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Interviews d'Isao Takahata

    

Interview à l'occasion de la sortie de Pompoko en France (sept. 2005)

Dans le cadre de la promotion de Pompoko à l’affiche à partir du 18 janvier 2006, Takahata s’est rendu à Paris en septembre 2005. Nous avons eu la chance de pouvoir le rencontrer le 1er septembre 2005, pendant un petit quart d’heure, afin de lui poser quelques questions sur son film, bien sûr, mais également sur l’ensemble de son œuvre et son actualité (une grande nouvelle y est annoncée, soyez attentifs jusqu’au bout!!). Nous vous proposons ici cette interview exclusive accordée à Buta-connection, ainsi que la vidéo (113Mo) de cette rencontre.

Fabrice : Nous avons des questions un peu disparates, j’espère que cela ne va pas vous déranger. On aimerait savoir si, à la base, vous êtes un cinéaste d’animation par conviction théorique, puisque vous n’avez pas de formation d’animation à la l’origine. On connaît déjà votre passion pour P. Grimault et pour le cinéma français et au vu de cela, on aurait pu penser que vous alliez vous tourner vers le cinéma « live », en prise de vues réelles. Pourquoi avoir choisi alors la Toei ? Est-ce par hasard ou s’agit il d’une réelle conviction pour le cinéma d’animation ?

Takahata : J’ai beaucoup étudié l’animation !

Fabrice : Dans vos interviews, justement, on entend souvent parler de Paul Grimault, de films de Jacques Prévert, de films live…

Takahata : Il y a deux choses à corriger : J’ai beaucoup étudié l’animation, et à partir du film de Paul Grimault, j’ai voulu faire de l’animation, et après, je suis entré à la Toei. Mais à la Toei Animation, il y a beaucoup de réalisateurs qui ne dessinent pas eux-mêmes. Ce n’est pas parce que je ne dessine pas que je n’étais pas fait pour l’animation.

Fabrice : En France, c’est une chose difficile à comprendre…

Takahata : Pourtant, cela arrive souvent ! Les réalisateurs dessinent au début, puis ils arrêtent de dessiner. Pensez vous que Disney dessinait ?

Fabrice : Non, il ne dessinait même pas très bien ! Et justement c’est une bonne conception de l’animation, je trouve!

Takahata : Je ne peux pas dire si c’est une bonne idée, il y a des avantages et des désavantages à cette situation…

Ceiba : Concernant Pompoko, c’est une de vos seules œuvres originales, non adaptée d’un livre, d’un manga ou d’une pièce. Et c’est la seule œuvre dont vous êtes le scénariste. Pouvez vous nous expliquer cette exception dans votre filmographie et comment avez-vous abordé cet aspect de la création ?

Takahata : J’avais envie de parler des Tanukis, il n’y avait personne d’autre qui n’en avait parlé. Donc je n’ai pas eu d’œuvre à adapter. J’en avais envie, je l’ai fait ! C’était mon désir personnel, donc je l’ai fait.

Ceiba : j’ai lu qu’il y avait une influence du Heike Monogatari à un moment donné avant la création du film…

Takahata : Ce n’est pas vraiment une influence, c’est plutôt l’idée d’en faire comme une chronique de la même manière que le Heike est une chronique...c’est dans cette dimension là. Ce n’est pas dans l’histoire du Heike, mais dans l’aspect de la chronique, qu’il y a une influence.

Ceiba : Vous avez déclaré que le cinéma d’animation ne devait pas se dérouler dans un contexte fantastique, mais que vous préfériez mettre en scène la réalité. Pourtant, Pompoko se situe entre les deux. Pour vous, Pompoko est-il un film fantastique ou un film réaliste ?

