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On Your Mark

Dans un futur indéterminé où la surface de la terre a été contaminée par la radioactivité, la population humaine s’est réfugiée dans de grandes mégalopoles souterraines. Lors d’un raid brutal contre le bâtiment d’une secte, deux officiers de police découvrent une mystérieuse jeune femme ailée. Des scientifiques peu scrupuleux l’enlèvent sous leurs yeux, la considérant déjà comme un sujet d’expérience. Hantés par ce souvenir, les deux policiers décident de tout tenter pour lui rendre sa liberté...

Au Japon, le clip musical On Your Mark fut projeté en salles en ouverture du film Si tu tends l'oreille de Yoshifumi Kondô. Il illustre la chanson du même nom, du célèbre groupe Pop-Rock japonais CHAGE and ASKA (CHAGE&ASKA à l’époque du clip). Le film a permis pour la première fois à Hayao Miyazaki d’utiliser le format du clip musical, caractérisé par une durée très courte et dépourvu de dialogue, et au studio Ghibli de se familiariser avec les images de synthèse qu’il utilisera intensivement deux ans plus tard pour le film Princesse Mononoke.


Sources : Animeland hors-série n° 3 - Hayao Miyazaki, Master of Japanese Animation d'Helen McCarthy - Animage de septembre 1995 - émission radio Ghibli Asemamire d'octobre 2009 traduite en anglais par Ghibliworld.com
Remerciements : merci à Tania et Sammy Debbagi pour leur aide à l'interprétation du panneau en alphabet cyrillique


On Your Mark : Résumé détaillé

Attention, le résumé qui suit ne tient pas compte de la forme du clip qui en suivant la structure d’une chanson, avec ses couplets et les répétitions de son refrain, propose scènes alternatives et réitérations multiples de plans. Il tente plutôt de remettre en ordre la chronologie de l’histoire.

On Your Mark s’ouvre sur le long travelling d’un paysage de verte campagne. Des arbres, des champs et un beau petit village abandonnés défilent à l’écran. Ce décor paisible est cependant dominé par un étrange édifice sombre et inquiétant. En se rapprochant, on finit par distinguer un panneau frappé du symbole de la radioactivité. Au loin, sur la route qui longe le village, un véhicule fait son apparition puis le titre de la chanson s’affiche à l’image.

Changement de décor. Un groupe d’hélicoptères de la police se faufilent entre les bâtiments d’une mégalopole souterraine futuriste. En fracassant les fenêtres et les murs, il prend d’assaut un building appartenant à l’église Sainte Nova où trône en son sommet une immense affiche lumineuse scandant le slogan « Dieu vous surveille ».
Profitant de l’effet de surprise, les policiers investissent en quelques instants les lieux, tuant non sans mal les membres armés de la secte et détruisant tout sur leur passage à l’aide de grenades. L’opposition anéantie, la police sécurise les lieux et découvre une salle où sont allongés de nombreux cadavres. La disposition des corps qui jonchent le sol laisse penser que les derniers membres de la secte on fait le choix d’un suicide collectif.

La narration se resserre alors sur deux policiers, Chage et Aska, et nous suivons maintenant leur progression. Dans une pièce dépotoir, ils découvrent une captive, une jeune frêle jeune femme avec de grandes ailes blanches jaillissantes de ses omoplates. Troublés par cette découverte, les deux officiers tentent de s’en occuper mais un groupe de scientifiques avec masque et tenue de décontamination prend rapidement en charge la mystérieuse créature. Tel un précieux objet d’expérience, ils la déposent sur une civière, l’enferme dans un caisson hermétique, puis repartent aussitôt dans un hélicoptère frappé du symbole de la radioactivité.

Les deux policiers ont l’impression d’avoir abandonné la jeune femme à un danger sans doute encore plus grand que celui de la secte. Le soir, accoudés au comptoir d’un izakaya, ils repensent à cette étrange mésaventure. Hantés par le souvenir de la jeune femme, les deux compères sont pris de remords et mettent au point un plan d’évasion pour la libérer.
Sous une fausse identité et méconnaissables en tenue de décontamination, ils s’infiltrent dans un complexe scientifique. Après avoir neutralisé d’une façon plutôt comique les occupants, ils libèrent la captive de sa cage de verre. Hélas, l’alarme se déclenche.

