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Exposition Miyazaki-Moebius : Scénographie

Scénographie

L'exposition s'organise en 6 grands espaces, selon une approche thématique permettant de faire le lien entre les deux créateurs, de comprendre la concordance possible entre ces deux univers. Voici en quelques lignes ce qu'il était possible d'admirer sur place.

Salle Guillaume Dupré : Le cheminement

 

La visite commence en entrant dans cet escargot à double-entrée, l'une consacrée à Miyazaki et l'autre à Moebius. Il faut se rendre au cœur de cette étrange forme pour suivre leurs carrières chronologiquement. Concernant Moebius, c'est le seul moment où vous pourrez admirer ses dessins pour L'Incal ou Le Monde d'Edena, car l'exposition n'est pas axée sur l'ensemble de son oeuvre, mais uniquement sur sa collaboration avec le monde du petit et du grand écran. Concernant Miyazaki, on verra donc une évocation de ses différentes réalisations, de Nausicaä au Château ambulant, avec un panneau par film. A noter qu'une petite erreur s'est glissée, puisque dans cette évocation chronologique : Totoro et Kiki ont été intervertis.

Salle Jean Varin : la Terre Nourricière

Une fois passée cette approche chronologique, on aborde une enfilade de petites salles. Dans chacune d'elles, on propose au visiteur un double parcours : à l'intérieur et à l'extérieur d'une rotonde sont exposées « dos à dos » les œuvres de Moebius et Miyazaki.

Dans la première salle, on se trouve plongé au cœur de l'univers des deux créateurs. On retrouve une approche similaire de la Nature, abordée comme un tout, où chaque élément organique, minéral et végétal a une forme de vie propre. 

Salle Denon : la salle dans les airs.

Nul n'est besoin de rappeler l'importance du monde aérien chez Miyazaki, affranchissant ses héros de la pesanteur, les libérant de notre réalité pour accéder à de nouveaux espaces imaginaires. Chez Moebius, on retrouve cette même volonté et cette même fascination pour les airs et pour cet espace d'évasion pour l'homme : « Les vaisseaux ont la forme de même conscience. Notre conscience est un vaisseau qui voyage sous mille aspects à travers mille vies ». Moebius pousse plus loin l'exploration, abordant même le thème du voyage interstellaire. Le voyage dans les airs devient ici une véritable métaphore sur la liberté de l'homme. La similitude entre les deux univers est ici frappante.

 

Le château dans le ciel / Arzak

Salle Duvivier : Les mondes invisibles

La tradition animiste est une des références nippones évidentes dans l'univers de Miyazaki. Selon M. Moebius, « le rapport à la nature chez Miyazaki est visible dans toutes ses oeuvres. Dans sa perception de la nature, il y a notamment ce que l'on peut appeler le surnaturel, tout ce qui de l'ordre du "caché". Je vois ça essentiellement apparaître dans deux œuvres qui sont Mon voisin Totoro et Princesse Mononoké qui sont de véritables manifestes sur la façon dont les forces de la nature, les génies des lieux, sont émergeant, soit perturbés, soit sollicités par la conscience humaine. Je pense que la culture japonaise à ceci de caractéristique d'avoir conserver les canaux vivant dans cette tradition là et la modernité. Chose qui en Europe et notamment en France est plus difficile à faire émerger. J'ai moi-même essayé mais je ne peux pas bénéficier d'une tradition spirituelle aussi vivace que celle de nos amis japonais. »

Chez Moebius, l'invisible devient une force mystique qui guide les personnages dans une évolution permanente. Chez les deux créateurs, pas de manichéisme, ces mondes invisibles appuyant leur vision poétique et magique du monde.

  

Arzak / Princesse Mononoke / Mon voisin Totoro

Salle Pisanello : les créatures

Les créatures hybrides forment un véritable bestiaire chez Miyazaki comme chez Moebius. Chez ce dernier, on connaît par exemple son travail sur Abyss et ses magnifiques et grâcieuses créatures, mais on connaît moins son travail sur une adaptation animée de Willow, où se mêle mythe et représentation réelle et figurative. Le visiteur peut également admirer avec émotion son travail sur Les Maîtres du Temps, comme ce dessin du fameux Ouin-Ouin, incarnation de l'innocence et d'une certaine naïveté, sur lequel est juché le petit Piel. Chez Miyazaki, les êtres hybrides sont souvent symboliques, comme le Sans-Visage, comme dénonciation de notre société de consommation. Mais l'exposition permet également de comprendre la technique d'animation : ainsi le visiteur peut observer un croquis d'Ohmu, visiblement destiné à comprendre son mouvement lorsqu'on le plie.

