Le voyage de Chihiro


« Pour ceux qui ont eu 10 ans, et pour ceux qui auront 10 ans. »
(Hayao Miyazaki)
Sen to Chihiro no Kamikakushi (Le voyage de Chihiro) nous conte l'histoire de Chihiro, une petite fille japonaise de 10 ans dont les parents sont transformés en cochon. Elle se retrouve livrée à elle-même dans un monde de dieux, d'esprits et de monstres, une ville de bains régie par une sorcière. Dans ce lieu étrange et fantastique, les humains inutiles sont changés en animaux ou disparaissent. Pour survivre, Chihiro doit abandonner son nom et commencer à travailler. Pourra-t-elle sauver ses parents et un jour revenir dans son propre monde ?
Déjà annoncé en fin 1999 et objet de toutes les attentes, Le voyage de Chihiro est sorti dans les salles japonaises en juillet 2001. Il remporte un triomphe sans précédent, battant tous les records d'entrées (plus de 23 millions) et de recettes (250 millions de $) au box-office nippon. Le voyage de Chihiro connaît également hors du Japon un succès sans précédent pour une production animée nipponne, réunissant près de 1,5 millions de spectateurs en France, et remportant l'Ours d'or au Festival International du Film de Berlin et l'Oscar du Meilleur film d'animation en 2003.
En complément : « Exposer l'animation » - Exposition spéciale Le voyage de Chihiro, l'exposition temporaire 2001 / 2002 du musée Ghibli.
Film conseillé à partir de 9 ans (voir guide des parents)
Sources : Animeland d'avril 2002 - making-of du film - Nausicaa.net - Fluctuat.net - fascicule cinéma japonais du film
Remerciements : merci à Cédric Lévy pour la traduction du « Mot du réalisateur »
Le voyage de Chihiro : Résumé détaillé

Chihiro Ogino est une fillette de 10 ans ordinaire. Assise sur la banquette de la voiture de ses parents, elle cache difficilement sa mauvaise humeur. Serrant contre elle le bouquet de fleurs et la carte où ses amies lui ont écrit « Chihiro, porte toi bien. A bientôt. », elle accepte mal le déménagement que lui imposent ses parents vers une nouvelle demeure et ne manque pas de le faire savoir à son père et sa mère.


Sur la route, le père aperçoit au loin leur nouvelle maison et prend un sentier qu'il pense être un raccourci. Le chemin est très accidenté et Chihiro est secouée sur le siège arrière de la voiture. Elle remarque en bordure du sentier d'étranges statues qui semblent les guider. Mais le chemin est en fait une impasse et le père doit arrêter la voiture devant un mur de ciment rouge percé d'un long et sombre tunnel. Une nouvelle statue semble en garder l'entrée. Le père de Chihiro est curieux de découvrir ce qui se cache au bout de ce mystérieux tunnel. Il rassure sa femme, lui expliquant qu'il a laissé les clefs de la maison ainsi que des instructions aux déménageurs.


Le couple décide donc d'emprunter à pied le couloir sombre. Mais Chihiro a un mauvais pressentiment et ne veut pas les suivre. Elle essaie de les convaincre de repartir mais, apeurée à l'idée de se retrouver seule en lisière de forêt, elle finit par les accompagner. Le tunnel débouche sur une grande salle ressemblant à une chapelle abandonnée. La lumière extérieure est filtrée par des vitraux multicolores. En sortant, les parents de Chihiro pensent qu'il s'agit de l'entrée d'un parc d'attraction des années 90 qui a dû fermer ses portes pendant la crise économique. De l'autre coté de la prairie qui leur fait face, on peut apercevoir les premières maisons d'un village. Le père perçoit une alléchante odeur de cuisine et décide de continuer son excursion. Mais le village semble lui aussi désert, ce qui inquiète davantage la fillette.


Se laissant guider par sa faim, le père découvre enfin le restaurant qui dégage cette si bonne odeur. Des mets appétissants sont posés sur le comptoir et les parents de Chihiro, après avoir appelé en vain un serveur, commencent à se délecter des plats encore fumants, bien décidés à régler la note lorsqu'un employé du restaurant se présentera.


La mère propose à Chihiro de s'attabler mais la fillette, contrariée par le sans-gêne de ses parents, refuse. Intriguée, elle préfère visiter le village apparemment inhabité. Bientôt Chihiro se retrouve face à un pont conduisant à un immense bâtiment. Distraite par un bruit, elle se penche pour voir en contrebas et voit passer un train. Le soleil se couche déjà. En relevant la tête, elle aperçoit un jeune homme qui la somme de repartir là d'où elle vient.


Apeurée la fillette s'enfuit pour rejoindre ses parents, mais elle croise dans sa course des silhouettes fantomatiques qui errent dans les rues de la ville. Quand elle retrouve ses parents, elle découvre épouvantée qu'ils se sont transformés en cochons ! Chihiro pense être victime d'un cauchemar et tente de revenir par où elle est arrivée. Mais la prairie qu'elle a traversée il y a quelques heures est maintenant inondée et l'on peut voir au loin le clocher de la chapelle illuminer l'étendue d'eau.


Impuissante, Chihiro s'accroupit et se recroqueville sur elle-même. Elle se rend compte alors avec effroi que ses mains commencent à disparaître. Au même moment, sur le lac, s'approche une barge flottante de laquelle elle voit bientôt débarquer d'étranges créatures. La fillette s'enfuit et décide de se cacher derrière une maison. Mais elle est retrouvée par le jeune garçon qui l'avait priée de partir. Il lui demande d'avaler une baie en lui expliquant que si elle ne mange pas de nourriture locale, elle finira par disparaître. Chihiro essaie de le repousser mais ses mains passent à travers lui à la manière d'un fantôme traversant un mur. Elle comprend alors qu'elle n'a plus rien à perdre et décide de manger le fruit.


Le jeune garçon emmène ensuite Chihiro jusqu'au pont de leur première rencontre. Une multitude de divinités l'empruntent pour se rendre dans le grand bâtiment. Avant de traverser, le garçon demande à la fillette de retenir sa respiration sans quoi elle serait repérée. Mais sur le pont une grenouille qui connaît apparemment le jeune homme, l'interpelle ; Chihiro, surprise, ne peut s'empêcher de respirer. Le garçon jette alors un sort qui paralyse le batracien pendant quelque instants et court en entraînant Chihiro avec lui pour la cacher.


A l'intérieur du bâtiment, le personnel s'agite et certains s'exclament : « Ca pue l'humain ! » Le jeune garçon explique à la fillette qu'elle a été repérée. Pour ne pas être transformée en animal comme ses parents, elle doit maintenant travailler pour le compte de Yubâba, la sorcière qui régente les lieux. Pour cela, elle doit d'abord rencontrer Kamajî, l'homme qui s'occupe de la chaufferie. Elle doit lui demander du travail et insister même s'il refuse. « Je suis avec toi Chihiro », la rassure le jeune homme. La fillette s'étonne que son sauveur connaisse son prénom. Le garçon se présente alors, et lui révèle le sien : Haku. Il avoue la connaître depuis qu'elle est toute petite. Mais il doit partir et même s'il lui a indiqué le chemin, Chihiro devra se rendre seule jusqu'à la chaufferie.


Chihiro est terrifiée : le vent souffle très fort et le chemin qui mène à la chaufferie est escarpé et accidenté. De plus, il n'y a pas de rampe pour s'agripper et le sol en contrebas est à plusieurs dizaines de mètres. Malgré quelques hésitations, elle trouve le courage d'affronter cette épreuve.


Après une belle frayeur, la fillette entre dans la chaufferie et observe Kamajî, vieillard à six bras, travailler pendant quelques minutes avant de s'avancer pour se présenter. Elle lui explique qu'elle est envoyée par Haku et qu'elle désire travailler. Le vieil homme l'écoute avec peu d'attention car il semble particulièrement occupé.


