Musée Ghibli > Courts métrages exclusifs > Monmon, l'araignée d'eau


Monmon, l'araignée d'eau (2006)

Histoire

La vie de l’araignée d’eau, Monmon, est bien terne : il passe son temps à échapper à des prédateurs plus gros que lui et à essayer de traîner une bulle d’air au fond de son étang pour s’en faire un nid douillet. Son quotidien est chamboulé alors qu’il sauve d’une mort certaine, puis tombe amoureux, d’une jolie gerris, qui glisse avec grâce à la surface de l’eau. Malheureusement pour Monmon, ce sentiment n’est pas partagé par la belle. L’araignée d’eau est triste mais c’est bientôt à son tour d’être sauvé par son amour secret, qui l’emmène voler au dessus de l’étang. Dès lors, naît une platonique histoire d’amour entre les deux créatures.

Les premières minutes du court métrage dépeignent admirablement bien la vie de la faune d’un étang, dans lequel vivent d’énormes écrevisses, poissons et une multitude d’autres insectes d’eau. Nous suivons la vie dangereuse de monmon et ses trésors d’ingéniosité déployés pour survivre au milieu de ces créatures, à son échelle, cyclopéennes et où, à chaque instant, il risque de finir mangé.

Comme il sait si bien le faire, Hayao Miyazaki alterne habilement ces moments de tensions avec des passages humoristiques de Monmon, qui embarrassé avec sa bulle d’air capricieuse, a bien des soucis pour la contrôler. Puis l’histoire s’oriente sur une romance inaccomplie et se termine par une envolée du couple au dessus de l’étang. Il semble, décidément, que toutes les marques de fabrique du réalisateur puissent s’adapter à n’importe quel sujet et à n’importe quelle créature...

  

Création du film

Hayao Miyazaki explique qu’il a été séduit par cette petite araignée d’eau qui passe sa vie dans l’eau à tenter de cacher son existence. Parmi la famille des araignées, qui compte 35 000 membres, c’est uniquement cette race qui est amphibie. De nature très peureuse mais très travailleuse, elle passe son temps à transporter une bulle d’air sous l’eau. Miyazaki lui trouve des ressemblances troublantes avec l’homme...

« Lorsque j’étais à l’école primaire, l’instituteur nous a expliqué que les araignées ont huit yeux. Si on regarde la tête d’une araignée dite « haetorigumo » (araignée qui chasse les mouches) au microscope, on observe en effet huit yeux rouges sur une tête toute noire à cause de ses poils et c’est très beau. A la même époque, j’ai lu un manga dans lequel il y avait une araignée qui vivait dans l’eau. Ca m’a vraiment impressionné qu’elle puisse vivre dans une bulle d’air qu’elle a collé sous l’envers d’une feuille, dans l’eau. Malheureusement, je n’étais pas assez doué pour devenir un chercheur spécialisé dans les insectes et mon intérêt pour les araignées s’est peu à peu estompé lui aussi. »

Le film entretient un lien étroit avec l’une des boîtes panoramiques du musée Ghibli, une installation, ancêtre de la caméra multi-plans, présente dans la première salle d’exposition permanente du rez-de-chaussée du musée. Lorsqu’il fut décidé que trois nouveaux courts métrages seraient produits pour le musée Ghibli, dans un premier temps, Miyazaki aurait voulu saisir l’occasion de réaliser un vieux projet nommé Boro la chenille. Au lieu de cela, il décida de transformer quelque peu le projet car il disposait déjà d’une base d’inspiration et de personnages tout prêt dans l’une de ces boîtes panoramiques, déjà appelée Monmon, l’araignée d’eau.

« Quand on a créé les boîtes panoramiques pour le musée Ghibli, j’en voulais une qui puisse montrer un monde aquatique. J’ai toujours aimé regarder tout ce qui se passe dans l’eau. Lorsque je regarde le cours de l’eau ou dans un étang très clair, j’ai l’impression qu’on regarde une ville de haut. Cela attise ma curiosité si je trouve des petites bestioles vivantes dans l’eau. Par exemple, une sangsue ou des crevettes transparentes qui flottent comme un vaisseau spatial dans l’espace, sans se soucier de la gravité. La forme des écrevisses est complexe. J’ai le souvenir que ça m’a stupéfait quand j’ai vu toutes ces pattes, pourvues d’un ongle, bouger. Je me demande comment ils perçoivent leur monde dans l’eau. J’imagine aussi que les bulles d’air peuvent être plus ferme dans l’eau que ce que l’on pense. Et puis peut être que l’on sent moins leur poids, comme dans l’espace ? »