Emportant la créature, les deux policiers s’enfuient à toutes jambes. Ils montent à bord d’un camion blindé et sortent du complexe. Mais ils sont rapidement poursuivis par des hélicoptères de la police qui, en essayant de les stopper, détruisent aussi le pont sur lequel ils roulent. Ce dernier ne tarde pas à s’effondrer... Le véhicule fait une chute vertigineuse. Tout est perdu...

C’est alors qu’une seconde chance s’offre aux trois fuyards. Alors que les moments clefs de la découverte, de l’enlèvement, puis de la libération de la jeune femme se répètent à l’écran, nous voici rapidement à nouveau au moment dramatique où le véhicule se retrouve projeté dans le vide.
Mais cette fois-ci, de puissants réacteurs sortent de tous les côtés du véhicule et le projette contre un immeuble. Nos trois héros jaillissent sains et saufs de la carcasse de l’engin.

La conclusion de cette aventure peut commencer ! Toujours lancé à vive allure, c’est aux commandes d’une alpha-romeo jaune décapotable que les deux policiers accompagnés de leur protégée quittent la ville. Dans le long tunnel qui les ramène à la surface, des panneaux les mettent en garde de danger de mort. Nos trois héros s’en moquent éperdument et c’est dans le décor enchanteur du prologue de l’histoire que la voiture jaillit à toute vitesse.
La boucle est bouclée. Malgré le dernier panneau de mise en garde contre la radioactivité sensée polluer la surface de la terre, les deux policiers invitent la jeune femme à s’envoler. L’un d’eux la tient par la main et elle prend peu à peu confiance. Quand elle réalise qu’elle peut partir, elle sourit. Le second policier lui fait un clin d’œil pour lui souhaiter bonne chance. Enfin, la jeune femme ailée s’envole seule dans le ciel, se jouant de l’imposant édifice sombre, laissant derrière elle ses deux chevaliers servants...


On Your Mark : Analyse

Plus qu'un clip, une véritable œuvre cinématographique...

La construction de On Your Mark est particulièrement originale. Le clip n’est pas une banale mise en images de la chanson de CHAGE and ASKA. Hayao Miyazaki choisit de s’éloigner des paroles et de développer une histoire complète, tour à tour grave, drôle et émouvante, prenant place dans un monde futuriste complexe et détaillé. S’il ajoute des effets sonores à la chanson, son histoire ne contient aucun dialogue.
Il fait le choix de suivre la construction de la chanson en racontant son histoire de façon non linéaire. Il suit les couplets, mais à chaque reprise des premières notes du refrain, il casse sa narration, associant alors à l’image les efforts des policiers pour rendre sa liberté à la jeune femme ailée et les paroles d’encouragement et d’appel à la persévérance de la chanson.

Le film s’ouvre sur un carton jaune où est inscrit Jiburi Jikken Gekijô (Théâtre expérimental Ghibli) et non le traditionnel Totoro sur fond bleu, marquant ainsi une distinction avec le reste de la production de longs métrages du studio (le musée Ghibli et ses courts métrages exclusifs n’existent pas encore à l'époque du clip).
Miyazaki profite des premières notes de musiques pour commencer son histoire par sa fin, en montrant la vie à la surface de la Terre qui a repris ses droits et la grande structure noire radioactive à l’origine de cet état d’abandon par l’homme.
Le camion blindé utilisé dans leur fuite par les deux policiers apparaît pour finir à l’écran. Ce dernier plan n’est d’ailleurs pas raccord avec ce qui va suivre, puisque le gros véhicule peu discret est détruit plus tard au court les deux évasions alternatives et remplacé par une voiture beaucoup plus cool par les trois fugitifs dans le dénouement heureux. Quoi qu’il en soit, lors du premier visionnage du clip, le spectateur ne peut pas faire le lien entre les images de cette brève introduction et celles qui vont suivre.

Cette introduction quasi bucolique va surtout permettre un contraste saisissant avec ce qui va suivre. Miyazaki enchaine en effet sur des images d’une ville nocturne et tentaculaire qui pourrait facilement être prise pour un hommage à des classiques de science-fiction aux décors urbains comme Blade Runner ou encore Metropolis, avec son enchevêtrement de tours et de lumières scintillantes.
Un plan fulgurant emmène le spectateur à suivre la descente en piquée de véhicules de police à l’intérieur de l’espace creux central ouvert en forme de tube d’un singulier bâtiment d’habitations (décor ayant recours au numérique).

