| Studio | Isao Takahata |
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Conférence d'Isao TakahataDans le cadre du dispositif national « Collège au cinéma », les élèves de 6ème et de 4ème des collèges de Beaumont et Persan ont été voir Le tombeau des Lucioles. Takahata s’est rendu au mois de février et au mois de mars 2006 en France et en Belgique. Il a notamment été l’invité d’honneur du Festival d’animation Images par Images organisé par le Conseil général du Val d'Oise et Ecrans VO. Sa venue a été l’occasion d’organiser une rencontre entre le réalisateur et les élèves des deux collèges pour évoquer Le tombeau des lucioles, mais également sa carrière, ses influences, ses futurs projets… Plus de deux heures de questions/réponses passionnantes, auquel nous avons pu assister et dont voici un compte-rendu ! Attention, le texte suivant est une compilation des propos tenus au cours des deux séances. De plus, pour une plus grande visibilité et une plus grande cohérence, les réponses ont été regroupées par thèmes et ne suivent pas l'ordre chronologique de l'intervention. Une version intégrale non remaniée sera disponible d'ici septembre 2006. Un grand merci à Xavier du collège de Beaumont, pour sa gentillesse et sa disponibilité !!! Traducteur : Ilan N’Guyen La carrière de TakahataY a t il une différence entre film d’animation et dessin animé ?Ne parlant pas français, je ne comprends pas vraiment les différences et les nuances entre ces deux termes. Ce que je peux vous dire, c’est que le film d’animation peut avoir plusieurs techniques, contrairement au dessin animé, qui est lié à l’action de dessiner. Avec le film d’animation, on peut travailler avec des marionnettes, de la pâte à modeler, différents supports. Le dessin animé est caractérisé par l’utilisation de tracé. Pourquoi avoir choisi d’être réalisateur d’animation ?A l’époque où j’ai terminé mes études, il y avait au Japon un grand studio d’animation qui s’appelait Toei Animation, qui travaille maintenant quasi exclusivement sur des séries animées pour la télévision. Il faut savoir qu’à cette période et dans le monde entier, très peu de films d’animation étaient réalisés. La Toei a décidé à l’époque de réaliser des longs métrages d’animation pour le cinéma. Si cela n’avait pas été le cas, je pense que je ne serais pas rentré dans l’univers du Dessin Animé. La deuxième raison, qui est également très importante, est le travail d’un réalisateur français, Paul Grimault, qui avait réalisé un film qui s’appelle La Bergère et le Ramoneur. La découverte de ce film a été un choc, une vraie surprise, une rencontre décisive, qui m’a fait prendre conscience des possibilités formelles et visuelles de l’animation, de toutes les choses qu’on peut faire grâce au dessin animé. J’avais déjà vu des courts métrages du studio Disney, mais ils ne m’avaient pas permis de saisir toutes ces possibilités. C’est La Bergère et le Ramoneur qui me l’a fait comprendre. Ce fut un moment décisif. Vous savez peut-être que Paul Grimault a retravaillé le film et l’a achevé en 1979. Le film est sorti en salles en 1980 sous le titre Le roi et l’oiseau. C’est une version longue qui n’a jamais été montrée en salles au Japon. Eh bien il va sortir cet été au Japon. Comme pour Kirikou, j’ai aidé à ce que la décision de distribuer le film en salles soit prise. Comment gérez-vous une équipe d’animation ? Quel est votre rôle ?C’est difficile de répondre ! Il a différentes manières de réaliser un film d’animation. Néanmoins, je peux vous parler de ma vision des choses. Le réalisateur a un rôle central. Je dois avoir une obligation : me demander quel film je veux créer, à quel film je veux arriver. J’entame ensuite une discussion avec les gens avec qui je vais travailler pour leur transmettre ce message, cette vision du film et les convaincre. Le réalisateur doit avoir ce rôle pédagogique auprès de son équipe. Le réalisateur doit avoir ce rôle central. Avez-vous une préférence pour l’un de vos films ?C’est difficile de dire quel film je