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Le chat botté : Analyse

Le chat botté est un film de 1969, réalisé par Kimio Yabuki et produit par la Tôei Dôga (Tôei Animation depuis 1998), dont l’ambition avouée de l’époque était de devenir le Disney asiatique. Ce film de pur divertissement applique justement à la lettre les recettes de son illustre modèle américain : embryon d’histoire vaguement empruntée au conte de Charles Perrault, action non-stop, comique de situation même dans les rares moments dramatiques, intermèdes musicaux chantés évoquant les états d’âmes des personnages et faires-valoirs comiques en pagaille.

Pour tout dire, les scénaristes Hisashi Inoue et Morihisa Yamamoto, ainsi que le réalisateur, trouvaient le conte de Perrault trop simple. Dans leur film, Péro n’est donc plus un chat sans nom et légué en héritage mais un chat voleur banni de l’île des chats. C’est d’ailleurs le scénariste Inoue qui le nommera Péro en hommage à l’auteur français. C’est parce qu’il trouvait que le scénario de son film n’avançait pas toujours assez vite que Yabuki ajusta également le texte de Perrault à sa convenance. Le réalisateur trouvait pour sa part le personnage de Pierre trop passif et inutile dans le conte. Il décida donc de lui donner plus de consistance en ajoutant la scène où le jeune meunier avoue à la princesse qu’il n’est pas le marquis de Carabas. C’est grâce à ce moment charnière que Pierre peut ainsi faire ses preuves et s’affirmer en sauvant Rosa dans la dernière partie du film.

Mais le changement le plus notable entre le film et le conte intervient à la fin du récit, lors de la séquence de l’affrontement final entre Péro, Pierre et Lucifer qui s’étire ici sur prêt d’un tiers du métrage. Là, où dans le conte le sorcier était finalement vaincu par la ruse du chat, dans la version de la Tôei, cette ruse échoue comme pour entraîner le film sur un final avec plus de panache.

Et quel glorieux final, puisque fort heureusement pour le film, l’équipe de dessinateurs ne réunit pas moins comme artistes que Yasuji Mori, Yasuo Ôtsuka, Yôichi Kotabe et Hayao Miyazaki ! C’est ce dernier qui s’est chargé du storyboard de cette séquence, construite sur le modèle classique du montage alterné entre d’une part, Péro et Lucifer qui tentent de récupérer le pendentif magique, et d’autre part, Pierre qui porte secours à la princesse Rosa. Suspense, retournements de situation et courses poursuites tumultueuses rythment ce passage de près de 30 minutes.

Outre le fait de contenir les plus beaux morceaux d’animation du film, cette séquence a également le mérite de proposer au spectateur un découpage de l’action fort réussie, marque de fabrique de Miyazaki. En effet, malgré les allées et venues des différents protagonistes dans le dédale de couloirs, de ponts et d’escaliers de l’immense et singulier château de Lucifer, le spectateur n’est jamais perdu et sait toujours où chacun se trouve par rapport aux autres.

Cette séquence finale d’affrontement dans le château de Lucifer annonce clairement le dénouement du premier long métrage de Miyazaki, Le château de Cagliostro. Détail révélateur, pour la seconde sortie en salles du film au Japon, l’affiche du film s’est retrouvée affublée d’une accroche supplémentaire déclarant : « ce film est à l’origine du Château de Cagliostro. »

Le réalisateur Kimio Yabuki pointant l'accroche supplémentaire
de l'affiche du Chat botté pour sa seconde sortie en salles.

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