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Totoro dédicaces : septembre 2004
Alfred, Efix, Loran et Duprat font escale à Bordeaux

Boudiou de saperlotte ! Quand je m'y mets, je peux vraiment être un gros ours asocial moi. Tandis que je prends mon café, François Duprat passe devant moi et je ne fais rien pour me faire remarquer. Pas de petit signe amical, ou geste de politesse élémentaire. A dire vrai, ce n'est pas réellement de la muflerie, mais plutôt de la timidité et du doute tendance « Va-t-il seulement me reconnaître ? ». Tiens, il prend place à son stand. Avec mon album dans les mains, j'ai désormais un peu comme un pare-choc pour aller lui dire bonjour. Je viens pour une dédicace qui donne prétexte à blablater. C'est déjà plus facile. J'y vais.

Bon, mais avant toute chose, il me faut quand même décrire le contexte des rencontres qui vont suivre :
Vendredi 02 avril 2004, c'est le deuxième jour des « Escales du Livre » de Bordeaux. A priori il y a peu de chance que je puisse faire un tour à ce festival puisque durant la semaine, je travaille en région parisienne dans une bibliothèque pour enfants. Pas la porte à côté quoi. Sauf que. Oui « sauf que ». En vérité, je viens juste de quitter mon job et mon appartement sur ce qui pourrait grandement s'apparenter à un coup de tête. Me voici donc, jeune chômeur-vacancier furetant dans le salon du livre de ma nouvelle ville d'adoption.
Il est 10h00, et à ce moment là de la journée, ma vie ressemble un peu au générique de Mon voisin Totoro :

Arukô arukô / Promenons-nous, promenons nous !!
Watashi wa genki / Je suis en pleine forme
Arukuno daisuki dondon ikô / Et j'aime me promener alors allons-y !

Un sentiment de plénitude et de liberté que je n'avais pas ressenti depuis bien longtemps. J'en viens à espérer qu'il y ait des stands bd quelque part car je me sens d'humeur à faire pleurer mon compte en banque. Et bingo ! Bédélire et Oscar Hibou, les deux librairies bordelaises spécialisées dans la bande dessinée ont dressé leur espace de vente côte à côte. Juste en face, se tiennent les éditions du Cycliste. En cet instant tout est là pour suffire à mon bonheur. Tout ? Non, car il y a encore mieux ! Des auteurs que j'apprécie grandement sont prévus en séance de dédicace dès aujourd'hui. Un coup d'œil rapide me permet de voir qu'Afred, Efix, Lorant et Duprat vont sûrement être enquiquinés par un demandeur de dédicaces totoresques.
Je dois être devin... Allez hop, voici un rapide tour de piste :

ALFRED, Topor et toi et toi

Le premier à supporter ma lubie c'est lui. Lorsque j'arrive près de sa table, il y a une bonne dizaine d'enfants qui l'écoutent parler de son métier. Ca me laisse le temps d'acheter son dernier album qui vient juste de paraître aux éditions Charrette : Café Panique. Il s'agit de l'adaptation du roman éponyme, signé Roland Topor. Si ce nom ne vous dit rien, je vous consolerai peut-être en vous confiant que dans ma grande inculture, je faisais moi aussi l'impasse sur cet homme. Depuis, j'ai appris qu'en plus d'être un auteur et un dessinateur de grande renommée, il est également le créateur de Téléchat, l'émission télévisée qui me terrorisait étant minot...

Incapable de dire pourquoi ils me faisaient tant peur...

Bref, lorsqu'Alfred en a terminé avec les petiots, je lui tends mon album et me lance dans ma sempiternelle demande. Là, il me coupe et me questionne à son tour :
- Excuse moi, mais on s'est déjà rencontré non ?
Me voici très étonné car effectivement, ce jeune homme a une excellente mémoire. Au mois de janvier, au festival d'Angoulême, je l'avais croisé tandis que je tapais la causette avec Vanyda en plein milieu de la foule d'un chapiteau. Il m'avait chambré en me disant que non content de draguer les jolies stagiaires, je m'attaquais désormais aux jolies auteurs. Je ne savais pas à cette époque que ce garçon était Alfred, le dessinateur bd que j'apprécie pour Abraxas ou Octave et le cachalot. J'ignore s'il se souvient des circonstances précises dans lesquels nous nous étions aperçus et je me contente de lui évoquer vaguement Angoulême. Quoi qu'il en soit, il me dit que c'est sans problème pour dessiner un totoro.
Je le questionne un peu pour savoir s'il est amateur des films du studio Ghibli et il me répond qu'en effet, il aime tous ceux qu'il a vus. A son tour il me demande si j'ai eu l'occasion de voir Kiki la petite sorcière qui vient juste de sortir au cinéma, et si je lui conseille. Etant donné que kiki est un film de Miyazaki qui me touche particulièrement, je tente un plaidoyer passionné en sa faveur. L'histoire ne dit pas, s'il a porté ses fruits ou non...
Une fois mon dessin obtenu, je salue ce monsieur fort sympathique sans savoir que je le reverrai quelques heures plus tard.

L'abus d'alcool mène à tout...

