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Histoire du studio Ghibli : Création et reconnaissance

Le studio Ghibli a été officiellement fondé pour la production du film Le château dans le ciel en 1986 par Tokuma Shoten, un célèbre éditeur japonais. En fait, le studio existait depuis longtemps dans l'esprit de deux hommes, deux visionnaires qui ont su rester fidèles à leurs principes : Hayao Miyazaki et Isao Takahata.

Origines et création

L’histoire du studio Ghibli commence en réalité à la fin des années 50. Isao Takahata entre au studio Tôei Dôga (futur Tôei Animation) en 1959 et Hayao Miyazaki en 1963. Tous deux appartiennent au même syndicat, Takahata en étant le vice-président et Miyazaki le secrétaire général. Après la réalisation de Taiyô no Ôji: Horusu no Daibôken (Horus, prince du soleil), tous deux quittent la Tôei et intègrent un autre studio, où Takahata est réalisateur et Miyazaki est chargé de la conception scénique. Ils mettent au point ensemble diverses techniques d’animation et de mise en scène. Amis de longue date, les deux hommes ont donc souvent collaboré ensemble et sont tous deux portés par une même ambition artistique. Or, dans les années 70, avec le développement de l'animation « bon marché » pour la télévision, la qualité des productions ne cesse de baisser. Il devient alors très dur pour eux de satisfaire à leurs exigences de qualité. L'idée d'un studio indépendant mûrit alors.

Isao Takahata et Hayao Miyazaki, au milieu des années 70.

Au début des années 80, le projet d'adapter en long métrage d'animation Kaze no Tani no Naushika (Nausicaä de la Vallée du Vent), le manga que Miyazaki publie dans la revue Animage (qui appartient à Tokuma Shoten), est le point de départ véritable de la création du studio. En effet, une fois le projet lancé, se pose le problème de savoir à quel studio confier le travail, la seule personne sûre de travailler sur le projet étant... Miyazaki ! Ce dernier exige que son ami Takahata assure le poste de producteur et, bien qu'il n'est à cette époque aucune expérience de ce travail, ce dernier accepte, après de longues négociations de Toshio Suzuki.

Pour trouver un studio, Takahata prend contact avec plusieurs sociétés. Il se met finalement en accord avec un ancien ami de la Tôei Dôga, Tôru Hara, qui a fondé sa petite société, Topcraft. Bien que Ghibli n'existe pas encore, beaucoup considèrent aujourd'hui que l'équipe de Topcraft a été le point de départ du studio. Nausicaä de la Vallée du Vent obtient un succès mérité (915 000 spectateurs et des critiques très favorables), établissant qu'il est possible de réaliser et de produire de l'animation de qualité pour le cinéma.

Dans le studio Topcraft.

Pourtant, malgré le succès de Nausicaä, le studio Topcraft ferme et se pose alors la question du financement du prochain film de Miyazaki. Tokuma Shoten hésite, car selon eux, réaliser des longs métrages d’animation est quelque chose de trop incertain pour pouvoir assurer une structure pérenne à ce type de projet. Mais la réussite de Nausicaä les convainc finalement de prendre le risque et ils acceptent de financer la création d'un studio au sein d’une filière de Tokuma Shoten. Yasuyoshi Tokuma, PDG de la branche éditions du groupe, en devient le président. Même s'il vient rarement au studio, sa contributation a été décisive : c'est lui qui avait déjà pris la décision d'adapter le manga Nausicaä au cinéma, puis, un peu plus tard, il prendra en charge lui-même les relations avec les distributeurs pour assurer la sortie commune de Mon voisin Totoro et du Tombeau des lucioles. Toshio Suzuki accepte de rejoindre le studio, tout en continuant de travailler à Animage.

Plus qu'un but, ce studio est le moyen pour Miyazaki et Takahata de réaliser leur rêve. Au début, Takahata tient à lui donner un nom japonais. Il a avancé « Musashino Kôbô » (l'atelier Musashino), mais Miyazaki n'est pas emballé. Il propose alors « studio Ghibli », « Ghibli » désignant un vent chaud du désert que les pilotes italiens de la Seconde Guerre mondiale ont repris pour désigner leurs avions de reconnaissance. Par ce choix, Miyazaki, passionné d'aviation depuis l'enfance, a exprimé ainsi sa volonté d'imposer « un nouveau souffle à l'animation japonaise ».

