Mis à jour : mardi 8 octobre 2019

Toshio Suzuki : Sa biographie

Toshio Suzuki est né le 19 août 1948. Il suit des études à la Faculté de Lettres de l'université Keiô, à Tôkyô. A l'issu de ses études, en 1972, il entre à Tokuma Shoten, un des plus importants éditeurs au Japon. Il travaille tout d'abord au sein d'un de leurs magazines hebdomadaire, Asahi Geinô, notamment pour la rédaction de dossiers spéciaux, où il rencontre des mangakas célébres comme Osamu Tezuka. Puis, sous l'impulsion d'Hideo Ogata, il devient en 1979 l'un des fondateurs du mensuel Gekkan Animage, spécialisé dans l'animation et plus connu sous le nom d'Animage. Il en est le rédacteur en chef adjoint puis le rédacteur en chef. En 1978, Toshio Suzuki découvre Taiyô no Ôji : Horusu no Daibôken (Horus, prince du soleil) et souhaite interroger Isao Takahata sur ce film ayant fait date dans l'animation japonaise. Lors de leur première conversation téléphonique, Takahata, alors en train de collaborer à la série Mirai Shônen Konan (Conan, le fils du futur), refuse de répondre aux questions de Suzuki sur le film et préfère laisser un certain Hayao Miyazaki répondre. Miyazaki exige d'emblée 16 pages dans Animage et Suzuki se voit donc contraint d'abandonner son projet de dossier sur Horus.

En 1979, Hayao Miyazaki est en pleine réalisation de Rupan Sansei : Kariosutoro no Shiro (Le château de Cagliostro) et Toshio Suzuki décide de revenir à la charge pour obtenir enfin une interview du jeune réalisateur. Pendant des jours entiers, Suzuki s'assoit près de Miyazaki, qui l'ignore. Puis, peu à peu, Suzuki gagne la confiance de Miyazaki et commence à échanger réellement avec lui. Plus tard, en 1981, Suzuki utilise le même type d'approche avec Isao Takahata, qui travaille sur Jarinko Chie (Kié, la petite peste). Bien qu'ils échangent souvent vivement autour de divers thèmes, Suzuki réussit là encore à s'imposer grâce à son intelligence et son sens de la répartie et apprivoise Takahata, qui déclarera lors de la fête de fin de tournage : « Nos échanges m'ont vraiment servi pour cette œuvre. Grâce à vous, elle a trouvé son orientation. » Au cours de ces nombreux échanges, Toshio Suzuki a pris peu à peu conscience de la richesse de ces débats, s'est mis à suivre tous les conseils de lecture, de films, d'œuvres cinématographiques de ses deux aînés, afin notamment de pouvoir établir une forme de culture commune propre au débat.

Au début des années 80, le directeur de Tokuma Shoten, la maison-mère d'Animage, décide de lancer des projets artistiques sur différents supports. Suzuki propose donc un film imaginé par Hayao Miyazaki, intitulé Sengoku Majô (Le château diabolique de Sengoku), dont l'univers n'est pas sans rappeler Mononoke-hime (Princesse Mononoke). Mais Tokuma Shoten refuse, car selon les producteurs, un film sans œuvre originale ne peut plaire au grand public. Miyazaki décide alors de créer sa propre œuvre originale... Kaze no Tani no Naushika (Nausicaä de la Vallée du Vent), qui est publiée chez Animage sous l'impulsion de Suzuki. C'est ce dernier qui conseille Miyazaki sur le style graphique du manga et lui laisse la possibilité de créer une œuvre aux détails foisonnants et précis, avec une mise en scène complexe et puissante.

