Horus, prince du soleil


Dans une nature hostile où les loups attaquent l'homme, Horus, un adolescent plein de vie et de courage, retire une épée de l'épaule d'un géant de pierre, plantée là comme une écharde : il s’agit de l'épée du soleil ! Fier de lui, il ramène l'arme à son père. Mais ce dernier meurt. Au moment de rendre son dernier souffle, il lui confie une mission : sauver son peuple d'une créature qui terrorise le pays. Commence alors pour le jeune garçon sans peur un très long voyage pour retrouver les siens.
En France, c'est pour satisfaire l'intérêt récent, mais toujours plus croissant, que porte le public aux productions animées japonaises que Taiyô no Ôji : Horusu no Daibôken (Horus, prince du soleil) a droit à une sortie sur nos grands écrans, en février 2004, plus de 35 ans après sa sortie japonaise. Le film aurait d'ailleurs eu très peu de chance de se voir distribué un jour dans notre pays si son générique (sur lequel la communication du distributeur est axée) ne comptait pas quelques noms célèbres du monde de l'animation contemporaine et maintenant reconnus par la critique.
Horus, prince du soleil marque la réunion de plusieurs talents de l'histoire de l'animation japonaise : Isao Takahata et Hayao Miyazaki, mais aussi des noms moins connus mais tout aussi essentiels tels que Yasuji Mori, Yasuo Ôtsuka et Yôichi Kotabe.
Mais le film est bien plus qu'un casting de noms prestigieux. Il est souvent cité comme un tournant dans l'histoire de l'animation japonaise car c'est historiquement le premier long métrage « indépendant » de ce média. C'est ainsi le premier film voulu et réalisé par des artistes en opposition aux considérations économiques dictées par les dirigeants de studios. C'est le film de la transition qui a permis au cinéma d'animation japonais de se démarquer de ses modèles Disneyens et d'orienter ce media vers de nouvelles ambitions artistiques, aussi bien narratives que techniques, que l'on connaît actuellement.
Premier long métrage réalisé par Isao Takahata, Horus, prince du soleil est un film d'aventures à l'aspect enfantin, voir naïf, mais paradoxalement (et surtout) très sombre, sans humour et finalement dénué de volonté de courtiser un public jeune. Irrégulier dans sa réalisation, alternant moments de bravoures animés et plans statiques dignes de séries TV, le film de la renaissance de l'animation japonaise ne parvient pas à cacher sa production chaotique à l’écran.
Film conseillé à partir de 9 ans (voir guide des parents)
Sources : Taiyô no Ôji : Horusu no Daibôken - Roman Album - dossier de presse français Wild Side Films - Isao Takahata, cinéaste en animation : modernité du dessin animé de Stéphane Le Roux
Remerciements : merci à Yasuka Takeda pour les traductions
Horus, prince du soleil : Résumé détaillé
Horus, jeune garçon courageux, affronte seul une meute de loups. Au cours du combat, il perd sa hache. Trouvant refuge sur une roche et alors que la situation semble désespérée pour lui, le sol se soulève et laisse émerger de sous terre Mogue, le géant de pierre, qui met en fuite les loups.


Mogue lui apprend que selon la rumeur, c'est Grunwald, vaurien avide de pouvoir, qui a lâché ses loups sur la région. L'adolescent aide en retour le géant en essayant de le soulager d'une « épine » fichée dans son épaule. L'écharde se révèle être une épée, l'épée du soleil, une arme de grande noblesse. Le géant lui en fait cadeau mais il reste encore au jeune homme à la forger pour lui rendre sa puissance. Mogue propose à Horus de le retrouver lorsqu'il aura forgé la lame et qu'il en aura appris le maniement. Il lui promet même de se prosterner devant lui car, lorsque ces conditions seront remplies et que l'épée aura retrouvé tout sa puissance, le jeune garçon sera alors devenu Horus, le prince du soleil !


Mais une bien triste nouvelle l'attend sur le chemin qui le ramène chez lui. L'ours Koro vient le prévenir que son père est à l'article de la mort. A son chevet, il lui révèle les détails de ses origines. Lorsque Horus est née, son village natal se trouvait bien plus au nord, au bord d'une mer tranquille, jusqu'à ce qu'un monstre sème la discorde entre ses habitants et anéantisse le village. Le père d'Horus s'est alors enfui avec son enfant, abandonnant les siens derrière lui.
Il lui demande maintenant de retourner vers ses semblables et de les pousser à unir leurs forces si le combat devait reprendre. Horus rend un dernier hommage à son père et prend la mer, accompagné de l'ours Koro. Son voyage le mène sur un nouveau rivage sur lequel il est attaqué par des rapaces. Séparé de Koro, il ordonne à l'ours de trouver les siens et leur village tandis qu'un grand rapace l'emporte dans le ciel. Horus est amené sur un glacier, fief de Grunwald, despote et homme de magie. Ayant eu écho de la bravoure du garçon, Grunwald lui propose de se ranger à ses cotés. Mais Horus refuse cette alliance. Fou de colère, Grunwald le laisse tomber du glacier.


Laissé pour mort, on retrouve Horus glissant sur une rivière. Il est recueilli par les habitants d'un village. Mais la petite communauté qui l'accueille peine à se nourrir. Les poissons manquent dans la rivière qui jouxte le village depuis qu'un brochet géant les empêche de remonter le courant. Les villageois ont envoyé leur meilleur guerrier, Molas, le père du petit Flip, mais le guerrier trouve la mort lors du combat contre le monstre.
Tandis que Drago, le conseiller du chef du village, sème le doute et entretient la peur des villageois sur les pouvoirs magiques de la créature, les hommes du village réclament vengeance tandis que la veuve de Molas tente de calmer les esprits. Observant en retrait le désarroi des habitants du village, Horus décide d'agir seul et s'éloigne, armé de harpons, pour traquer le monstre.


