Studio > Isao Takahata > Influences


Isao Takahata : ses influences

Les influences d'Isao Takahata sont nombreuses : musicales, littéraires, cinématographiques... Elles jalonnent la filmographie du réalisateur et forment un musée imaginaire aussi riche que complexe. Voici quelques-unes des plus grandes influences de Takahata.

Kenji Miyazawa

Ce poète s’est également intéressé aux contes. Son œuvre poétique met en avant un vocabulaire folklorique, un langage simple et se révèle être une ode à la ruralité et à la spiritualité. Isao Takahata admire énormément cet auteur et ira jusqu’à l’adapter avec Gauche, le violoncelliste.

« Je voulais depuis longtemps adapter un roman de Miyazawa à l’écran, mais cette chimère me sembla longtemps insaisissable, car ses œuvres se situent dans l’imaginaire nommé Ihabotu dont chaque lecteur possède une représentation personnelle. [...] Heureusement, la nouvelle Gauche, le violoncelliste est un peu différente. Je me suis dit que si l’on respectait la trame de l’histoire en la modifiant légèrement, la translation cinématographique était envisageable. »

Youri Norstein

Isao Takahata a découvert le réalisateur russe au début des années 80 et écrit un essai sur Le conte des contes où il souligne la poésie de cette œuvre, au-delà de la narration, telle une « peinture en mouvement ». Dans les années 2000, Takahata invite l’artiste russe au musée Ghibli et s’occupe de la distribution de son œuvre au Japon.

« J’ai découvert en premier lieu Le Petit hérisson perdu dans la brume, qui m’a plu énormément. C’est plus tard que j’ai vu Le conte des contes, un film bien plus difficile d’approche. Le petit hérisson perdu dans la brume est basé sur une trame narrative par laquelle le spectateur peut se laisser guider, tandis que Le conte des contes s’en affranchit ; j’ai été profondément séduit par l’image, par l’atmosphère qui se dégagent de ce film. Je n’ai pas tout compris d’emblée, mais certains passages étaient tout à fait clairs, et le tout remarquablement réussi sur le plan formel. Finalement, j’en suis arrivé à la conclusion qu’il s’agit là foncièrement d’un poème composé sous forme animée : non pas simplement un film présentant quelque chose de « poétique », sous tel ou tel aspect, mais bel et bien une forme de poésie en tant que telle, par nature. Plus je revoyais le film, et plus je le comprenais. C’est là une démarche très audacieuse. »

Paul Grimault, Jacques et Pierre Prévert

Dans le film Le petit Claus et le Grand Claus, film en prise de vue réelle réalisé par Pierre Prévert, les séquences les plus violentes sont dessinées par Paul Grimault. Ces scènes, tout en permettant une mise à distance et une certaine poésie, n’éludent pas la violence. De même, dans La bergère et le ramoneur de Paul Grimault, qui a profondément marqué Hayao Miyazaki et Isao Takahata, des thèmes comme la dictature sont clairement abordés, critiqués, dénoncés, tout en conservant une mise en scène poétique et onirique forte. Takahata a lui aussi mis en scène cet engagement poétique au service du réel dans l’ensemble de ses œuvres, de l’onirisme du Tombeau des lucioles aux haïkus de Mes voisins les Yamada, en passant par la fresque épique de Pompoko.

Frédéric Back

Si Hayao Miyazaki a été impressionné par Crac !, Isao Takahata a quant à lui été bouleversé par L’homme qui plantait des arbres, au point de traduire le livre de Jean Giono en japonais. Le thème de la nature et l’importance des arbres est une thématique qu’on retrouve plus tard dans Pompoko.

« Pour en venir à L’homme qui plantait des arbres, là aussi, le film précédent de Back, Crac !, m’avait vraiment marqué ; aujourd’hui encore, il m’apparaît comme une œuvre d’une grande importance, lourde de signification. J’ai vu ensuite L’homme qui plantait des arbres, et je pourrais tout à fait vous en faire un très long éloge ; disons, tout compliment mis à part, qu’il s’agit d’un film mettant en scène des arbres. Les hommes reviennent grâce à la renaissance de la nature. C’est un film qui n’est possible qu’en animation, qui ne peut pas être tourné en prises de vue réelles. Back a travaillé sur ce film presque totalement seul (il avait juste un assistant, peut-être), très proche en cela dans son travail du personnage du film, pour parvenir au final à susciter chez les spectateurs une très grande émotion. Je suis passionné par le personnage qu’est Frédéric Back. »

Bertolt Brecht

Bertolt Brecht prône la « distanciation », le maintien par le spectateur d’une certaine distance vis-à-vis du spectacle auquel il assiste, distance qui permet la réflexion, puis l’action (le spectateur ne doit pas être « hypnotisé par le spectacle »). Cette volonté artistique est de plus en plus présente dans l’œuvre d'Isao Takahata, qui veille à ce que le spectateur conserve toujours un regard lucide sur ce qu’il voit à l’écran, à ce qu’il reste lui-même. A ses yeux, Le tombeau des lucioles n’y parvient pas : « Le film n’a pas été perçu de cette façon, et il en ressort en premier son impact émotionnel. Je voulais que les spectateurs se demandent si les choix du jeune garçon étaient les bons. Mais le film n’est pas perçu comme ça, et il en ressort un apitoiement généralisé. ». Selon lui Souvenirs goutte à goutte, Pompoko ou Mes voisins les Yamada sont beaucoup plus aboutis et plus proches de cette conception brechtienne.


Sources : dossier de presse de Gauche, le violoncelliste - catalogue du Festival cinéma jeunes publics de Poitou-Charentes (2002) - interview réalisée par Buta Connection à l'occasion de ce festival
Dernière mise à jour : 04/04/2016

A propos  / このサイトについて  -   Nous contacter   -   Newsletter   -   Liens