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Mon voisin Totoro : Création du film

Projet

Avec Mon voisin Totoro, Hayao Miyazaki savait ce qu'il voulait réaliser : un film chaleureux, ne proposant au jeune public ni conflit, ni confrontation. Pourtant, bien que Miyazaki ait fait part de son idée pour la première fois au début des années 80, quand il a fallu mettre l'histoire sur le papier, il n'a pas tout de suite trouvé l'inspiration. La visite chez un collègue, peu avant le démarrage de la production, va débloquer la situation. Le réalisateur y trouve en effet l'exemplaire d'un supplément de journal s'intitulant Le Japon, il y a quarante ans. C'est à la lecture de ce texte que Miyazaki décide de revenir à l'innocence pastorale d'une enfance à la campagne. Une campagne des années 50, avant l'avènement de la télévision et avant que Tokyo n'eusse englouti une grande partie du paysage rural.

Mon voisin Totoro est le second long métrage du studio Ghibli et le second réalisé par Hayao Miyazaki. Produit entre mars 1987 et avril 1988, le film est un virage étonnant dans le parcours du réalisateur. Après des films d'animation où se mêlaient humour, action et aventure, nous voilà face à une intrigue forestière fantastique qui prend des allures de conte pour enfant. Seul exemple de deux films produit simultanément par le studio Ghibli, Mon voisin Totoro est proposé au public japonais en même temps que Le tombeau des lucioles de Isao Takahata.

De même que les projets qui allaient devenir Le château dans le ciel et Princesse Mononoke, l'idée de Mon voisin Totoro est rejetée par Tokuma pour la première fois au début des années 80. Début 1987, au sein du studio Ghibli, après la production de Le château dans le ciel, Miyazaki soumet de nouveau le projet. Mais le studio a toutes les difficultés du monde pour obtenir le feu vert. A cette époque, les films d'animation ne sont pas encore de gros succès au box-office japonais. Les financiers et les distributeurs ne croient pas en l'histoire de deux fillettes et d'un monstre dans le Japon moderne. Mais le producteur Toshio Suzuki est persuadé que Totoro ne pourra pas séduire tant qu'on ne le verra pas en mouvement, animé sur un écran. Pour faire accepter le projet, il propose que Mon voisin Totoro ne dépasse pas les 60 minutes et soit associé à un autre long-métrage, réalisé par Takahata, pour l'éditeur Shinchosa. Si un film est adapté d'un de leur roman, La tombe des lucioles (de Akiyuki Nosaka), les classes d'écoles iront le voir pour son intérêt pédagogique. Puis, ce même public pourra ensuite assister à la projection d'un deuxième film, comprise dans le prix du ticket. Pour Shinchosa qui veut percer dans le cinéma, cette proposition, bien que coûteuse, est l'opportunité idéale.

L'une des premières ébauches de Totoro

En revanche, cette sortie simultanée eu un autre effet : Miyazaki ressentait comme une honte concernant la légèreté de son thème par rapport à la visée littéraire du film de Takahata. Il pense même abandonner le Chat-Bus et la scène du vol sur les toupies, qu’il jugeait trop enfantins par rapport au thème du Tombeau des Lucioles. Heureusement, Suzuki en fait part à Takahata qui estime qu’il s’agirait d’un gâchis. Cette simple phrase rapportée par Suzuki réussit à convaincre Miyazaki de poursuivre dans cette voie, pour notre plus grand bonheur !

Production

Sans savoir qu'au final, les deux films auront tous les deux la durée d'un long métrage et seront exploités en salles indépendamment, le tout jeune studio Ghibli, alors âgé de deux ans, se retrouve ainsi à gérer et produire deux films aux histoires sobres et sans réels atouts commerciaux en même temps, sur une durée record d'un an. Deux possibilités sont alors envisagées : réaliser les deux films à tour de rôle en six mois ou diviser le studio en deux et réaliser les films conjointement. La première possibilité soulève l'interrogation de savoir si l'équipe sera en mesure de réaliser le film de Takahata puis d'embrayer immédiatement sur celui de Miyazaki tout en parvenant à changer d'état d'esprit et tout en gardant son énergie en passant de l'un à l'autre. De plus Miyazaki et Takahata ont tous les deux suivi le même parcours professionnel et les personnes compétentes dans lesquelles ils ont confiance sont les mêmes. Finalement, c'est la seconde solution qui est choisie et presque tous ceux qui ont collaboré à Laputa, le château dans le ciel ont collaboré à Mon voisin Totoro pour l'animation. Il n'y a que Yoshifumi Kondô qui, à la demande de Takahata, est allé rejoindre l'équipe du Tombeau des lucioles au poste de directeur de l'animation.