Dans une crique, Horus repère le brochet surnaturel crachant son rayon mortel. Il parvient à ficher l'un de ses harpons dans l'un des yeux du monstre. Un combat titanesque s'ensuit entre Horus et le brochet sur et sous l'eau. A la poursuite du jeune garçon et aveuglé par la fureur, le monstre se jette contre une falaise et périt enseveli sous un éboulement de roches causé par le choc. Au loin, le loup gris, envoyé de Grunwald, a tout observé de la nouvelle victoire d'Horus...


A son retour au village, les villageois restent incrédules et ne croient pas un instant que le jeune homme ait pu réussir là où le plus brave d'entre eux a failli. Le plus déçu est Flip qui espérait pouvoir grandir et devenir suffisamment fort pour venger son père. Mais les affirmations d'Horus sont bien vite vérifiées lorsque les saumons reviennent nager dans la rivière. C'est en parallèle à ces événements que Koro arrive enfin au village et retrouve Horus.
Furieux d'apprendre que Horus se soit encore mis en travers de sa route, Grunwald ordonne à sa meute de loups de raser le village. En récompense pour son courage, Horus se voit honoré d'une fête mais dans l'ombre, Drago continue de faire planer le doute sur la bravoure du garçon dans l'esprit du chef du village et sur sa montée en estime dans le cœur des habitants.


La fête est brusquement interrompue par l'assaut des loups. Tandis que les villageois dressent des barricades de fortune pour repousser les assaillants, Horus et Koro se lancent à la poursuite du loup gris. Ce dernier les entraîne loin du village. Horus et Koro finissent par perdre sa trace mais découvrent dans le brouillard un nouveau village dévasté.
Ils sont guidés dans le dédale des rues abandonnées par une chanson et tombent sur une jeune fille et sa lyre. Accompagnée de Kiro l'écureuil et Toto la chouette, Hilda est la seule rescapée de ce village, également rasé par Grunwald. Horus lui propose de venir s'installer dans son village d'accueil.


Grâce à ses chansons, Hilda s'intègre rapidement aux habitants, même si ces derniers, trop occupés à l'écouter, délaissent leur dur travail de reconstruction du village. Toujours manipulé par Drago, le chef du village montre du plus en plus d'antipathie pour Horus. Ce dernier décide qu'il est temps de forger son épée alors que le loup gris rode à nouveau autour du village.
Observant Horus, Ganko et Pottom en train de forger l'épée, Hilda est violemment repoussée par l'arme alors qu'elle tente de la soupeser. La jeune femme s'enfuit. Mais lorsqu'Horus la rejoint pour lui avouer qu'il renonce à forger l'épée et qu'il va continuer à se battre contre Grunwald avec la hache que son père lui a légué, Hilda s'enfuit à nouveau, troublée, en lui lançant qu'il n'a aucune chance de vaincre avec une telle arme. Toto va rapporter les événements à Grunwald.


Grunwald sent la jeune fille tiraillée dans ses choix et ses sentiments. Il ordonne à Hilda de se hâter pour tendre un piège à Horus. De son coté, Drago tente également de rallier Hilda à sa cause, c'est-à-dire évincer le chef du village pour en prendre le contrôle. Pour cela, Hilda devra chanter pour lui et adoucir les villageois. Mais la conscience d'Hilda est encore tiraillée entre son devoir de servir son maître Grunwald et la possible vie paisible auprès des habitants du village.
Toujours à la recherche du loup gris, Horus perd sa hache au cours de sa traque. Elle est bien vite récupérée par Hilda et offerte à Drago pour lui servir dans sa prise de pouvoir. Hilda décide de son coté de précipiter la chute du village et se laisse guider par ses mauvais sentiments à l'occasion de la cérémonie de mariage de deux villageois. Elle envoie une nuée de rats se répandre sur le village, détruisant à nouveau tout sur leur passage. De retour au village, Drago accuse publiquement Horus de tous les maux qui se produisent, jetant le trouble chez les habitants du village.


La chouette Toto vient bientôt annoncer à Hilda que le village dans lequel elle a trouvé asile va être détruit par Grunwald. Mais Hilda n'arrive toujours pas à se résigner à sacrifier Horus, Flip et les autres. Koro et Toto sèment le doute dans l'esprit de la jeune fille. D'un coté, Koro la pousse à retrouver une vie normale et de l'autre, Toto lui ordonne de détruire les hommes et de profiter des bienfaits de l'immortalité conférés par le médaillon de Grunwald. Horus rejoint Hilda pour la réconforter. Là, elle lui apprend qu'elle est là pour détruire les humains et part en courant.
De retour au village, Horus est accusé d'avoir tenté de tuer le chef. Sa hache, que la main de Drago a lancée, l'accuse et termine de jeter le discrédit sur le jeune homme. Horus déclare que son alibi est Hilda avec qui il était dans la forêt lorsque la tentative de meurtre a eu lieu. Mais Hilda nie avoir été avec lui. Horus est contraint de s'enfuir, clamant haut et fort aux villageois qu'il va revenir avec les preuves de son innocence. Flip et Koro se lancent à sa suite pour le soutenir.


Dans sa fuite, Horus est rejoint par Hilda qui termine ses révélations. Elle lui avoue qu'elle est la sœur de Grunwald et la cause de tous les maux du village. Horus tente désespérément de raisonner Hilda mais elle le précipite dans la Forêt du Doute. Koro se désolidarise définitivement d'Hilda et préfère rejoindre le village tandis que Toto vole annoncer la nouvelle de la chute d'Horus à son maître.
Dans la Forêt du Doute, Horus est tiraillé entre ses hésitations sur la loyauté d'Hilda et des villageois et la possibilité de se rallier à Grunwald. Dans l'antre de Grunwald, Hilda se révolte contre le sorcier et lui annonce son intention de le quitter et de s'exiler dans le Nord. Grunwald lui annonce qu'elle ne peut pas changer et que son devoir est d'aller achever Horus. Il décide ensuite de lancer son attaque finale et lâche une tempête de glace magique sur le village.