L’intervention violente de policiers masqués et anonymes dans les locaux d'une secte débute alors avec la découverte de la jeune femme ailée pour conclusion.
A l’image, deux policiers s’avancent vers la créature allongée sur le sol d’une salle dépotoir. Tandis que l’un sécurise la pièce, le second s’agenouille auprès d’elle et tend son bras pour soulever une de ses ailes. Miyazaki raccorde dans le mouvement avec un plan subjectif du policier qui termine son action et découvre le visage de la jeune femme qui se cachait sous l’aile.

Les premiers mots du refrain retentissent et Miyazaki casse alors pour la première fois sa narration. Il effectue un brusque flashforward vers la fin du clip, au moment où le policier aide la jeune femme hésitante à prendre son envol final. Nous découvrons aussi ici le visage de Chage et Aska version animation pour la première fois.

Puis reprise des trois derniers plans vus avant ce saut temporel dans le futur : les deux policiers qui s’avancent vers la fille, l’un d’eux s’agenouille et commence à soulever son aile. Mais cette fois-ci, il n’a plus de raccord dans le mouvement sur le subjectif du policier. Miyazaki propose un autre axe, en forte plongée, plus dramatique, qui amorce la reprise de la narration du temps principal du récit.

Le premier policier repousse alors son masque vers le haut, le second le descend et nous découvrons (ce qui aurait du être logiquement pour la première fois) le visage des deux policiers qui vont sauver la jeune femme dans le futur.
A noter qu’à l’exception d’un visage de profil d’un des membres de la secte allongé sur le sol, mort, et furtivement quelques habitants de la ville basse en arrière plan, nous ne verrons jamais d’autres visages que ceux de la créature et des deux policiers. Tous les autres personnages restant masqués et anonymes. Ce procédé permet bien sûr de mettre en valeur les deux membres du groupe CHAGE and ASKA, comme souhaité par la maison de disques Pony Canyon, et rappelle que le clip est tout à la gloire des deux chanteurs.

Après l’enlèvement de la jeune femme par des scientifiques en tenue de décontamination devant les deux policiers, ces derniers semblent hantés par l’idée que la créature pourrait être tout autant prisonnière qu’elle ne l’était des fanatiques religieux et qu’une fin pire encore l’attend peut-être... Ils décident de la sauver en mettant au point un plan d’évasion.
Là aussi, dans ce passage, Miyazaki n’est pas linéaire. Il mélange des plans des deux policiers accoudés au comptoir d’un izakaya et de la mise au point de leur plan d’évasion sans repères chronologiques. Il prend néanmoins le soin de commencer par un plan de verre plein et de terminer par le geste décidé d’un des deux policiers qui pose son verre vide sur le comptoir faisant immédiatement le lien avec le début du sauvetage.

Le Miyazaki sérieux laisse alors le contrôle à un Miyazaki frivole avec cet enlèvement rocambolesque, digne des meilleurs passages burlesques des séries Conan, le fils du futur ou Sherlock Holmes.
Les deux policiers pénètrent dans des installations scientifiques, sauvent la jeune femme et sortent de l’installation en volant un véhicule, le tout en parfaite rupture avec la tonalité des évènements auxquels on vient d’assister et de ceux qui vont suivre. Ce traitement s’applique aussi à l’animation qui se fait alors plus cartoon.

A partir de ce moment, Miyazaki va nous proposer deux conclusions possibles à cette fuite : l’une tragique et l’autre héroïque.
La version tragique voit les courageux policiers plonger vers une mort certaine alors que le pont sur lequel se trouve leur camion s’effondre dans les profondeurs de la citée souterraine. Jusqu’à la dernière seconde, ils exhortent désespérément la jeune femme à ouvrir ses ailes et à se sauver, mais elle ne le fait pas (peut-être ne le peut-elle pas ?). Nous ne voyons pas les détails tragiques, mais nous savons que le camion frappe le sol.