Tandis que l'équipe du film de Takahata s'installe dans le studio 1, c'est à dire l'ex-studio du Château dans le ciel, l'équipe de Mon voisin Totoro, formée pour une sortie prévue au printemps 1988, doit s'installer dans un second studio à quelques dizaines de mètres, dans un bâtiment en construction. Ce sera le studio 2, créé spécialement pour les besoins du film de Miyazaki. Dans la pratique ce second studio ne sera aménageable que le 1er avril 1987 et oblige le futur studio 2 à cohabiter provisoirement avec le studio 1. Seules trois tables y sont installées, une pour le réalisateur (Miyazaki), la seconde pour le directeur de l'animation (Yoshiharu Sato) et une dernière pour le directeur artistique (Kazuo Oga). C'est donc dans un coin du studio 1 que l'élaboration du concept du film et que la création des personnages commencent. En mars 1987, soit environ huit mois après la sortie de Le château dans le ciel dans les salles de cinéma japonaises, commence alors la production de Mon voisin Totoro. Les trois hommes ne se connaissent pas très bien. Seul Oga a déjà collaboré avec Miyazaki sur les moyens métrages Panda et petit panda (Panda Kopanda), quant à Sato, c'est la première fois qu'il participe à une œuvre de Miyazaki.

L'emménagement dans le studio 2 s'effectue finalement le 13 avril 1987 et donne lieu à une petite cérémonie d'inauguration. Le 14 avril, Miyazaki finit en une seule journée la note de mise en scène (le contenu s'avérera différent de celui du film), ainsi que la mise au point des personnages humains de l'histoire. Le lendemain, il commence le synopsis qu'il achève en huit jours. Le 16 avril, il rencontre Reiko Nakagawa, auteur de livres pour enfants, et lui demande d'écrire les paroles de la chanson du générique de début du film, Sampo (Promenade). Ce même jour, il demande à Joe Hisaishi de composer à nouveau pour lui la musique du film.

Le 18 avril, a lieu au Diamond Hotel, à Tôkyô, une conférence de presse conjointe sur les deux films en production, annonçant officiellement leur sortie aux médias. Il y a là près de deux cents journalistes. C'est l'une des plus importantes conférences de presse pour des films d'animation. Le 28 avril commence le travail sur le story-board. Au départ, le film devait être découpé en trois parties de 30 minutes pour la partie A et de 22 minutes pour les parties B et C. Ce qui, avec les 3 minutes d'introduction, devait amener le film à un total de 77 minutes. Fin mai, une première ébauche des parties A et B est terminée. C'est à ce moment là Miyazaki change le découpage du film pour y inclure une partie D. Début juin, le timing de la partie A est prêt (214 plans pour 1166,5 secondes).

Miyazaki en discussion dans le studio 2

Toujours en Juin, Miyazaki annonce dans une interview qu'un quart de la production est déjà achevé. Il donne une description assez détaillée des Totoros et du chat-bus et désigne les Totoros comme des « esprits de la nature ». A la fin du mois, Sato termine le character-design des personnages, et le story-board de la partie B est également fini (213 plans pour 1230.5 secondes).

A partir du 1er juillet et les jours qui vont suivre, Miyazaki indique ses attentes, les points importants, les sentiments à faire ressortir sur chaque plan aux animateurs clefs des parties A et B. Au milieu de l'été, le story-board de la partie C s'achève (247 plans pour 1213 secondes).

