étant terminé, il pense maintenant que le chemin est libre pour son nouveau long métrage. Le travail d ’animation commencera dans trois semaines.

    

3 juillet 2006

Miyazaki part à Setouchi, dans l’ouest du Japon. C’est la fin de la préproduction. Le démarrage du travail d’animation est imminent. Il profite de cette occasion pour se retrouver seul, une semaine, dans la maison de l’un de ses amis, au bord d’une falaise. Il est déjà venu plusieurs fois ici et il apprécie la vue sur la mer qu’offre la demeure. Il fait tout tout seul ici. Il profite de sa solitude pour se faire plaisir : il s’adonne ainsi à la cuisine salée, interdite dans son foyer...

    

7 juillet 2006

Miyazaki est en repérage au bord de la mer. Depuis son arrivée à Setouchi, son comportement a changé. Il se met de plus en plus loin de la caméra, évitant le journaliste. Celui-ci le relance :
- Ces moments en solitaire sont nécessaires pour la création d’un film ?
- Chaque réalisateur est différent. Je suis quelqu’un qui préfère être de mauvaise humeur. Dans ces moments délicats, c’est difficile d’être souriant et en même temps d’avancer sur le film. C’est peut être pareil pour tout le monde ? Plus la période de création s’approche, plus je suis nerveux et de mauvaise humeur. Cela suffira pour aujourd’hui...

    

17 juillet 2006

Miyazaki est de retour à Koganei, en banlieue de Tokyo, dans les locaux du studio Ghibli. Il rejoint la centaine d’animateurs déjà présents pour participer à la production de l’animation. A cette date, il a déjà dessiné environ 50 images boards durant la préproduction. De son côté, il commence l’élaboration du storyboard du film. « C’est un travail que je me réserve car il n’y a qu’à moi que je peux faire confiance. »

Son visage a encore changé. Il a pris son visage anxieux de réalisateur. Suzuki a l’impression que la tension est plus tangible que d’habitude car Miyazaki s’essaye à quelque chose de différent. Mais en même temps il le comprend, c’est un travail harassant et le président du studio Ghibli estime que c’est normal qu’il soit de mauvaise humeur jusqu’à la fin de la production. Yasuda Michiyo pense elle aussi qu’elle va être confrontée à des choses très différentes de ce qu'elle avait rencontré dans le passé.

    

8 mars 2007

11 mois après le début de la production du film, le tout premier plan du film, montrant Ponyo entourée de méduses, est achevé. Le travail éprouvant de Miyazaki et de son équipe continue jusqu’à la fin du film…

    

Epilogue

Le reportage se termine sur cette question centrale : qu’est-ce qu’un professionnel ? « Il n’y a pas de notion de professionnalisme. Un professionnel peut aussi bien être à moitié amateur. Je ne fais pas ce métier par professionnalisme. Je le fais car j’ai envie de le faire. Ce qui est important c’est l’esprit. »

    

 
   
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