Musicalement, le refrain se termine une seconde fois sur un pont musical enchainant sur une nouvelle reprise de ce refrain.
Sans aucun procédé d’enchainement de situation cinématographique, après un rapide rappel des événements en quelques plans (seul celui de la jeune femme qui s’envole est un nouveau saut en avant dans le futur), nous nous retrouvons à nouveau aux côtés de nos héros dans le camion qui viennent de sauver leur princesse. Mais cette fois, le véhicule déploie des réacteurs au lieu de plonger vers une mort certaine. Après avoir abandonné leur camion endommagé, le trio disparait ensuite en voiture loin de la ville, hors de danger.

Le refrain débute pour la quatrième fois sur la conclusion de cette aventure.
Des panneaux mettent en garde nos héros contre un danger s’ils vont de l’avant. Ils finissent par sortir de la ville souterraine isolée par son grand dôme à l’atmosphère artificielle. Dans un premier temps et contre toute attente, le monde extérieur semble tranquille et accueillant, réminiscence d’une époque plus paisible. Le trio se retrouve sur la petite route de campagne du début du clip. Leur voiture passe devant les maisons du petit village puis, dominant cette campagne tranquille, l’énorme relique industrielle et radioactive des premières images du film apparaît.

La tragédie est-elle passée ? Nos héros sont-ils exposés aux radiations et condamnés ? On ne le saura pas. Ils n’ont pas peur et alors que la voiture file sur la route dégagée, la jeune femme déploie ses ailes et s’élève au-dessus des deux policiers, tenant la main de l’un d’eux.
Il ne s’agit pas là d’une simple réutilisation des mêmes plans des deux flashforward des refrains précédents. L’action est la même mais cadrée dans des axes différents (on ne pourra pas reprocher à Miyazaki de travailler à l’économie en réutilisant des plans...) En observant bien, on s’aperçoit toutefois que les gestes du policier et de la jeune femme ne sont pas tout à fait les mêmes lorsque la fille prend son envol entre le premier flashforward et le dénouement héroïque.

Le vent la soulève la jeune femme, le policier lui laisse un doux baiser sur ses doigts, puis et elle s’élève dans le ciel bleu jusqu’à ce qu’elle ne soit plus qu’une minuscule tache. Au sol, les deux policiers accélèrent encore un peu, puis s’arrêtent pour la suivre des yeux. Peu importe les conséquences à affronter à leur retour dans la ville, ils s’en soucieront plus tard. Pour l’instant, il n’y a que la voiture, la route, le soleil et la jeune femme.
Pas de 3ᵉ fin possible, la chanson se termine sur cette conclusion heureuse et sur un fondu au noir.

En six minutes et quarante secondes, On Your Mark réussit donc le prodige de créer un monde complexe et cohérent, de nous faire vivre une histoire émouvante et de rendre les personnages attachants. Il serait malvenu de reprocher à Hayao Miyazaki les invraisemblances du scénario (la libération de l’ange et la fuite des héros) car, avec un film si court, des simplifications étaient nécessaires. On admirera plutôt le rythme avec lequel les différentes scènes et les temps du récit s’enchaînent, ou la manière dont sont traduites les émotions et les interrogations des personnages.

L’univers de On Your Mark

La durée de On Your Mark et son absence de dialogues impliquent qu'il n’y a pas de place pour des explications et beaucoup de questions restent en suspens, laissant au spectateur la liberté d’interpréter certains éléments du scénario à sa guise
Parfois, l’explication est assez évidente, comme pour l’immense structure noire dans la campagne qui fait référence à l’accident de Tchernobyl. En effet, après la catastrophe, la centrale nucléaire fut entièrement recouverte d’une dalle de béton pour limiter les radiations. Il semble que ce gros bloc soit le témoignage d’une catastrophe de ce type.

Hayao Miyazaki n’a lui-même jamais donné beaucoup de réponses aux questions que se posent les fans, laissant au clip tout son mystère. Néanmoins, en regroupant ses commentaires parus en entretien, on peut cerner plus précisément l’univers de On Your Mark.
Selon le réalisateur, le cadre du film décrit un monde où les humains vivent sous terre, dans des villes souterraines, après que la surface de la planète a été contaminée par les radiations à la suite d’une catastrophe nucléaire, créant ainsi un sanctuaire pour la nature.
En réalité, Miyazaki n’a jamais trouvé cette idée crédible, voyant plutôt l’humanité condamnée à rester vivre à la surface et à tomber malade en cas de telle catastrophe.