La progression journalière espérée par le producteur Tôru Hara n'est cependant pas atteinte. Pour garder un haut niveau de qualité et ne pas bâcler le travail, il décide de faire appel à d'autres studios sous traitant pour les dessins clefs puis le décor. Malgré la progression rapide du travail, mis à part les derniers moments, cette période est la plus dure. C'est pour cette raison qu'au début de l'automne, l'équipe du studio 2 part une journée pour un pique-nique de « motivation » dans la vallée d'Akikawa. Le studio organise cette escapade durant la semaine, sans prévenir les studios en sous-traitance qui, eux, continuent leur travail. « C'est un film pour distraire les gens. Il vaut donc mieux que les réalisateurs vivent quelque chose d'agréable dont ils se souviendront plus tard avec plaisir », explique Miyazaki.

Début octobre, la première maquette du film est montée. Malgré l'absence du son et le désordre des séquences, ceux qui la visionnent se montrent satisfaits du résultat de leur travail. À la fin du mois, Shiba arrive avec les cassettes tests des comédiens retenus pour prêter leurs voix aux personnages. Les doublures vocales de Satsuki, de Mei, de Monsieur et Madame Kusakabé sont choisies à l'issue de cette réunion.

Vers la fin de l'année 1987, le story-board de la partie D est achevé (276 plans pour 1289 secondes). Miyazaki a fini son travail de solitaire, il peut se concentrer sur la vérification des dessins clefs de l'animation. Yasuyoshi Tokuma, président du groupe Tokuma, rend visite au studio 2 en cette fin d'année, pour encourager l'équipe.

Le 30 décembre, le studio 2 fête la dernière journée de travail de l'année au restaurant Iseya, tout près du parc Inogashira. En vacances à partir du lendemain, la plupart des membres de l'équipe repartent dans leur campagne ou chez leurs parents pour fêter le Nouvel An. Mais des accros du boulot se retrouvent quand même au studio pour passer le réveillon en travaillant avant d'aller au temple pour se recueillir et se souhaiter beaucoup de bonheur. Ils sont seize, y compris les animateurs du studio 1.

Le travail reprend le 4 janvier 1988. Le studio 2 en est au dernier stade des intervalles. À la mi-janvier, il ne reste plus à réaliser que les dessins clefs de la partie D. A la fin du mois, de plus en plus d'animateurs clefs rendent leur travail et rejoignent l'équipe des animateurs. Ils contribuent au dernier coup de collier des intervalles. Le 21 février, les dessins clefs du générique de début sont achevés. Le 25 février, les intervalles sont terminés. Le générique du début, le dernier travail à accomplir, s'achève lui aussi. Le travail sur l'animation aura duré cent soixante-quatorze jours. Reste un dernier effort sur la finition à faire...

Pour accélérer la finition, le studio 2 forme, ce qu'il nomme affectueusement, la « main des chats », une équipe composée de trois femmes, travaillant et aidant l'équipe à la finition des dessins clefs, des intervalles, à l'assistance du directeur de l'animation, à la vérification de l'animation et à la finition.

L'enregistrement sonore prend beaucoup de temps. Pendant cette période, Miyazaki est plus souvent à l'extérieur qu'au studio. Séances d'enregistrement, pré-mixage des dialogues et des effets sonores spéciaux, il doit assister à toutes les étapes jusqu'à l'achèvement du film.

Le 1er avril, à trois heures de l'après-midi, une première projection est faite au Tôkyô Genzosho de Chofu. Le résultat d'un an de travail intensif est là. Un an auparavant, le même jour, à la même heure, Hara, Miyazaki, Oga et Sato visitaient un studio où il n'y avait encore rien. Le soir même, au restaurant Iseya, où l'équipe avait fêté la fin de l'année, le studio 2 célèbre l'aboutissement de tous leurs efforts.

Un jour d'avril, après avoir assisté à la projection d'essai présentée au public, Miyazaki revient au studio 2. La réaction des adultes est très bonne et les enfants ont adoré. Il est content et rassuré. Durant la première projection, l'équipe avait réagi tout autrement et Miyazaki n'avait su anticiper la réaction du public. Les inquiétudes disparues, le film est enfin terminé. Le 30 avril, le studio 2 est nettoyé. Son rôle prend fin et les studios Ghibli redeviennent le studio Ghibli.