Sur le sol Chihiro remarque des noiraudes sur pattes amener continuellement le charbon jusqu'au foyer afin d'alimenter le feu. Kamajî refuse de faire travailler Chihiro, prétextant qu'il a bien assez de main-d'œuvre. La fillette regarde les noiraudes travailler, trimballant sur leur dos de lourds morceaux de charbon. Quand elle aperçoit une petite créature s'écrouler sous son fardeau elle décide de la libérer de sa charge. Chihiro demande si elle peut déposer le morceau de charbon à terre mais Kamajî lui répond qu'elle n'a qu'à continuer ce qu'elle a commencé. Chihiro s'exécute alors avec peine car le morceau de charbon semble peser très lourd.


Les noiraudes voyant la fillette accomplir la tache de leur collègue, s'écroulent une à une à la grande surprise du vieil homme qui les sermonne. Soudain une porte dérobée s'ouvre et une employée rentre dans la salle pour apporter le repas de Kamajî. Discutant avec le vieil homme, elle ne remarque pas tout de suite Chihiro.


Lorsqu'elle l'aperçoit enfin, elle prend peur. Kamajî la rassure en lui disant qu'il s'agit de sa petite-fille et qu'elle désire travailler mais qu'il a assez de main-d'œuvre dans la chaufferie. Quand il demande à Rin, la jeune employée, de présenter Chihiro à Yubâba, elle refuse. Kamajî lui propose alors un triton grillé. Devant le succulent met, Rin change très vite d'avis. Au moment de partir avec Chihiro, Rin fait remarquer à cette dernière son impolitesse : elle n'a pas remercié Kamajî pour son aide. La fillette salue alors maladroitement le vieil homme.


Yubâba habite au dernier étage du palais. Les deux filles empruntent donc un premier ascenseur qui s'arrête à un niveau intermédiaire. Rin, flanquée de Chihiro, se dirige vers un deuxième ascenseur qui leur permettra d'atteindre les niveaux supérieurs.


Pendant ce temps la fillette observe les lieux : il semblerait qu'elle se trouve dans un établissement de bains publics où les divinités viennent se reposer. Un employé des lieux interpelle alors Rin, qui pousse Chihiro dans l'ascenseur afin qu'elle ne soit pas découverte. Quelques instants plus tard Chihiro arrive seule au dernier étage.


Une immense porte se dresse devant elle. La fillette essaie de la pousser pour entrer, mais en vain. La porte s'ouvrira finalement d'elle-même quelques secondes plus tard. Chihiro est conviée à entrer mais, hésitante, elle est soudainement happée par une force surnaturelle qui la tire à travers les différentes salles pour arriver enfin face au bureau de la maîtresse des lieux : Yubâba. Chihiro, après un instant d'hésitation, demande à travailler. Mais la sorcière lui rétorque qu'elle n'a pas besoin d'une fille aussi menue et pleurnicharde.


Soudain un grand fracas suivi des pleurs d'un bébé interrompt la conversation. Yubâba accourt pour le calmer. Têtue, Chihiro réitère sa demande en hurlant. Yubâba finit par accepter pour la faire taire car le bambin, de plus en plus contrarié, semble mettre la pièce d'à coté sans dessus dessous.


La sorcière envoie alors un contrat à signer à la fillette tandis qu'elle essaie d'apaiser le bébé. En voyant le nom sur le papier, la vieille femme le trouve bien trop long et décide que Chihiro s'appellerait désormais Sen. Haku fait alors son entrée dans la pièce. Yubâba lui explique que Sen est une nouvelle employée et qu'elle doit commencer dès aujourd'hui. Dans l'ascenseur qui les conduit aux étages inférieurs, la fillette est surprise par le comportement très froid de Haku. Le garçon présente la nouvelle recrue aux employés qui ne veulent pas la prendre sous leur aile car « elle pue l'humain ». Haku charge alors Rin, qui voulait une assistante, de s'en occuper.


Le lendemain matin, de très bon heure, Sen est réveillée par Haku qui l'invite à le rejoindre au pont pour qu'il puisse l'accompagner voir ses parents transformés en cochons. Sen les découvre endormis pour avoir trop mangés, ne répondant pas aux appels de Chihiro.




Sen, en traversant pour regagner l'établissement des bains, se retourne mais ne voit pas Haku. Elle aperçoit cependant un dragon vert et blanc s'éloigner dans le ciel. De retour aux bains, Sen est rapidement mise au travail : elle doit cirer le parquet. La petite fille se met donc à la tâche avec ardeur, même si elle semble beaucoup moins efficace que les autres serviteurs. Alors qu'elle s'apprête à jeter l'eau sale à l'extérieur, Sen aperçoit un spectre masqué, sans visage, qui attend dehors sous la pluie. Pressée, elle lui explique qu'elle laisse la porte vitrée ouverte pour qu'il puisse rentrer s'il le désirait.


Sen doit maintenant nettoyer le bain des visiteurs les plus sales. Malgré son ardeur au travail le bassin reste maculé de saletés. Rin envoie sa petite collègue chercher une décoction pour nettoyer plus facilement le bain. Mais l'intendant refuse de lui donner un jeton, prétextant que cela serait du gâchis et qu'il suffit de frotter davantage.


C'est alors qu'intervient le « sans-visage » que Sen avait fait rentrer. Pratiquement invisible derrière l'intendant, il profite que ce dernier soit occupé au téléphone pour prendre et offrir à la petite fille le jeton donnant droit à une décoction. Sen remercie le spectre et court rejoindre Rin. Cette dernière lui montre comment fonctionnent les infrastructures qui fournissent les décoctions. En fait Kamajî mélange plantes et ingrédients et envoie l'eau à l'étage demandé. Pour recevoir une décoction il suffit d'ouvrir une trappe dans le mur et d'y accrocher son jeton. Après lui avoir expliqué, Rin s'absente.


Sen aperçoit alors le sans-visage rentrer dans la salle et pensant qu'il s'agit du client qu'on vient de leur annoncer, le prie d'attendre quelques instants afin qu'elle finisse de remplir le bain. Mais le spectre n'est pas venu pour cela et il lui offre une poignée de jetons. La fillette refuse en lui expliquant qu'un seul jeton lui suffisait. Désemparé par ce refus, le sans-visage disparaît.


Peu après, Yubâba met sa nouvelle recrue à l'épreuve en lui attribuant une première mission difficile : accueillir un « dieu nauséabond » ; elle devra lui faire prendre son bain. Sen, malgré l'odeur insupportable que dégage le client, s'exécute pendant que Yubâba l'observe. La fillette prend la décision de rajouter de l'eau à base d'une nouvelle décoction mais elle peine à accrocher son jeton. Quand l'eau arrive enfin, Sen la verse sur la divinité mais elle glisse maladroitement dans le bain ; c'est le client lui-même qui la sort de l'eau. C'est alors que Sen remarque comme une écharde dans la peau du dieu.


Elle essaie de lui enlever mais ses efforts sont vains. Yubâba semble deviner de quoi il s'agit. Elle demande donc à Sen d'y attacher une corde que les employés tireront avec elle pour extraire du dieu le corps étranger. Mais quelle n'est pas la surprise de la fillette lorsqu'elle s'aperçoit qu'il s'agit en fait de la poignée du guidon d'un vélo. Tout le monde continue à tirer sur la corde et on finit par extraire tout un tas d'objets semblant tout droit sortis d'une décharge.




Pendant ce temps là, une grenouille avide d'or s'aventure dans les bains à la recherche des pépites qui auraient pu se glisser entre les lames du plancher. Le sans-visage, qui l'a observé, a compris ce qu'elle cherche et lui tend de l'or qu'il fabrique spontanément dans ses mains. La grenouille appâtée s'approche pour prendre l'or, mais elle est attrapée et ingurgitée par le spectre. Un employé, qui garde les lieux la nuit, a entendu du bruit et découvre le sans-visage. Ce dernier lui offre de l'or en lui expliquant, avec la voix de la grenouille qu'il vient de gober, qu'il s'agit d'une avance pour le repas qu'il voudrait qu'on lui prépare...