Le film dépeint l’assaut de la police sur une secte, l’église Sainte Nova. Son slogan est « Dieu vous surveille », visible sur le toit de leur bâtiment. L’histoire ne nous dit pas pourquoi la police lui donne l’assaut. Il semble néanmoins qu’il n’y ait aucune attaque, ni aucun lien particulier entre les événements liés à la secte japonaise Aum Shinrikyô et le clip, les storyboards de Miyazaki étant datés de 1994 et antérieures de plusieurs mois à l’attentat au gaz sarin du 20 mars 1995 dans le métro de Tôkyô.
De même, les corps des membres de la secte découverts dans une salle font immédiatement penser à un suicide collectif. Pour le spectateur, il s’agit d’un véritable écho au suicide collectif dans les sectes, qui marquèrent l’actualité pendant plusieurs décennies. On est ici dans une évocation à la fois poignante et réaliste de la folie humaine.

Miyazaki ne nous donne pas plus d’éléments de réponse au mystère qui entoure la créature ailée. On ne sait pas d’où elle vient, ni pourquoi elle était emprisonnée par la secte. Est-ce un ange, le fruit d’une expérience génétique ou un « monstre » né de la pollution radioactive ? Et pourquoi était-elle emprisonnée par une secte ?
Probablement Miyazaki lui-même ne s’est jamais posé la question. En entretien, il se refuse à utiliser le mot « ange » : « Je ne dis pas que c’est un ange, c’est peut-être une « personne-oiseau » (Tori no Hito, également le surnom de Nausicaä). De toute façon, ça n’a pas d’importance. »
Mais en plaisantant, il avoue volontiers avoir voulu être moins timide que le réalisateur Mamoru Oshii pour son film Tenshi no Tamago (L’œuf de l’ange), sorti dix ans plus tôt en 1985, dans sa représentation d’une telle créature...
Ce que Miyazaki a voulu nous donner une nouvelle fois, c’est un message d’espoir. Dans un monde, même en perdition, où l’homme, par sa folie, s’est coupé de ses racines et de son passé, il y aura toujours quelque chose de merveilleux pour lequel cela vaudra la peine de se battre. Et quoi de plus beau qu’un ange libéré de ses chaînes prenant son envol ?

Outre le symbole de la radioactivité, disséminé un peu partout tout au long du film, on observe plusieurs panneaux d’avertissement rédigés en différentes langues, renforçant l’idée d’une contamination planétaire globale : un panneau indiquant dans ce qui semble être une mauvaise traduction de « danger » et « bas côté » en russe, un avertissement à ne pas stationner prêt de la centrale nucléaire, des panneaux d’avertissement écrits en kanji (parfaitement lisibles par des Japonais), « attention aux rayons du soleil » et « vous n’êtes plus en sécurité », dans le tunnel qui mène nos trois héros vers la surface, et un dernier, « danger extrême », en anglais, à nouveau en surface.

Malgré la présence de tous ces détails, donnant vraiment l’impression d’une attaque en règle du nucléaire et pouvant rejoindre les préoccupations environnementales du réalisateur, Miyazaki explique en entretien qu’il n’a jamais voulu faire passer de message écologique dans son clip.
Pas plus que sur le final du film, où l’on comprend que la nature a repris ses droits à la surface de la terre, censée être contaminée. Il a simplement réalisé ce film parce que cela lui plaisait, et que cette histoire (inventée pour l’occasion) de cette jeune femme ailée mystérieuse l’inspirait. Toutes les autres interprétations étant involontaires...


On Your Mark : Création du film

Production

Vers la fin de la production de Si tu tends l'oreille, une commande extérieure de la maison de disques japonaise Pony Canyon arrive au studio Ghibli pour la réalisation d’un clip animé au format 35 mm d’une chanson du duo Pop-Rock CHAGE and ASKA, On Your Mark, prévue pour promouvoir leurs concerts.

C’est lors d’une réunion que la maison de disques décide de transformer la vidéo promotionnelle du morceau en film d’animation. Comme Ghibli était le studio le plus célèbre du Japon, un des producteurs eu l’idée de s’adresser à lui. Tout le monde s’est immédiatement demandé si le studio accepterait une telle demande, mais la personne qui a lancé l’idée a estimé qu’ils n’avaient rien à perdre à le contacter.

