| Mangas | Kaze no Tani no Naushika |
|
Analyse de Nausicaä (2)Qui est Nausicaä?Nausicaä, incarnation quasi mystique de l’humanité, semble être un personnage voué à la solitude, devant mener seul son combat. Adulée par beaucoup, crainte par certains, Nausicaä exerce un pouvoir étonnant sur les autres. D’emblée, on s’aperçoit qu’elle peut communiquer avec les Ohmus par ses pouvoirs télépathiques. On ignore si cette capacité de communiquer vient de sa formidable empathie envers tous les êtres vivants ou bien si ce don a forgé son caractère. On sait tout au plus qu’elle possédait déjà cette faculté alors qu’elle n’était qu’une enfant. C’est ainsi qu’elle a voulu empêcher la mort d’un Ohmu, contre l’avis du peuple de la vallée, mais elle n’a pu le sauver. Ce premier souvenir de son enfance, un des seuls jamais évoqués dans le manga, est un excellent condensé de Nausicaä : empathie, refus de la violence, protection de tous, mais aussi culpabilité de l’échec et profonde solitude. Force est de constater que Nausicaä possède un pouvoir charismatique immense. D’abord sur son peuple, séduit par sa gentillesse et son dévouement. Puis ensuite, au gré de ses pérégrinations sur les terres lointaines, ce pouvoir extraordinaire sur les autres va prendre de plus en plus d’ampleur : Yupa, Asbel, Kushana, les peuples dorks, Oma… Elle ira même jusqu’à plaire à l’empereur tolmèque, fasciné par sa détermination. Elle ne compte finalement que quelques ennemis directs, dont notamment Miralupa, qu’elle réussira néanmoins à dompter et à apaiser, et Namulith, qui se rend compte trop tardivement de l’importance prise par Nausicaä auprès de son peuple. En effet, au fur et à mesure de son évolution, Nausicaä nous révèle également une part sombre d’elle-même. Régulièrement, au cours du manga, la princesse opte pour un comportement presque suicidaire, notamment lors de l’assaut du Fongus. Écrasée par la solitude et le poids de cette humanité sur ces épaules, elle songe mourir avec les Ohmus. Ce n’est que l’amour de la nature dans son ensemble qui la pousse à revenir plus forte et plus déterminée que jamais. Mais c’est le moment qu’elle choisit pour révéler le terrible secret de son enfance. Un lourd sentiment de culpabilité la suit depuis sa naissance, puisqu’elle est la seule survivante d’une fratrie de 13 enfants. Nausicaä est persuadée que tous ses frères et sœurs aînés ont absorbé le poison coulant dans les veines de leur mère pour finalement lui permettre de vivre. Elle a ensuite grandi auprès d’une mère rongée par la tristesse et distante envers elle et ne s’est finalement épanouie qu’en étant le vaillant soldat que son père rêvait d’avoir comme successeur. ![]() Il n’est dès lors pas étonnant de constater que Nausicaä n’est pas féminine et finalement n’attire pas le sentiment amoureux, elle ne peut que forcer l’admiration, mais ne peut trouver son pendant masculin, comme rongée elle-même par le poids de sa naissance et de sa survie. Finalement, elle n’accepte son rôle de sauveuse de l’humanité que lorsqu’elle accepte ce don de l’existence non pas comme un fardeau, mais comme un cadeau. Ce parcours aussi douloureux que chaotique n’est pas sans rappeler Kushana, l’alter ego de Nausicaä dans cette aventure. Au début de l’histoire, tout semble séparer les deux jeunes femmes : l’une est attentionnée et empathique, l’autre est une véritable machine de guerre sans âme et sans remord. On peut considérer que Kushana s’est humanisée au contact de Nausicaä, notamment après la bataille de Sappata. En réalité, Kushana n’est tout simplement pas le monstre que l’on pressent et multiplie finalement les points communs avec la jeune princesse de la vallée du vent. C’est ainsi que cette dernière porte le poids de la culpabilité de la mort de sa mère, empoisonnée à sa place, et a grandi dans l’univers malsain et pervers de la cour tolmèque, loin de tout amour et toute considération. Son choix de vie ressemble dès lors étrangement à Nausicaä : elle ne sera pas femme et épouse, elle deviendra guerrière et prendra la tête d’une armée dévouée et fidèle. Dans ce monde très masculin, Nausicaä et Kushana sont respectées et admirées pour leurs compétences et leurs comportements sans faille, bien que différents. Il est certain qu’au cours de sa quête initiatique, Nausicaä va être grandement aidée par la Prophétie. Point convergent de toutes les croyances de son monde, qu’elles soient tolmèques, dorks ou de la vallée du vent, Nausicaä semble réaliser un à un chacun des éléments de la prophétie. Peu à peu, la rumeur s’étend et Nausicaä devient la promesse d’un jour meilleur pour tous, dans un monde déchiré par la guerre et avide d’espoir. L’aspect prophétique, propre à de nombreuses histoires fantastiques, peut laisser supposer une destinée toute tracée et subie par Nausicaä. Néanmoins, là encore, la jeune fille apparaît comme plus subtile et plus rusée que l’icône lisse et sans faille de la Prophétie. C’est ainsi qu’elle n’hésitera pas à utiliser Chikuku et ses dons de télépathes pour sauver la population en péril. Ce geste, bon et empathique, ne fait que renforcer les croyances populaires. De même plus tard, elle réutilisera ce pouvoir pour convaincre les dorks de ne pas lapider les prêtres et d’abandonner leur haine du peuple tolmèque. Elle se positionne dès lors en tant que messie de manière volontaire, dictant la conduite à adopter et usant de pouvoirs extraordinaires pour faire passer son message. Le tome 7 marque enfin un dernier tournant dans l’évolution de la jeune fille. De Messie, elle passe au statut de déesse. En choisissant de devenir mère d’Oma, dieu-guerrier et juge suprême de l’humanité, elle assume non seulement son rôle prophétique, mais incarne un pouvoir divin. En acceptant cette maternité hors-norme et presque monstrueuse, Nausicaä devient la seule personne à pouvoir décider du sort de l’humanité. C’est donc seule qu’elle décide de faire survivre ce monde tel qu’il existe, même si derrière la détermination se cache le doute. Car Nausicaä reste humaine, malgré tout : elle ment à Oma en devenant sa mère, elle ment au peuple en annonçant la mort du tombeau et la fin des problèmes. Pourtant, en choisissant l’humanité et le mensonge, Nausicaä reste seule et est condamnée à le demeurer. © Buta Connection |