Le lendemain matin, Sen se réveille en sursaut : elle vient de faire un cauchemar. Elle est surprise de voir le dortoir désert. Rin vient la chercher et lui montre une pépite. « Il y a un invité très généreux qui donne de l'or. » Mais cela n'a pas l'air d'intéresser Sen qui scrute l'horizon depuis la terrasse du dortoir en pensant à ses parents. Soudain elle aperçoit un dragon blanc et vert qui se débat dans les airs. Il semble être pourchassé par une multitude d'oiseaux de papier. Sen, en voyant le dragon, devine instinctivement qu'il s'agit de son ami Haku.


Le dragon aperçoit la fillette et s'engouffre alors dans le dortoir tandis que son amie ferme les portes vitrées pour empêcher les oiseaux de rentrer. Essoufflé et meurtri, l'animal se repose quelques instant avant de ressortir soudainement et de voler en direction de l'appartement de Yubâba, quelques étages plus haut. Sen décide de monter le rejoindre pour le soigner.


Mais un oiseau de papier vient subrepticement se coller dans son dos... En sortant du dortoir, la fillette découvre un établissement en effervescence. La folie de l'or s'est emparée du personnel des bains. Ils sont tous occupés à nourrir et servir le sans-visage qui engloutit les plats à une cadence infernale et enfle à vue d'oeil. En se faufilant dans la foule, Sen se trouve nez à nez avec le spectre qui lui offre une poignée d'or.


Mais Sen refuse son cadeau et repart en s'excusant. Le sans-visage, désespéré et furieux, avale deux employés, et crée du même coup la panique autour de lui. Quand Sen arrive enfin au dernier étage de l'établissement, elle entend Yubâba et se cache sous les coussins de la chambre de « bébé ».


Malheureusement celui-ci se réveille et ne veut plus la laisser partir ; il veut qu'elle reste jouer avec lui et, devant le refus de Sen, il menace de lui casser le bras. La fillette lui montre alors sa main recouverte de sang de dragon. Le bébé effrayé lâche son emprise et se met à pleurer. Yubâba est partie et Sen en profite pour rejoindre le dragon qui gît sur le sol, inerte. là, un étrange trio de têtes sans corps semblent venir le pousser dans une conduite vers les oubliettes. La fillette tente de les chasser pour protéger son ami, mais elle est harcelée par Yubâ-bird, l'oiseau sentinelle de Yubâba.


Soudain l'oiseau de papier qui s'était collé sur le dos de Sen tombe à terre et fait apparaître l'hologramme de Zenîba, la sœur jumelle de Yubâba. Cette dernière explique à Sen que Haku a volé son sceau pour en acquérir les pouvoirs et devenir sorcier, mais que l'objet est protégé par un sort qui va finir par le tuer. Puis Zenîba, pour se venger de sa sœur, transforme Bô, le bébé, en rat obèse, la sentinelle en oiseau-mouche et les « trois têtes » en Bô ! Malgré ses blessures le dragon réussit à faire disparaître l'hologramme de la sorcière en balayant de sa queue l'oiseau de papier. En s'agitant il finit par tomber dans un conduit du sol, emmenant avec lui Chihiro qui s'agrippe comme elle peut.


Chevauchant le dragon Chihiro a soudain un flash-back, elle se revoie chevauchant un dragon sous une eau limpide. Finalement tout deux atterrissent dans la chaufferie. Kamajî en voyant l'animal mythique n'a pas beaucoup d'espoir. Il explique à Chihiro que Haku est victime d'un empoisonnement. Sen prend alors la boulette amère que lui a donnée le dieu des eaux, la coupe en deux et lui enfourne une moitié dans la gueule l'obligeant à l'avaler.


Le dragon se débat violemment et finit par cracher le sceau volé à Zenîba, ainsi qu'un ver responsable des maux de Haku. Sen parvient à l’écraser tandis que Haku reprend sa forme originelle. Mais il est gravement atteint. Sen décide alors de partir à la rencontre de Zenîba afin de lui rendre son sceau et de lui demander de sauver le jeune garçon.


Zenîba habite par delà les eaux et Kamajî donne un ticket de train à Sen pour s'y rendre. Mais en traversant l'établissement, la fillette rencontre Yubâba qui lui demande d'aller voir le sans-visage qui la réclame. Le sentant malade, Sen lui donne l'autre moitié de la boulette amère qu'il s'empresse d'avaler. Le mets est infect, ce qui rend furieux le spectre. Paniquée, Sen s'enfuit, poursuivie par la divinité. Yubâba qui n'accepte pas le comportement de son client envoie une boule de feu qui le percute de plein fouet. Il vomit alors sur la sorcière tout ce qu'il a ingurgité depuis son arrivée.


De son coté, Sen a rejoint Rin qui l'attend dehors pour l'accompagner en baquet jusqu'au quai où le train s'arrêtera. De loin, elle aperçoit le sans-visage amaigri qui la suit. Il a été exclu de l'établissement mais s'est apaisé. Il rejoint Sen qui attend à l'arrêt, puis tous deux montent à bord du train. Sen, accompagnée de Bô et de Yubâ-bird sur son épaule découvre à travers la fenêtre du wagon le paysage inondé par les eaux.


Aux bains Yubâba découvre avec colère la supercherie de sa sœur et la disparition de son fils. Haku, libéré de l'emprise de Yubâba, lui propose un marché : il lui ramène son fils contre la libération de Sen et de ses parents. De son coté Sen descend à l'arrêt que lui a indiqué Kamajî. La nuit est tombée et la fillette, suivie de ses compagnons de voyage emprunte le sentier qui lui fait face. Sur le chemin, elle rencontre une lanterne animée qui les guidera jusqu'à la maison de Zenîba.


Sen s'étonne que Zenîba vive dans une modeste chaumière. La sorcière les accueille chaleureusement et Sen lui rend le sceau dérobé par Haku. Zenîba la rassure sur la santé de son ami : le ver était un sortilège de Yubâba et maintenait Haku sous son emprise. Sen a libéré son ami en écrasant le vermisseau et Haku est donc hors de danger.


Pour remercier Sen, Zenîba confectionne, avec l'aide de Bô et Yubâ-bird, un nouveau ruban pour lui attacher les cheveux. Mais il est déjà l'heure pour Sen de repartir. En franchissant le seuil de la porte, la fillette découvre Haku sous forme de dragon venu pour la ramener aux bains. Sen est soulagée de le voir guéri de ses blessures.


Tous remercient Zenîba et le sans-visage accepte l'invitation de la sorcière à rester avec elle. Sen chevauche le dragon qui s'envole. Agrippée aux cornes de l'animal, elle a soudain un violent flash-back. Elle se souvient de Haku et lui murmure son vrai nom : Kohaku. A ces mots Haku, qui retrouve son identité et sa liberté, reprend sa forme originelle de jeune homme. Haku est en réalité le dieu d'une rivière dans laquelle Chihiro avait failli se noyer lorsqu'elle était petite, en essayant de récupérer sa chaussure tombée dans l'eau. Haku l'avait alors sauvée en la ramenant sur la rive.


Ce n'est que le lendemain matin que tous arrivent aux bains. Bô reprend son apparence normale mais cette expérience l'a changé et Yubâba retrouve son fils plus mature qu'il ne l'a jamais été. Bô demande à sa mère de ne pas contrarier Chihiro mais, pour pouvoir repartir, la fillette doit subir une dernière épreuve : reconnaître ses parents parmi une douzaine de cochons.


Sûre d'elle, après avoir bien observé les animaux, Chihiro explique qu'ils ne sont pas parmi eux. Yubâba est visiblement contrariée mais devant tout le personnel qui s'est rassemblé pour l'occasion, elle ne peut que tenir sa promesse. Elle rend à Chihiro sa liberté en même temps que celle de Haku. Les deux enfants repartent vers la prairie par laquelle la fillette est arrivée.


Ils doivent maintenant se séparer et se souhaitent mutuellement bonne chance. Chihiro accourt vers ses parents qui l'attendent. Mais ces derniers semblent ne se rappeler de rien. Chihiro aurait-elle rêvé ? On pourrait le croire... si le ruban de Zenîba n'était pas accroché dans ses cheveux !


