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Sherlock Holmes
et le mystère des plans disparus

Fin 2017, la série Sherlock Holmes sort en France dans une nouvelle édition sur supports DVD/Blu-ray chez l’éditeur Black Box. Cette édition, basée sur de récents masters japonais, est notamment la première à proposer une version japonaise sous-titrée absente des précédentes versions dans notre pays.
Mais rapidement, chez les plus fins connaisseurs de la série, des interrogations surgissent à propos de cette nouvelle édition. Par exemple, sur l’épisode 9 (Le trésor de la mer), réalisé par Hayao Miyazaki en personne, c’est la disparition de plusieurs plans connus, car présents dans le générique de fin de chaque épisode, qui semblent manquer à l’appel. Cette absence est d’autant plus inexplicable que ces plans étaient tous présents dans les précédentes éditions DVD sorties en France dans les années 2000 mais qui ne disposaient que de la VF.
S’agit t-il d’une censure incompréhensible plus de 30 ans après la diffusion de la série ? Rien de tout cela. Cette nouvelle édition lève simplement (et involontairement) le voile sur l’existence de deux montages pour cette série : un montage « international », celui que nous avons toujours connu en France, et un montage japonais, plus court.
On vous explique la raison de cette singularité.

 

 

Comparatifs de montages « international » et japonais sur les épisodes 3 et 9.

L’histoire complexe des coproductions animées avec le Japon

Pour rappel, la série Sherlock Holmes est le fruit d’une collaboration entre la télévision publique italienne, la Rai, la société Rever et le studio japonais Tokyo Movie Shinsha (TMS).
En 1982, quatre épisodes, tous réalisés par Hayao Miyazaki, sont finalisés au niveau des images et n’attendent plus que leur bande son. Deux autres ont leur animation terminée, cependant il leur manque les décors et la prise de vue. C’est alors qu’un problème avec les ayants droit de l’œuvre d’Arthur Conan Doyle et des complications avec la production italienne fait que le travail s’arrête.
De son côté, Miyazaki, qui a commencé son manga Nausicaä de la Vallée du Vent en février 1982, quitte le studio Telecom, filiale du studio TMS et coproducteur de la série, en novembre de cette même année pour produire le long métrage animé du même nom. Celui-ci entre en production en 1983 et Nausicaä de la Vallée du Vent sortira dans les salles japonaises en mars 1984.

La version cinéma japonaise de Sherlock Holmes

Pour capitaliser sur la reconnaissance nouvelle du réalisateur, il est alors décidé que deux épisodes de la série Sherlock Holmes, l’épisode 5 (Le rubis bleu) et l’épisode 9 (Le trésor de la mer), à ce moment encore inédits, seront exploités en salles en ouverture des séances de Nausicaä.
Mais un problème se pose : les épisodes ne sont pas complètement finalisés. Il n’existe alors qu’une version en anglais qui était utilisée pour convaincre des diffuseurs étrangers et vendre la série à l’international. De plus, les épisodes sont pensés pour être diffusées sur une chaîne italienne qui a ses critères bien à elle, notamment de durée.
Mais pour l’instant, il faut déjà que la production s’occupe de réaliser la bande son de la version japonaise. Hayao Miyazaki, bien trop occupé sur Nausicaä, demande alors à Isao Takahata et au scénariste (et futur réalisateur) Sunao Katabuchi de se charger de ce travail. Ces deux épisodes sont réunis pour le cinéma mais les sons, la musique, voire le nom des personnages, sont différents de ce qui sera fait ultérieurement pour la série TV.
En effet, des problèmes de droits avec l’œuvre de Doyle ne sont pas encore résolus à ce moment. Du coup, Lestrade devient « Lestrante » (resutoranto) et Sherlock devient « Sherbeck » (shaabekku) Holmes. On peut aussi noter que la voix de Holmes est assurée par le comédien Teruhiko Shibata, alors que ce sera par la suite Taichirô Hirokawa qui l’incarnera dans la série quelques mois plus tard.
Cette version cinéma est disponible en DVD et Blu-ray et propose de nombreuses différences avec la version TV des épisodes.
Mais surtout, cette diffusion au cinéma de la série permet de retrouver un sponsor japonais et de remettre la production sur les rails. Mais sans Miyazaki cette fois.

