| Studio | L'exception Ghibli |
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L'exception GhibliCréé en réaction aux contraintes de production, notamment télévisée, c’est le succès de Nausicaä de la Vallée du Vent qui permet à Hayao Miyazaki, Isao Takahata et Yasuyoshi Tokuma, le président de Tokuma Shoten et l’éditeur de la version manga de Nausicaä depuis 1981, de fonder le studio Ghibli en 1985. Le nom est choisi par Miyazaki, et renvoie à un vent du Sahara. Le but annoncé est alors très clairement de « faire souffler un vent nouveau sur l’animation ». Japonaise ou mondiale ? A l’époque, pour l’instant, la question ne se pose pas encore. A sa création, le studio Ghibli est dédié à la production de films pour le cinéma. Cet objectif l’amène à investir beaucoup pour chaque film avec le risque de ne pas rentrer dans ses frais et de disparaître tout simplement si un film rencontre l’échec. Car le studio Ghibli incarne une certaine idée de l’animation, une animation d’auteurs guidée par une volonté de rester détachée d'un attrait commercial et de donner le meilleur d’elle même. Bien sûr, d’autres grands studios d’animation existent à travers le monde mais peu d’entre eux semblent avoir aussi bien réussi ce compromis entre le commercial et le créatif comme le studio Ghibli. Les lignes qui suivent proposent une petite mise au point des particularités du studio à travers son mode de fonctionnement afin de permettre de mieux comprendre ce qui distingue Ghibli des autres studios japonais et mêmes étrangers, un mode de fonctionnement qui a peut être lui aussi participé à le faire devenir la référence que l’on connaît. L’une des exceptions du Studio Ghibli à l’époque de sa création est devenue depuis une généralité dans l’animation nippone. En effet, à la fin des années 70 et durant les années 80, l’animation japonaise, voire mondiale, traverse une vraie crise. On ne s’intéresse plus aux longs métrages, mais aux séries réalisées au kilomètre, sans réel but créatif, mais plutôt lucratif. En réalisant Nausicaä puis en fondant le Studio Ghibli, Miyazaki et Takahata font prendre à l’animation nippone un tout autre tournant. Ils rejettent ce formatage et cette négation de la création artistique et axent leurs productions autour de leur vision d’auteur. C’est un cinéma d’animation ambitieux et donc risqué qu’ils proposent, et il s’agit d’un fait rare à cette époque. Ils ont probablement ouvert la voie et sans leur courage artistique, on peut se demander si Mamoru Oshii ou plus récemment Kon Satoshi aurait pu imposer leur œuvre si personnelle. Le studio Ghibli n’est donc pas dirigé par les producteurs, il est quasiment sous la main mise de Miyazaki, qui dicte ses choix comme il l’entend. Il impose ainsi en 2004 le fait qu’il n’assurera aucune promotion pour Le château ambulant. Cet acte est rare voire unique dans le cinéma mondial, et montre bien que le réalisateur n’a de comptes à rendre qu’à lui-même. C’est dans cette même logique que le Studio s’est dissocié de Tokuma Shoten et est devenu complètement indépendant, à l’instar du Studio américain Pixar. Le studio a donc arrêté d'éponger les dettes de sa maison mère et va désormais profiter des énormes bénéfices que lui rapportent ses films et tous les droits associés. Traditionnellement, dans le milieu de l’animation japonaise, on réunit une équipe de créatifs, engagés pour le temps de la création du film. Ce ne sont pas des salariés à plein temps de l’entreprise mais une sorte d’intérimaires. Le travail fini, ces artistes sont libres d’aller chercher un travail sur une autre production, pour un autre studio. A ses débuts, le studio Ghibli, comme beaucoup d’autres, se contente d’embaucher ponctuellement une équipe de 70 personnes sur chaque film, faute de moyens suffisant. Après la réussite éclatante de Kiki, la Petite Sorcière, le studio a pris de l’assurance et est plus confiant en son avenir. La question se pose des conditions de travail du personnel du studio. Les tarifs dans le monde de l’animation sont fixés en fonction du nombre de dessins. Etant donné la qualité exigée des animateurs et le temps de travail passé, les animateurs de Ghibli étaient auparavant payés en moyenne deux fois moins qu’ailleurs. Sous l’impulsion de Miyazaki, dès 1990, l’équipe sera désormais