Tandis que la résistance s'organise au village autour de Ganko et Pottom, Horus, qui a pris le dessus sur ses questionnements, sort de la forêt. Il veut réunir les hommes et se battre. Pour cela, l'épée du soleil doit être forgée par leurs efforts conjoints, les réunir et les guider pour vaincre Grunwald. C'est également le moment de la rédemption pour Hilda. Elle offre sa médaille de vie à Flip et Koro et les sauve de la tempête de neige. L'épée forgée, Horus se dresse devant Grunwald tandis que Mogue vient s'acquitter de sa promesse et se joint à la bataille.


Horus se débarrasse du loup gris et, accompagné des villageois, poursuit Grunwald jusque dans sa tanière pour un ultime affrontement. Grunwald est terrassé par le soleil qui entre dans sa demeure. Le courage et la loyauté d'Horus sont salués par tous les villageois tandis qu'il brandit l'épée du soleil. Miraculeusement sortie de la tempête vivante, Hilda est accueillie par Horus, Mogue et tous les villageois.
Horus, prince du soleil : Personnages

Pointés du doigt par Flip, Isao Takahata (debout) et Hayao Miyazaki (à genoux).
Horus
Horus

De son vrai nom Hols en japonais. La traduction phonétique en français (ho-ru-su) ayant abouti à un patronyme n'ayant rien à voir avec un quelconque dieu égyptien.
Horus est un jeune homme courageux et un combattant fougueux. Au début de l'aventure, il vit seul, exilé avec son père, loin de ses racines, ayant fuit les hommes. Grâce à ses qualités humaines et avec l'épée du soleil, il va incarner l'élément unificateur de son peuple.
Hilda

Jeune fille triste dont la seule occupation est de chanter, accompagnée de sa lyre. Selon ses propres mots, elle vient de nulle part et personne ne veut d'elle quand Horus la rencontre dans un village abandonné. Seule survivante, Grunwald l'a ensorcelée. En échange de l'immortalité, elle est sa fidèle envoyée pour semer la discorde chez les hommes. Elle infiltre le village et à l'aide de ses chansons, envoûte les villageois, puis profite des ambitions de Drago pour s'associer avec lui et diviser les habitants, notamment contre Horus. Très proche de celui-ci, car seule comme lui, elle cherche à être acceptée, être aimée et à vivre une vie comme toute les jeunes filles de son âge.
Mais le poids de son alliance la rend mélancolique et l'empêche de passer à coté des joies simples de la vie. Elle incarne la séparation, la division des hommes, utilisant leurs faiblesses et la soif de pouvoir contre eux. Le bien et le mal étant affaire de choix et d'actes, après un long cheminement intérieur, la rédemption viendra pour Hilda à la fin du récit.
Grunwald

C'est l'incarnation du mal. C'est le sorcier qui a jadis poussé à la destruction du village d'Horus et à l'exil forcé du garçon et de son père. Dans son antre de glace, son objectif est la destruction totale des hommes.
Après la victoire d'Horus contre sa meute de loups, il propose au garçon de devenir son « petit frère » comme il a jadis proposé à Hilda d'être sa « sœur ». Après son refus et après avoir aidé à repousser une seconde attaque de loups contre le village, Horus devient le seul obstacle entre lui et la destruction des hommes.
Autres personnages
Ganko

Vieux forgeron spécialisé dans la fabrication d'armes et ne jurant que par elles. Il est déçu lorsque les hommes renoncent à en découdre avec le brochet géant avec ses harpons. C'est néanmoins un homme sage. Soutien fidèle d'Horus, c'est lui qui organise la résistance contre Grunwald et exhorte les villageois à se battre et s'unir au lieu de fuir le village face au danger.
Pottom

Du même âge qu'Horus et ami de celui-ci, c'est le fils du chef du village. Beaucoup moins naïf que son père, il prend la défense d'Horus contre le fourbe Drago et ne tombe pas sous le charme des chansons d'Hilda. Comme Ganko, il va activement participer à l'unification des hommes en fin de récit.
Drago

Le conseiller du chef du village. Sournois et manipulateur, seul le pouvoir le motive, prêt à toutes les alliances et les mensonges pour le ravir au chef du village. Il voit en Horus un obstacle à mesure que l'importante du jeune garçon augmente chez les villageois. C'est le seul à ne pas se joindre aux efforts communs des villageois contre Grunwald lors de la bataille finale. Il périra dans la tempête de neige en s'enfuyant.
Flip

Jeune garçon au caractère bien trempé, cadet d'Horus et très décidé à en découdre avec le brochet géant et a venger son père. Horus ne lui en laissera pas le temps et après de la frustration et de la rancœur envers notre héros, les deux personnages deviendront des amis fidèles.
Mauni

Une des fillettes du village. Sa gentilesse orientera beaucoup Hilda dans son choix entre le bien et le mal.
Koro