Le voyage de Chihiro : Personnages
Chihiro et ses parents
Chihiro Ogino / Sen

Chihiro est une petite fille de 10 ans ordinaire de notre époque : chétive, introvertie, têtue, gâtée et peu téméraire. Lors d'un déménagement vers une autre ville avec ses parents, elle entre accidentellement dans « l'autre monde », celui des dieux, des monstres et des esprits. Ses parents changés en cochon, elle se retrouve livrée à elle-même. Pour survivre, elle doit abandonner son nom, et devient Sen. Elle travaille désormais pour la sorcière Yubâba au temple des bains.

Confrontée à une situation de crise, la petite fille s'anime. Elle va faire preuve d'un courage et d'une force d'adaptation inattendus. Elle va se discipliner, apprendre les vertus du travail, la persévérance, l'amitié, le dévouement. En prenant ses responsabilités et au seul prix de ses efforts, elle imposera sa personnalité et son individualité, non pas en rejetant le système mais en prouvant qu'elle est digne de gagner son autonomie. Unique dans son œuvre, aussi bien physiquement qu'au niveau du caractère, Hayao Miyazaki dit à propos de son héroïne :
« Jusqu'à maintenant, je créais un personnage principal en me disant « je souhaite qu'une telle personne existe. » Cette fois, j'ai créé une héroïne qui est une petite fille ordinaire, quelqu'un avec qui les spectateurs pourront sympathiser, quelqu'un dont ils pourront dire, « oui, c'est comme ça en vrai. » C'est très important de la rendre crédible et réaliste. A partir de là, ce n'est plus une histoire où les personnages deviennent adultes, mais une histoire où ils découvrent quelque chose qui est à l'intérieur d'eux-mêmes, et qui réveillé par les circonstances particulières [...] Dans ces circonstances rencontrées par Chihiro, la plupart des hommes paniqueraient ou refuseraient d'y croire, mais ces hommes finiraient par être dévorés. On peut dire qu'en fait, le talent de Chihiro est de trouver la force de ne pas se laisser dévorer. En aucune façon, elle n'est devenue l'héroïne parce qu'elle serait une jolie petite fille dotée d'un cœur exceptionnel. »

Akio Ogino, le père de Chihiro
C'est un homme d'affaire de 38 ans de nature résolument optimiste et sûr de lui. Il n'est pas particulièrement sensible aux besoins et aux sentiments des autres. Sans-gêne et possédant un énorme appétit, il se servira goulûment dans un restaurant déserté sans attendre la venue des serveurs. Pour avoir mangé la nourriture des dieux, ce malotru sera, comme sa femme, transformé en cochon.
Yûko Ogino, la mère de Chihiro
C'est une femme de 36 ans pragmatique et de caractère affirmé. Elle parle sans détour à son mari mais au final le suit dans tout ce qu'il fait. Blasée par le comportement désagréable de sa fille, elle ne fait pas attention à elle pendant le trajet du déménagement. Comme son mari, elle paraît assez distante de son enfant.

Le personnel des bains
Yubâba

Une sorcière aux nombreux pouvoirs, qui gère Aburaya, l'établissement de bains publics, épicentre de ce monde étrange. Elle utilise la magie et dirige de façon stricte ses employés. Acariâtre, rouspéteuse, c'est également une avare lorsqu'il s'agit d'aider les autres. Elle a cependant le goût du luxe et de l'apparat et habite des appartements à la décoration somptueuse. Elle peut sembler cruelle et impitoyable, privant Chihiro de son identité et réservant un sort peu enviable à ses parents. Cependant, elle devient une maman folle de son fils unique, cédant à tous ses caprices. Personne ne connaît son âge, et l'on peut s'étonner de la voir mère vu son apparence et l'absence totale d'homme à ses côtés.
Personnage haut en couleurs, Yubâba est donc une femme au tempérament contrasté et aux nombreuses contradictions. Malgré tous ses défauts, le spectateur ne peut s'empêcher d'éprouver une certaine sympathie pour elle.
Haku

Ce jeune garçon mystérieux est l'allié et l'ami de Chihiro. Il aidera la jeune fille dès le début et constituera pour elle un soutien moral sans faille tout au long de l'aventure. Pourtant, malgré son aspect sympathique, il a en lui un coté froid et cruel. Disciple de Yûbaba qui lui enseigne la magie, il est craint et respecté par tous les employés des bains. Il peut également se transformer en un dragon et obéit à des ordres secrets de sa maîtresse. Personnage lui aussi double, il avoue cependant ne plus se souvenir de sa véritable identité ni de son nom originel, étant sous l'emprise magique de Yubâba. Chihiro parviendra à libérer Haku de sa servitude, en lui révélant sa véritable identité.

Bô

C'est un bébé géant et la seule personne capable de dicter ses volontés à sa mère Yubâba ! Capricieux et égoïste, il ne fait que réclamer, se plaindre et menacer... jusqu'à ce qu'un sortilège le change en rat obèse et inoffensif, le réduisant au silence. Si le spectateur trouve le bébé insupportable, capricieux et trop gâté, on ne peut s'empêcher de rire devant les facéties de Bô transformé en rongeur pataud et attachant. Quand il retrouvera son apparence à la fin, l'aventure vécue l'aura transformé et il soutiendra Chihiro de façon décisive.
Yubâdo (Yubâ-bird)

Le détestable animal de compagnie de Yubâba est à la fois son éclaireur et sa sentinelle. Il a un corps d'oiseau et une tête qui ressemble à celle de sa maîtresse. Transformé plus tard en oiseau-mouche incapable de nuire, il suivra et protègera Bô dans ses aventures avec Chihiro. Lui aussi devient alors un personnage drôle et attachant, choisissant même de garder sa nouvelle apparence inoffensive.
Kashira

Cet étrange trio de frères vit dans les appartements de Yubâba. Ce sont des têtes sans corps qui se déplacent sur le sol par petits bonds. Ils ne semblent d'aucun intérêt si ce n'est tenir compagnie à la sorcière.
Rin

Rin est une fille courageuse d'environ 17 ans qui travaille à Aburaya. Elle connaît parfaitement les lois de survie dans le dur monde des bains et doit s'occuper de Chihiro lors de son arrivée dans le monde des esprits. Plutôt abrupte de prime abord, elle se révèle être une personne de caractère, sensée et réfléchie. Elle ne connaît apparemment que peu de choses du monde extérieur, mais elle rêve de gagner assez d'argent pour pouvoir partir un jour.
Chichiyaku et Aniyaku

Traduit littéralement, « celui qui joue le rôle du père » et « celui qui joue le rôle du grand frère ». Ce sont en fait le manager et le sous-manager des grenouilles qui travaillent au temple. Malgré leur air sévère ils ne sont pas foncièrement mauvais. Ils mènent l'existence de cadres moyens, coincés entre une Yubâba exigeante, les employés à encadrer et les clients à satisfaire.
Les travailleurs grenouilles sont des personnages comiques et curieux. Ils possèdent une grosse voix et sont très attirés par l'or. Ils s'occupent principalement de préparer les repas pour les dieux.
Les Yuna

Ce sont en fait des escargots de jardin transformés en servantes pour les bains. Elles ont des tâches variées : accueillir les clients, les baigner, s'occuper des chambres, nettoyer... Comme les grenouilles, elles sont fascinées par l'or. Les Yuna se montrent froides envers Chihiro, nouvelle arrivée.
Kamajî

On peut traduire Kamajî par « pépé chaudière ». C'est un vieillard à six bras qui, aidé des Susuwatari, s'occupe d'entretenir la chaudière au cœur de l'établissement. Il réalise également les préparations pharmaceutiques destinées aux bains. Kamajî est un travailleur infatigable qui ne quitte jamais son poste même lorsqu'il dort. Malgré son sérieux, il a un grand cœur et il aidera Chihiro à plusieurs reprises.
Les Susuwatari
Une armée de boules de suie, évoquant irrésistiblement les noiraudes de Mon voisin Totoro, et qui portent avec leurs frêles membres des boulets de charbon pour alimenter le fourneau du temple. Elles adorent les Kompeitô (friandises en forme d'étoiles multicolores). Leur condition d'esclaves ouvre les yeux à Chihiro qui prend conscience de la dureté du labeur et de la vie.
Zenîba

