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Gauche le violoncelliste : Analyse

Gauche le violoncelliste est un film majeur dans la production animée japonaise et mondiale. Car il est l'œuvre d'un réalisateur et de son équipe qui ont conçu ce film comme une activité artistique et désintéressée. Projet non commercial, il est la preuve que la passion et le dévouement à un art compensent largement des moyens de production réduits.

Fruit d'une longue mais libre conception, Gôshu est une œuvre charnière dans le parcours d'Isao Takahata. Il constitue en effet la première étape d'une volonté, qui dès lors ne le quittera plus, de représenter dans ses films son propre pays. On ne sait pas vraiment si Kenji Miyazawa voulait situer sa nouvelle au Japon ou ailleurs. Le choix, donc, d'évoquer la campagne japonaise, la petite vie de province de la première moitié du XXᵉ siècle, aujourd'hui disparue, n'est pas innocent au regard de la suite de l'œuvre du réalisateur. Cette veine sera exploitée ensuite par le réalisateur : le Japon rural post-Hiroshima dans Le tombeau des lucioles, la vie quotidienne durant les années 60 et la campagne nippone des années 80 dans Souvenirs goutte à goutte et l'évolution et la lente décadence de ce mode de vie dans Pompoko.

 

D'un récit paradoxalement à la fois réaliste et merveilleux, Gôshu séduit par sa poésie modeste, sincère et souvent drôle. C'est un film qui n'hésite pas à prendre son temps, qui sait faire vivre les instants de calme, sans jamais s'engluer dans l'ennui. Un résumé du scénario pourrait laisser craindre un rythme répétitif et lassant autour du thème une nuit = une rencontre. Cependant Takahata fait respirer chaque scène, insufflant à chacune un rythme particulier par le biais de la musique, des images et de personnages éphémères mais subtilement caractérisés. Si le rythme et le scénario demeurent donc de prime abord simples (d'aucuns diront injustement simplistes), Takahata transcende sa narration et réussit à imprégner son œuvre d'une douce émotion, sans jamais lasser le spectateur. Cette pastorale simple et reposante donne un aperçu poétique de la campagne, évoquant là encore la sobriété et la candeur de la vie campagnarde de Souvenirs goutte à goutte.

Gôshu est donc une œuvre clé pour comprendre la pensée et la réalisation de Takahata, sa réflexion sur l'évolution du Japon, mais aussi sur l'homme moderne et ses valeurs. Prélude aux futurs chefs d'œuvre du réalisateur, Gôshu n'est cependant pas qu'une réalisation intéressante d'un point de vue « historique », il s'agit aussi d'un film unique par les idées qu'il véhicule et par le moyen de les transmettre.

Gôshu prend également une véritable ampleur morale, mais non moralisatrice, quant aux messages qu'il véhicule. Ainsi dès la première scène, on est happé dans la spirale du quatrième mouvement de la symphonie Pastorale de Beethoven, et ce grâce au travail et au talent collectif de l'ensemble de l'orcheste. Mais le charme est vite rompu par un violoncelle, celui de Gôshu. On retrouve ici le thème cher au cœur de Takahata, l'importance du travail et de l'effort communs, mis en péril par l'individualisme.

 

Tout au long du film, Gôshu, blessé dans son amour propre, va s'entraîner toutes les nuits pour combler son retard. Mais il ne parvient à rien car l'interprétation musicale ne se limite pas au respect d'une cadence. En effet, l'autre cause du « désaccord » de Gôshu est tout simplement son manque d'écoute à l'égard de l'autre. Cet autre symbolisé par les animaux qui viennent rendre visite à Gôshu et qui l'ouvrent peu à peu à la musique, au monde, mais aussi, paradoxalement, à lui-même. Ils libèrent le jeune homme buté et égoïste de sa chrysalide, le transformant en un musicien accompli et surtout en être sociable et généreux.

Comme l'explique Takahata, « Dans la société actuelle, beaucoup de gens s'enferment dans un monde virtuel. Plutôt que d'ouvrir leur cœur au monde réel, ils essayent de s'enfermer dans un univers irréel et confortable, car conçu sur mesure. Ils finissent par vieillir sans avoir mûri. Gôshu a la chance de rencontrer des animaux un peu frustres et pinailleurs. S'ils avaient été uniquement mignons et compatissants, il aurait préféré leur compagnie à celle des hommes. Le chat et le coucou inculquent à Gôshu la rigueur. Le tanuki au tambour et la souris lui enseignent la gentillesse et la compassion. »

Les animaux enseignent donc le goût pour le labeur et l'ouverture aux autres, sans toutefois symbolisés une Nature idyllique, où l'Homme pourrait se fondre. Gôshu appartient au monde des Hommes et c'est dans celui-ci qu'il s'épanouira définitivement. Il ne s'agit donc pas d'une fin moralisatrice, mais d'une conception de la vie éloignée de tout manichéisme que nous propose Takahata à travers ce conte.


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