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Art et technique dans Porco RossoLes sources d'inspirations et les hommagesHayao Miyazaki a créé le héros de Porco Rosso en puisant dans le cinéma hollywoodien. Porco est visiblement inspiré des personnages mythiques des années 30/40, le type même du héros à l'ironie désabusée, qui n'entre pas dans les canons de beauté et qui refuse avec nonchalance l'ordre établi. Avec son feutre vissé sur la tête, son imperméable et une cigarette "Gitane" aux lèvres, la comparaison avec le flegmatique Humphrey Bogart de Casablanca est inévitable. Par ailleurs, le combat homérique qui l'oppose à Donald Curtis à la fin du film s'inspire d'un autre classique hollywoodien : L'Homme tranquille de John Ford, dans lequel John Wayne et Victor McLaglen se battent à mains nues. ![]() Porco a un petit air de Bogart avec l'embonpoint en plus! Avec Porco Rosso, Miyazaki s'inspire à nouveau de la littérature européenne : il introduit des thèmes (la mythologie du pilote d'avion) et un univers poétique proches d'Antoine de Saint-Exupéry. Miyazaki avoue à ce propos: "Pour Porco Rosso, ma véritable inspiration est avant tout littéraire. C'est plus du côté d'Antoine de Saint-Exupéry, un écrivain que je vénère, qu'il faut chercher une influence." Une autre référence littéraire apparaît également dans une des scènes-clés du film, la scène du cimetière d'avions formant la voie lactée. La même scène est décrite par Roal Dahl, en 1946, dans un recueil de nouvelles intitulé A tire d'aile (titre original "Over to you"). Nous vous proposons ici de lire un extrait de "Ils ne feront pas de vieux os" : "Je volais à 20000 pieds (...) du côté de la chaîne du Liban. (...) Soudain, je me trouvais à voler à l'intérieur d'un nuage, un nuage si blanc si épais et si doux que je ne pouvais plus voir au delà de mon cockpit (...) Jamais je n'avais vu un nuage pareil (...) comme dans les contes de fées, je me sentais porté sur un tapis volant (...) et tout d'un coup, je fus aveuglé, ébloui. (...) Je sortais du nuage, mais d'une façon si brutale et si rapide que j'en fus comme illuminé. (..) Tout était bleu, d'un bleu si pur que jamais je n'en avais vu de semblable (...) C'est alors que je les aperçus. Au loin, devant moi et un peu plus haut que moi, je vis une mince et longue ligne noire d'avions qui passaient à travers le ciel; ils avançaient sur une seule file, bien serrés (...) et la file s'étendait sur toute la largeur du ciel, aussi loin que mes yeux pouvaient porter. (...) J'ai vu, j'ai su que c'étaient les pilotes et les équipages qui avaient été tués en combat aérien et qui, là, dans leur propre avion, étaient en train de faire leur dernière course. (...) Je reconnus les appareils un par un. Il y en avait de tous les types: des Lancaster, des Dornier, des Halifax, (etc...) Et cette ligne infinie et mouvante atteignait déjà le fin fond du ciel où elle s'effaçait presque, alors que la queue de la procession était encore tout près de moi." A travers d'autres références, le film prône également les valeurs artisanales et l'indépendance de l'animation. Ainsi, dans une scène, Porco regarde un film d'animation dérivé de Gertie, le dinosaure, de Betty Boop et de Mickey, trois créatures nées respectivement de l'imagination de trois grands artisans indépendants du dessin animé américain des années 20, Winsor McCay, les frères Fleischer et Walt Disney. ![]() Une image du dessin animé que regarde Porco GraphismePorco Rosso est le dernier long métrage de Miyazaki dans lequel les personnages et les arrière-plans sont entièrement dessinés ou peints à la main, sans aucune utilisation d'images générées par ordinateur. Encore une fois on ne peut qu'admirer la clarté des traits, la subtile palette des couleurs et la beauté raffinée des décors qui sont dans la lignée de ceux de Majo no Takkyubin. Chaque couleur dans les scènes se déroulant dans l'Adriatique est baignée de la lumière du soleil méditéranéen. L'île de Marco est un rêve de sable chaud et doré, protégé du monde extérieur par les murs du cratère d'un volcan éteint. C'est clair, chaleureux et tendre en même temps -d'ailleurs, le contraste entre ce paradis terrestre et la grisaille urbaine de Milan est frappante. On est aussi émerveillé par la représentation du ciel avec ses majestueux nuages, qui met en valeur les magnifiques scènes de vols. ![]() L'île de Porco Exemple d'intérieur: l'entrée de l'hôtel Adriano L'élégant hôtel Adriano brille comme un bijou au milieu d'une mer parfaitement bleue et le délicieux jardin privé de Gina est le cadre parfait pour une romance en conte de fée. Les deux reflètent la grâce et la beauté de la jeune femme et rendent sa résolution d'attendre Porco d'autant plus poignante. Enfin, les intérieurs, que ce soit de l'Hôtel ou des locaux de Piccolo, sont dessinés avec une minutie et une délicatesse rares, et sont mis en valeur par de magnifiques éclairages et jeux de lumières. La musiquePoursuivant sa fidèle collaboration avec le musicien Joe Hisaishi, Hayao Miyazaki insère au milieu des thèmes originaux du compositeur l'hymne communard français Le Temps des cerises de Jean-Baptiste Clément, chanté dans le film par le personnage de Gina. Cette chanson renforce l'évocation nostalgique de la sensibilité politique du réalisateur. Dans la version japonaise, elle est chantée en français -avec un léger accent- par Katô Tokiko. Sa voix est superbe et l'interprétation émouvante. Elle interprète aussi le nostalgique générique de fin, Toki ni wa mukashi no hanashi (Pour une fois, parlons des jours anciens). Les thèmes originaux alternent des morceaux en fanfare et d'autres beaucoup plus mélancoliques. Des sonorités italiennes sont de rigueur, mais se marient parfaitement avec les autres thèmes typiques des musiques d'Hisaishi. Au final, c'est une bande originale de grande qualité, avec de nombreux thèmes, et facile à apprécier. Néanmoins, on regrettera l'absence de trois plages dans l'édition française du CD dont les deux chansons, tout bonnement disparues pour des problèmes de droits!! Des informationssont tirées de Hayao Miyazaki, Master of japanese animation d’Helen McCarthy © Buta Connection |