 

Sans-visage (Le voyage de Chihiro) / Les Maîtres du temps

Salle des commissions : du trait à la forme

On cerne un peu moins bien le thème de cette salle. Ici, on est donc censé observer la maîtrise des arts graphiques chez Miyazaki et Moebius, techniques que le visiteur a pu pourtant observer durant toute l'exposition, à travers les esquisses, les croquis, les décors ou les cellulos. On suppose qu'il s'agit ici de comprendre l'évolution du trait, de l'esquisse à la forme définitive. C'est également une salle où l'on peut à nouveau comparer côte à côte les parcours de Miyazaki et Moebius. Ainsi, le français explique que « Miyazaki travaille dans l'optique de la préproduction. Son aquarelle est jetée, décontractée. Elle servira de base au décorateur. Moi, je réalise une peinture aboutie » (Epok, déc. 2004 - janv.2005).

Le voyage de Chihiro : croquis, décors

Fin de la visite

Dans une dernière salle, on diffuse le documentaire du making-off visible dans le DVD collector de Princesse Mononoke, ainsi que des clips musicaux mélangeant les deux univers.

Analyse

Pour les fans de Miyazaki, évidemment, quelle forme de reconnaissance !! Enfin, le maître de l'animation est reconnu comme tel. Comme l'a souligné Isabelle Giraud pour le statut du neuvième art, l'animation japonaise souffre encore d'un certain nombre de préjugés. Si le nom de Miyazaki est désormais familier des cinéphiles et est désormais gage de qualité pour la fameuse ménagère de moins de 50 ans, le petit monde conservateur des musées est encore réticent à l'idée d'offrir à l'animation et à la BD une petite place au sein de leurs collections et expositions.

Le fait de confronter l'univers de Miyazaki et de Moebius était également un pari risqué. Celui-ci est avant tout connu en France pour Blueberry et Métal Hurlant, et le quidam moyen ignore tout de son investissement dans le monde cinématographique. Evidemment, on aimerait avoir une vision plus globale de son œuvre, notamment dans le monde de la BD. Mais cette vision permet à chacun de comprendre que nous connaissons tous le travail de Moebius, que notre enfance, notre adolescence ou notre vie d'adulte a été habitée par son univers.

Votre Buta-chroniqueuse de choc a osé aborder le grand Moebius!!!

En revanche, on peut regretter certains détails qui pourront rendre la visite un peu ardue pour le néophyte. Ainsi, on aurait bien aimé voir un petit récapitulatif chronologique clair des œuvres de Miyazaki, tant le phénomène des re-sorties a embrouillé l'esprit du spectateur lambda. Ainsi, au cours de l'expo, on a pu entendre de doctes maximes comme « Kiki, c'est le premier film de Miyazaki ». Un petit panneau explicatif, ou encore une petite annotation dans le cartel aurait peut-être permis d'éviter ce type de confusion.

De même, les techniques d'animation ne sont à aucun moment clairement expliquées. Il aurait peut-être fallu expliquer en quelques lignes au début de l'expo la différence entre un croquis, un décor, un cellulo ou une image de production. Car là encore, on a pu entendre des phrases comme « le cellulo, ça sert à donner de la profondeur » ou « Miyazaki a fait tous les dessins animés tout seul, tu crois ? ». C'est un peu dommage, car le visiteur aurait pu saisir quelques notions sur l'animation.

Mais dans l'ensemble, on est tout de même très ému devant certains dessins. L'éclairage, contrairement à certaines critiques lues, rend parfaitement hommage aux dessins et permet d'observer dans les moindres détails la moindre esquisse. On aperçoit ainsi sur certains dessins des traces de doigts, des coups de gommes, du blanc passé sur certains détails, qui rendent encore plus proches les oeuvres du maître japonais et du talentueux français. On est impressionné par la maîtrise du trait, on imagine le geste, la technique, le savoir-faire.

Le fan se sentira peut-être un peu déçu, s'il s'attend à découvrir des choses nouvelles mais il faut cependant admettre que de voir réellement ces œuvres procure une émotion vive. Et puis la cible visée par cette expo n'est peut-être pas le fan connaissant sur le bout des doigts ses Arts Books, celui-ci ayant de toutes façons depuis des années acquis bien plus de connaissances que la plupart des japonais sur l'œuvre du «maître».

En revanche, l'exposition semble, au vu des réactions observées autour de nous, ravir les enfants et les néophytes ou amateurs éclairés. Le grand public peut enfin découvrir grâce à cette initiative de nouvelles facettes de l'art de Miyazaki et appréhender des œuvres qui sont encore malheureusement inédites en France. Espérons que l'expo suscitera un large intérêt, afin de provoquer une diffusion de Nausicaä ou une véritable re-sortie de Totoro, et qu'elle permettra à M. Giraud de recevoir enfin la reconnaissance qui lui est dû.


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