Comme la boîte panoramique représente avec minutie une écrevisse, des grenouilles ou des médaka (ou oryzias latipes, petit poisson originaire d'Asie du sud-est, très utilisé pour les aquariums), celle-ci est toujours la préférée des enfants en visite au musée. Cependant, Miyazaki avoue que le vrai mode de vie de l’araignée d’eau est différent de celui représenté à l’intérieur de l’installation. Miyazaki a en effet pris l’habitude de dessiner à partir de son imagination, sans support précis. Et ironiquement, c’est généralement une fois qu’il a fini de dessiner qu’il reçoit des documents et des livres sur le sujet traité. Mais c’est déjà trop tard à ce moment là.

Dans la réalité, l’araignée d’eau respire dans l’eau comme avec un détendeur, par un petit trou respiratoire localisé sur le bas de sa croupe. Une fois qu’une bulle d’air est solidement attachée à son postérieur, l’araignée d’eau respire par son intermédiaire et va l’attacher sous l’envers d’une feuille de plante aquatique avec son fil, puis elle retourne en chercher une autre. C’est de cette manière qu’elle agrandi peu à peu sa bulle sous marine. Lorsque la bulle est assez grande pour sa taille, sa maison est achevée. Elle respire, mange à l’intérieur et chasse dans l’eau en laissant son postérieur dans la bulle (Lire la Chronique de Monmon en cliquant sur l'image ci-contre).

Comme les enfants adorent la boîte, Miyazaki ne souhaitait pas apporter de correction à celle-ci. Il a donc également vu dans la création d’un court métrage basé sur le sujet, l’occasion de corriger les inexactitudes de la boîte panoramique mais aussi de prendre un thème principal peu apprécié du public, les insectes.

« De nos jours, il y a de moins en moins d’insectes autour de nous et il y a de plus en plus d’enfants qui les détestent. Et pas seulement les enfants, mais les adultes aussi. Inévitablement, les enfants détesteront les insectes si leurs parents les détestent aussi. Je suis vraiment heureux d’avoir créé un film sur une araignée d’eau et je vous prie de ne pas les détester, même si vous n’arrivez pas à les aimer, ni à les toucher. Je remercie mes collaborateurs et les enfants qui ont regardé la boîte panoramique avec passion, et grâce auxquels j’ai pu réaliser ce film. »

L'animation

La directrice artistique Atsuko Tanaka avoue que le savoir faire qu’elle a pu acquérir tout au long de sa carrière ne lui a servit à rien pour ce film. Habitués à dessiner et à animer à l’échelle humaine, ses collaborateurs et elle-même ne saisissaient pas exactement comment assigner un caractère et un mouvement spécifique à chaque insecte. Miyazaki leurs a donc conseillé d’accentuer les détails.

Par exemple, pour Monmon, ils ont donc été obligés d’exagérer les mouvements de son corps, par rapport aux mouvements d’un être humain, pour parvenir à faire comprendre ce qu’il exprime. Autre souci, comme on ne voit pas trop sa bouche, l’araignée d’eau donne la même impression lorsqu’il est triste ou heureux. Tous ces sentiments étaient difficiles à exprimer sans avoir recours à l’exagération de ses mouvements. Quant à la gerris, Miyazaki a demandé à Tanaka qu’elle soit glamour. Mais la directrice artistique ne voyait pas comment rendre charmant et séduisant un personnage avec une tête d’échalote et affublé d’un ruban sur la tête !

C’est grâce aux effort conjugués de tous ses collaborateurs, qui multiplièrent les dessins, et en s’appuyant sur le film documentaire Microcosmos, que petit à petit, ils trouvèrent l’ambiance du film. Ils iront même jusqu’à réellement élever des médaka et des poissons chats dans un aquarium. Puis un jour, Miyazaki, en regardant à l’intérieur de l’aquarium avec une loupe, s’est écrié : « voila, c’est çà ! » A cette période, on pouvait, par exemple, observer des bulles d’air collées aux veines des arbres marins et c’était exactement l’ambiance du film qui était recherchée.

