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Les souris sumo (2010)

Histoire

Il était une fois, un couple de vieux paysans à l’existence modeste, Jî et Bâ (« papi » et « mamie »), ayant travaillé la terre toute leur vie sur un flanc de montagne. Une nuit, le vieil homme découvre que les souris qui ont élu domicile dans leur maison participent à un tournoi de sumo. Lorsque le vieux couple réalise que leurs souris perdent toujours leurs combats, il décide alors de préparer un repas spécial, composé de boulettes au sanma et de tofu grillé à la sauce miso, pour soutenir leur équipe...

  

Note d’intention par Hayao Miyazaki

« Peut-on créer un film d’animation amusant à partir d’un conte traditionnel japonais ?
Il existe déjà beaucoup de films d’animation et de livres d’illustrations basés sur ces contes. Mais comme moi, quand on est né au centre du Japon, dans la région de Kantô, et qu’on y vit toujours, on ne comprend pas toujours où se trouve cet endroit dont parle le « il était une fois » des contes traditionnels.
Koganei, où se trouve le studio Ghibli, et Tokorozawa, où j’habite, étaient des terrains sauvages de Musashino qui se sont développés à l’époque d’Edo. Même si je regarde de vieilles photos et des maisons anciennes de paysans encore debout, je ne retrouve pas les paysages de contes. On ne trouve pas de paysages avec des maisons aux toits de chaume. Il existe bien des sapins japonais et des montagnes rondes qui ressemblent aux gâteaux japonais
manjû, mais qu’on ne trouve pas dans la région de Kantô.
En réfléchissant à ça, je suis tombé sur un livre écrit par l’anthropologue Tsuneichi Miyamoto (1907-1981). Miyamoto a parcouru et observé avec attention tout le pays. Il a énormément réfléchi et écouté nombre de gens. Il a laissé beaucoup de bons livres.
Dans un des ses écrits, il y a un passage à propos des habitudes alimentaires d’un village de montagne dépourvu de rizières. Comme il n’y a pas de rizière, ses habitants ne peuvent pas fabriquer de riz. Ils ne peuvent donc pas fabriquer de
mochi également. Je me suis demandé comment pouvaient se nourrir ces gens.
Ces habitants fabriquent du tofu à base de soja. Ils fabriquent aussi du
miso eux-mêmes. Ils ajoutent des noix dans le miso qu’ils écrasent avec un pilon. Ils ajoutent ensuite, soit du kaki séché, soit du sucre, qui est précieux, et qu’ils ont acheté en petite quantité au village. Ensuite, ils mettent cette sauce sur le tofu et grille le tout au feu de cheminée. Ils piquent également le taro, grillé aussi, avec la sauce miso.
Tout cela est très appétissant. Il y a aussi du poisson salé, le
sanma, en provenance de la mer, qui a été préparé avec quantité de sel pour éviter de pourrir. C’est un repas spécial pour les habitants de la montagne, car le sel était très précieux.
Dans la montagne, au sud de la préfecture de Nagano, il existe un village qui s’appelle Shimoguri. Ce village se trouve toujours sur le flanc aigu de la montagne. C’est un endroit qui a de très jolis paysages. Les petites pommes de terre servies en pension y sont tellement bonnes et les champignons
shîtake sont magnifiques avec la forme d'un OVNI.
Je me suis alors dis que faire un court métrage basé sur le conte
Le sumo des souris et se passant dans un petit village de montagne comme Shimoguri serait très intéressant.
Quel goût peuvent avoir les boulettes au sanma salé dont j’ai entendu parlé ? Peut-être que les souris vont raffoler de son odeur ? Et si elles croquent dedans, peut-être vont elles être heureuse et prendre de la force ? Leur force sera peut-être plus grande qu’avec du mochi (préparation à base de riz gluant) et peut-être vont-elles finalement gagner le tournoi de sumo ?
C’est comme ça que notre version des
Souris sumo est née.
Je souhaite que vous vous amusiez avec ce film. D’ailleurs, l’équipe qui est partie en repérage au village de Shimoguri a mangé des vraies boulettes au
sanma et a déclaré que c’était parfumé et délicieux. »

Bon appétit !