Dans cet image-board, Zenîba n’était pas encore le double physique de sa sœur jumelle.
C'est la sœur jumelle et sorcière rivale de Yubâba. Elle est identique à Yubâba trait pour trait mais a une personnalité complètement différente. Retirée dans une petite maison sur une île, elle préfère un style de vie beaucoup plus calme et modeste. Elle fait aussi preuve de plus de compassion et d'un sens du goût plus raffiné. Zenîba détient la clef de l'histoire.
Les dieux
Les clients des bains sont d'anciens dieux locaux qui viennent soulager leurs maladies et leurs blessures. « C'est dur d'être un dieu japonais de nos jours. » (Hayao Miyazaki)
Kaonashi

Le « sans-visage » est un personnage énigmatique qui peut se rendre invisible et dont le visage est caché par un masque.
Il semble venir d'un monde différent de celui d'Aburaya. Est-ce un dieu, un esprit malin ? Son identité et ses intentions semblent être un mystère. Kaonashi parvient à entrer discrètement dans les bains grâce à l'invitation de Chihiro, prise de compassion devant cet être solitaire et triste en quête d'amour. Mais rapidement, ses désirs insatisfaits mettent en danger chacune des personnes qui l'approchent. Certains membres du personnel, attirés par l'or factice qu'il produit sont tout simplement avalés et Kaonashi s'approprie même leur voix, tout en grossissant à vue d'œil ! Bien que Chihiro ait éprouvé de la compassion devant ce personnage, elle refuse sans hésiter son or quand il lui en propose. Touché par ce comportement désintéressé, Kaonashi considère dès lors Chihiro comme quelqu'un de spécial pour lui, et décide de la suivre partout. Sa tendance à engloutir tout ce qui l'entoure s'apaise tout au long de son périple auprès de la petite fille, jusqu'à ce qu'il trouve le repos et la paix chez Zenîba.

A travers ce personnage, on sent une vive critique envers notre société consumériste, qui dévore tout sans réel besoin, enfle et détruit tout sur son passage.

Dans cet image-board, un Kaonashi plus coloré et à la forme plus humaine que celui du film.
Okusare-sama / Kawa no Kami

C'est le premier client dont doit s'occuper Chihiro ! Et pas le plus facile puisqu'il s'agit d'un dieu putride (Okusare-sama). Couvert de boue, sa puanteur est à proprement parler hallucinante. Quand Chihiro parvient à le faire éclater, on découvre qu'il s'agit en fait d'un dieu de la rivière (Kawa no Kami), puissant et ancestral. Il avait au cours du temps accumulé en son sein détritus et ferraille qui l'ont rendu méconnaissable. Comme témoignage de sa reconnaissance pour sa séance de nettoyage, il laisse des pépites d'or au personnel des bains ainsi qu'une boulette amère agissant comme médicament à Chihiro. Arrivé en traînant sa masse boueuse informe, il repart sous la forme d'une entité au visage représentant un masque de vieillard et au long corps en forme de serpent blanc.

Là encore on peut sentir une critique de notre société, qui ne se soucie plus de la nature, au point de polluer les rivières d'ordures et de déchets produits par notre comportement ultra-consumériste.
Les Kasuga-sama

Semblables à des ombres, ces dieux se rendent aux bains en groupe par bateau. Ils portent d'étranges masques et des Sokutai (habits traditionnels des nobles). Kasuga-taisha est le nom d'un célèbre sanctuaire Shintô de la ville de Nara où est pratiquée une danse rituelle traditionnelle nommée Ama. Les danseurs y portent des masques de papiers, semblables à celles des Kasuga-sama.
Oshira-sama

A l’origine dieu agricole vénéré au centre et au Nord du Japon, le personnage est tout simplement la divinité du radis dans le film.
Les Ôtori-sama

Dieu-poussin. Pour Hayao Miyazaki, à l’origine, ce sont sûrement des poussins qui ont été mangé !
Les Onama-sama

Ces dieux sont inspirés des déguisements des Oni, les démons du Namahage, un rituel japonais pratiqué lors du nouvel an dans la péninsule d'Oga proche de la préfecture d’Akita.
Ushi-oni

Démon à ramure (Ushi = vache/bœuf), Ushi-oni est assimilé à des choses horribles. dans le livre Makura no Sôchi (Notes de chevet), datant du XIᵉ siècle, il existe une note intitulée Na Osoroshi Kimono Ushi-oni où l’on mentionne le démon dans le cadre d’un festival traditionnel à Uwajima (préfecture de Ehime).
Le voyage de Chihiro : Analyse
Le voyage de Chihiro est avant tout un magnifique conte, empreint d'une poésie, d'une imagination, d'un sens du merveilleux rarement entrevus dans un long métrage. Mais à travers les splendeurs de cette fable enchanteresse, c'est la philosophie de vie, les préoccupations et les espoirs d'un homme qui transparaissent, c'est le style et la thématique d'un artiste accompli qui affleurent.
Le voyage de Chihiro, un film répondant aux réalisations de Takahata ?
Depuis le début, les films de Isao Takahata et Hayao Miyazaki semblaient souvent se répondre. La déchirante douleur du Tombeau des lucioles s'opposait à la magique insouciance de Mon voisin Totoro. L'univers très personnel de Porco Rosso se démarquait de l'univers réaliste de Souvenirs goutte à goutte. Mais, avec Le voyage de Chihiro, cette pratique n'a jamais été aussi frappante. D'abord les images éblouissantes et hautes en couleurs du film de Miyazaki contrastent avec le style épuré et minimaliste de Mes voisins les Yamada. Ensuite et surtout, le message récurrent du dernier opus de Takahata semble être « c'est la vie » ou encore « tout finira par s'arranger ». Le propos de Miyazaki est tout autre. Le voyage de Chihiro nous apprend en effet que, dans la vie, il faut s'accrocher et ne pas perdre courage. Les deux films sont donc radicalement différents et confirment l'éloignement conceptuel des deux réalisateurs.


Le voyage de Chihiro semble aussi répondre au film de Takahata, Pompoko. En effet les deux œuvres ont des thèmes acteurs communs : les croyances et les divinités japonaises. Or dans Pompoko, les tanuki (incarnant alors les croyances japonaises) sont victimes des humains qui s'approprient peu à peu leur territoire. La situation semble inversée dans Le voyage de Chihiro où l'héroïne est livrée à elle-même dans le monde des dieux. Miyazaki nous montre ainsi que les croyances et les divinités n'ont pas disparu. Elles sont bien vivantes mais enfouies en nous, comme le souvenir de Haku dans le cœur de Chihiro. Mais le réalisateur semble aussi rejoindre le cynisme de son collègue, car il représente les dieux malmenés par les hommes et ils doivent se reposer et se soigner dans les eaux purificatrices d'Aburaya, l'établissement des bains.
La critique de notre société
Dans ce conte moderne, Hayao Miyazaki nous fait découvrir Aburaya, un monde étrange peuplé de dieux. Mais nous pouvons rapidement nous rendre compte que l'établissement des bains n'est autre que la projection de la société moderne et surtout du monde du travail. On peut y découvrir une Yubâba tyrannique et avide d'argent et de profit, incarnant le patronat ; mais aussi des cadres intermédiaires, tels que l'intendant lui aussi victime d'avarice (il ne donnera pas à Sen la décoction qu'elle lui a demandée). On y rencontre aussi les ouvriers, les hommes grenouilles, et les Susuwatari rendus esclaves et sujets à peu d'évolution dans la société. En la plongeant dans ce monde Miyazaki lève le voile que Chihiro a devant les yeux. Jusqu'à présent elle était protégée par le cocon familial et son milieu aisé. Mais maintenant elle est confrontée à un environnement difficile et devra prendre des initiatives et ses responsabilités. Avec Chihiro, Miyazaki semble donner un espoir à son public ; en effet Chihiro, par sa détermination et son naturel, semble complètement passer outre la hiérarchie et les barrières sociales (qui d'autre qu'elle ose monter au dernier étage d'Aburaya ?).