Au final, 30 000 cellulos furent nécessaires pour réaliser le film, notamment afin d’animer et de dépeindre fidèlement les bulles et les ondulations de l’eau. Aux heureux spectateurs qui pourront voir le film, Atsuko Tanaka donne le conseil suivant : « Je vous conseille d’abord, lors d’un premier visionnnage, de suivre l’histoire. Lors d’un second, d’observer la flore. Et la troisième fois, d’observer le bestiaire du film. »

Les décors

Le directeur artistique Yoichi Watanabe a mis beaucoup de temps pour trouver le style des décors qui, à la demande de Hayao Miyazaki, devaient refléter le point de vue des insectes. Quand il a vu l’e-konte (le story board), Watanabe s’est tout de suite dit que son travail allait être difficile car une grande partie du film se passe dans l’eau. Pour obtenir les différentes couches de décors, plus ou moins nettes en fonction de leur place dans la profondeur de l’image, Watanabe a rapidement décidé d’utiliser l’aquarelle qui lui permet de mélanger facilement des couleurs sur le papier et offre plus de liberté pour peindre.

L’équipe de décorateurs s’est elle aussi inspirée de l’aquarium, rempli de la terre et des plantes d’un étang, installé pour l’occasion au studio. Ils ont donc pu observer la forme des plantes, le mouvement de leur les feuilles qui ondulent dans l’eau, ainsi que leur transparence.

Le premier décor à avoir été dessiné fut celui de l’étang avec son eau stagnante. Watanabe avait alors utilisé des nuances de vert, et pour l’eau, et pour les reflets des végétaux qui se réfléchissent sur l’eau. Miyazaki a trouvé cette couleur un peu sombre et lui a conseillé d’utiliser le bleu pour l’eau et le vert pour les plantes. Le réalisateur lui a également demandé de veiller à ce que le bleu ne soit pas trop saturé. Le souci avec l’aquarelle, c’est qu’au moment de peindre, la couleur à la teinte recherchée. Mais en séchant, elle change d’apparence. De plus, lorsqu’il y a beaucoup de plantes, même si on met du bleu pour l’eau dans la composition, c’est toujours le vert qui ressort. Pour couronner le tout, Miyazaki lui a encore demandé que l’ambiance sous-marine soit gaie et pas trop sombre. Il est vrai lorsque la lumière pénètre dans l’eau peu profonde, c’est encore lumineux. Mais en réalité, dès que l’on s’enfonce un peu, c’est plus sombre et c’est nettement moins joyeux.

Comme la salle de cinéma Saturne du musée Ghibli a été créée pour diffuser des films de détente, essentiellement à l’attention des enfants, Watanabe souhaitait lui aussi que les décors soient très réalistes mais qu’ils aient aussi une touche manga et prennent des libertés avec la réalité. Un peu, finalement, comme Monmon et la gerris ont eux aussi été légèrement graphiquement humanisés.

La musique

Outre une réalisation stupéfiante et un bestiaire aquatique ultra détaillé, les images du film sont soutenues par la musique de la violoniste Rio Yamase, spécialiste du violon norvégien. En outre, c’est la pianiste, chanteuse et compositrice Akiko Yano qui se charge des « voix » du film. Elle est connue pour avoir déjà collaboré à la bande originale du film Mes voisins les Yamada pour le studio Ghibli. Elle retrouve surtout ici un travail sur les sons assez similaire à celui qu’elle a réalisé pour le court métrage La chasse au logement.

Fiche technique

Titre : Mizugumo Monmon
(Monmon the Water Spider / Monmon, l'araignée d'eau)
Date de sortie : 2006
Histoire originale : Hayao Miyazaki
Scénario : Hayao Miyazaki
Réalisation : Hayao Miyazaki
Directeur artistique : Yoichi Watanabe
Directeur de l'animation : Atsuko Tanaka
Chef coloriste : Michiyo Yasuda
Directeur de l'animation numérique : Mitsunori Kataama
Directeur de la photographie : Atsushi Okui
Musique : Rio Yamase
Doublage : Akiko Yano
Production : Studio Ghibli en coopération avec Mamma Aiuto Co., Ltd.
Durée : 14 minutes 54 secondes

 


Source : fascicule du court métrage Monmon, l'araignée d'eau
Remerciements : merci à Yasuka Takeda pour les traductions
Dernière mise à jour : 01/11/2008

A propos  / このサイトについて  -   Nous contacter   -   Newsletter   -   Liens