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En quête d'une relève ?

Après Le Voyage de Chihiro, Miyazaki se concentre essentiellement sur la réalisation de courts-métrages pour le musée Ghibli, lui permettant de s'investir dans des projets moins longs, et donc moins difficiles et fatigants. Pendant cette période, bien qu'officiellement il demeure employé au Studio Ghibli, Takahata s'implique dans des projets personnels hors du Studio (ex : Jours d'hiver).

La question de la relève au sein du Studio Ghibli pose toutefois toujours un problème, car depuis le décès de Kondô et malgré des tentatives relativement fructueuses (Ghiblies II ou Le Royaume des chats), personne ne semble être apte à succéder aux deux réalisateurs. La voie semble pourtant libre pour de nouveaux talents au sein du Studio. Ainsi, dès Septembre 2001, le studio Ghibli annonce qu'il travaille sur deux nouveaux projets de film. Le premier doit être un moyen-métrage par Hiroyuki Morita et le second un long-métrage par Mamoru Hosoda (Digimon, le Film et plus tard La traversée du temps et Summer wars), montrant que la place est à la relève! Le moyen métrage devient au final le long métrage Neko no ongaeshi (Le royaume des chats). Il sort comme prévu pendant l'été 2002 et remporte un joli succès.

Le film de Hosoda en revanche prend du retard. En juin 2002, le jeune réalisateur jette finalement l'éponge et le projet est resté un temps abandonné et le poste de réalisateur vacant... avant que Miyazaki décide de reprendre le rôle de réalisateur. Voyant de nombreux employés démoralisés par les mois de travail inutiles (Miyazaki repartant à zéro!), le studio ferme pendant six mois, leur permettant de se reposer ou de s'investir dans d'autres projets... Ce n'est donc qu'en février 2003 que le travail reprend à Ghibli pour la production de Hauru no Ugoku Shiro (Le château ambulant).

       
Momose, Morita, Hosoda et Miyazaki (Goro)

Malgré une relative absence de promotion (Miyazaki pensait qu'il y avait eu trop de publicité pour Chihiro), le film est de nouveau un immense succès à sa sortie en novembre 2004. Comme Chihiro, il est distribué dans de nombreux pays, contribuant à la popularité croissante du réalisateur en dehors du Japon.

En 2005, le studio Ghibli prend son indépendance en quittant Tokuma Shoten. Les succès phénoménaux des trois derniers films de Miyazaki ont permis de renflouer les dettes du groupe Tokuma, et donc Ghibli peut être désormais totalement indépendant.

Cette même année, à la surprise générale, Toshio Suzuki annonce que la prochaine production Ghibli est confiée à Goro Miyazaki, le fils aîné du maître. Celui-ci n'est pas réalisateur de formation, mais son poste de directeur du musée Ghibli aurait fait naître chez lui une véritable vocation. Hayao Miyazaki, qui souhaitait lui aussi adapter cette œuvre, fait clairement savoir qu'il ne soutient pas le projet. Le film est réalisé en un temps record, 8 mois et 17 jours pour terminer l'animation du film, à comparer aux 17 mois pour Le château ambulant ou pour Le voyage de Chihiro ! En 2006 sort donc Gedo Senki (Les contes de Terremer), adaptation d'un ouvrage de l'auteur Ursula Le Guin. On assiste alors à une énorme promotion dans les médias japonais, qui choisissent d'insister sur le désaccord entre le père et le fils Miyazaki. Le film rencontre un succès honorable mais les critiques de la presse et des spectateurs sont mitigées.

Hayao Miyazaki, quant à lui, réalise son désir : refaire un film à destination d'un public très jeune. En 2006, il se lance dans la réalisation d'un nouveau long métrage, Gake no Ue no Ponyo. Là encore, il choisit de ne rien dévoiler sur le film avant sa sortie. Celui-ci sort en juillet 2008 dans 481 salles, un record pour une production nationale ! Le succès semble au rendez-vous, d'autant que les critiques accueillent très favorablement le film.

Deux autres annonces importantes sont faites durant cette année 2008 : l'ex-président de Walt Disney Japon Koji Hoshino (qui a également été producteur exécutif du Voyage de Chihiro et du Royaume des Chats) remplace Toshio Suzuki à sa présidence. Désormais, Suzuki va entièrement se consacrer à son travail de producteur et de membre du conseil d'administration du studio.

Ce dernier annonce que deux films seront confiés à deux jeunes réalisateurs, suivi d'un film de Miyazaki à gros budget. Le premier long-métrage sera Karigurashi no Arrietty. La réalisation est cette fois confiée à un jeune réalisateur, Hiromasa Yonebayashi (surnommé « Maro »), qui travaille depuis douze ans au sein du studio Ghibli. Comme pour Goro Miyazaki, les contraintes sont assez importantes : délai de réalisation court, présence de Miyazaki à plusieurs étapes du film, pressions diverses sur le jeune réalisateur,… Le film sort le 17 juillet 2010 au Japon, bénéficiant d'une belle promotion et d'un accueil favorable.

Le deuxième film, contre toute attente, est signé Goro Miyazaki. Intitulé Kokuriko-Zaka Kara, il s'agit cette fois d'un film dans la veine dite « réaliste » du Studio. La réalisation sera là encore très courte, avec comme handicap supplémentaire les conséquences des catastrophes de mars 2011sur la production et la promotion du film. Celui-ci sort le 16 juillet 2011 et reçoit cette fois un accueil nettement plus favorable des critiques et du public que les Contes de Terremer.

Parallèlement à cette réalisation, Miyazaki père continue de réaliser divers courts-métrages pour le musée Ghibli, allant même jusqu'à emprunter les animateurs travaillant sur les longs-métrages. Puis il se lance dans la réalisation de son onzième long-métrage. On sait très peu de choses sur ce projet : l'action se déroulera durant l'ère Showa, il s'agira de l'adaptation d'une auto-biographie et il n'y aura aucun élément fantastique. Contrairement aux précédents films des jeunes réalisateurs, Hayao Miyazaki bénéficiera de deux ans de réalisation, pour une sortie prévue pour l'été 2013.

  
Hayao Miyazaki et Isao Takahata

Malgré plusieurs annonces, Isao Takahata a complètement été en retrait sur la décennie 2000-2010. Aucun de ses projets ne semble malheureusement aboutir. On ignore à ce jour s'il s'agit d'une volonté du réalisateur ou du Studio, mais les fans se désespèrent de revoir un jour sur grand écran une œuvre du deuxième pilier de Ghibli.

Cette décennie pose donc un problème quant à l'avenir du Studio Ghibli, du moins concernant sa relève. Jusqu'à quand la santé d'Hayao Miyazaki lui permettra-t-elle de réaliser des films ? Isao Takahata pourra-t-il revenir à la réalisation? Les jeunes réalisateurs du Studio Ghibli vont-ils réussir à imposer leur style et va-t-on leur donner réellement les moyens d'y parvenir ? Si Miyazaki semble encore loin de prendre une retraite méritée, l'avenir du Studio est donc encore incertain et l'on se questionne encore sur une relève possible et sur la direction que compte prendre le Studio Ghibli.

© Buta Connection