Le réalisateur dénonce également tout au long de son film l'hyperconsommation et la société corrompue par l'argent. Cette critique apparaît très tôt dans le film. Elle est d'abord véhiculée par le père de Chihiro. Lorsqu'il s'attable sans même avoir eu l'autorisation du personnel du restaurant. Il rassure Chihiro en lui disant qu'il a son porte monnaie sur lui et même qu'en cas de problème il avait sa carte bleue. Comme si l'argent pouvait tout acheter, même faire oublier son sans-gêne.

Une autre grande victime de l'hyperconsommation dans le film est le « sans-visage ». Il pense pouvoir tout acheter avec l'or qu'il fabrique : ses repas, l'attention de ses serviteurs et même l'amour. Mais il se heurte à Chihiro qui n'accepte pas ses cadeaux. Devant son or, elle lui avouera qu'il ne peut pas lui donner ce qu'elle veux. Le « sans-visage » ne comprend pas qu'elle n'a besoin que du nécessaire, alors que lui dévore tout sans même avoir faim, pour apaiser son insatisfaction, son besoin du toujours plus... Dans son désespoir, il est alors rongé par sa deuxième personnalité. On peut remarquer qu'il possède dans ces moments une chevelure qui témoigne de sa transformation ; une métaphore pour le rendre plus humain dans sa folie ?

Un troisième personnage est révélateur de la société de consommation japonaise. Bô, le poupon géant de Yubâba incarne, selon Miyazaki, « l'absolue bêtise des mères japonaises qui cherchent à être aimées à n'importe qu'elle prix. C'est la raison principale pour laquelle Yubâba a besoin de gagner tant d'argent : elle dépense tout pour son bébé. Elle en a fait un monstre, celui qu'il y a en elle. [...] En faisant des enfants un rouage économique, nous fonçons vers un enfer que nous avons nous-même créé. »

Enfin que dire du personnel des bains, totalement accaparé par l'appât du gain ? Avec l'arrivée du « sans-visage » la folie de l'or s'empare de tout ce petit monde, aussi pathétique dans son comportement que dans sa condition.


Miyazaki se heurte ici à notre société contemporaine. Il avait imaginé dans Conan, le fils du futur, une société communautaire à l'image de ses convictions de l'époque. Au fil de sa filmographie, la pensée de Miyazaki est devenue plus pessimiste. Dans Le voyage de Chihiro, Miyazaki semble avoir totalement oublié ses rêves utopistes, il porte désormais un regard lucide sur notre société et nous en propose un portrait réaliste et critique, malgré le cadre imaginaire du film. La pensée de Miyazaki a véritablement évolué. La solution n'est plus collective, mais individuelle. En effet, le personnage de Chihiro semble prouver qu'avec beaucoup de courage et de volonté, chacun peut s'en sortir, et ce, même au sein d'une société bridée par les hiérarchies et par les comportements stéréotypés.
Culture japonaise
« Ceux qui ont oublié leurs attaches sont condamnés à disparaître. » Pour Hayao Miyazaki, l'identité d'un peuple ou d'un pays est liée à son histoire, à sa culture. Renouer avec ses racines, à travers l'animisme notamment, est peut-être le thème le plus important dans l'œuvre de Miyazaki car il englobe finalement tous les autres. C'est le propos majeur de Mon voisin Totoro, de Princesse Mononoke, du Château dans le ciel, de Nausicaä de la Vallée du Vent et même de Porco Rosso dans une optique plus individualiste : la personnalité d'un homme comme celle d'un peuple est lié à son passé.
Le voyage de Chihiro ne déroge pas à la règle. Le film fait évoluer le personnage le plus normal et le plus actuel jamais imaginé par Miyazaki dans un monde imaginaire mais profondément ancré dans la culture japonaise. L'histoire elle-même se réfère à des contes populaires traditionnels et le folklore japonais devient ici le vivier d'une formidable troupe d'acteurs. Qui en dehors du Japon pourrait être sensible à cette atmosphère si particulière ? En fait c'est l'affirmation même de l'identité japonaise qui renforce l'intérêt pour le film, autant pour les non-japonais que pour le peuple nippon qui redécouvre la richesse de son patrimoine culturel et les valeurs simples qui guidaient autrefois leurs pensées et leur mode de vie.
Certaines anciennes cultures croient que toute chose ou personne a un « véritable » nom et que lorsque l'on connaît ce nom, on détient le pouvoir sur la chose. Ainsi les mots étaient utilisés avec une extrême attention. Miyazaki croit également en l'importance des mots et en leur signification ; mais de nos jours ils perdent de leur substance car ils sont pris avec trop de légèreté et sont vidés de leur sens. C'est par le pouvoir des mots que Chihiro va réussir à se faire une place, mais aussi que Yubâba parvient à lui dérober son identité. Retrouver son nom dans Aburaya est la clef de la liberté. Le réalisateur parle mieux que quiconque de l'importance de la parole dans sa note d'intention.

D'autres scènes sont des allusions directes à des rites ou croyances japonaises. Ainsi, lorsque Chihiro écrase le ver qui rongeait Haku, elle fait se joindre ses deux index et trépigne devant Kamajî. Celui-ci passe alors sa main entre les deux index, comme pour couper un fil invisible. En fait, il s'agit d'un geste de purification appelé Engacho wo Kiru (« couper l'impureté littéralement ») que les japonais faisaient auparavant pour conjurer une souillure.

Quant aux petits papiers que Zenîba a envoyé à la poursuite de Haku, il ne s'agit pas d'origami, mais d'une référence à l'Onmyôdô (« voie du Ying et du Yang »), une théorie du taoïsme qui enseigne ce qui est à éviter certains jours, quelles directions prendre à telle période de l'année, la façon dont on devait construire une maison (ce qui s'apparente au Feng Shui)... Les prêtres étaient notamment chargés de purifier les lieux par l'utilisation de petits bouts de papier sur lesquels sont écrits des prières, les Ofuda. Les Shikigami sont liés à ces pratiques. On croyait que les prêtres pouvaient insuffler la vie à des petits bouts de papier en forme d'animal ou d'humain et leur ordonner tout ce qu'ils voulaient. shiki désigne « le style », « la manière », et Gami se traduit par « dieu ». On retrouve cette croyance dans bon nombre d'animes.

L'univers des bains est un des éléments fondamentaux de cette œuvre et un des plus japonais ! Il s'agit des onsen, ces bains chauds dont l'eau est généralement issue de sources volcaniques. Véritable lieu de détente, il sert également à guérir certaines maladies par certaines plantes ajoutées dans le bain. Dans les onsen, les clients doivent être entièrement nus et seule une serviette cache une partie de l'anatomie ! Les bains dans Le voyage de Chihiro répondent parfaitement à cette description, servant à relaxer les divinités et à leur ôter parfois des maux terribles, comme lors de l'épisode du dieu putride.

Un film universel
Cependant, Hayao Miyazaki touche également à une universalité certaine. Il choisit un cadre très nippon et pourtant les appartements de Yubâba sont une référence évidente au luxe de châteaux européens Rococo comme le Versailles de Louis XV.


La chambre de son fils est décorée par des châteaux évoquant irrésistiblement ceux de Bavière ou d'Autriche. La façon de se comporter de Chihiro pourrait très bien être celle d'une petite française ou d'une jeune américaine.

Mais c'est surtout la mise en scène qui permet d'atteindre le cœur de chaque spectateur. Une scène est particulièrement révélatrice de ce talent exceptionnel de Miyazaki, il s'agit de la splendide scène du train.