Exploitation

L'exploitation japonaise

A la sortie de Mon voisin Totoro dans les salles japonaises, les résultats vont au delà des espérances du studio Ghibli. Au début, tout en étant loin des résultats des films récents de Hayao Miyazaki, le film remporte un succès d'estime (800 000 entrées en 5 semaines d'exploitation) et un petit commerce de produits dérivés est généré.

Le succès des produits dérivés Totoro est loin de faiblir plus de 25 ans après

Mais c'est au fil des années et des rediffusions T.V. que l'engouement grandit et que le film finit par toucher un public de plus en plus large et nombreux au Japon. A tel point que le personnage principal devient un véritable emblème dans ce pays, dépassant le cadre du cinéma d'animation. Le studio Ghibli a depuis adopté le profil de Totoro comme logo, le faisant apparaître à chaque début de ses films.

En 1990, le studio Ghibli accepte enfin d'accorder une licence pour une série de jouets et peluches basés sur les personnages du film. C'est un raz-de-marée commercial : les profits générés par les droits annexes atteignent un niveau permettant le financement des activités du studio pendant au moins un an. Le film accède au statut de film culte et la communauté de fans à l'étranger commence à se demander si le film passera un jour les frontières.

L'exploitation dans le reste du monde

Il faut attendre juin 1993 pour que Mon voisin Totoro soit projeté au Festival International du Film d'Animation d'Annecy, en présence de Miyazaki. Présenté hors compétition, le film est le coup de coeur de Jean-Luc Xiberras, directeur du festival.

C'est cette même année que les droits d'exploitation du film sont accordés aux Etats-Unis à 50th Streets Films pour une sortie en salles (très limitée) et à la Fox pour la vidéo. Les compagnies américaines voulaient la suppression de deux scènes (dont celle du bain) mais, encore sous le choc du massacre de Nausicaä de la Vallée du Vent, le studio Ghibli refuse toute coupe. Si la sortie au cinéma est passée inaperçue, le film sous son format K7 est devenu un classique des vidéos « familiales ».

L'abominable jaquette de la première édition vidéo aux Etats-Unis

En France, la découverte de Mon voisin Totoro par le public est encore plus tardive. Si le film était doublé depuis plusieurs années, il fallut attendre mai 1998 pour le voir sur un écran français. Il est diffusé directement par la chaîne de télévision payante Canal +, avant d'avoir les honneurs du grand écran en décembre 1999. Il bénéficiera ensuite d'une sortie en vidéo à l'automne 1999 chez TF1 Vidéo. Sa sortie, le 8 décembre 1999, dans les salles est plutôt discrète mais les critiques accueillent le film très favorablement et il attire quelques 250 000 spectateurs. Il a fallu par contre attendre juillet 2006 pour que Buena Vista sorte enfin le film en DVD.

Art et technique

« Ce film doit être proche de notre vie, et non pas dans un Japon imaginaire », explique Miyazaki à son équipe. « En conséquence, limitez strictement les éléments du décor. Observez vous-même les tuiles des toits, les plantes au bord de la route, les haies, pour mieux les dessiner. II est important d'observer tous les détails et de les retranscrire dans ce film. Quant aux gestes de Satsuki et Mei, vous pouvez apprendre beaucoup en regardant les vrais gestes des enfants. Surtout ceux de l'âge de Mei. Ces gestes n'ont pas d'intentions précises comme les adultes. Les enfants marchent et, une seconde après, ils sautent à pieds joints... »

Les personnages

Le projet de Mon voisin Totoro court alors depuis presque 10 ans et seuls quelques anciens croquis crayonnés de Miyazaki existent, datant du temps où il travaillait encore à Nippon Animation. La petite équipe commence par l'élaboration des personnages des deux sœurs. Dans les anciens croquis préparatoires de Miyazaki, seule Mei existe déjà. Les deux sœurs ne devaient être au départ qu'un seul et même personnage. Mais créer deux personnages permet de voir se confronter deux visions différentes du monde : celle d'une toute petite fille, représentant la partie enfantine du personnage, et celle plus mûre d'une préadolescente. Sato s'exerce alors sur les personnages du film en se basant sur les crayonnés de Miyazaki. Il esquisse les gestes et les poses des deux soeurs.

