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La production de Porco Rosso

     

Les origines

L'introduction de The Art of Porco Rosso édité en 1992 confirme que Miyazaki voit ce film comme "une oeuvre personnelle créée pour [son] propre plaisir". Questionné, dans une récente interview, sur ce qui l'a inspiré, le maître répond: "J'aime les hydravions. Bien que je fasse des films pour les enfants, ce film-là a été réalisé parce que je voulais exprimer mon amour pour ces avions. Jusqu'à ce que j'eusse terminé Mononoke Hime, je me sentais un peu coupable -pas trop quand même- d'avoir impliqué le studio dans un projet personnel".

Ses passions pour l'aviation et l'Italie étaient connues de ses collègues. Mais Miyazaki voulait aussi réaliser un film sur un cochon depuis plusieurs années. Il a de l'affection pour cet animal et aime le dessiner. L'idée de faire réaliser une vidéo contant l'histoire d'un cochon a manqué de se concrétiser. A cette époque Miyazaki était sur le point de démarrer la production de Laputa, le château dans le ciel. Comme il ne se voyait pas diriger deux films en même temps, le projet avec le cochon fut confié à un autre jeune directeur.

L'histoire initiale, inspirée de l'essai illustré Zassô nôto que Miyazaki a créé en 1984, était la suivante. Ancien officier militaire, un cochon quitte son commandement, construit un tank et part en quête d'amusement et de gloire. Il kidnappe une jeune femme dont il tombe amoureux et tente en vain de la séduire. "Alors que je continuais à travailler l'histoire, j'ai pensé à une fin heureuse où l'amour du cochon conquiert le coeur de la fille. Au début cette dernière était censée être une fille ordinaire, serveuse dans un restaurant routier. Mais le personnage a été modifié et elle est devenue une chanteuse dans un bar comme Marilyn Monroe dans La rivière sans retour, en un peu plus jeune et plus pure." Mais le jeune directeur en charge de la réalisation ne croyait pas qu'un homme d'âge mûr puisse aimer sincèrement une jeune femme qu'il a kidnappée et réussir à gagner son coeur. N'arrivant pas à se mettre d'accord avec Miyazaki sur le scénario, il s'en va et le projet tombe à l'eau.

Quelques années plus tard, Miyazaki confie à Comic box qu'il n'a pas abandonné l'idée de réaliser "un film pas sérieux dans lequel, je montrerais mon côté embarrassant... La vérité est que je suis heureux quand j'écris des histoires stupides d'avions et de tanks dans des magazines comme Model grafix [...]. Mais l'animation demande un travail d'équipe énorme. Un film ne peut être fait que par une organisation et il est difficile de la faire travailler sur un projet frivole. Donc, parfois, je rêve de faire un film débile avec mon propre argent, une K7 vidéo (OAV) qui ne me permettrait même pas de rentrer dans mes frais."

Cette idée refait rapidement surface -avec un scénario une fois de plus modifié- dans l'historiette Zassô nôto, Hikotei Jidai (L'époque des hydravions) publiée en 1990 dans Model grafix. Maintenant, l'histoire prend place dans l'Adriatique au cours de l'été 1929. Le héros, un cochon aviateur ancien héros de guerre, vit sur une île près des côtes croates et l'action se déroule dans la ville de Dovrok et dans les airs.


C'est de ce manga qu'est inspirée la version définitive de Porco Rosso.

Le projet et la production

C'est alors que vint la proposition de faire un film destiné à être diffusé sur les vols nationaux de Japan Airlines. La compagnie aérienne pense à une distraction de 45 minutes pour ses clients, pour la plupart des hommes d'affaires fatigués. Ce projet est rapidement accepté car Miyazaki y voit d'abord un moyen de détendre l'atmosphère du studio et offrir à l'équipe d'animateurs une petite récréation, après le travail harassant fourni sur le long métrage Omohide Poroporo de son collègue Takahata.

Il est certain que Miyazaki ne boude pas le plaisir de réaliser le film personnel dont il a toujours rêvé (une histoire fondée sur sa passion des hydravions et dont le héros est un cochon). Son imagination décollant, les idées affluent et le coût de la production s'envole. De plus la guerre civile qui éclate en Yougoslavie au moment de la production et la chute du communisme convainquent Miyazaki de transformer le film en long métrage.

Le producteur Suzuki intervient alors et annonce que le film va devenir un véritable long métrage dont la fabrication durera onze mois et emploiera près de 250 personnes. Ainsi ce qui était prévu pour être un divertissement léger prend des accents plus sérieux.

A sa sortie dans les salles le 18 juillet 1992, le public japonais fait un triomphe au nouveau film de Miyazaki et confirme le succès de Kiki, la petite sorcière. Avec plus de 3 millions d'entrée, il se place devant des blockbusters tels que JFK et La belle et la bête de Disney et constitue le plus grand succès d'un film d'animation au box-office japonais jusqu'alors.

Porco Rosso à l'étranger

Kurenai no buta a été traduit en anglais et en français. La version anglaise, prévue pour les vols de Japan Airlines, a aussi été diffusée sur le câble et le satellite en Grande-Bretagne dans l'indifférence générale. Le cas de la version française est plus intéressant :

Après son succès retentissant au Japon, Porco Rosso est projeté (avec les autres oeuvres de Miyazaki) au Festival d'animation d'Annecy 93. Il y crée la surprise en remportant le prix du meilleur long métrage et en soulevant l'enthousiasme des professionnels et journalistes présents. Le Studio Canal+ prend contact alors avec Ucore (filiale française d'une grande entreprise en bâtiments représentant des compagnies audiovisuelles japonaises, dont Tokuma et le Studio Ghibli) et un contrat est signé fin décembre 1993.

Un plus tard, Canal+ réalise un superbe doublage, digne des plus grands films, avec la voix de Jean Réno pour le rôle-titre. Après une présentation au festival de Paris en 1994, on prépare sa sortie en salle. C'est UGC qui est en tête de liste pour la diffusion de Porco Rosso. La sortie est fixée au 21 juin 1995, date de l'ouverture de l'UGC Ciné-Cité des Halles. AMLF, le plus grand distributeur indépendant en France, investit 2 millions de francs, somme tout à fait conséquente permettant une campagne d'affichage et de promotion télévisée.

Malgré tout cela, le film n'a pas le succès escompté et le nombre d'entrée (50000) est insuffisant pour satisfaire AMFL. La presse, si elle est globalement favorable, se contente d'un traitement discret et banal. Il semble que le film n'a pas réussi à surmonter les a priori négatifs pesant sur l'animation japonaise (Le Monde : "le graphisme des personnages reste proche de la niaiserie niveleuse des dessins animés nippons et le scénario [...] paraît manipuler les mêmes sempiternelles recettes…").

Néanmoins, Porco Rosso connaît une carrière durable en vidéo et dans les séances de cinéma "jeune public". Et une première sortie DVD par studio Canal en 1999 puis par BVHE en 2006 prouve qu'il a su séduire peu à peu le coeur des Français.

Des informations sont tirées de Hayao Miyazaki, Master of japanese animation d’Helen McCarthy

     

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