L'ourson, compagnon fidèle d'Horus.
Chiro

L'écureuil, la bonne conscience d'Hilda.
Toto

La chouette, la mauvaise conscience d'Hilda.
Mogue

Ce géant de pierre offre son aide à Horus dans les situations difficiles en début et en fin de récit. L'épée du soleil était fichée dans son dos, il la laisse à Horus pour l'en avoir débarrassé.
Horus, prince du soleil : Analyse
Avec Horus, prince du soleil, Isao Takahata et son équipe ne veulent pas faire un film qui s'adresse aux enfants comme de tradition à la Tôei Dôga. Ils veulent un film différent, qui ait du sens et que la forme serve le fond. Ils ont pour objectif de réaliser le film qu'ils auraient tous aimé voir sur grand écran, allant de pair avec une exigence de qualité formelle. Ainsi, en plus d'une mise en scène soignée, ils cherchent un réalisme au niveau des expressions et des relations entre les personnages, pour prouver au public que l'on peut obtenir des sentiments complexes avec des personnages dessinés et ainsi exprimer des idées plus adultes. Horus, prince du soleil n'a pas été pensé en terme de film d'animation mais de film tout court.
Cependant, au début des années 60, la Tôei Dôga n'a que pour modèle le savoir-faire américain et en particulier celui de Walt Disney et sa recette à base de belles histoires, de bons sentiments et de petits animaux pour séduire le jeune public. La Toêi demande donc que le film se plie à un certain nombre de consignes : la présence d'animaux pour assister les personnages principaux, une histoire classique qui puisse être identifiée par les plus petits et un film de courte durée (80 minutes), toujours pour convenir au jeune public. Horus, prince du soleil est produit dans ce contexte économique et marketing.
Qu'en est-il au final ? Malgré ces réajustements historiques qui doivent être pris en compte et la bonne volonté affichée par Takahata et son équipe, le film ne parvient pas vraiment au niveau de ses (trop ?) grandes ambitions pour l'époque. D'un point de vue technique, Horus, prince du soleil est un film de qualité malgré ses deux séquences, souvent décriées, faites de plans statiques, lors de l'affrontement des villageois contre les loups puis contre les rats. Cette spécificité de coté, l'animation est de qualité et le film rythmé (voir la première séquence d'affrontement entre Horus et les loups ou contre le brochet géant).
Une des ambitions de Takahata est de proposer une mise en scène sans précédent pour un film d'animation. Il y parvient avec brio en mettant à profit nombre de procédés cinématographiques propres aux films en prises de vue réelle. Les plans sont souvent complexes et toujours composés avec soin. Takahata use notamment d'effets de perpectives pour créer l'illusion de la profondeur de champ. Les personnages vont et viennent, rentrent et sortent de l'image et donnent ainsi l'impression d'avoir une vie en dehors de l'écran, ce qui renforcent le réalisme des scènes et permet au spectateur de davantage s'impliquer émotionellement. Les « angles de prise de vue » sont également très variés pour accentuer les tensions et les sentiments des personnages. Enfin, les « mouvements de caméra » complexes (panoramiques, travellings...), finissent de contribuer à rapprocher Horus, prince du soleil d'un véritable film en prise de vue réelle. En ce point, le film de Takahata et de son équipe est une réussite et leurs objectifs sont pleinement atteints.




La séquence d'ouverture est représentative du soin apporté par Isao Takahata à la mise en scène.
Par exemple, la caméra est parfois « débordée » par l'action, renforçant l'impression du spectateur d'être au cœur de la scène.
Mais dans sa lutte contre les obstacles financiers et techniques et la difficile adéquation avec ses idées avant-gardistes, le film a gardé les traces de nombreuses ruptures. Il a subi des remontages intempestifs et autres raccourcis involontaires. L'histoire s'en ressent et est un peu en demi-teinte. Malgré sa volonté de conquérir un public adulte, Horus, prince du soleil reste tout de même un film manichéen, tournant autour de l'affrontement entre le bien et le mal. Grunwald est l'archétype du méchant, Horus est le noble héros qui s'oppose a lui.
Le ton du film est grave et dépourvu d'humour à l'exception de scènes de festivités et de chansons. Les personnages sont un peu confus et mal définis alors qu'il y avait une volonté de proposer des protagonistes à la psychologie complexe. Ainsi, entre autres exemples, Horus ne s'inquiète pas lorsqu'Hilda lui révèle, à leur rencontre, que Grunwald l'a ensorcelé ou lorsqu'elle est ensuite repoussée par l'épée du soleil... Un peu étrange également ce personnage de Grunwald : sorcier mégalo, maître du monde selon lui, qui nourrit des plans de conquêtes grandioses mais qui s'acharne sur une humanité réduite à un simple petit village dans le film. Il fait le mal, sème la discorde entre les hommes mais n'a pas de motivations précises à part détruire. C'est le mal réduit à son expression la plus simple. L'épée du soleil elle-même n'a pas vraiment d'origine du début jusqu'à la fin du récit. C'est juste le symbole de l'unité des villageois qui se regroupent pour la forger et vaincre Grunwald en fin de film.
Si Takahata ne réussit pas complètement à livrer un film adulte, il parvient quand même, à plusieurs reprises, à s'affranchir des éléments du film pour enfants malgré les conditions imposées par la Tôei. Koro est donc bien le faire valoir d'Horus et un des rares éléments légers du film destinés à retenir l'attention des enfants. Bien présent au début puis à la fin, il n'a qu'une présence anecdotique dans tout le reste du film et disparaît même pendant un long moment. Takahata surmonte également le handicap de la présence de la chouette Toto et de l'écureuil Chiro en les détournant de leur rôle premier pour les transformer en élément narratif supplémentaire. Pour montrer ce qu'Hilda ressent intérieurement, Takahata utilise ces deux animaux qui représentent les deux aspects contradictoires de la psychologie et des sentiments en conflit dans le cœur de la jeune fille. Attribuer un animal aux protagonistes était une tradition à la Tôei Dôga. Tout en la poursuivant, il a donné à ces animaux un sens symbolique.
Hilda est sans doute le personnage le plus intéressant du film. Même si elle apparaît seulement au deuxième tiers du récit, son rôle devient prédominant par la suite et n'est pas loin d'éclipser celui d'Horus. C'est dans ce personnage qu'il faut chercher la dimension adulte du film. Et pour cela, il faut se remettre dans le contexte politique du Japon de la fin des années 60, pendant lequel était produit le film. Comme Takahata le confiera plus tard, l'équipe qui conçut Horus, prince du soleil était profondément affectée par les évènements du Vietnam. Les américains se servaient des eaux japonaises comme rampes de lancement pour leurs offensives et le territoire japonais abritait de nombreuses bases américaines. Les Japonais craignaient de voir leur pays entraîné dans ce conflit du fait de leur statut d'allié des Etats-Unis. La plupart des Japonais étaient résolument opposés à cette « participation » qui leur était imposée et beaucoup souhaitaient que les américains perdent le conflit. Ces évènements influencèrent le ton et les propos du film et notamment le personnage d'Hilda qui fut conçu comme « une figure de dessin animé à la psychologie complexe », une première sans précédent dans le cinéma d'animation japonais. Hilda devait être un personnage complexe, changeant, conscient de ses contradictions et qui en souffre. Tiraillée entre le démon et la raison, Hilda symbolise alors un Japon en peine pour assumer ses contradictions.

