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Le soleil de Yuki (1972)

Histoire

Yuki est une jeune orpheline de 10 ans, abandonnée par une nuit d’hiver devant la porte d’un orphelinat de Hokkaidô. Parce qu'elle était apparue avec la neige, les gens lui donnèrent ce nom (NDT : Yuki est un prénom féminin qui signifie également « neige » en japonais).
Le seul bien que ses parents lui avaient laissé était une croix en bois de noyer qu'elle portait toujours à son cou.
Yuki grandit et devint une jeune fille forte et libre d'esprit qui surprenait son entourage grâce à sa vivacité et son cœur pur, rempli d'une exceptionnelle gentillesse.
Elle est finalement adoptée par la riche famille Tokyoïte Iwabuchi, dont la fille, Sanae, souffre d’un problème cardiaque.
Trahi par l’un de ses collaborateurs, la compagnie de M. Iwabuchi fait faillite. Lui et sa famille sont contraints d’aller s’installer à Hokkaidô.
Sur place, Yuki partira à la recherche de ses origines. Elle découvrira que pour elle et Mme Iwabuchi, l’île la plus septentrionale de l'archipel japonais reste intimement liée à un passé commun...

  

Création du pilote

Yuki no Taiyô (Le soleil de Yuki) est le titre d’un pilote réalisé par Hayao Miyazaki en 1972 dans le but de produire une série d’animation télévisée. Il est basé sur le manga shôjo (bande dessinée pour jeunes filles) éponyme du mangaka Tetsuya Chiba, l’auteur du célèbre Ashita no Jô (Le Joe de demain), prépublié dans le magazine Weekly Shôjo Friend de l’éditeur Kodansha en 1963 puis relié en volumes en 1969.
L’adaptation de ce manga mélodramatique n’a ensuite jamais été validée et la série n'a donc jamais dépassée le stade de ce pilote pour des raisons toujours obscures à ce jour.

On ne sait pas qui en était l’instigateur, pas plus que comment et pourquoi Miyazaki fut choisi pour le réaliser. Rien n’indique non plus qu’il aurait dirigé ensuite la série si elle s’était faite. Quoi qu’il en soit, le pilote du Soleil de Yuki reste notable car il est considéré comme le tout premier travail de réalisateur en solo pour Miyazaki.

Pour celui-ci, le début des années 70 est placé sous le signe des projets qui ont du mal à se faire ou s’installer durablement. En 1971, l’adaptation en série TV d’animation de Fifi Brindacier d’Astrid Lindgren vient tout simplement d’être annulée, puis il fait ensuite ses débuts de réalisateur, mais encore aux côtés de son partenaire Isao Takahata, pour les derniers épisodes de la série Edgar de la cambriole / Lupin III, de fin 1971 à 1972. Après quelques épisodes aux audiences très faibles, les deux hommes remplacent au pied levé le premier réalisateur Masaaki Ôsumi, renvoyé après avoir refusé d'apporter les modifications demandées par les producteurs. La série sera malgré tout annulée au bout de 23 épisodes.

Il n’existe pas plus d’informations concernant les dates et la durée de production du pilote du Soleil de Yuki. Mais on peut très logiquement le situer un peu avant la production de Panda, petit panda. Il est peu probable qu’il ait été développé en parallèle à la production de ces deux moyens métrages, Miyazaki ayant expliqué en entretien que les délais furent courts sur ce projet.

C’est le studio Tokyo Movie qui est crédité en toute fin de ce pilote, mais celui-ci a probablement été développé chez son studio sous-traitant de l’époque, A Production, chez lequel Miyazaki était rattaché alors.

Le pilote du Soleil de Yuki restera ensuite quasi oublié et on entendra plus parler de lui avant qu’il soit redécouvert à l’occasion d’une émission télévisée parallèle à la sortie en salles du Voyage de Chihiro au Japon (ou à sa première diffusion TV, les sources ne s’accordent pas toujours), difficile à dater exactement et dans une version courte d'un peu plus de 2 minutes.
Il faut ensuite attendre 2013 pour le découvrir dans sa version complète. Le pilote est alors diffusé à partir du 26 décembre 2013 et jusqu’au 13 janvier 2014 avant le film Le conte de la princesse Kaguya, uniquement dans les 76 salles Aeon Cinema.
Il est ensuite proposé en juillet 2014 en bonus dans la box DVD/Blu-ray Miyazaki Hayao Kantoku Sakuhin-shû, regroupant l’intégralité (croyait-on encore à ce moment là...) de la filmographie du réalisateur.