Cependant, Tokuma a créé une certaine confusion en utilisant des dessins du premier personnage pour la campagne de publicité du film dans lequel il n'apparaît finalement jamais ! Autre niveau de lecture, Mei est la transcription à la japonaise du mot anglais « may », « mai » en français, et Satsuki, l'ancien mot littéraire japonais pour le mois de mai, peut s'utiliser comme prénom féminin. De la même manière, à l'origine, les noiraudes avaient un corps et des pattes, qu'elles perdront dans la nouvelle relecture des personnages et qu'elles retrouvent finalement dans Le Voyage de Chihiro.

Au tout début, Totoro devait apparaître dès le début du film et était omniprésent à l'écran. Suzuki a lu le story-board et a questionné Miyazakki sur la pertinence de ce choix. Pensant à ET, il a alors proposé sur un simple coup de tête de faire apparaître Totoro vers le milieu du film. Miyazaki s'est mis à la tâche et a ainsi créé la scène de l'arrêt de bus. C'est de cette scène qu'est parti ensuite tout le film, Miyazaki et l'équipe réfléchissant aux scènes antérieures après la conception de cette scène. Cette prise de risque s'explique également par le fait que Miyazaki était rassuré par la double sortie avec Le tombeau des lucioles, il ressentait moins de pression quant à l'obligation de réussite. Selon Suzuki, cela l'a probablement déchargé d'un poids et les animateurs de l'époque ont constaté d'ailleurs qu'il s'ait d'un des seuls films où Miyazaki fut détendu et souriant.

Les décors

Le soin apporté aux décors est une caractéristique connue des oeuvres du studio Ghibli. C'est d'autant plus vrai pour Mon voisin Totoro dans la mesure où la nature tient un rôle très important. Il a donc fallu représenter un cadre rural qui soit plus qu'un simple arrière-plan mais un personnage à part entière. C'est Kazuo Oga qui a été choisi comme directeur artistique. Oga dessine en se référant aux photos prises lors de la recherche des décors, autour de la Nippon Animation, de sa maison et à Tokorozawa, la ville où habite Miyazaki, ainsi qu'aux dessins de ce dernier. Il se concentre sur l'éclat du vert des différentes plantes et leur variation de couleur en fonction des saisons et de la clarté de la forêt.

Pour réaliser les merveilleux décors que l'on voit dans le film, Oga a donc beaucoup travaillé les couleurs et les jeux de lumières de la végétation, des textures de la maison des Kusakabé mais aussi des reflets de l'eau et des vitres. Hayao Miyazaki voulait des décors les plus réalistes possibles tout en restant en apparence simples et frais. De nombreuses fleurs sont représentées dans le film afin de renforcer l'idée des saisons. Chaque plante et chaque fleur symbolisent un mois qui passe. Tout ceci a nécessité beaucoup de minutie et une attention toute particulière accordée aux détails et à la composition de l'image. Ainsi, Oga avoue n'avoir jamais travaillé autant que pour Mon voisin Totoro. Malgré tout ce travail accompli, Miyazaki et Oga regrettent le résultat pour certains détails du film, comme l'ondulation de l'eau ou le mouvement des arbres sous l'effet du vent. Bien qu'ils aient imaginé les techniques permettant de réaliser ces effets, elles n'ont jamais pu être appliquées dans le film, faute de temps.

Les couleurs

Afin d'anticiper les finitions du film en fin de production, Miyazaki s'intéresse déjà au choix des couleurs. Il décide bien en amont avec sa chef coloriste, Michiyo Yasuda, des 300 teintes nécessaires pour le film et plus particulièrement de celles correspondant aux variations de lumières des personnages principaux. La production des intervalles et des décors commence en août. Miyazaki, quant à lui, s'occupe de tout : réalisation du story-board, vérification de la mise en scène et des dessins clefs… C'est à cette période que Miyazaki décide également d'adopter l'utilisation d'un carbone marron spécialement conçu pour le film et Le tombeau des lucioles.