« Il nous est arrivé au moment de travailler sur ce personnage (Hilda) d'avoir en tête l'idée ce que pouvait ressentir les soldats américains envoyés au Viêtnam», explique Takahata. « Même si l'on présentait leur intervention comme une cause juste, force était de constater qu'ils n'étaient pas bien accueillis. Ils pouvaient ainsi avoir l'impression d'avoir été envoyés dans un guêpier et en même temps ils devaient poursuivre le combat. Le personnage d'Hilda subit les mêmes tensions. »
Bien sûr, le parallèle entre les Etats-Unis et le Japon n'est pas si explicite à l'image mais il était évident pour les créateurs du film à l'époque.
Certes Horus, prince du soleil est grave, dépourvu d'humour et ne s'adresse pas aux enfants. Malgré une grande rigueur et une ambition nouvelle dans la mise en scène, qui témoigne des bonnes intentions de Takahata et son équipe, le film souffre donc parfois de lacunes techniques et scénaristiques liées à son âge et à un environnement de production chaotique. Mais pour la première fois dans un film d'animation japonais, la morale du film est différente, tout comme son histoire et son lieu d'action, auparavant toujours tirés de vieilles légendes chinoises ou japonaises. Mais surtout, Horus, prince du soleil propose des personnages beaucoup plus profonds, confrontés à des épreuves et animés par des sentiments très forts. Cette dimension psychologique, mais parfois aussi onirique que l'on trouve dans le film, n'existait pas dans le long métrage grand public au Japon et va ouvrir la porte à des films à la forme soignée et des personnages plus complexes. Hilda ouvre ainsi la voie à toute une série de personnages caractéristiques de l'animation japonaise, oscillant entre le bien et le mal mais aussi à des personnages féminins modernes, anticipant sur les héroïnes fortes, chères à Hayao Miyazaki.
Horus, prince du soleil : Origines
Comme toutes les grandes révolutions, la genèse d'Horus, prince du soleil s'est faite dans l'adversité. Afin d'apprécier le film à sa juste valeur, il est bon de le remettre dans son contexte et de revenir sur le Japon de la fin des années 50.
En 1956, la Tôei ouvre un département consacré au cinéma d'animation, baptisé Tôei Dôga (future Tôei Animation), dont le but est d'essayer de produire un long métrage d'animation par an et d'offrir ainsi une réponse commerciale japonaise aux longs métrages d'animation américains, notamment ceux de Walt Disney. En 1958 sort le premier long métrage en couleurs du cinéma d'animation japonais : Hakuja-den (Le serpent blanc) de Taiji Yabushita. Mais la Tôei Dôga doit rapidement composer avec la télévision, le nouveau média émergeant. En 1961, Osamu Tezuka, père du manga moderne et ancien collaborateur malheureux du studio, fonde sa propre société, Mushi Productions, et à partir de 1963, c'est l'explosion de sa série TV, adaptée de son manga, Tetsuwan Atomu (Astro, le petit robot). Cette série va changer l'approche de l'animation au Japon pour l'adapter à des contraintes de production télévisuelle (réduction des délais de production et donc réduction de qualité générale du résultat final) et ainsi créer un fossé avec l'animation destinée aux salles de cinéma.
La même année, la Tôei Dôga contre-attaque avec sa première série télévisée, Ôkami Shônen Ken (Ken, l'enfant-loup) et confie notamment la réalisation de quelques épisodes à Isao Takahata, alors simple assistant réalisateur, entré à la Tôei en 1959 sur le 4ᵉ film du studio, Anju to Zushiô-maru (Anju et Zushiô-maru). C'est sur la production de Ôkami Shônen Ken qu'il rencontre un certain Hayao Miyazaki, qui apprend son métier au poste d'intervalliste et qui, comme le veut des faits maintenant bien connus, se lance dans l'animation, toujours en cette année 1963, après le choc visuel de deux films : La bergère et le ramoneur (qui deviendra Le roi et l'oiseau) et La reine des neiges de Lev Atamanov. Les deux hommes partagent les mêmes influences occidentales : la littérature et les contes, Paul Grimault pour les réalisateurs. Las de la mièvrerie assumée et encouragée par la Tôei de la production de dessins animés japonais, ils ambitionnent de rénover le genre afin de toucher le public adulte.
Mais il leur faudra encore attendre un peu car à cette époque, les conditions de travail sont exécrables pour continuer à permettre à la Tôei Dôga de sortir un long métrage d'animation en couleurs de qualité par an et s'adapter aux rythmes aliénants imposés par la télévision. Le succès des séries télévisées s'élabore au détriment de la popularité et de la qualité des longs métrages. Les effectifs enflent pour garder le rythme en même temps que les tensions éclatent entre certains animateurs et la direction de la Tôei. Cette dernière fini par autoriser la formation de syndicats. C'est lors de réunions syndicales que les liens entre Takahata, Miyazaki et Yasuo Ôtsuka, témoin des bégaiements du studio dès 1956 et secrétaire général du syndicat, se renforcent. Ils commencent à s'intéresser à ce que font les uns et les autres, débattent de ce que doit être le cinéma d'animation et des films qu'ils veulent faire ou qu'ils veulent voir au cinéma.
C'est Ôtsuka qui est à l'origine de l'idée de produire un film dont le style et l'intrigue ne seraient pas réservés qu'aux enfants mais capables de divertir toutes les générations. Les trois hommes, très engagés et très actifs syndicalement, jouent de cette position pour faire céder la direction. Soutenus par certaines personnalités influentes, notamment par Yasuji Mori, l'un des plus grands animateurs japonais, ils vont réussir à imposer leur vision de l'animation.


Isao Takahata, Hayao Miyazaki...