Création du film

En 2008, le producteur Toshio Suzuki avait déclaré que les prochains projets de Hayao Miyazaki après le film Ponyo sur la falaise seraient des courts métrages pour le musée Ghibli. Le réalisateur avait lui déjà indiqué à l’époque que réaliser une histoire sur des souris sumo serait intéressant à faire.
Chû-zumô (« chû » étant en japonais l’onomatopée pour décrire le bruit de la souris), est inspiré du conte traditionnel japonais Nezumi no Sumô (Le sumo des souris). Si, une fois encore, c’est Hayao Miyazaki qui est à l’origine du projet, le storyboard et la réalisation ont cependant été confiés à l’animateur chevronné Akihiko Yamashita (Giant Robo, Le château ambulant, Arrietty, le petit monde des chapardeurs, Souvenirs de Marnie).
La musique a été composée par le percussionniste Manto Watanobe, membre du groupe Shan Shan Taifû (ou Shang Shang Typhoon), ayant par le passé travaillé sur le long métrage de Isao Takahata, Pompoko. Watanobe a également travaillé sur la musique de Ghiblies - Episode 2.
Mais sous ses allures de conte, ce court métrage est tout autant un hommage à la cuisine japonaise (lire, ci-dessus, l'appétissante note d’intention signée Miyazaki), dont la représentation graphique est l’une des grandes thématiques de la filmographie du studio Ghibli.

Akihiko Yamashita : storyboard et réalisation

« Pour ce film, j’ai travaillé le thème central de cette œuvre : montrer des personnages faisant preuve de volonté, tout en restant drôles. Je souhaitais également exprimer l’idée qu’avoir un but donne de la force. Néanmoins, la finalité de ce film était clairement de montrer toutes les souris, même les perdantes, en train de rigoler et de déclarer que c’était un bon tournoi. J’ai avancé sur ce projet en réfléchissant à tout cela. Mais ce n’était pas si simple.
Notamment, dans la scène où les souris se déplacent en groupe, lorsque Jî et Bâ préparent leurs plats. Au début, j’ai élaboré cette scène avec des souris qui s’approchent de façon désordonnée, attirées par la nourriture. Mais, le réalisateur Hayao Miyazaki m'a corrigé, en me disant qu’il fallait que je change mon point de vue par rapport aux souris. Il faut les voir comme des soldats obéissants. J’ai donc animé les souris comme des soldats disciplinés.
Pour montrer la relation existante entre Jî et Bâ, j’ai ajouté à ma réalisation l’idée que c’est un couple qui vit ensemble depuis longtemps. Par exemple, ils commencent à cuisiner sans forcement avoir à se parler. Quant au poisson que Jî a mis toute la journée à aller chercher, Bâ le prend machinalement. Je pense que c’est assez réussi.
J’ai appris beaucoup de choses lors de la réalisation de ce film, comme la diversification des modes de vie de l’époque grâce au livre de Tsuneichi Miyamoto. Par le repérage au village de Shimoguri, j’ai connu des champs à flanc de montagne, et lorsque j’ai mangé des boulettes au
sanma, j’ai entendu le son « saku » (onomatopée décrivant un bruit croquant) et découvert leur saveur.
Pour la création des décors, l’important, c’est l’ambiance du lieu et l’accumulation de détails. Il ne faut pas créer selon ses propres envies. De même, pour le
storyboard, il est inutile de dessiner des scènes superflues. Ce qui est important, c’est le rythme, d’amener un intérêt scène après scène. C’est ce que j’ai ressenti. J’ai aussi redécouvert la façon de réaliser des scènes qui ne sont pas prevues dans le scénario. Tout cela fait partie du travail de réalisateur.
Quant à l’animation des personnages, je suis conscient que j’y ai mis ma touche personnelle. Je n’ai pas toujours dessiné les personnages en respectant les
seittei (planches de modèles). Les visages et les corps s’étirent et s’écrasent (NDT : le « squash and stretch », principe de base de l’animation à la Disney, généralement peu utilisé dans l’animation japonaise) d’une scène à l’autre et donnent des mouvements impossibles. Il s’agit donc d’une réalisation amusante et spécifique à l’animation.
Je souhaite que vous profitiez du côté amusant de cette animation, pas vraiment réaliste. Pour moi, la réalisation des
Souris sumo était vraiment une bonne expérience. »

