| Studio | Histoire du studio Ghibli |
|
L'accord Tokuma-DisneyIntrigués par son triomphe auprès du public asiatique, quelques Major Compagnies, comme la Warner et la Fox, ont fait une cour empressée à Miyazaki pour distribuer ses films aux États-Unis. Mais elles exigeaient de les remonter sur un rythme différent, en modifiant la musique ou en coupant des scènes. Miyazaki et le président du studio Suzuki ont tenu bon. En juillet 1996, ils ont finalement trouvé un accord avec Buena Vista Home Entertainment : Disney peut exploiter une grande partie des films du Studio Ghibli dans le monde entier, excepté l'Asie. Ainsi, pourront être distribués (en vidéos ou dans les salles) les oeuvres suivantes : Nausicaä, Laputa, Totoro, Kiki, Omohide Poroporo, Porco Rosso, Pompoko, Mimi wo sumaseba, ainsi que le futur Mononoke Hime. Miyazaki et Takahata auraient-il vendu leur âme au diable? Eux qui se sont battus pour être libres, eux qui ne voulaient faire aucune concession… Avant toute chose, précisons que ce contrat ne remet pas en cause l'indépendance artistique du studio, puisque Disney n'a aucun pouvoir d'intervention dans la réalisation des films, s'occupant exclusivement de leur distribution hors-Asie. Pourtant, l'annonce de l'accord a secoué le monde de l'animation et a provoqué une vague d'inquiétude parmi les fans. Inquiétude pour certains sur les desseins de Disney qui aurait achété les droits pour étouffer la concurrence. Inquiétude légitime pour d'autres si on se rappelle du massacre perpétré à l'occasion de l'adaptation américaine du film Nausicaä. Cet épisode avait profondément choqué Miyazaki et l'on peut se demander comment il a pu accepter l'accord (le réalisateur dira par la suite qu'il a voulu aider son ami Tokuma à renforcer la position de son groupe, lui qui l'avait aidé à ses débuts). ![]() Dessin humoristique de Tomkat, illustrant les craintes des fans à l'annonce de l'accord Tokuma-Disney En fait, il faut savoir que le contrat a été signé alors que Mononoke Hime était toujours en cours de production. Or le film coûtait très cher et les producteurs pensaient que les bénéfices de l'exploitation au Japon seraient insuffisants (ils se sont trompés largement). Est venue alors l'idée d'en faire une exploitation internationale et de vendre les droits de distribution des autres oeuvres. Des compagnies intéressées par la proposition, seul Disney satisfait aux exigences de qualités de Miyazaki. En outre les conditions du contrat sont très clairement énoncées sur un point : les films « ne seront PAS touchés », à l'exception des modifications dues aux doublage et à la traduction. Ainsi Disney s'est engagé à ne pas couper une seconde et à ne pas changer la musique. Pourtant, ces conditions n'ont pas été respectées complètement. En ce qui concerne la sortie en vidéo de Kiki's delivery service par exemple, il y a une scène dans laquelle Kiki reçoit une lettre écrite en japonais. Cette lettre n'apparaît que rapidement, seulement la graphie n'est pas occidentale. Disney a utilisé des ordinateurs pour modifier l'image et transformer ainsi la graphie pour qu'elle paraisse plus occidentale. Pour les musiques, ils n'ont pas à proprement parler touché à la composition originale. En fait ils ont ajouté des musiques supplémentaires. Or dans les films de Miyazaki les instants de silence sont des moments privilégiés qui renforcent la dramatisation de l'action. Concernant Mononoke Hime, au lieu de préserver le générique original, magnifiquement interprété par un chanteur qui place sa voix très haut, Disney fait réinterpréter la chanson en anglais (ils pensaient à Madonna à l'origine!!). En outre, le script a été retravaillé. D'un autre côté, heureusement, pas une seconde des 2h15 du film n'a été supprimée malgré la complexité du scénario et les nombreuses scènes violentes qui vont totalement à l'encontre de politique Disney (La compagnie américaine pensait à l'époque acheter du Totoro ou du Kiki). Ainsi, après son triomphe sans précedent au Japon, Mononoke Hime s'est fait attendre aux Etats-Unis plus de deux ans, nul ne sachant comment gérer la distribution d'une telle production. Finalement, Disney n'osant pas apposer son sceau, préfère laisser la gestion du film à sa filiale "indépendante" Miramax, afin d'éviter de prendre de tros gros risques financiers. Malgré cette expérience difficile et le succès mitigé de Princess Mononoke aux Etats-Unis, Disney a investi 10% dans le budget du film de Takahata, Mes voisins les Yamada, ainsi que dans celui de la nouvelle réalisation de Miyazaki Le voyage de Chihiro . C'est une première : jamais Disney n'avait jusqu'à lors investi dans la production d'un film étranger! Au final, il faut avouer que ce contrat a permis et va permettre encore au public occidental de découvrir les films du Studio Ghibli sur grand écran mais aussi en vidéo et DVD. Six ans après la signature du contrat, le personnel de Ghibli dresse un bilan très positif de l'accord Tokuma-Disney, malgré les quelques accrocs retardant les sorties étrangères. La France est particulièrement gâtée avec les sorties de Mononoke, des Yamada, de Chihiro, du Royaume des Chats et dernièrement Le Château Ambulant dans les nouveautés, mais également la re-sortie d'oeuvres plus anciennes sur le grand écran, comme Le château dans le ciel, Kiki la petite sorcière et très bientôt Pompoko! © Buta Connection |