... Yasuo Ôtsuka, Yasuji Mori et Yôichi Kotabe : la « dream team » d'Horus, prince du soleil.
Mais face à l'engouement du public pour les séries TV dès leurs apparitions, la réalisation de longs métrages relève encore plus de la gageure. En 1965, la direction de la Tôei Dôga, qui ne désespère cependant pas de continuer à attirer les spectateurs en salles, approche Ôtsuka pour mettre en chantier un nouveau long métrage. Le projet sera Horus, prince du soleil. Ôtsuka, qui a saisi l'envergure du potentiel de Takahata et Miyazaki, trouve là l'occasion de réunir et de laisser s'épanouir les deux talents. Il décide de les chaperonner et laisse à Takahata le poste de réalisateur. Sur Horus, prince du soleil, Miyazaki est lui crédité à la construction scénique pour son énorme travail sur les décors via le layout (étape en aval du story-board, qui consiste en la décomposition des éléments - format, décors, placement des personnages - nécessaires à création d'un plan). Ôtsuka se réserve le poste de directeur de l'animation. Cette « dream team » est complétée par Mori, qui les rejoint après une première interruption de production et Yôichi Kotabe. Ce dernier, animateur adjoint et élève de Mori, se lie également d'amitié avec Takahata, Miyazaki et Ôtsuka au cours des productions antérieures de la Tôei Dôga.
Horus, prince du soleil : Production
Le projet original d'Horus, prince du soleil consistait en l'adaptation d'une pièce de théâtre de marionnettes de Kazuo Fukazawa nommée Chikisani no Taiyô (Le soleil de Chikisani), qui s'inspirait elle-même d'une légende Aïnou. Les Aïnous sont une minorité ethnique en voie d'extinction qui vit au nord de Hokkaidô, l'île la plus au Nord du Japon. Les Aïnous sont également un sujet un peu tabou dans l'histoire du Japon car c'est une population maltraitée par les Japonais. Le scénario d'Horus, prince du soleil est une libre adaptation de cette pièce, collaboration entre Kazuo Fukazawa et Isao Takahata.

Le scénariste Kazuo Fukazawa.
L'histoire du film est très différente de la légende originale. Celle-ci n'a été qu'une source d'inspiration. Mais comme le projet était fondé sur une légende Aïnou, Takahata tenait à placer le contexte de son récit dans cette communauté (plus tard, Hayao Miyazaki décidera également de les représenter dans Princesse Mononoke). Mais à cette époque, pour les raisons historiques évoquées plus haut, la direction de la Tôei Dôga s'opposa à ce que le film prenne place dans cet environnement. Le président du studio, Hiroshi Ôkawa, voulait également s'ouvrir au marché international avec une histoire recentrée dans un contexte occidental. Takahata a donc transposé le film dans une Europe du Nord et de l'Est, qui, faute de documentation, tient en définitif plus du pays nordique tel qu'il l'imaginait. D'autant plus imaginaire, qu'il parvient finalement à glisser des éléments, graphiques et autres, Aïnous, comme les costumes, parfaitement reconnaissables de cette communauté.

Pamphlet de Chikisani no Taiyô, la pièce qui a inspiré Horus, prince du soleil.
On peut déjà y retrouver les noms de Hols, Hilda et du loup gris.
La production d'Horus, prince du soleil, 10ᵉ long métrage de la Tôei Dôga, commence en 1965. C'est est un pari difficile à l'époque, Takahata et son équipe sont jeunes et manquent d'expérience mais ils souhaitent néanmoins innover et trouver de nouvelles techniques pour dépasser leur savoir-faire. Comme expliqué précédemment, ils veulent que le projet soit le film de la rébellion contre la direction de l'époque. Ils souhaitent que ce projet soit plus qu'un film d'animation mais un vrai film. Ils se donnent donc beaucoup de mal, avancent de manière laborieuse, s'arrêtant à chaque détail.
« Si nous nous sommes surpassés dans ce film, c'est grâce à Takahata et à la façon dont il voulait représenter le contenu du film », raconte Yôichi Kotabe. « Il était très exigeant sur la façon dont nous dépeignons les personnages. Ce qu'ils faisaient. Leurs actes devaient être justifiés. Leurs expressions devaient être appropriées à chaque situation. »
Ces exigences de qualité et les difficultés techniques firent prendre du retard à la production que la Tôei voit d'un mauvais œil. La production sera ajournée une fois et la direction imposera des coupes pour réduire la durée du film.

L'exemplaire du scénario du film de Hayao Miyazaki.
La production d'Horus, prince du soleil est également un lieu de changement des méthodes de travail. Dans les années 60, chez Tôei Dôga, dans la chaîne de fabrication d'un long métrage, le réalisateur n'est pas vraiment le chef d'orchestre garant d'une unité formelle et de la vision globale de l'œuvre que l'on connaît maintenant. Beaucoup de libertés sont laissées aux animateurs. Avec Horus, prince du soleil, Takahata change ce mode de fonctionnement et s'attribue ce rôle directeur. Il imprime sa marque bien en amont, dès le story-board.
« Jusqu'à ce film, j'avais eu peu de contraintes », ajoute Kotabe. « J'exagérais les expressions des personnages, je leurs faisais faire des mouvements qui avaient de l'allure mais qui n'étaient pas vraiment justifiés. Cette fois-ci, c'était impossible. Pour ce film, le réalisateur nous avait donné des directives bien précises. Jusqu'alors, le système fonctionnait sur la liberté accordée aux animateurs plutôt que sur une personnalité directrice unique. M. Takahata réfléchissait au contraire suivant une logique d'achèvement de l'œuvre autour d'une unité. Il avait des demandes précises, fondées sur la recherche d'une cohérence. Le fait d'avoir des contraintes nous a stimulés. Ça nous a fait progresser. Pour répondre à ses attentes, nous avons du nous surpasser. Nous ne pouvions pas nous contenter de faire du sur place. »
Mais ce ne sont pas que les idées de Takahata que l'on retrouve dans Horus, prince du soleil. La production du film est également un film d'équipe, un lieu d'émulation unique entre une génération de jeunes artistes et celle d'artistes vétérans très expérimentés, qui œuvrent de concert activement à la recherche des idées, impliqués à tous les stades de création et tous soudés par une logique d'unité formelle cohérente et de mise en valeur du travail de groupe.
L'influence de Yasuji Mori, vétéran comme Yasuo Ôtsuka, designer et animateur de talent, à en ce sens été capitale. C'est, par exemple, sous son influence, lorsqu'il les rejoint après une première interruption de production, que l'équipe comprend qu'il serait efficace et agréable d'unifier l'esthétique globale du film sur le plan du dessin et de l'animation. Ce sont là les balbutiements du poste de direction de l'animation qui commence à se généraliser au sein de la Tôei Dôga puis dans toute l'industrie japonaise de l'animation.
C'est également grâce à cette grande liberté, que Miyazaki lui-même, qui ne devait être qu'un simple intervalliste sur le film, grâce à sa volonté et son abnégation, s'occupa de la construction scénique/layout, en plus de l'animation.
Sur le film, Takahata soigne tout particulièrement les « mouvements de caméra » (concrètement, à la prise de vue, la caméra ne bouge pas dans le dessin animé traditionnel), la représentation de l'espace et la façon dont les personnages y évoluent (en utilsant le hors-champ), comme dans un film en prise de vue réelle. Il expérimente différentes techniques pour tenter de recréer cette sensation de profondeur et de réalisme et donc dépasser le cadre technique limité du dessin sur une feuille de papier. Il puise son inspiration chez Paul Grimault mais aussi chez Walt Disney et leurs célèbre caméra « multiplane » qui permet de créer des effets optiques proches des résultats obtenus en prise de vue réelle.
« Au moment de la production d'Horus, je n'étais pas encore très attentif à l'idée d'adopter des techniques cinématographiques », se souvient Miyazaki. « Heureusement, c'est Takahata qui prenait ce genre de décision. La mise en scène de Takahata est assez orthodoxe. Il accorde une grande importance à la juste représentation du temps et de l'espace. J'ai subi sa grande influence. »