Si le studio est l'occasion, pour les deux réalisateurs, d'être libres et de pouvoir proposer des longs métrages d'animation de qualité (chose souvent impossible dans d'autres sociétés, où rentabilité et délais minimums sont les maîtres mots), chaque film est un pari risqué. En effet, il s'agit de financer le prochain film par les recettes du précédent. Qu'un seul film vienne à manquer son public et c'en était fini du studio Ghibli... Heureusement, cela n'est jamais arrivé !

Reconnaissance et premiers succès

En 1986, Tenkû no Shiro Rapyuta (Le château dans le ciel) est le premier film sorti sous l'appellation « Ghibli ». Il fait 775 000 entrées, remportant un succès d'estime. Les bénéfices sont alors réinvestis dans un projet incroyablement risqué : la production de deux films, Tonari no Totoro (Mon voisin Totoro) de Hayao Miyazaki et Hotaru no Haka (Le tombeau des lucioles) de Isao Takahata. L'équipe du studio Ghibli doit se partager sur les deux projets et les films sortent simultanément en 1988. Se pose déjà le problème de l'exiguïté du studio, trop « petit » pour le talent réuni de Miyazaki et de Takahata.

Hayao Miyazaki travaillant sur Le château dans le ciel.

Le succès n'est pas immédiat, mais les deux œuvres cimentent pour de bon la réputation de sérieux et de qualité du studio. Ils ne cessent d'accumuler récompenses sur récompenses dans tous les festivals où ils sont présentés et font partie aujourd'hui des films d'animation japonais les plus connus et appréciés dans le monde. En outre, le personnage de Totoro apporte des gains inattendus grâce aux produits dérivés pourtant vendus deux ans après la sortie du film, suite à sa diffusion TV. Totoro, devenu un symbole, est rapidement adopté comme logo pour le studio.

Le premier vrai succès national au box-office du studio Ghibli est leur production de 1989 : Majo no Takkyûbin (Kiki, la petite sorcière). Réalisé par Miyazaki, ce film totalise 2 640 000 entrées rien qu'au Japon. Avec ce résultat inespéré, le studio est maintenant capable de s'autofinancer et permet à Miyazaki de faire accepter quelques propositions profitables à tous les « acteurs » du studio qui, jusqu'à présent, n'avaient que des postes d'intérimaires. L'argent récolté permet donc, dès novembre 1990, d'engager à plein temps une partie de l'équipe afin de bénéficier de l'expérience qu'elle a acquis. Il permet aussi de développer une section d'apprentissage qui accueille de nouveaux talents.

C'est à cette époque du changement dans la gestion du studio que Toshio Suzuki, ancien rédacteur en chef du magazine Animage, rejoint définitivement le studio Ghibli en tant que producteur. Il avait été impliqué dans la parution du manga Nausicaä, puis dans la production de son adaptation cinématograpique, et suivait de très près la réalisation des œuvres du studio Ghibli. Il devient ensuite président du studio quelques années plus tard.

Au bout d'un épuisant travail, Omohide Poroporo (Souvenirs goutte à goutte) de Takahata, obtient à son tour un immense succès en terminant une nouvelle fois en tête du box-office annuel. Une autre réussite de l'année 1991 est le doublement des salaires et la mise en place d'un recrutement régulier. Les dirigeants du studio ont évidemment anticipé cette forte augmentation des coûts de production. C'est donc à l'occasion de la sortie de Souvenirs goutte à goutte qu'une nouvelle politique promotionnelle est adoptée afin d'augmenter les recettes aux box-office.

Isao Takahata travaillant sur Souvenirs goutte à goutte.

Afin de justifier le salaire mensuel des employés du studio, Kurenai no Buta (Porco Rosso) est mis en chantier avant même la fin de Souvenirs goutte à goutte. Le personnel est épuisé et Miyazaki doit commencer tout seul. Il assume ainsi les casquettes de producteur, réalisateur et assistant-réalisateur. La pression est trop forte. Pour s'en distraire, il propose un projet fou : se rendant compte qu'il est de plus en plus difficile de continuer à travailler dans un endroit inadapté (90 personnes dans 300 m²), il désire faire construire un studio adapté aux besoins spécifiques des animateurs. Le président du studio Ghibli, Tôru Hara, refuse un tel projet et est contraint de claquer la porte. Le risque financier était alors non négligeable et c’est Yasuyoshi Tokuma qui acceptera de financer l’opération, alors que même Suzuki était inquiet quant à la faisabilité de ce projet de création d’un studio à la mesure des ambitions de Miyazaki et Takahata.