Analyse

Après Fifi Brindacier, Le soleil de Yuki en 1972 est un autre projet préfigurant fortement la série TV Heidi, réalisée par Isao Takahata, qui entrera en production deux ans plus tard.
Tout d’abord, les paysages bucoliques des Alpes Suisses semblent faire échos aux paysages ruraux d’Hokkaidô, au nord du Japon. Comme le personnage d’Heidi, Yuki est une jeune orpheline volontaire qui vit entourée d’animaux. Elle sera par la suite adoptée par une riche famille de la ville (Heidi deviendra la fille de compagnie de la fille de la famille Gérard à Francfort) avant de partir à la recherche de ses vraies origines, tout d’abord de son père, puis de sa mère (Heidi cherchera à retourner vivre chez son grand-père paternel).

 

Yuki est « une jeune fille moderne » car elle porte une salopette en jean, nous explique la voix off... « Une jeune fille dont la gaieté rivalisait avec le soleil, mais qui avait aussi ses bizarreries, celle de frapper les gens quand elle était trop heureuse de leur parler ! »
Il est certain que ce personnage féminin au caractère bien trempé a du inspirer Hayao Miyazaki dans lequel il du trouver une immédiate continuité au caractère effronté de Fifi qu’il vient de développer dans les recherches graphiques du projet de série. Dans un plan du pilote, ont peut même y voir Yuki mettre en déroute des garçons comme peu le faire la petite rouquine dans un des chapitres du roman d’Astrid Lindgren.

Dans les rares informations existantes sur ce pilote, Miyazaki est crédité à la réalisation et aux storyboards. L’animation reste dans les standards de l’époque. Difficile de savoir s’il s’est aussi lui-même chargé de celle-ci et des décors (la capacité de travail du réalisateur étant importante à cette époque) ou s’il a été aidé. Il n’est en effet pas impossible que la petite équipe transfuge de Tôei Dôga, à savoir Yasuo Ôtsuka, Yôichi Kotabe, ou même Isao Takahata, qui travaillera à la même période sur Edgar de la cambriole, Panda, petit panda puis Heidi ait été impliquée. On pense plus notamment à Ôtsuka, tant le character design des personnages secondaires semble subir sa grande influence et celle de la série Edgar de la cambriole.

  

Deux premières images qui semblent être sous l'influence graphique de Yasuo Ôtsuka et de la série Edgar de la cambriole.

Un mot sur le contenu étonnant du pilote en lui-même. Celui-ci n’est pas qu’une introduction aux personnages et à l'univers mis en scène. Miyazaki semble avoir complètement condensé en 5 minutes toute l’œuvre de Tetsuya Chiba en sautant de scènes clés en scène clé du manga : abandon à l’âge de nourrisson de Yuki, sa vie à l’orphelinat, son arrivée chez la famille Iwabuchi, sa rencontre avec Ryûta, un jeune ainu qui déteste les Japonais du continent et qu’il voit comme des envahisseurs d’Hokkaidô (aurait-il préfiguré Ashitaka ?), la faillite de M. Iwabuchi, décès d’Akurapa, son vrai père et enfin (re)retrouvaille avec sa mère après de nombreuses péripéties.

Fiche technique

Titre : ユキの太陽 (Yuki no Taiyô )
Yuki's Sun / Le soleil de Yuki
Année de création : 1972
Œuvres originale : Tetsuya Chiba
Storyboard, réalisation : Hayao Miyazaki
Production : Tokyo Movie
Dates de diffusion du pilote au Japon : Du 26 décembre 2013 au 13 janvier 2014 avant Le conte de la princesse Kaguya dans les salles Aeon Cinema
Durée du pilote : 4 minutes 55 secondes

 


Sources : pilote de la série - Ghibli no Sekai
Dernière mise à jour : 12/01/2018

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