EFIX, sentiments très spéciaux

Dans la même collection que celle de Mon cousin dans la mort de Duprat, j'avais eu l'occasion de découvrir K, une si jolie comète. Une histoire d'amour, touchante et sans emphase, scénarisée par Flip et dessinée par Efix. Surtout, ne vous fiez pas aux graphismes très cartoons de ce dernier car il s'agit bel et bien là d'une histoire tragique. J'étais loin de m'imaginer à quel point...
Je me refuse à dévoiler la moindre parcelle de contenu de cet album pour ménager le plaisir de la découverte totale. Cependant, pour les plus motivés, ceux qui pousseront la curiosité jusqu'à lire cette bd, vous serez encore plus peinés si je vous dis que le destin du personnage central, Kate, est basé sur celui d'une jeune fille qui a réellement existé.
Lorsqu'Efix m'apprend cela, je dois avouer qu'un réel chagrin m'accable. Je me sens même tout con avec mon « tu peux me faire un Totoro ? ». Mais il n'y a pas de souci, car le garçon que j'ai en face de moi est d'une gentillesse hors norme :
« Au contraire, c'est amusant de la dessiner dans ce cadre là. La dessiner, d'une certaine façon, c'est ne pas l'oublier... »
Lorsqu'il apprend que je gratouille des petits textes, des petites histoires, Efix me donne sa carte de visite pour que je lui fasse lire. Par la suite, je n'oserai jamais lui écrire...

Je connais une bestiole qui a bien de la chance...

LORAN, méchamment

Et on continue la tournée !
Amis du trash, bonjour ! Sur le stand du cycliste se tient l'auteur du gorissime Bouyoul ! Cette série narre les aventures d'une espèce de Tamagoshi qu'une fée complètement bourrée va faire apparaître dans le monde réel. Copain des enfants, ce drôle de monstre atrocement lunatique peut à tout moment décider que leurs viscères sont plus à leur place autour de leur cou et que leur cerveau est plus utile hors de leur crâne. Le plus amusant, c'est que le graphisme coloré et rond de Loran ne laisse pas présager une seule seconde de la jubilante boucherie qui se terre dans l'album... Avec cette description, vous imaginez forcément que Totoro dessiné par cet auteur risque de subir quelques petits changements de personnalité... Vous aviez raison :

Des fois je me dis « si Miyazaki voyait ça... »

Si vous souhaitez voir à quoi ressemble le fameux Bouyoul, je vous renvoie au dessin qu'en avait fait Nicolas Poupon lors du festival d'Angoulême.
Avant de repartir, Loran me fera cadeau d'un ex-libris édité par la librairie préférée de la marmotte, j'ai nommé Bachi Bouzouk !

DUPRAT, trouble d'inspiration

Hé bien voilà, nous voici revenus au point de départ du récit. Muni de mon Léo Cassebonbons -pare-chocs, je me rends sur le stand de François Duprat où il m'accueille avec le sourire.
- Ca va depuis Angoulême ?
- Oui, oui. Tu vois, je viens juste d'arriver là pour le salon. Mais dis moi, c'est complètement désert !
Tiens, mais c'est qu'il a raison !! Je ne m'en étais pas réellement aperçu, mais contrairement au matin où les allées grouillaient de scolaires, le chapiteau est maintenant clairement désert. Mis à part le personnel, il n'y a presque plus personne à l'ouest du Pécos...
- Hey, François !! Biz, biz. (< je fais trop bien les onomatopées de bisou j'trouve !)
Ca c'est Alfred qui vient dire bonjour. Les 2 auteurs paraissent être très amis et s'embarquent rapidement dans une grande conversation. Duprat semble en effet quelque peu en panne d'inspiration pour le troisième tome des aventures de Léo. Rah, les affres de la page blanche... Je sens que ça va durer un bon moment alors, je prends une chaise et me pose pour les écouter.
Alfred – Mais pourquoi ne pas rompre avec le schéma de « une planche, un gag » ?
Duprat, souriant – Euh... c'est précisément ce que je viens de faire avec le tome 2 qui va sortir. Je me suis dis, hop, la narration classique là... et il se fend d'un geste obscène.
Alfred – Bin, c'est bien ça. Maintenant tu n'as plus qu'à poursuivre sur ta lancée.
Duprat – Oui mais le hic, c'est que j'essaie de me servir de mon imaginaire d'enfant pour l'histoire, et là y a rien ! Rien !! J'en ai aucun...
Pendant plus d'une heure, les auteurs vont échanger leurs points de vue respectifs. Efix viendra lui aussi donner un coup de main à Duprat et moi je serai à la fête, intéressé par tout ce qui se dit.
Si je ne me montre guère prolixe dans le récit de leurs échanges, c'est peut-être tout simplement parce que tout cela m'apparaît d'ordre privé. Je suis gêné de dévoiler plus avant une conversation toute personnelle entendue par une discrète petite souris... Je livrerai néanmoins cette phrase de François Duprat :
- Rooh, « Petit à Petit » (ndlr : son éditeur) mise sur moi ! Ca va les conduire sur la paille !
Hé hé. Voilà un moment qui ne se vit pas souvent en tant que festivalier. Etre comme ça, sur une chaise à écouter des gens dont on apprécie le talent, parler de leur travail en toute intimité, croyez-moi : c'est la grande classe !
Et ma dédicace dans tout ça ? Bin, même si dans ce contexte c'est absolument secondaire, je dois dire que quand elle arrive, je la trouve fort rigolote, car très différente de la précédente. Notez que pour une fois, je n'ai pas demandé de Totoro mais que l'auteur a pris seul l'initiative de m'en faire un. Il doit vraiment me prendre pour un monomaniaque...

Comparez ce totoro-ci avec son précédent d'Angoulême

C'est une belle journée qui s'achève.
Le samedi précédent, j'ai eu l'occasion de rencontrer pour la première fois les gens de Buta. C'est à eux que je pense lorsque je rentre chez moi avec tous ces nouveaux dessins sympathiques, il me tarde de leur montrer.

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