Chihiro monte dans le train la conduisant chez Zenîba. Elle seule est dessinée avec précision, tous les autres passagers ne sont que des ombres. Elle porte alors un regard lointain et pensif vers la mer qui entoure le train, semblant seule au monde. Pour beaucoup de spectateurs, cette scène a provoqué des sentiments très forts. La musique de Joe Hisaishi y est pour beaucoup. Simple, modeste mais à la force nostalgique immense elle correspond parfaitement à l'état d'esprit de Chihiro.

Chacun voit en cette scène un sens différent. Certains y voient un écho à leur enfance et à la terreur de prendre seul le train. D'autres pensent y voir une métaphore de la vie, sans retour en arrière possible, comme le précise Kamajî en ne proposant qu'un aller simple. Des japonais ont cru voir dans la scène où le train dépasse une gare, où se trouve une petite fille seule sur le quai, une allusion au Japon de l'après-guerre, où l'on attendait sans cesse le retour des militaires, sans que jamais ils ne reviennent. On peut d'ailleurs également voir dans cette scène une réminiscence de la scène de l'arrêt de bus de Totoro. D'autres pensent qu'il s'agit en fait de la superposition du monde réel et du monde des dieux, où les humains ne sont que des ombres, comme le sont les dieux dans le monde des humains. Certains enfin voient dans cette scène du quotidien une critique de notre société, où personne ne prend le temps de se regarder, chacun devenant une ombre pour l'autre.

Pourtant, dans une interview donnée à Fluctuat.net en 2001, Miyazaki explique fort simplement cette scène, qui lui est venu quasi inconsciemment :
« Quand Chihiro prend le train toute seule, la fin du film est atteinte. Je ne saurais l'expliquer. Je le sais, c'est tout. Ce n'est pas logique, donc c'est issu de l'inconscient. Je vais vous donner un autre exemple de sa manifestation. Dans Le voyage de Chihiro, on voit la petite fille monter seule dans un train. Quand on prend pour la première fois un train tout seul, on est envahi par des sentiments d'inquiétude et de solitude. Pour communiquer cette tension par le dessin, on peut utiliser les paysages extérieurs. Mais la plupart des individus, après leur premier trajet en train, ne se souviennent pas des lieux traversés. Aussi, afin de rendre toutes ses impressions, j'ai choisi de ne rien mettre autour du train, de laisser l'horizon vide. Sans m'en rendre compte, j'avais préparer cela, puisque j'avais décidé en amont que la pluie créerait un océan entourant la cité des bains. Au moment où nous avons conçu la séquence du voyage en train, je me suis donc dit « quelle chance, cet océan ; heureusement qu'il n'y a pas de paysage. » Dans ces moments-là, je m'aperçois que je travaille de manière inconsciente. Et je l'accepte. »

Il s'agit là de la véritable description du génie, une personne réalisant un chef-d'œuvre sans même y penser. Tel un écrivain, Miyazaki explore la grammaire cinématographique en renouvelant sa mise en scène et en l'enrichissant sans cesse, touchant ainsi le cœur de chaque spectateur.
Le voyage de Chihiro : Production
Origines
Au moment de la sortie de Princesse Mononoke en 1997, Hayao Miyazaki avait voulu mettre un terme à sa carrière. Il est certain que le réalisateur qui s'investit beaucoup sur ses projets, ne pensait pas être capable de se lancer, une fois encore, dans une expérience aussi longue et fatigante. Pourtant, le vide laissé par le décès en 1998 de son successeur désigné Yoshifumi Kondô le pousse à retrousser une nouvelle fois ses manches. Sa rencontre avec les filles d'un ami, âgées d'une dizaine d'années et avec qui il passe désormais chaque été dans son chalet à la montagne, lui procure une motivation supplémentaire : « J'ai voulu faire un film qu'elles puissent apprécier. C'est pourquoi j'ai fait ce film, ceci est mon vrai but. »
Comme pour ses autres projets de films, l'idée initiale a germé plusieurs années avant de devenir le film que l'on connaît. Avant même la production de Princesse Mononoke, Miyazaki avait découvert un livre pour enfant, Kiri no Mukô no Fushigi na Machi (Un village mystérieux au-delà de la brume), écrit par Sachiko Kashiwaba et publié en 1975. Un membre de l'équipe adorait ce livre quand il avait une dizaine d'années, et l'avait lu de nombreuses fois. Miyazaki ne comprenait pas pourquoi il trouvait cette histoire si intéressante et, intrigué, il écrivit une proposition de projet autour de cette œuvre, mais elle fut rejetée.

Peu après, le réalisateur revînt à la charge avec un projet modifié : il proposa aux responsables du studio Ghibli d'adapter le roman Rin et le peintre de cheminée mettant en scène une jeune étudiante obligée de repeindre la cheminée d'un établissement de bains laissé à l'abandon après un tremblement de terre. Devant le nouveau refus des dirigeants de Ghibli, Miyazaki décida de ne s'inspirer qu'indirectement du roman pour créer une nouvelle histoire, cette fois acceptée.
Une autre source d'inspiration du Voyage de Chihiro fut, de l'aveu même de son réalisateur, le studio Ghibli lui-même. Ainsi l'activité intense qui règne dans les maisons des bains évoque celle du studio. Le personnage de Yubâba, qui régit l'établissement, correspondrait au producteur Toshio Suzuki, alors que le très débordé Kamajî aux multiples bras serait à l'image de Miyazaki. Chihiro, elle, doit travailler dur si elle ne veut pas disparaître, ce qui équivaut au renvoi dans le studio !
Enfin, un autre point de départ du Voyage de Chihiro est une anecdote racontée par Suzuki à Miyazaki. Ce dernier évoquait les bars à hôtesses, où ces dernières sont souvent des timides, contraintes d’apprendre à communiquer avec les hommes. Ces derniers paient pour également pouvoir s’exprimer. Cette image est restée gravée dans l’esprit de Miyazaki et l’a exploité dans son film : Chihiro est contrainte d’apprendre à s’exprimer quand elle sert dans les bains, tandis que le sans-visage ne parvient pas à s’exprimer et a recours à la violence et à l’argent pour pouvoir le faire.
Le mot du réalisateur