Quelques années plus tard, Ogata décide de redonner une chance à Nausicaä et propose à l'équipe d'Animage, dont Suzuki est toujours le rédacteur en chef, de réfléchir à un épisode pilote de 10 minutes, adapté du manga. Hayao Miyazaki accepte l'idée à une seule condition : il veut Isao Takahata comme producteur, ce que Suzuki accepte. C'est à ses côtés qu'il développera sa conception du rôle de producteur : le producteur doit être le plus proche allié du réalisateur et doit savoir gérer des budgets de manière précise et détaillée. C'est lors de ce long métrage que Suzuki devient un élément central dans les relations entretenues entre les deux fortes têtes. Takahata demande ainsi à Suzuki de convaincre Miyazaki de réécrire totalement la fin de Nausicaä, ce que Suzuki réussit à faire, non sans mal.

En 1985, il participe à la création du studio Ghibli, qui est alors une filiale du groupe Tokuma, tout en poursuivant sa carrière de rédacteur en chef d'Animage.

En 1989, il démissionne de Tokuma Shoten pour intégrer complètement le studio Ghibli, malgré l'avenir encore très incertain de la structure. En 1991 (date du départ de Tôru Hara, le fondateur du studio Topcraft), il devient président du studio Ghibli, avec pour but d'en assurer la pérennité. Le succès de Tonari no Totoro (Mon voisin Totoro), en 1989, à la télévision, débouche sur la création de produits dérivés, qui assurent une certaine pérennité au studio. Toutefois, Suzuki, ainsi que Miyazaki et Takahata, ont toujours refusé de faire prédominer ce système sur la qualité des film, aucun personnage n'a été créé dans le but de le reproduire ensuite en version peluche. Il devient officiellement le producteur d'un film en 1991, lors de la réalisation de Omohide Poroporo (Souvenirs goutte à goutte).

Dès lors, Suzuki travaille en tant que producteur sur la plupart des films Ghibli, mais aussi sur des projets hors du studio (Hideaki Anno Ritual en 2000, il est aussi coproducteur du film d'animation de Mamoru Oshii, Ghost in the Shell 2 : Innocence, en 2004). Il joue auprès de Miyazaki le rôle d'un producteur à la manière d'un éditeur (sa formation initiale) : il ne se contente pas de trouver des financements et de gérer l'aspect matériel, il est aussi conseiller technique et influence souvent les réalisateurs dans leurs prises de décision. C'est lui, par exemple, qui convaincra Miyazaki de ne pas faire disparaître le personnage du Chat-bus, ou encore de faire apparaître Totoro à la moitié du film. C'est lui également qui imposera le nom de Princesse Mononoke contre l'avis de Miyazaki. Selon Miyazaki, le moteur du trio Miyazaki-Takahata-Suzuki n'est pas l'admiration, c'est la confiance. L'échange, le dialogue et parfois les disputes leur permettent d'avancer ensemble et de proposer des films de qualité au public.

En juillet 1996, il trouve un accord avec Buena Vista : Disney peut exploiter une grande partie des films du studio Ghibli dans le monde entier, excepté l'Asie. Cela concerne la distribution en salles, les diffusions télévisées et les sorties vidéo. Buena Vista s'engage de son côté à ne pas modifier les films. Les produits dérivés, manne financière importante pour le studio, ne sont pas inclus dans le contrat.

En 2001, Suzuki participe également à la création du musée Ghibli à Mitaka.

En 2005, lorsque le studio Ghibli rompt avec Tokuma et devient totalement indépendant, Suzuki devient le président-directeur général du studio. Il pousse alors Gorô Miyazaki à devenir réalisateur du film Gedo Senki (Les contes de Terremer) et s'implique énormément dans cette production. Il quitte la fonction de président du studio en 2007 et ne s'occupe plus que de la production des films.

En mars 2014, après avoir reçu, au nom de Miyazaki, le trophée du meilleur film d'animation aux Japan Academy Awards pour Kaze Tachinu (Le vent se lève), Suzuki annonce qu'il se met en retrait en tant que producteur. Il reste néanmoins au studio pour assumer une nouvelle fonction de General Manager.