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Kié, la petite peste : Analyse

Comme pour Horus, il est fort probable que le film reçoive un lot de critiques élogieuses, teintées cependant des expressions habituelles « mais la technique a vieilli » ou encore « le film a pris quelques rides ». Et pourtant, Jarinko Chie (Kié, la petite peste en français) apparaît comme une œuvre riche et foisonnante qui vaut bien plus qu'un simple regard condescendant.

Véritable petit bijou d'humour et de tendresse, Kié apparaît comme étant l'essence même du cinéma de Takahata, une source d'inspiration pour toutes les œuvres futures du maître nippon (excepté peut-être Le tombeau des lucioles). Dès le générique, on reconnaît des similitudes avec celui de Mes voisins les Yamada, avec la figuration du jeu de carte Hanafuda (le jeu des fleurs) :

La narration organisée autour de sketches et la volonté d'un réalisme social évoquent également le dernier opus de Takahata. Et comme pour Omohide Poroporo, Takahata ne cesse de questionner ce Japon moderne où les valeurs morales semblent peu à peu se perdre. Sur un ton plus léger et un brin grivois, l'intérêt pour les appareils reproducteurs des personnages félins de Kie n'est pas non plus sans évoquer les attributs généreux des Tanukis dans Pompoko.

Kie est une véritable merveille, car au-delà d'une animation, Takahata magnie avec brio la mise en scène, insère des clins d'œil cinéphiles subtils (Godzilla, mais aussi les codes du western) et joue sans cesse avec les codes représentatifs et narratifs. Kié, ainsi que tous les autres personnages, sont bien loin de n'être que de simples bouffons comiques dont le seul but est d'amuser le spectateur. Takahata semble nous interpeller sur des valeurs familiales en perdition. Kié est certes une petite fille hilarante, elle n'en demeure pas moins seule face à ces adultes irresponsables et immatures. La place d'une petite fille est-elle derrière le comptoir d'une gargotte ? Devrait-elle trouver son seul défenseur et véritable ami en la personne d'un chat ? La maturité est-elle l'apanage de l'âge adulte ? Toutes ces questions sont posées avec subtilité par Takahata, qui mêle habilement regard critique et comique de situation. Ainsi, Kie n'arrive jamais à prononcer le mot «Papa» et ne cesse d'appeler ce père irresponsable «Tetsu», sur un ton répprobateur et agacé. Au-delà du comique de la situation, ce simple détail perce à jour la psychologie de notre héroïne et son difficile parcours dans l'existence. Condamnée à ne plus être une petite fille, Kie assume à la fois son existence et celle de son père.

Cependant, malgré un slogan alléchant propre à appâter les parents en manque d'activité pour leurs bambins (« Kie, ta nouvelle meilleure amie ? » dans une écriture enfantine voire infantile), il semble utile de préciser que Kié n'est peut-être pas le film idéal pour un jeune public. Non pas qu'il puisse choquer nos chères têtes blondes (ils voient bien pire au journal de 20 h !), mais surtout parce que l'humour de Takahata demande une certaine maturité que les plus petits auront du mal à cerner.

De même, on ne peut que recommander d'aller voir le film en VO. Ayant pu assister aux deux versions, il apparaît que le doublage de la VF, loin d'être calamiteux, enlève néammoins un charme certain à l'œuvre de Takahata. Loin de l'accent d'Ôsaka, les voix françaises apparaissent bien fades et font bien souvent tomber à plat les situations les plus comiques.

En tout cas, ce film vaut vraiment le détour et l'on ne peut que saluer l'effort de Wild Side Films qui continue de nous proposer des films d'animation rares et d'une excellente qualité. Kié mérite réellement sa place dans le panthéon de l'animation, et s'il ne fallait ne retenir qu'une seule scène, ce serait ce fabuleux duel félin digne d'un Sergio Leone, où derrière l'humour se cache un des génies de la mise en scène et de l'animation. Tout au long de sa filmographie, Takahata nous dépeint une forme de réalisme, parfois dur, souvent drôle, qui est sa marque. Kie ne déroge pas à la règle, il incarne à merveille les aspirations et l'art de Takahata, qui transcende notre réel pour le transformer en poèsie visuelle.


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