Naoya Tanaka : direction artistique

« Pour la création des décors de ce film, décrire la manière de vivre à la montagne de Jî et Bâ était difficile. Je me suis demandé comment étaient fabriquées les maisons de paysans, quelle était la profondeur de l’avant-toit et la taille du toit lui-même. Que mangeaient-ils au quotidien ? Que faisaient-ils pousser dans leurs champs ? C’est un univers que je ne connaissais pas. Je suis donc parti en repérage au village de Shimoguri sur les recommandations de Monsieur Miyazaki. J’ai aussi observé les maisons anciennes qui ont été déplacées à Kodaira Furusato Mura (Tôkyô).
J’ai donc commencé par étudier tout cela. A Shimoguri, j’ai été surpris par les champs à flanc de montagne, comme celui de Jî et Bâ que l’on voit au début du film. J’ai réellement visité ces champs et j’ai demandé à un couple qui cultive des pommes de terre de me parler de leur vie. Ils m’ont expliqué que puisque le flanc est très aigu, si on fait tomber une pomme de terre, elle roule immédiatement vers le bas de la montagne. C’est une anecdote qui m’a beaucoup marquée.
Les boulettes au
sanma que l’on voit dans le film sont un plat que j’ai vu pour la première fois à Shimoguri. Dans celles-ci, on met les morceaux d’un poisson salé entier dans des boulettes de sarrasin que l’on fait ensuite griller sur le feu. Cela ne sent pas le poisson, l’extérieur de la boulette est parfumé et l’intérieur est tendre. C’est délicieux.
Pour la scène de la cuisine, j’ai détaillé la préparation d’un grand repas, dans lequel Jî et Bâ ont mis toutes leurs forces tout au long de la journée, autour d’un feu qui crépide dans la cheminée de la sombre pièce principale .
Pour la maison de Jî et Bâ, l’important était de mettre de l’authenticité, comme si on pouvait presque sentir l’odeur des braises que l’on voit dans le décor. Mais arriver à cette authenticité n’était pas facile. Par exemple, dans ces maisons anciennes, il y avait toujours des toilettes à l’extérieur. Et j’imagine que ça sentait mauvais en permanence. La maison elle-même n’était pas très propre. Et pour dormir, les habitants utilisaient des futons en paille, remplis de mites et de poux. Décrire tout cela n’était pas dans notre intérêt. Notre intérêt est de donner à faire ressentir tout cela dans nos décors grâce à nos repérages.
En fait, c’était tout le temps du tâtonnage. Et au final, je pense qu’on a réussi à amener de la profondeur à des décors à l’ambiance douce. Même si le film est court, nous avons également cherché à décrire le temps qui passe. Notamment pour les scènes qui se passent autour de la cheminée dans lesquelles on voit bien les différents moment de la journée : tôt le matin, le couché du soleil ou le soir. J’espère que vous observerez ces variations. Si vous les voyez, j’en serais ravi. »

 

Photos du village de Shimoguri et d'une boulette au sanma, extraites du repérage effectué par l'équipe du film.

Fiche technique

Titre : Chû-zumô
(A Sumo Wrestler's Tail / Les souris sumo)
Date de sortie : 3 janvier 2010
Histoire originale : Basée sur le conte traditionnel japonais Nezumi no Sumô
Planification et scénario : Hayao Miyazaki
Storyboard et réalisation : Akihiko Yamashita
Direction artistique : Naoya Tanaka
Narratrice : Sawako Agawa
Musique : Manto Watanobe
Producteur : Toshio Suzuki
Production : Studio Ghibli
Durée : 12 minutes 55 secondes


 


Sources : fascicule du court métrage Les souris sumo, Animenewsnetwork.com, Nausicaa.net
Remerciements : merci à Yasuka Takeda pour les traductions
Dernière mise à jour : 28/03/2016

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