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Le cinéma de Miyazaki

    

Hayao Miyazaki est un des réalisateurs d'animation les plus connus mondialement, respecté par les plus grands noms de la profession, comme John Lasseter, créateur de Pixar. En France, ce sont ses films qui vont sortir l'animation japonaise du ghetto culturel dans lequel les critiques l'avaient rangée. De plus, l'ensemble de sa filmographie démontre une continuité étonnante et rare, voire unique dans le milieu de l'animation.

Graphisme et personnages

On reconnaît presque immédiatement le cinéma de Miyazaki à son graphisme. En effet, contrairement à son compère Takahata, Miyazaki conçoit entièrement le character design de ses personnages. On aboutit alors à une galerie d'héroïnes aux traits étonnamment ressemblants, de Nausicäa à San en passant par Fio. On retrouve cette même similitude chez les personnages masculins, Pazu devenant le sosie d'Asbel et annonçant Ashitaka. Cette continuité étonnante dans le traitement de ses personnages a parfois valu à Miyazaki de lourdes critiques, stigmatisant un manque d'inspiration. Pourtant, chaque personnage de Miyazaki semble être unique, et l'on oublie un peu facilement d'autres personnages comme Marco, Tombo ou Mei !! De plus, le style de Miyazaki évolue bel et bien, même s'il reste fidèle à son univers graphique. Les deux dernières œuvres de Miyazaki sont très révélatrices de cette douce évolution. Chihiro a ainsi une forme de visage totalement inédite pour une héroïne de Miyazaki. Haku et Hauru n'ont pas l'allure décidée des héros miyazakiens, mais semblent plutôt évoquer les personnages shojo aux traits efféminés.

On ne peut que remarquer la préférence de Miyazaki envers des héroïnes «femmes-enfants », de Nausicaa à San en passant par Fio. Il est fort probable qu'aux yeux du réalisateur, le caractère inhérent à une jeune fille est d'être dotée d'un fort tempérament, d'un courage à toute épreuve et surtout d'une sensibilité pure. Les héroïnes de Miyazaki possèdent encore une capacité d'émerveillement propre à l'enfance et une force d'action présageant l'âge adulte. Evidemment, cela n'empêche pas le réalisateur de choisir parfois des personnages plus jeunes, comme Satsuki et Chihiro, ou plus vieux, comme Sophie transformée en grand-mère percluse de rhumatisme. Mais leur caractère s'avère être au final très proche des héroïnes habituelles du réalisateur. Si Miyazaki possède donc un univers qui lui est propre et auquel il reste fidèle, il sait cependant explorer de nouveaux horizons afin de renouveler son cinéma.

Les grandes thématiques

La filmographie de Miyazaki est également reconnaissable à ses thématiques récurrentes, car le réalisateur a toujours été fidèle à ses idées. Ainsi la plupart des personnages de Miyazaki sont des personnages d'exception : des descendant de famille royale (Sheeta dans Laputa), des princesses (Nausicaä, Ashitaka), des sorciers (Kiki, Hauru), et même un personnage transformé en cochon (Porco Rosso) !! Bien sûr on retrouve quelques héroïnes plus « banales », comme Chihiro ou Satsuki, mais elles participent toutes à une histoire merveilleuse et féerique, ce qui est assez éloigné du cinéma plus réaliste de Takahata.