Miyazaki supervise lui-même la réalisation des plans du nouvel immeuble. Il le veut aéré, clair, entouré de verdure. Il restreint le parking au strict minimum, mais double l’espace réservé aux femmes, massivement embauchées au moment de Porco Rosso. Il choisit lui-même les matériaux de construction et contrôle les travaux, tout en continuant son ouvrage sur Porco Rosso. En 1992, le studio est terminé au même moment que le film (qui récolte une nouvelle fois un grand succès). Sur plus de 1 100 m² et trois étages, dans la banlieue de Tôkyô à Koganei, c'est désormais une centaine de personnes qui y travaille quotidiennement.

Hayao Miyazaki dans les travaux de construction de l’actuel bâtiment principal du studio Ghibli.

En 1993, le studio s'équipe de deux caméras pilotées par ordinateur afin de faciliter les prises de vue. Sont achetés également des outils d'infographie qui vont permettre de franchir encore un nouveau pas dans les techniques d'animation.

Cette même année, le studio produit son premier et seul téléfilm animé Umi ga Kikoeru (Tu peux entendre la mer). Le jeune réalisateur de 34 ans, Tomomi Mochizuki, est le premier réalisateur du studio autre que Miyazaki et Takahata depuis la création de Ghibli. L'équipe de production est jeune et leur objectif est de créer une œuvre « rapidement, à bon marché, mais de qualité ». Le téléfilm obtient des résultats satisfaisants, excédant les prévisions.

En 1994, Heisei Tanuki Gassen Ponpoko (Pompoko) de Takahata est une nouvelle fois n°1 au box-office. Pompoko est le premier film du studio à présenter des séquences en images de synthèse. Le long métrage Mimi wo Sumaseba (Si tu tends l'oreille) et le clip musical de commande On your mark en 1995, puis surtout Mononoke Hime (Princesse Mononoke) en 1997, témoignent à leur tour de l'utilisation croissante des ordinateurs pour faciliter la fluidité des animations, le rendu des reliefs.

Pour Si tu tends l'oreille, Ghibli a essayé une nouvelle composition pour le staff : Miyazaki est responsable de la production, du scénario et de la continuité. Yoshifumi Kondô, directeur de l'animation du Tombeau des lucioles, Kiki, la petite sorcière et Souvenirs goutte à goutte, est chargé de la réalisation. Miyazaki et Takahata commencent, à l'époque, à songer à trouver leurs successeurs et Kondô relève le défi brillamment. Le film est un nouveau succès.

L'accord Tokuma-Disney

Intrigués par son triomphe auprès du public asiatique, quelques Major Companies, comme la Warner et la Fox, ont fait une cour empressée à Hayao Miyazaki pour distribuer ses films aux États-Unis. Mais elles exigeaient de les remonter sur un rythme différent, en modifiant la musique ou en coupant des scènes. Miyazaki et le président du studio Ghibli, Toshio Suzuki, ont tenu bon. En juillet 1996, ils ont finalement trouvé un accord avec Buena Vista Home Entertainment : Disney peut exploiter une grande partie des films du studio Ghibli dans le monde entier, excepté l'Asie. Ainsi, pourront être distribuées (en vidéo ou dans les salles) les œuvres suivantes : Nausicaä de la Vallée du Vent, Le château dans le ciel, Mon voisin Totoro, Kiki, la petite sorcière, Souvenirs goutte à goutte, Porco Rosso, Pompoko, Si tu tends l'oreille, ainsi que le futur Princesse Mononoke.

Miyazaki et Takahata auraient-ils vendu leur âme au diable ? Eux qui se sont battus pour être libres, eux qui ne voulaient faire aucune concession... Avant toute chose, précisons que ce contrat ne remet pas en cause l'indépendance artistique du studio, puisque Disney n'a aucun pouvoir d'intervention dans la réalisation des films, s'occupant exclusivement de leur distribution hors Asie.

