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Le cinéma d'Isao Takahata

Isao Takahata est certes moins connu en France que son collègue Hayao Miyazaki, il n'en constitue pas moins une personnalité phare de l'animation, avec à son actif des dizaines de séries et longs métrages, formant une impressionnante filmographie à la fois protéiforme et homogène.

Une filmographie diverse et hétéroclite...

En effet, on constate immédiatement qu'Isao Takahata s'est intéressé à différentes formes d'expression artistique : séries télévisées animées, longs métrages d'animation, moyens métrages, simple participation à une oeuvre collective, documentaire,... sans compter des différences esthétiques assez étonnantes entre chacune de ses oeuvres. Si l'on ne considère que ses quatre derniers longs métrages réalisés au sein du Studio Ghibli, on est frappé par de si grands écarts dans l'aspect formel de ses oeuvres.

    
4 films au sein du studio Ghibli ...

Une des raisons de cette hétérogénéité est simple: contrairement à Miyazaki, Takahata ne dessine pas, il est avant tout et essentiellement un metteur en scène. Il travaille donc en collaboration avec un concepteur visuel, chargé de donner une unité visuelle à l'oeuvre, qui laisse donc une empreinte forte. Il peut également changer de character designer (Yôshifumi Kondô pour Le tombeau des Lucioles et Souvenirs Goutte à Goutte, Shinji Otsuka pour Pompoko, ou encore le travail inspiré par l'oeuvre de Isii Hisaishi pour Mes Voisins les Yamada), ou de directeurs artistiques en charge des arrières-plans et décors.

     
... apparemment très différents

On peut également expliquer la diversité de son oeuvre par le fait que Takahata choisit d'adapter des oeuvres préexistantes, et non de créer des histoires originales. Ainsi, Kie la petite peste , Souvenirs Goutte à Goutte et Mes Voisins les Yamada sont des avatars de mangas populaires. Goshû et Le tombeau des lucioles sont des adaptations de chefs d'oeuvre littéraires japonais. Quant aux multiples séries télévisées, elles prennent leurs sources dans la littérature mondiale, d'Arsène Lupin à Heidi en passant par Anne, la maison aux pignons verts. Même Pompoko, une des rares créations de Takahata, multiplie les références, qu'il s'agisse du Dit de Genji dans la forme narrative, de Ran de Kurosawa pour la scène de bataille, ou encore des personnages du mangaka Shigeru Mizuki pour les formes spectrales du défilé. Takahata choisit donc d'adapter des oeuvres aussi diverses que variées, expliquant en partie une filmographie aussi riche.

Continuité et cohérence de son oeuvre.

Cependant, l'oeuvre de Takahata, à l'instar de celle de Miyazaki, est jalonnée elle aussi de thèmes forts, marquant les préoccupations du réalisateur. Ainsi depuis le début des années 80, les oeuvres de Takahata s'ancrent toutes dans la représentation du Japon : les tribulations des habitants d'un quartier populaire à Osaka dans Kie, la vie d'un jeune musicien dans la campagne japonaise dans Gauche le Violoncelliste, les conséquences dramatiques des bombardements américains dans le Tombeau des Lucioles, le Japon rural ou et celui des années 60 dans Souvenirs goutte à goutte, les légendes et traditions, mais aussi l'urbanisme tokyoïte dans Pompoko, et la vie d'une famille contemporaine moyenne dans Mes Voisins les Yamada. Un premier constat semble établir une certaine nostalgie de la part de Takahata. Loin d'être passéiste, il semble cependant regretter la perte des traditions japonaises au profit d'un matérialisme certain. Ses films permettent de faire revivre des oeuvres, des légendes, ou des valeurs simples, comme le sens de la famille, ou peuvent, au contraire, critiquer l'individualisme et l'égoïsme de certains de ses compatriotes.

    
Le monde rural et la famille : deux thèmes développés dans Souvenirs goutte à goutte

Takahata ancre également ses films dans le réalisme et semble rejetter les récits relevant du fantastique. Evidemment, il ne s'agit pas non plus de réaliser des documentaires sur la vie quotidienne des Japonais. Takahata peut donc inscrire dans son discours narratif des moments poétiques et imaginaires, comme la présence des fantômes dans le Tombeau des Lucioles, l'envol de Taeko dans Souvenirs Goutte à Goutte, ou encore la scène du mariage dans Mes Voisins les Yamada. Mais l'ensemble de ses films s'attache à décrire un univers réel, à ne pas plonger le spectateur dans un monde fantastique. Ainsi, même dans Pompoko, Takahata veut avant tout décrire son histoire de façon objective, dans un univers où le spectateur a des repères, où la réalité demeure présente. Takahata veut ainsi respecter l'intégrité du spectateur, stimuler son imaginaire, sans lui imposer le sien. On retrouve ici une une véritable théorie sur l'animation développée par Takahata: le cinéma d'animation permet de mettre en scène le réel sous un jour nouveau et de repousser les contraintes techniques des films en prises de vue réelle.

Ainsi derrière une apparente hétérogénéité, la filmographie de Takahata est sous-tendue par une conviction forte , celle de réaliser des films qui mettent en scène le Japon, qui parlent du réel et qui respectent l'intégrité intellectuelle du spectateur.

© Buta Connection