accueil studio films mangas galeries download bonus produits
Introduction Histoire Personnages Analyse Création du film Fiche technique

Analyse de Porco Rosso

     

Comment ne pas être séduit par Porco Rosso? Car "séduction" est le mot qui convient à ce superbe long métrage de Miyazaki, savant mélange de romantisme, de mélancolie, de comédie et d'aventure. Sous une enveloppe drôle et tendre, le réalisateur parvient à donner une véritable profondeur à son sujet, ainsi qu'à ses protagonistes.

La transformation de Porco Rosso

Par la peinture de ses personnages masculins, Miyazaki nous invite à comprendre les faiblesses, les rancoeurs, l'arrogance et la résignation sans pour autant juger ceux qui tombent dans le désoeuvrement. Au travers de la mélancolie qui imprègne le film, il met en lumière les dérives humaines. Des dérives qui ont transformé un jeune homme plein d'espoirs et d'idéaux en cochon marginal et désabusé. Miyazaki ne nous donne pas d'explications pour cette transformation, il nous laisse libre d'interpréter, selon notre sensibilité et notre vision du récit.

Les circonstances de la transformation de Marco sont celles évoquées dans la scène clef du film où Porco raconte une histoire à Fio pour l'endormir. Le récit donne lieu à l'une des scènes les plus poétiques et émouvantes du film. Dans une bataille lors de la première guerre mondiale, Marco perd ses amis aviateurs et frôle lui-même la mort. Il voit, impuissant, les appareils de ses camarades et de ses ennemis monter au ciel rejoindre le cimetière aérien. Un cimetière où s'accumulent à perte de vue des milliers d'épaves d'avions de tous les pays, maintenant unis dans la mort, au point de former une véritable voie lactée. Quelle plus belle image pour dénoncer l'absurdité de la guerre et la folie humaine?

  

Marco ne peut pas accepter le sort de son coéquipier Berlini, ami d'enfance qui venait de se marier avec Gina. Il aurait voulu partir à sa place mais le destin en a décidé autrement et l'a rappelé sur terre. Cet épisode tragique peut être considéré comme le tournant de sa vie. Marco remet désormais en question ses valeurs et ses convictions (notamment le fait de tuer et mourir pour son pays). Incapable de résoudre les conflits et les tiraillements dans son esprit, il se transforme en cochon.

Dans diverses interviews, Miyazaki suggère toutefois une autre interprétation. Il est vrai que, pour comprendre une oeuvre aussi personnelle que Porco Rosso, il convient de regarder du côté de l'auteur. Le cochon décrit dans le film, n'est-ce pas lui, justement? Un homme d'âge mûr qui rêvait dans sa jeunesse de changer le monde (Miyazaki était marxiste), et qui petit à petit s'est transformé en cochon en se compromettant dans le système. Car si Porco est un être marginal, ce n'est pas plus pour défendre un quelconque idéal, que pour être indépendant et se complaire librement dans son petit confort personnel.

Distinguant une certaine similitude dans le comportement humain et celui du cochon, Miyazaki choisit symboliquement cet animal pour représenter son héros : "Pour les Japonais, le cochon est un animal pour lequel on a de l'affection, mais qu'on ne respecte pas. Pour moi, c'est un animal avare, capricieux et qui n'est pas sociable… En termes bouddhistes, il a tous les défauts de l'être humain : il est égoïste, fait tout ce qu'il ne faut pas faire, jouit de sa liberté. Il nous ressemble beaucoup !". Le cochon convient donc parfaitement au personnage de Marco: un pilote solitaire et marginal qui ne veut pas faire la guerre et tuer mais qui se complaît dans l'illégalité et les grosses primes!

Pourtant à force de vivre en se fermant aux autres, on ressent finalement de la solitude et du regret. Porco est une véritable métaphore de la condition humaine, selon Hayao Miyazaki : "ce film s'adresse à un public large mais aussi aux hommes d'âge mûr, qui, jeunes, rêvaient d'une vie pure, mais qui, progressivement, insensiblement, se sont transformés en "cochons" à force de travailler comme des fous. Eux qui, au nom des grands principes, luttaient contre le matérialisme et le mercantilisme, jouissent désormais de la société d'hyper-consommation."
 

     

© Buta Connection