Takahata : Oui, c’est peut-être imaginaire, mais je l’ai vraiment traité comme une histoire réelle, comme la réalité. J’espère que vous l’avez compris, c’est vraiment traité comme la réalité ! Ca c’est la caractéristique des films que je fais. J’essaie toujours de parler de la réalité, même quand il s’agit de quelque chose d’imaginaire. Je fais des films différents des autres films d’animation japonais ou américains, qui essaient de vous entraîner dans un monde imaginaire. Moi, je montre la réalité, d’une manière concrète, objective, et je n’essaie pas de vous entraîner, ni dans l’imaginaire, ni dans un autre monde. Par exemple, la Parade des Ectoplasmes, c’est quelque chose d’objectif que je vous donne à voir, je ne vous demande pas de vous y identifier, je ne vous demande pas d’en être ému ou ébloui.
Ca ne veut pas dire que je renie le fantastique ! J’aime les mythes, j’aime les histoires fantastiques, mais, simplement, il faut les traiter comme tels et ne pas essayer d’entraîner la spectateur dans des histoires complètement imaginées. C’est la tendance actuelle pour le cinéma d’animation japonais et américain, et même pour les films en prise de vues réelles d’Hollywood ! Ils essaient de vous entraîner dans des mondes qui n’existent pas en vous faisant croire que c’est le monde réel, et ça, ce n’est pas bien ! Je sais qu’autrefois, au Japon, on ne faisait pas ça, et personnellement, je pense qu’il faut retourner à ces méthodes anciennes où l’on montre des choses, un monde bien construit, une histoire, où l’on ne demande pas au spectateur d’entrer. Après, à vous de rester vous-même, d’en tirer profit et amusement, et de rester vous-même dans votre monde. Mais si Hollywood fait ça, c’est que ça marche ! Les gens aiment bien sortir d’eux-mêmes ! Et ça, je n’aime pas !
Le fait de vous entraîner dans le film supprime votre imaginaire, tout est dans le film. Moi, je suis contre ça. La bonne littérature d’autrefois, et même les mythes, laissent votre part d’imaginaire et vous, vous construisez votre imaginaire à partir d’eux. Je pense que le cinéma, c’est ça, et on ne doit pas entraîner le spectateur, lui faire abandonner son imaginaire pendant 2 heures, il faut garder son imaginaire intact et le stimuler.

Fabrice : Cela mériterait d’être plus développé, mais nous n’avons malheureusement pas assez de temps ! Nous allons devoir passer à quelque chose d’autre ! Pourriez vous nous parler de Shigeru Mizuki, qui est un auteur de manga très célèbre au Japon, qui possède son propre musée là-bas. En France, on ne le connaît pas. Il a participé au film visiblement, et surtout à la scène de la Parade.

Takahata : C’est un auteur de BD, qui a beaucoup étudié et s’est spécialisé dans les spectres, les apparitions japonaises, que j’ai traduit dans le film par ectoplasmes parce que le mot « spectres » fait peur et que ce n’est pas forcément ça. Ce sont les esprits, les fantômes, les spectres, les monstres,… Mizuki est donc un spécialiste des Youkai, il connaît tous les monstres, l’histoire, la représentation des Youkai. Dans le film, j’ai beaucoup utilisé les dessins de Mizuki. Mais ce ne sont pas des inventions de lui, ce sont des spectres et des monstres qui remontent à la plus ancienne tradition japonaise, comme les monstres de la parade, les têtes qui roulent, tout cela, ce sont des dessins de Mizuki, historien des monstres.

Fabrice : Vous n’avez donc pas été en contact ? Mizuki n’est pas venu travailler au Studio Ghibli ?

Takahata : C’est un auteur de BD très connu. Je le respecte, mais je ne l’ai jamais rencontré. Il a aussi fait des adaptations de ces illustrations pour la Télévision. Mizuki a en effet un musée au Japon.

Ceiba : Vous avez distribué dernièrement Kirikou et les Triplettes de Belleville au Japon. Il s’agit de votre actualité la plus récente. Mais beaucoup de bruits circulent autour d’une prochaine production dont vous seriez le réalisateur. Pourriez-vous confirmer tous les espoirs de notre communauté de fans ?

Takahata : Ca ne sera pas bientôt, mais je pense que, si tout va bien, dans deux ou trois ans, plutôt trois que deux, je ferai un nouveau film.

Fabrice : Produit chez Ghibli ?

Takahata : Oui, c’est sûr, chez Ghibli.

Source : Propos recueillis par Ceiba, Xavier et Fabrice. Interprète : Catherine Cadoux

   

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