Toshio Suzuki, qui n’avait jusqu’à présent jamais accepté de telles demandes, essaye tout de même d’en parler à Miyazaki. Et contre toute attente, celui-ci accepte l’offre. Le projet se concrétise pour une raison toute simple : Miyazaki, qui a pris en charge la production, le scénario et le storyboard du film de Yoshifumi Kondô, a le syndrome de la page blanche concernant l’écriture de son prochain film, Princesse Mononoke, basée sur une idée originale vieille de 10 ans. Comme souvent, quand ce type de situation arrive, le réalisateur cherche un autre projet qui peut le distraire. La dernière fois que ça lui était arrivé, au début du développement de Porco Rosso, il n’avait rien de moins que conçu et supervisé la construction d’un nouveau studio. Cette fois, il accepte l’écriture et la réalisation du clip.

C’est ainsi que du 5 janvier au 27 mai 1995, il réunit sur ce projet quelques-uns des jeunes animateurs les plus prometteurs du studio et engloutit la somme considérable de 100 millions de Yens.

« On Your Mark s’est avérée être une bonne distraction pour Miya-san » à noté Suzuki. « Après avoir fini, son travail sur Princesse Mononoke a pu avancer tranquillement. »
A sa sortie, la musique, la qualité et la richesse visuelle du clip marqueront les spectateurs. Néanmoins, le producteur avouera que Miyazaki ne s’était pourtant pas donné à 100 % sur le projet...

Art et technique

Lorsque Pony Canyon a passé commande, la maison de disques a exigé que les personnages de Chage et Aska apparaissent dans le clip. Toshio Suzuki a refusé. Hayao Miyazaki, lui, s’en fichait et les a utilisé comme personnages principaux.

L’animation résulte entre autre du travail du directeur de l’animation Masashi Andô. Son character design s’inspire très clairement des deux membres du groupe CHAGE and ASKA. En revanche, la jeune femme ailée est graphiquement une héroïne typiquement miyazakienne.
Andô forme sur ce projet un tandem avec Yôji Takeshige qui fait ses débuts en tant que directeur artistique. Il est épaulé par l'expérience de Kazuo Oga sur les décors.

Les rumeurs voulaient que Miyazaki ait accepté la réalisation de ce film entre autres car il voyait là la possibilité de tester les possibilités de l’outil informatique dans le cadre d’un film d’animation traditionnel. L’un des décors a été réalisé en images de synthèse et s’intègre parfaitement avec l’animation dessinée à la main. A l'époque, le studio Ghibli n’a pas encore de service informatique et sous-traite ce travail à une entreprise extérieure sous la supervision de Hideki Nakano. Le studio Ghibli créera son propre service et réutilisera finalement le numérique deux ans plus tard pour son film Princesse Mononoke et depuis pour tous ses films avec plus au moins d’importance.

D’ou vient graphiquement l’univers décrit dans le film ? Miyazaki est connu pour piocher ses idées dans son environnement proche. En a t-il été de même pour ce clip ? Suzuki en a donné un début de réponse en 2009, bien des années après la production du clip, dans son émission de radio, Ghibli Asemamire.
Un peu avant l’arrivée de la commande, le studio Ghibli avait effectué un voyage de détente à Nara. Là, Suzuki, Miyazaki et quelques autres collaborateurs ont testé un jeu d’arcade signé SEGA. Ils sont montés dans un simulateur spatial et tous ont jugé qu’il était étonnant. Excepté Miyazaki, qui a déclaré : « De telles illusions bon marché ne me trompent jamais. »
De manière curieuse, quand il a commencé à travailler sur le storyboard de On Your Mark, Suzuki a constaté qu’il contenait une image semblable à celle de l’attraction de SEGA. Miyazaki semblait lui avoir emprunté une idée et a dit : « Je peux en faire une bien meilleure que SEGA. »

Carrière

On Your Mark est sorti dans les salles de cinéma japonaises en juillet 1995. Le clip est diffusé en première partie de Si tu tends l’oreille, à chaque séance, puis pendant les concerts de CHAGE and ASKA. Malgré leur différence de format, on aurait pu penser que les deux productions ne se feraient pas concurrence, mais On Your Mark ne passe pas inaperçu chez les spectateurs et éclipse partiellement le film de Yoshifumi Kondô.
Fallait-il voir ici les premières manifestations d’ego de la part de Hayao Miyazaki qui à du mal à se faire à l’idée de devoir un jour passer la main à un autre réalisateur que lui-même ou Isao Takahata à la tête du studio Ghibli ?