Pourtant, l'annonce de l'accord a secoué le monde de l'animation et a provoqué une vague d'inquiétude parmi les fans. Inquiétude infondée pour certains sur les desseins de Disney qui aurait acheté les droits pour étouffer la concurrence. Inquiétude légitime pour d'autres si on se rappelle du massacre perpétré à l'occasion de l'adaptation américaine du film Nausicaä. Cet épisode avait profondément choqué Miyazaki et l'on peut se demander comment il a pu accepter l'accord (le réalisateur dira par la suite qu'il a voulu aider son ami Yasuyoshi Tokuma à renforcer la position de son groupe, lui qui l'avait aidé à ses débuts).

Dessin humoristique de Tomkat, illustrant les craintes des fans
à l'annonce de l'accord Tokuma-Disney

En fait, il faut savoir que le contrat a été signé alors que Princesse Mononoke était toujours en cours de production. Or, le film coûtait très cher et les producteurs pensaient que les bénéfices de l'exploitation au Japon seraient insuffisants (ils se sont trompés largement). Est venue alors l'idée d'en faire une exploitation internationale et de vendre les droits de distribution des autres œuvres. Des compagnies intéressées par la proposition, seul Disney satisfait aux exigences de qualités de Miyazaki. En outre, les conditions du contrat sont très clairement énoncées sur un point : les films « ne seront PAS touchés », à l'exception des modifications dues au doublage et à la traduction. Ainsi, Disney s'est engagé à ne pas couper une seconde et à ne pas changer la musique.

Pourtant, ces conditions n'ont pas été respectées complètement. En ce qui concerne la sortie en vidéo de Kiki, la petite sorcière, par exemple, il y a une scène dans laquelle Kiki reçoit une lettre écrite en japonais. Cette lettre n'apparaît que rapidement, seulement la graphie n'est pas occidentale. Disney a modifié l'image numériquement et transformé ainsi la graphie pour qu'elle paraisse plus occidentale. Pour les musiques, ils n'ont pas à proprement parler touché à la composition originale, mais ont ajouté des musiques supplémentaires. Or, dans les films de Miyazaki, les instants de silence sont des moments privilégiés qui renforcent la dramatisation de l'action.

Concernant Princesse Mononoke, au lieu de préserver le générique original, magnifiquement interprété par un chanteur qui place sa voix très haut, Disney fait réinterpréter la chanson en anglais (ils songeaient même à Madonna à l'origine !). En outre, le script a été retravaillé. Heureusement, pas une seconde des 2 h 15 du film n'a été supprimée, malgré la complexité du scénario, et les nombreuses scènes violentes qui vont totalement à l'encontre de la politique Disney (La compagnie américaine pensait à l'époque acheter un film comme Mon voisin Totoro ou Kiki, la petite sorcière). Ainsi, après son triomphe sans précedent au Japon, Princesse Mononoke s'est fait attendre aux Etats-Unis plus de deux ans, nul ne sachant comment gérer la distribution d'une telle production. Finalement, Disney n'osant pas apposer son sceau, préfère laisser la gestion du film à Miramax, sa filiale « films indépendants », afin d'éviter de prendre de trop gros risques financiers.

Malgré cette expérience difficile et le succès mitigé de Princess Mononoke aux Etats-Unis, Disney a investi 10 % dans le budget du film de Takahata, Mes voisins les Yamada, ainsi que dans celui de la réalisation suivante de Miyazaki, Le voyage de Chihiro. C'est une première : jamais Disney n'avait jusqu'à lors investi dans la production d'un film étranger ! Au final, il faut avouer que ce contrat a permis et va permettre encore au public occidental de découvrir les films du studio Ghibli sur grand écran mais aussi en vidéo.

Six ans après la signature du contrat, le personnel de Ghibli a dressé un bilan très positif de l'accord Tokuma-Disney, malgré les quelques accrocs retardant les sorties étrangères. La France est particulièrement gâtée avec les sorties au cinéma de tous les nouveaux Ghibli, mais également les resorties d'œuvres plus anciennes sur le grand écran, comme Nausicaä, Le château dans le ciel, Kiki, la petite sorcière, ou encore Pompoko !


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