Le dossier de presse d'époque à l'attention des salles de cinéma, illustré par Hayao Miyazaki.
Horus, prince du soleil ne fut achevé que trois ans après son lancement, en 1968, et fut un échec commercial. Distribué comme son 14ᵉ long métrage d'animation et après 10 jours d'exploitation, la Tôei retire le film des salles, les recettes étant trop faibles. La promotion à l'attention du nouveau public des lycéens et des étudiants fut à l'époque très mal menée par le studio. Le public habituel n'étant pas habitué à ce nouveau contenu ne s'était également pas déplacé. Mais le film est récupéré par les mouvements lycéens et étudiants anti-gouvernementaux de l'époque. Les étudiants utilisaient les mangas et les animes pour véhiculer des idées anti-gouvernementales, contre l'autorité, confortant ainsi un peu plus Takahata et son équipe que les mangas et l'animation pouvaient prendre une place de plus en plus importante d'un point de vue social et politique.
Trente-cinq ans après, lorsqu'il est interrogé sur le destin du film, lors de son passage en France, en décembre 2001, Miyazaki répond avec humour qu'il ne peut rien contre le mauvais goût du public : « Je me suis donné beaucoup de mal pour ce film et j'étais persuadé qu'il allait changer le monde. En fait, ce film s'est révélé être un échec commercial mais je n'ai pas pour autant été déçu. Il arrive que les spectateurs soient des imbéciles (rire). Depuis, j'ai décidé que je ne serais jamais déçu ou content des scores d'un film. »
Horus, prince du soleil ouvre cependant la voie à des histoires aux ressorts dramatiques et à des personnages psychologiquement plus complexes, ainsi qu'à des adaptations de tout un tas d'oeuvres du monde entier, comme par exemple, le chat botté (Nagagutsu wo Haita Neko) de Charles Perrault en 1969. Ce dernier, conçu dans la foulée d'Horus, prince du soleil, donnera lieu à trois films inspirés du conte. La renommée du chat, personnage principal, qui sert ensuite de logo à la Tôei Dôga, est encore aujourd'hui très vivace et très populaire au Japon. Tout le monde le connaît, même les plus jeunes qui n'ont jamais vu le film.
Cependant, à l'époque de la sortie du film, Ôtsuka préfère quitter le studio après cet échec et Takahata ne sera plus autorisé à réaliser d'autres longs métrages pour la Tôei. Lui et son équipe durent rabaisser, momentanément, le niveau de leurs ambitions pour les recadrer au format du petit écran en attendant, un jour, Nausicaä de la Vallée du Vent...
Horus, prince du soleil : Art et technique
L'animation
A la fin des années 50, deux styles d'animation se côtoient. La « full animation », caractérisée par des mouvements fluides et réalistes à la Disney et le « style UPA », du nom de la société américaine d'animation. Le « style UPA » ou « animation limitée » est une animation plus simple et minimaliste, mais convaincante, avec très peu de dessins où seul compte le rythme et l'imagination. Animation reine à la télévision japonaise qui l'a poussé dans ses derniers retranchements depuis les années 70, c'est le style développé à l'origine par Osamu Tezuka. Selon Tezuka, l'animation devait être accessible à tous et elle ne devait donc pas être trop technique ni élaborée. L'important étant d'atteindre un public le plus large possible. Horus, prince du soleil s'oppose aux méthodes de Tezuka et tend vers un film le plus soigné possible.
Pour leur film, Isao Takahata et son équipe ont fait le choix d'une animation exigeante, reposant sur un character design simple avec peu de détails pour une économie de traits. On ne retrouve pas trop les excès graphiques caractéristiques de l'animation japonaise parfois critiqués : les personnages du film ont des yeux certes assez grands mais on n'observe pas d'ouverture de bouche gigantesque, par exemple. Ils conservent une certaine forme de réalisme sans se couper de la tradition graphique.