En France, hors manifestations dédiées à la japanimation, On Your Mark n’a jamais été diffusé dans notre pays, que ce soit sur le petit ou le grand écran. Le seul moyen légal de le découvrir est de traquer ses éditions vidéo japonaises.

Disponibilités

Au Japon, On Your Mark a été disponible sur tous les supports vidéo.
Dans un premier temps sur VHS et Laserdisc. Sur ce dernier, le clip est sorti deux fois : une fois dans la luxueuse box laserdisc Ghibli ga Ippai datant d'août 1996, et ressortie une autre fois, séparément, en laserdisc individuel en juillet 1997.
Si la mythique box laserdisc est presque introuvable aujourd’hui au Japon, même en occasion, le laserdisc simple est lui encore disponible très facilement en neuf ou en occasion. Il existe une différence notable entre les deux versions : le son du laserdic simple n’est pas en Dolby Digital 5.1. Il est néanmoins intéressant d’acquérir ce pressage, même si l’on possède déjà la box, car le clip est en C.A.V. et propose en plus le Leica Real (l’animatique) ainsi qu’un autre clip live de CHAGE and ASKA intitulée Something There.

Le clip est absent des éditions DVD et Blu-ray japonais du long métrage Si tu tends l'oreille. Néanmoins, le DVD Ghibli ga Ippai Special Short Short regroupant les clips et publicités du studio Ghibli le propose. Il est disponible à la vente depuis novembre 2005.

C’est dans sa version Blu-ray que On Your Mark est le plus difficile à se procurer. En effet, en 2014, alors qu’il est annoncé dans la box DVD/Blu-ray Miyazaki Hayao Kantoku Sakuhin-shû, regroupant l’intégralité de la filmographie du réalisateur, une médiatique affaire d’arrestation du chanteur ASKA pour possession de drogue entache cette sortie. Le studio Ghibli et son distributeur Walt Disney Studios Japan décident de reporter puis de supprimer le clip à sa sortie en juillet. La vente du DVD Ghibli ga Ippai Special Short Short est également suspendue.
Trois mois plus tard, Toshio Suzuki se ravise finalement et annonce que le studio Ghibli le distribuera directement et gratuitement à tous les acheteurs japonais de la box qui en feront la demande par voie postale avant le 31 octobre.
Rien n’est cependant prévu pour le reste du monde. Le producteur prive ainsi le public occidental d’en obtenir une copie, crée la rareté et fait ainsi flamber le prix de l’exemplaire sur les sites d’enchères.

Affiche promotionnelle pour la sortie des VHS et laserdisc simple de On Your Mark et la très rare version Blu-ray du clip.

On Your Mark : Fiche technique

Crédits

TitreOn Yua Mâku
On Your Mark
Année de création 1995
Scénario, storyboard et réalisation Hayao Miyazaki
Directeur artistique Yôji Takeshige
Décors Kazuo Oga, Naoya Tanaka, Naomi Kasugai, Sayaka Hirahara, Ryôko Ina, Kaichi Fukudome...
Character Design Masashi Andô
Directeur de l'animation Masashi Andô
Genga (poses clés) Yoshiyuki Momose, Shinji Ôtsuka, Takeshi Inamura, Kenichi Konishi, Hideaki Yoshio, Toshio Kawaguchi...
Couleurs Michiyo Yasuda
Supervision images de synthèse Hideki Nakano, Mitsunori Kataama
Directeur de la photographie Atsushi Okui
Chanson On Your Mark, composée par Ryô Hiyama et interprétée par CHAGE and ASKA (Pony Canyon)
Assistant réalisateur Kôji Aritomi
Producteur Toshio Suzuki
Production Studio Ghibli, Real Cast Inc.

Quelques chiffres

Budget du film :Environ 100 millions de ¥

Date de sortie du film au Japon 15 juillet 1995 (avec Si tu tends l'oreille)
Durée du film 6 minutes 40 secondes
Dates de production Du 5 janvier 1995 au 27 mai 1995
Nombre de cellulos utilisés 8 053