La version TV de Sherlock Holmes

La diffusion de la série TV Sherlock Holmes commence donc quasi simultanément en France, au Japon et en Italie, en novembre 1984.
Mais les six épisodes réalisés par Hayao Miyazaki n’ont pas fini de poser problème. Ceux-ci ont été conçus pour un format italien, plus long que le créneau prévu pour la diffusion japonaise. Il faut donc retailler dedans. Adieux, par exemple, certains plans de la séquence où Holmes et Watson pistent dans les airs Moriarty et son sous-marin de l’épisode 9. Trop long, il faut réduire...
Les Japonais, à part dans la version cinéma, n’ont donc jamais vus ces plans, alors que le public européen lui les a bien vu à la TV.
Ce qui démontre que les anciennes éditions DVD partaient de masters Italiens ou du moins internationaux. Tandis que l’édition récente de Black Box en Blu-ray, sortie en 2017, se base bien sur des masters japonais avec leur montage TV réduit.

Tous les épisodes réalisés par Hayao Miyazaki ont-ils connu un tel traitement ?

Sur les six épisodes qui ont été réalisés par Hayao Miyazaki entre 1981 et 1982, seulement deux ont connu une diffusion cinéma intégrale. Ce qui signifie que les autres, les épisodes 3, 4, 10 et 11, ont été reformatés pour la télévision japonaise sans avoir été montrés au Japon dans leur version longue italienne.
Une comparaison avec les Film Book, des ouvrages détaillants le travail sur les épisodes cités, montre que quelques plans ont bien été expurgés du montage TV japonais. Des plans difficilement visibles par le public nippon.

 

Et le reste des épisodes de la série ?

Le verdict est sans appel et tous les épisodes ont bien connus des coupures dans leur version japonaise par rapport à la version internationale de la série.
Ce fait est confirmé par l’existence d’une édition DVD américaine sortie chez Geneon (Pioneer Entertainment) qui proposait en 2002 dans un pressage double face. Cette version de 2001 profitait d’un remaster image depuis les sources en 35 mm, aussi bien pour la version japonaise que pour la version anglaise, et d’un son repris des bandes magnétiques 16 mm. Pour chaque disque, on trouvait sur une face la version anglaise au montage international et sur l’autre, la version japonaise au montage raccourci.

 

Le mot de la fin

Pour conclure sur la récente édition DVD/Blu-ray française de la série Sherlock Holmes, même s’il s’agit bien de la première fois que l’on peut avoir cette série en HD et en japonais dans notre pays, il faut bien être conscient que le montage n’est pas le même que celui des éditions DVD plus anciennes.
Plans plus courts, inversés, répétés ou tout simplement absents, c’est en moyenne 1 min 30 d’images qui différencie les deux montages, au détriment du japonais.
L’éditeur a involontairement permis de découvrir, ou du moins de mettre en évidence pour la première fois en 30 ans en France, l’existence de ces deux versions internationale et japonaise. C’est aussi la première fois qu’une version propose la VF et la VO chez nous. Mais bien sûr, la piste sonore de la VF a été coupée elle aussi pour s’adapter à ce nouveau montage, ce qui n’a pas du être une partie de plaisir à faire...
Gardez donc précieusement votre ancienne édition DVD française, car c’est aussi la dernière à proposer la série dans son montage international.

 

Cette page est la reprise d’un sujet en trois parties diffusé sur la chaîne TV Nolife en mars 2018.
Merci à Emmanuel Pettini pour l'utilisation de son texte original, Parotaku pour sa comparaison des montages international et japonais de la série
et Catsuka pour son alerte.


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