Le thème de l'environnement est également très présent dans la filmographie de Miyazaki. Qu'il s'agisse de Nausicaä, Princesse Mononoke, Mon voisin Totoro ou encore Conan le fils du futur, on retrouve une préoccupation constante du réalisateur sur le rapport entre l'Homme et la Nature. Cependant, Miyazaki ne se pose jamais en moralisateur et ne propose pas de solution miracle pour sauver notre planète, il se contente de dresser un constat, parfois très pessimiste, souvent très émouvant, de cette relation violente entre l'humanité et son environnement. Il y a de l'animisme dans l'écologisme de Miyazaki. Pour lui, tout est vivant et les dieux sont partout : esprits de la forêts dans Nausicaä, Totoro et Mononoke, dieux des poussières dans Totoro et Chihiro, dieux de la rivière dans Chihiro. Cependant cette thématique n'est pas constante et inévitable, dans Kiki ou même Chihiro, le réalisateur s'intéresse plus à l'intégration de ses héroïnes dans la société qu'à un quelconque message écologique, et dans Le château ambulant, la guerre est une toile de fond à l'histoire d'amour entre Hauru et Sophie.

Le voyage initiatique est un autre thème récurrent chez Miyazaki, même si celui-ci n'aime pas ce terme!. Ses héros ou héroïnes sont souvent des nomades ou des déracinés. Ses films de même que ses mangas débutent souvent par un exil ou un déménagement (Mon Voisin Totoro). Dans Princesse Mononoke, Ashitaka quitte son village natal parce qu'il victime d'une malédiction. Pour accomplir sa formation de sorcière, Kiki doit vivre un an séparée de sa famille. Exilée de force, Nausicaä parcourt le monde pour prévenir une guerre imminente. Enfin, dans Shuna no Tabi, le héros part à la recherche de graines dorées pour nourrir son peuple. Ce thème du voyage initiatique prend également son sens dans le Voyage de Chihiro. Au cours de son périple dans ce monde peuplé de dieux, Chihiro devient bien plus mature, responsable, elle change véritablement de comportement. Dans Le château ambulant, enfin, Sophie doit elle aussi fuir sa douillette maison et se réfugier chez Hauru à cause de la malédiction de la sorcière de la Dévastation.

Les scènes récurrentes chez Miyazaki

Dans l'oeuvre de Miyazaki, qu'ils soient proches ou lointains, le souvenir d'une apparition, la mémoire du passé donnent toute la profondeur au personnage. Ils resurgissent comme des leitmotiv dans le présent et servent de révélateurs : la silhouette du dieu-cerf, la venue de Totoro, l'enfance de Nausicaä, l'histoire de Marco, le village de Sheeta, la noyade de Chihiro… La beauté des films de Miyazaki vient de cette confusion entre le vécu et le présent. Comme si l'adulte ne se séparait jamais de l'enfant qu'il a été, à commencer par le réalisateur: "Je ne fais jamais un film avec mon cerveau ni avec mon ventre. Je plonge dans un puits au fond il y a une bonde que j'ouvre, et je descend encore plus profondément dans mes souvenirs et mes émotions d'enfant."

Un des points forts de chaque film de Miyazaki demeure avant tout les scènes d'envols. On connaît la fascination de Miyazaki pour les airs depuis sa tendre enfance. L'envol constitue un passage (presque) obligé et un moment clé de la narration chez Miyazaki. C'est le moment où le personnage s'évade de tous les carcans qui lui sont imposés, de la pesanteur lourde qui le cloue au sol… Nausicaa à bord de son moehve devient ainsi une guerrière habile, Mei et Satsuki échappent à leur quotidien et à la maladie de leur mère dans les bras de Totoro, Kiki trouve sa raison d'exister en livrant les gens grâce à son balai. Dans Porco Rosso, les airs prennent une dimension allégorique, les nuages se transformant en paradis où les âmes des aviateurs s'envolent. Dans Chihiro, la scène de vol entre Chihiro et Haku cristallise l'émotion du souvenir et la libération, alors que dans Le château ambulant, le vol est d'abord une fuite pour devenir ensuite une confrontation violente débouchant sur la paix et la liberté. Seule San semble désespérément clouée au sol, comme écrasée par le poids terrestre. Cela correspond au ton pessimiste de cette œuvre, où la Nature et l'Homme semblent irréconciliables, celui-ci ne peut s'évader, ne peut rêver, et ne peut donc accéder aux cieux salvateurs.

   
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