Isao Takahata en recherche de mouvement.
L'animation proposée par Horus, prince du soleil est plus ambitieuse que celle de la télévision mais en contrepartie va coûter plus cher et plus de temps. Durant la production, l'équipe s'arrête sur de nombreux détails, comme, par exemple, la représentation de la mer. Les propos ci-dessous montrent le perfectionnisme qui habitait Yôichi Kotabe.
« La mer devait être crédible », explique Kotabe. « Nous devions la représenter de façon réaliste. Il fallait la dessiner dans les détails en montrant les embruns, les effets de transparence, d'ombres et de lumière. Si son graphisme avait été trop simplifié, elle aurait dénoté dans le film. Dans un souci d'harmonisation, j'ai essayé de la représenter de la façon la plus réaliste possible. Je ne me suis pas inspiré d'autres films. Je me suis fié à ma perception personnelle. L'été, je suis allé au bord de la mer. Je passais des heures à observer les vagues en me demandant comment je devais les représenter. Autrement dis, je n'ai pas travaillé à partir de documents. J'ai voulu vérifier les choses de mes propres yeux et cela a été très difficile. »
Pour situer la qualité de l'animation dans Horus, prince du soleil, nous sommes face à une animation intermédiaire, avec moins de dessins (intervalles) que chez Walt Disney. Mais ce manque est compensé par un gros travail sur le « jeu » des personnages, le cadre, les « mouvements de caméra » et l'utilisation judicieuse de cycles d'animation.
Toute personne ayant déjà vu le film sait qu'une animation limitée coexiste également avec cette animation intermédiaire lors de deux séquences. Ces deux séquences d'attaque du village par les loups puis par les rats, en images fixes, montées très rythmées, si elles offrent un contraste, ne choquent pas beaucoup le connaisseur d'animation japonaise de l'époque ni l'actuel, l'œil ayant déjà été exercé à ce procédé grâce à la série TV. Celui-ci, très certainement utilisé par manque de temps ou pour des raisons budgétaires, n'entache en rien les autres moments de bravoures animées du film comme la séquence d'ouverture de combat entre Horus et les loups ou contre le brochet géant.
La musique
A l'époque d'Horus, prince du soleil, comme pour tout le reste, les films de la Tôei Dôga doivent reposer sur des modèles Disneyens, donc comporter des chansons. Encore une fois, Isao Takahata va habilement détourner cette contrainte. C'est le compositeur Michio Mamiya, qui œuvrait plutôt à l'époque dans le domaine du documentaire et qui n'a presque aucune expérience de la composition pour un film dramatique, qui a choisi les thèmes musicaux du film.

Le compositeur Michio Mamiya.
Cependant Takahata savait ce qu'il voulait. Il faut savoir que le réalisateur est un amateur de musique averti. Il a supervisé les choix musicaux sur des films comme Nausicaä de la Vallée du Vent, Le château dans le ciel ou encore Kiki, la petite sorcière de Hayao Miyazaki. Cependant, sa première expérience en la matière remonte à Horus, prince du soleil. Pour le film, il a demandé au compositeur de s'inspirer de la musique de l'Europe de l'Est qu'il aime beaucoup et qui convient bien aux scènes de danses et de liesse.
Comme une attention toute particulière dans la représentation des détails de la vie quotidienne des villageois a été apportée, c'est ainsi que les chants et les musiques ont joué un rôle important. La musique a été utilisée dans les scènes de groupe, lorsque les personnages se rapprochent ou que de nouvelles relations se nouent, comme celles des danses du mariage ou de la pêche. Les chansons d'Hilda jouent également un rôle important. Hilda vient du Nord, elle est étrangère au village. Takahata voulait donc qu'elle chante une mélodie exotique. Le film se passe dans une Europe imaginaire, Takahata a donc demandé au compositeur de s'inspirer de la musique de la Renaissance à laquelle le réalisateur s'intéressait aussi à cette époque.
« Le chant lors de la récolte possède un rythme un peu similaire à celui des musiques traditionnelles tchèques ou hongroises », explique Mamiya. « Par contre, la chanson d'Hilda a un style plus « Renaissance ». Cette hétérogénéité peut choquer. Pourtant, elle était raisonnée, car avec Takahata nous voulions exprimer que dans le film des cultures disparates entraient en contact. »
L'enregistrement de la musique s'est faite en deux temps car la production d'Horus, prince du soleil a été interrompue plusieurs fois. Certains morceaux sont finalisés avant les dessins, d'autres sont écrits en regardant les rushes. Il y a eu plus d'un an entre la première et la seconde étape, la difficulté étant d'harmoniser le résultat final. La production du film fut un combat à chaque étape, pour la musique également, et il en résulte des aspects positifs comme négatifs.
Horus, prince du soleil : Fiche technique


Crédits
| Titre | 太陽の王子 ホルスの大冒険 (Taiyô no Ôji : Horusu no Daibôken) Horus: Prince of the Sun (Little Norse Prince) / Horus, prince du soleil |
|---|---|
| Années de création | 1965-1968 |
| Œuvre originale | Chikisani no Taiyô de Kazuo Fukazawa |
| Scénario | Kazuo Fukazawa, Isao Takahata |
| Réalisation | Isao Takahata |
| Construction scénique / layout | Hayao Miyazaki |
| Directeur artistique | Mataji Urata |
| Character design | Yôichi Kotabe |
| Directeur de l'animation | Yasuo Ôtsuka |
| Animateurs clés | Yasuji Mori, Hayao Miyazaki, Yôichi Kotabe, Reiko Okuyama, Akemi Ôta... |
| Musique | Michio Mamiya |
| Directeurs de la photographie | Jirô Yoshimura, Yukio Katayama |
| Producteur | Hiroshi Ôkawa |
| Production | Tôei Dôga |
Doublage japonais
| Horus | Hisako Ôkata |
| Hilda | Etsuko Ichihara |
| Grunwald | Mikijirô Hira |
| Ganko | Eijirô Tôno |
| Pottom / Flip | Junko Hori |
| Drago | Yasushi Nagata |
| Mauni | Yôko Mizugaki |
| Koro | Yukari Asai |
| Chiro | Noriko Ohara |
| Toto / le père de Horus | Hisashi Yokomori |
| Mogue | Tadashi Yokoushi |
Doublage français
| Horus | Circé Lethem |
| Grunwald | Martin Spinhayer |
| Pottom | Stéphane Flamand |
| Flip | Maia Bara |
| Drago | Peppino Capotondi |
| Le père de Horus | Bernard Faure |
| Koro | Jean-Paul Clerbois |
| Chiro | Beatrice Wegnez |
| Toto | Benoit Van Dorslaer |
Quelques chiffres
| Date de sortie du film au Japon | 21 juillet 1968 |
| Date de sortie du film en France | 4 février 2004 |
| Durée du film | 1 heure 22 minutes |



