| Studio | Isao Takahata |
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Conférence d'Isao Takahata (3)D’où est venue l’idée du motif des Lucioles ?Les lucioles sont un motif présent dans l’œuvre originale, vous savez que mon film est adapté d’un récit, d’une nouvelle. Sur le plan visuel, j’ai essayé de tirer partie de toutes les propriétés de l’image pour donner plus de force à l’histoire au regard du texte. Par ailleurs au Japon la luciole est un animal associé à l’idée de la fugacité de la vie, car vous savez que ce sont des insectes qui ont temps de vie assez long si on considère leur vie de larve, mais ils ont en fait une durée de vie de quelques jours si l’on considère l’époque où elles brillent. Cette vie éphémère se retrouve dans l’histoire des deux enfants, qui va les mener de la vie à la mort. Les lucioles ont une autre symbolique. A l’époque de Heian, de courts poèmes, les Haïku, évoquent les lucioles comme des symboles de l’évasion de l’esprit humain. Seita est-il inspiré de votre histoire ?A l’époque la guerre, je vivais dans une ville près de la mer, à l’ouest du Japon. Au moment des bombardements américains sur le Japon, j’avais aux alentours de 9 ans. Je me suis retrouvé avec ma sœur aîné, qui avait seulement un an de plus que moi. Nous avions perdu le reste de ma famille dans la fuite, et l’on s’est retrouvé, elle et moi, absolument perdus dans la ville pendant plusieurs jours lors des bombardements. Pour ces bombardements, il s’agissait de bombes incendiaires, conçues pour faire brûler. Tout brûle. Tout. Dans certains dessins animés, on voit des explosions fortes. Ce n’est pas ça. Au Japon, et on le voit dans le film, les bombes incendiaires ont pour but de propager le feu. Elles tombent dans un sifflement, et tout d’un coup, tout brûle atour de vous. Nous nous sommes retrouvés plusieurs jours plus tard sur les lieux de notre maison, après les bombardements. Tout avait brûlé autour. On a également vu les dépouilles des gens qui n’avaient pas réussi à s’enfuir. Dans ma famille, par chance, nous avons tous survécu. D’ailleurs, je veux revenir sur une des questions, car cela est lié à mon histoire. Cela serait faux de dire que pendant ces quelques jours, je n’ai rencontré que des gens méchants, cruels. J’ai également rencontré des gens d’une extrême bonté. Des réalisateurs vous ont-ils influencé pour Le tombeau des Lucioles ?Il y a divers films que j’ai vus et qui ont pu m’influencer. Mais la plupart de ces films sont ceux que j’ai vus dans ma jeunesse, il y a longtemps et que vous ne voyez plus aujourd’hui. Alors bien sûr, il y a Jeux interdits, il y a une vraie influence de ce film. Je ne suis pas forcément conscient de mes influences quand je réalise un film. Pour réaliser le Tombeau des Lucioles, je n’ai pas revu Jeux interdits par exemple. La France et Prévert vous ont-ils inspiré pour Le tombeau des Lucioles ?Un certain nombre de films français, et notamment pendant la seconde guerre mondiale ont été présenté au Japon après la guerre. C’était pendant ma jeunesse, et j’ai donc découvert beaucoup de films français, et parmi eux, j’ai beaucoup admiré Les Enfants du Paradis de Marcel Carné. J’ai découvert que Prévert avait écrit les dialogues, or je lisais beaucoup ses poèmes à l’époque. J’ai le sentiment que dans ma vie de tous les jours, Prévert est une présence, il m’accompagne. Dans mon travail, je ressens une influence de Prévert, mais ce n’est pas vraiment conscient. Je ne réalise pas un film en me disant « tiens, je vais mettre une référence à Prévert ici ». Mais je l’admire beaucoup et en ce sens c’est une influence. Le tombeau des Lucioles a-t-il été un succès au Japon ?Peut-être connaissez-vous un film de Miyazaki qui s’appelle Mon Voisin Totoro ? Au Japon, les deux films sont sortis ensemble. Ils ont été produits simultanément et sont sortis en salles ensemble. C’était un pari compliqué. Les deux films avaient un budget séparé mais ont été exploités comme un seul film. Donc les gens achetant un ticket pouvaient aller voir les deux films. Si l’on s’attache au nombre de gens qui ont vu le film, cela a été un succès. Mais pour les gens qui finançaient les deux projets, ce ne fut pas un succès ! Depuis cette époque, le film continue d’être vu, découvert, mais pas seulement par les vidéos ou les DVD. Le film est diffusé à la télévision quasiment une fois pas an à la fin de l’été au mois d’août, car le Japon s’est rendu le 15 août 1945. Le film est sorti en 1988 au Japon et en 1996 en France, pourquoi un tel décalage ?En France, comme partout des gens distribuent et diffusent les films. Certains choisissent les films étrangers qui vont être diffusés en France. Pour le Tombeau des Lucioles, il n’est pas sorti en France immédiatement pour plusieurs raisons, de même que de nombreux films français sortent avec beaucoup de décalage au Japon. Par exemple, je suppose que vous connaissez Kirikou et la sorcière, film d’animation sorti en 1998, grand succès en France. Malgré toutes ses qualités, personne ne voulait prendre le risque de le diffuser au Japon. J’ai été frappé par la qualité du film et j’ai voulu que ce film soit montré au Japon. J’ai travaillé en ce sens. Mon travail n’est pas d’être distributeur, mais j’ai aidé à le faire distribuer au Japon. C’est juste un exemple que les gens dont le travail est d’acquérir le film et de le diffuser dans un pays donné, malgré les qualités de certains films, n’oseront pas acheter les droits du film, parce qu’ils auront peur que ces films ne soient pas rentables et ne rapportent pas assez d’argent. C’est tout à fait courant.
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