D'ordinaire, que ce soit pour la télévision ou pour le cinéma, on utilise (ou utilisait...) un carbone noir au moment où l'on fait passer les dessins à la machine à tracer, afin de les retranscrire sur un film en celluloïd. Pour Mon voisin Totoro, Miyazaki décide de tenter l'utilisation d'un carbone marron plutôt que noir. Ce carbone est spécialement conçu pour le film et Le tombeau des lucioles et coûte deux fois plus cher que le carbone noir. Après avoir visionné quelques essais, le résultat obtenu par le carbone marron s'avère incontestablement plus séduisant que le noir. Le carbone marron présente cependant un gros inconvénient : contrairement au noir, il ne reproduit pas, ou difficilement, les lignes avec la machine à tracer. Le studio prend quand même la décision d'utiliser ce nouvel outil, tout en sachant que cela représente un énorme travail pour l'équipe de finition. Non seulement du point de vue de l'apparence sur celluloïd, mais aussi pour la superposition des arrière-plans, le marron étant plus doux que le noir. Le procédé est donc adopté pour l'ensemble du tracé, néanmoins le noir est conservé dans certaines séquences et pour certains personnages. L'équipe a également recours à du carbone bleu ou vert pour les moustiquaires, ainsi que blanc pour la pluie.

Le doublage

L'inoubliable voix de Totoro est assurée par le doubleur Hitoshi Takagi. Pour arriver au résultat que l'on entend dans le film, sa voix, au ralenti, est mélangée avec le bruit du vent fait au synthétiseur.

Pour Miyazaki, le père de Satsuki et Mei doit être très différent d'un père ordinaire. Il doit être, en plus qu'un père, un ami pour ses enfants. A la fin du mois de juillet 1987, durant la production du film, Shigesato Itoi, rédacteur publicitaire très connu au Japon, arrive au studio accompagné de ses enfants pour discuter de la promotion du film. Sans doute impressionné qu'Itoi soit assez proche du personnage du père qu'avait imaginé Miyazaki, ce dernier le recommande à Shigeharu Shiba, le responsable de la bande son, pour une audition. D'abord inquiet de confier un doublage aussi important à un débutant, Shiba accepte le pari de Miyazaki. Itoi passe l'audition, est retenu et parvient à s'intégrer aux autres doubleurs. Le second sujet d'inquiétude de Shiba étant le doublage du rire de la scène du bain. La scène est gardée pour la dernière séance et par chance, la première prise sera la bonne.

La musique et les effets sonores

La bande originale de Joe Hisaishi accompagnant le film est l'une de ses plus célèbres compositions, notamment les thèmes d'ouverture et de fin du film. Avec ses morceaux d'une grande diversité (tantôt léger, tantôt mélancolique, souvent exubérant), il finit par achever la splendeur visuelle du film.

Le générique d'ouverture est accompagné de la chanson Sampo (promenade), écrite par Reiko Nakagawa. Quant à la célébre chanson Tonari no Totoro, les paroles sont de Hayao Miyazaki lui-même ! Aujourd'hui encore, cette comptine est apprise dans les écoles nippones !

L'histoire se déroulant dans les années 50, il a fallu obtenir des sons parfaitement authentiques. Pour cela, Shigeharu Shieba et son équipe des effets sonores se sont mis à la recherche de sons naturels comme, par exemple, celui de la pompe du puits, du bruit d'un autobus ou encore des multiples sons que l'on peut entendre dans une maison traditionnelle japonaise.

Mais l'aspect le plus remarquable dans la bande-son du film n'est pas tant les éléments (sons, voix et musique) pris séparément mais leur agencement tout au long du récit. La façon dont sont alternés ou combinés les éléments sonores de fond, les dialogues, la musique et les moments de silence donnent toute sa force et sa beauté à l'image.


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