employée à plein temps avec un salaire fixe plus conforme aux tarifs en vigueur. Parallèlement à cette décision, l’accent est également mis sur l’apprentissage et la formation des animateurs et l’accueil des nouveaux talents. Parmi les animateurs formés au studio Ghibli et dont la carrière est particulièrement notable, on compte, par exemple, Atsuko Tanaka et Kazuhide Tomonaga qui ont été formé sur la série Conan le Fils du Futur, puis sur Le château de Cagliostro et Kié la petite peste, et qui ont rejoint Yasuo Otsuka au studio Telecom. On peut également citer le directeur de l’animation de Mon Voisin Totoro, Yoshihru Sato, qui a quitté le studio Ghibli pour le studio 4°C (Memories, Spriggan, Princesse Arete). Autre signe de cette volonté de perdurer dans le temps et ne pas marquer le monde de l’animation de façon éphémère, le studio Ghibli, chose rare dans le milieu japonais, possède depuis 1992 ses propres locaux de 300 m2 sur 3 étages situés sur dans la banlieue de Tokyo à Koganei. La construction fut supervisée par Miyazaki lui-même, alors qu’il travaillait sur Porco Rosso. La fin de la construction coïncida avec la fin de ce nouveau long métrage. Le studio Ghibli est maintenant une structure qui emploie quotidiennement une centaine de personnes. Depuis Pompoko, le studio Ghibli suit également les évolutions technologiques de son secteur et possède un département chargé des images de synthèse. Mais c’est vraiment avec On Your Mark que l’aventure de la 3D commence chez Ghibli pour finir par faire partie intégrante des films depuis Princesse Mononoké. Pour ce département, comme pour les autres, la priorité a été donnée au regroupement de toutes les activités du travail sur l’animation. Il s’agit là d’une constante du studio, contrairement aux habitudes de sous-traitance, courante en animation. Le fait d’employer une équipe à plein temps a bien entendu des revers et entraîne une augmentation des frais de production. Pour compenser ces dépenses, le studio décide d’accorder plus d’importance à la publicité autour des films, afin d’en augmenter la rentabilité. Ainsi, comme son homologue américain aux grandes oreilles, Ghibli décide, deux ans après Totoro, de se lancer dans les produits dérivés de ses films, afin de répondre tout d’abord à une demande très forte du public, et ensuite afin de rentabiliser ses films, qui coûtent extrêmement chers. On peut regretter cette promotion via des produits dérivés, qui va crescendo depuis, et qui place le studio non pas dans l’exception mais dans la norme. Cependant, cette commercialisation est devenue la règle pour les grands studios d’animation, à laquelle Ghibli n’a pu échappé ! Dans la même logique de compenser les frais de production, le Studio doit également enchaîner les projets pour justifier les salaires mensuels des employés à partir de 1991. C’est ainsi que le studio Ghibli, en 1991, après le succès de Souvenirs Goutte à Goutte de Takahata, se retrouve à mettre en chantier, presque immédiatement, Porco Rosso. Un dernier contre-pied à attribuer au studio est son comportement face à la distribution de ses œuvres dans le reste du monde et face à une logique commerciale internationale aguicheuse. Le studio Ghibli a pour objectif de ne jamais sacrifier l’originalité à une carrière internationale dans le seul but de faire plus d’argent. C'est le problème que connaît actuellement Disney ou Dreamworks. Prisonniers de leur logique commerciale, ces studios sont devenus des machines à sous qui sortent des films au moule, oubliant qu'un film d'animation est avant tout un film. Pour ne pas rentrer dans ce système aliénant, le Studio Ghibli continue de faire ses films pour la seule audience japonaise. Et ce, même si ses réalisations rencontreront le succès et l'audience qu'ils méritent à l'étranger. Paradoxalement, les films du studio sont caractérisés par leur relative absence d’ethnocentrisme (surtout chez Miyazaki) et ont probablement permis, plus que n’importe quel autre animé nippon, de mettre à mal les préjugés tenaces concernant l’animation japonaise. C’est dans cette logique que pour la première fois un film d’animation a remporté le premier prix d’un festival international de cinéma, avec le Voyage de Chihiro à Berlin ! C’est aussi ça l’exception Ghibli !!! © Buta Connection |