préfère ou quel est le meilleur. Ces travaux sont comme mes enfants. Ils ont de bons et de mauvais côtés. Et comme pour des enfants, je les aime, pour leurs bons et pour leurs mauvais côtés. Je ne peux vraiment pas vous répondre. Présentation de PompokoOn m’a dit que vous alliez voir Pompoko, que j’ai réalisé plusieurs années après le Tombeau des Lucioles. Je vais vous en parler rapidement .Il existe au Japon des canidés appelés Tanuki. En France, il n’en existe pas. Mais vous connaissez les renards et les chats. Eh bien au Japon, on dit que les renards, les chats et les tanuki ont la faculté de se transformer en ce qu’ils veulent et de plonger les hommes dans des visions illusoires, et ce depuis très longtemps. On retrouve cet aspect dans le film. Un autre aspect du film parle de ce qui s’est passé ces dernières décennies autour de Tokyo. La ville a changé très rapidement. Moi, j’ai voulu décrire cette réalité sous la forme d’un documentaire imaginaire. Je sais que c’est très contradictoire en soi. Mais pour moi, le seul élément fictif est la transformation des tanuki, tout le reste décrit fidèlement toute l’évolution de la ville ces dernières décennies. Quels sont vos projets ? D’un travail à l’autre, j’ai toujours voulu affronter
sur le plan formel des défis, des difficultés nouvelles,
j’ai
toujours voulu donner forme à des choses nouvelles, différentes
de mes œuvres précédentes. Cette ambition-là rend
toujours difficile de monter des projets. Le premier projet est un récit classique et épique
sur les combats entre clans de seigneurs au 12ème siècle,
sur la très grande
guerre qui les a opposés. Malheureusement à l’heure actuelle leur concrétisation n’est pas assurée, les projets n’avancent pas beaucoup. Quel est le parcours professionnel pour devenir réalisateur d’animation ?A l’époque où je suis entré dans ce métier, on pouvait entrer dans les studios sans problème, tout en bas de l’échelle, et à un moment donné, on pouvait vous donner la chance de réaliser quelque chose. Cette époque était une période de très grande chance pour beaucoup d’entre nous. Cela a changé maintenant. C’est vraiment très différent. Je ne peux pas vous dire quel est le parcours exact. En revanche, je peux vous parler des qualités nécessaires pour devenir réalisateur, si cela vous intéresse… C’est une des choses que je dis toujours, pas seulement à vous aujourd’hui, mais également aux jeunes au Japon qui veulent faire ce métier. Beaucoup de gens veulent devenir réalisateur d’animation, mais ils ne connaissent plus que ça. Ils lisent des mangas, voient des dessins animés, mais ne connaissent rien d’autre. Cela me semble irréaliste, ou en tout cas très difficile de faire ce travail là sans connaître autre chose. Il faut connaître d’autres registres. Je ne suis pas le seul à le dire. Par exemple, à chaque fois que je croise et rencontre un des plus grands réalisateurs d’animation, Youri Norstein, qui a réalisé notamment Le hérisson dans le brouillard, on se rend compte tous les deux qu’il faut étudier, apprendre, se confronter à d’autres formes d’arts. Lui-même s’est confronté à d’autres formes artistiques et c’est peut-être pour cela qu’il aboutit à ses œuvres remarquables. Aimez-vous l’auteur de manga Toriyama (Dr Slump, Dragon Ball, etc…) ? Qu’aimez-vous comme manga ?Je ne connais pas l’œuvre de Mr Toriyama. D’ailleurs, je ne lis pas beaucoup de manga. Je suis le travail d’un ou deux mangakas. La bande dessinée a un volume et une importance au Japon que vous ne pouvez pas soupçonner. Le Japon est bourré de manga, avec beaucoup de genres, de sujets, d’approches différents. La variété est énorme. Est-ce que vous aimez la France ?Oui, j’aime beaucoup la France. Je n’y ai jamais vécu. J’y suis venu à plusieurs reprises sur des séjours courts, donc je ne pense pas bien la connaître mais j’y vois beaucoup de choses qui me plaisent. Je vis au Japon et quand je viens en France, je découvre des choses dont on devrait s’inspirer, que l’on devrait intégrer au Japon. © Buta Connection |