« Ce film s'apparente à un récit d'aventures, mais sans agitation d'armes, ni superpouvoirs. Et même si je parle d'aventures, le sujet n'est pas la confrontation entre le bien et le mal, mais c'est plutôt l'histoire d'une petite fille qui, jetée dans un monde où se mêlent braves gens et personnages malhonnêtes, va se discipliner, apprendre l'amitié et le dévouement, et va mettre en œuvre toutes ses ressources pour survivre. Elle se tire d'affaire, elle esquive, et retourne pour un temps à son quotidien. Dans le même temps, le monde n'est pas détruit, et ceci n'est pas dû à l'extermination du mal, mais au fait que Chihiro possède cette force vitale.
Aujourd'hui, le monde est devenu ambigu. Le sujet principal de ce film est de dépeindre de façon claire ce monde qui semble se consumer, et ce en empruntant, malgré cette ambiguïté, la forme d'une fantaisie. Dans un monde où ils sont gardés, protégés, maintenus à distance, les enfants laissent s'hypertrophier leurs bras et leurs jambes frêles. Les bras et les jambes fluets de Chihiro, l'expression de colère de son visage, typique de quelqu'un qui ne s'amuse pas facilement, en sont le reflet. Mais en vérité, lorsqu'elle se retrouve confrontée à une situation de crise, où les rapports sont bloqués, on s'aperçoit que rejaillissent sa force d'adaptation et sa persévérance, et qu'elle engage sa vie à déployer une faculté de jugement et une capacité d'agir décisives.
Dans les circonstances rencontrées par Chihiro, la plupart des hommes paniqueraient ou refuseraient d'y croire, mais ces hommes finiraient par être dévorés. On peut dire qu'en fait, le talent de Chihiro est de trouver la force de ne pas se laisser dévorer. En aucune façon, elle n'est devenue l'héroïne parce qu'elle serait une jolie petite fille dotée d'un cœur exceptionnel. Sur ce point, c'est un des mérites de ce film, et c'est aussi pourquoi je le destine aux petites filles de dix ans.
La parole est une force. Dans le monde où Chihiro s'est perdue, le fait de prononcer une parole constitue un acte d'un poids déterminant. Aux bains que dirige Yubâba, si Chihiro prononce les mots : « Je ne veux pas », « Je veux rentrer chez moi », la sorcière la jette aussitôt dehors ; il ne lui reste qu'à errer sans nulle part où aller et disparaître, ou être changée en poule et pondre des œufs jusqu'à être mangée. A l'inverse, quand Chihiro dit : « Je travaillerai ici », toute sorcière qu'elle est, Yubâba ne peut pas ne pas en tenir compte. Aujourd'hui, le mot a une légèreté sans limite, on peut dire n'importe quoi, il est reçu comme une bulle et ne restitue plus qu'un reflet de la réalité. Pourtant le fait que la parole soit une force est encore vrai à l'heure actuelle. Un mot n'est vain, sans force, que parce qu'il est vidé de son sens.
L'acte de dérober le nom n'est pas celui de le transformer en surnom, c'est une démarche qui vise à dominer totalement son adversaire. Sen est effrayée de s'apercevoir qu'elle a oublié son propre nom, Chihiro. De plus, chaque fois qu'elle va rendre visite à ses parents à la porcherie, elle devient progressivement indifférente au sort de ceux-ci changés en cochons. Dans le monde de Yubâba, on doit continuellement vivre dans la crainte d'être dévoré. Dans cet environnement difficile, Chihiro s'anime. D'ordinaire renfrogné, son visage rayonnera, pour le final du film, d'une expression charmante. Pour autant la nature du monde ne s'en trouve nullement modifiée.
Ce film possède ou fait appel à une force de persuasion selon laquelle la parole représente une volonté propre, une énergie. Là, le fait d'avoir réalisé une fantaisie prenant place au Japon a une signification. Même s'il s'agit d'un conte de fées, je ne voulais pas faire un conte de fées à l'occidentale, avec de nombreuses échappatoires. Ce film peut sembler être à l'imitation d'un monde différent, mais j'ai plutôt voulu réfléchir à une filiation en droite ligne avec les contes d'autrefois comme Suzume no Oyado (La maison de l'épervier) ou Nezumi no Goten (Le palais des souris). [...]
Le fait de donner au monde où vit Yubâba un côté occidental laisse penser à quelque chose que l'on a déjà vu quelque part sans que l'on puisse distinguer entre le rêve et le réel, et en même temps, c'est un creuset de nombreuses images issues d'idées traditionnelles japonaises. L'ensemble du folklore - récits, traditions, événements, idées, depuis les rites religieux jusqu'à la magie - aussi abondant et unique soit-il, est tout simplement ignoré. Kachi-kachi Yama (La montagne qui craque) ou Momotarô ont certainement perdu de leur force de persuasion.
Cependant, je dois également dire que se contenter de charger un monde mignon, comme il en existe dans le folklore, d'éléments traditionnels, serait vraiment faire preuve d'une imagination limitée. Les enfants, entourés de high-tech, de produits superficiels, perdent de plus en plus leurs racines. Nous possédons une tradition ô combien abondante, tradition que nous avons le devoir de leur transmettre. Je pense qu'il faut introduire dans un récit moderne des idées traditionnelles, comme on incruste un morceau dans une mosaïque éclatante. Le monde du cinéma possèdera ainsi une force de persuasion nouvelle.
Dans le même temps, je me rends compte à nouveau que nous autres, japonais, sommes des insulaires. A une époque sans frontières, les hommes qui ne possèdent pas de lieux seront méprisés. Un lieu, c'est un passé, c'est une histoire. Je pense que les hommes qui n'ont pas d'histoire et les peuples qui ont oublié leur passé disparaîtront comme des éphémères, ou seront changés en poules pour pondre des œufs en attendant d'être mangés. Je pense avoir fait ce film avec véritablement le souhait qu'il touche un public de fillettes de dix ans. »
Texte issu du site officiel du film.
La production
La production du film a démarré fin 1999 pour s'achever en juin 2001. Comme à son habitude, Hayao Miyazaki s'est rendu compte que le film durerait plus de trois heures, s'il le faisait selon l'histoire prévue. Il a donc dû couper des parties du scénario, et faire un changement complet. En raison des délais de production relativement restreints (un an et demi au lieu de trois pour Princesse Mononoke), Le voyage de Chihiro est le premier film du studio à ne pas avoir été intégralement réalisé au Japon. L'élaboration d'une partie des scènes a donc été confiée au studio coréen DR Digital, qui avait déjà travaillé sur des films d'animation aussi prestigieux que Metropolis ou Jin-Roh, la brigade des loups.

les cinq parties de l’e-konte (storyboard) du film.
L'annonce en décembre 1999 du nouveau film de Miyazaki créé l'événement. La charge émotionnelle de l'attente du nouveau bébé est encore renforcée par le peu d'informations que la production daigne laisser filtrer, si on excepte le titre, Sen to Chihiro no Kamikakushi (littéralement L'étrange disparition de Sen et Chihiro), et un documentaire de 40 min diffusé le 4 mai 2000 sur la chaîne NHK.

La toute première et énigmatique image du film à avoir été dévoilée à la presse.
Mais les choses se précisent au début de l'année 2001. Au début du mois de janvier, la revue Animage présente les images du teaser (courte bande-annonce), alors projeté dans les salles japonaises. Le 26 janvier, la chaîne NTV le diffuse en exclusivité à la télévision. Suivent bientôt un nouveau trailer, la bande-annonce et enfin un clip illustrant la magnifique chanson du générique de fin. Mais la promotion du film ne se résume pas à des publicités diffusées à la télévision. Tôhô, le distributeur du film au Japon, réalise une campagne de marketing digne de Disney et, avec un tel tapage médiatique, les observateurs s'attendent à un raz-de-marée.
Lorsque Le voyage de Chihiro sort enfin le 20 juillet, c'est donc un triomphe. Le film bat tous les records de fréquentation avec, le premier week-end, 2 millions de spectateurs dans 343 salles ! En une semaine le film est déjà largement amorti. Comparé à Princesse Mononoke, déjà immense succès, c'est une augmentation de 176 % en recette et 192 % en nombre de spectateurs. Le voyage de Chihiro restera n°1 au box-office pendant cinq mois. Il dépasse Princesse Mononoke dès septembre et Titanic un mois plus tard, pour devenir le plus grand succès cinématographique de tous les temps au Japon. A la mi-octobre, le film est également devenu le premier long métrage non américain à dépasser les 200 millions de dollars de recettes, et ce alors qu'il n'était pas encore sorti en Europe et en Amérique du Nord. Il totalise au final plus de 23 millions de spectateurs et plus de 250 millions de dollars de recette.

Le succès du film ne s'arrête pas à son succès auprès du public. Le voyage de Chihiro est sélectionné au festival de Berlin 2002 et à la surprise de nombreux journalistes, le jury de la Berlinale décerne l'Ours d'or à Spirited Away, titre international du film de Miyazaki, l'autre film ex-aequo étant Bloody Sunday de Paul Greengrass. Un honneur en appelant un autre, Le voyage de Chihiro reçoit moins d'un mois après le Japan Academy Award du meilleur film.

La carrière internationale du Voyage de Chihiro ne faisait alors que commencer. Après Hong Kong, Taïwan, Singapour, la France, la Grande-Bretagne, la Suisse, l'Italie et la Russie... le prix obtenu à Berlin a décidé finalement la Walt Disney Company à acquérir les droits pour la distribution nord-américaine de Spirited Away. Sans être très importants, les résultats sont meilleurs que pour Princesse Mononoke et le film obtient l'Oscar du Meilleur film d'animation devant les productions nationales !
La sortie en France
L'adaptation française
Buena Vista (Disney) a gratifié le public français d'un doublage de grande qualité. L'adaptation est dans l'ensemble fidèle à l'oeuvre originale. Les voix, bien choisies, conviennent très bien aux personnages et sont même parfois très proches de la version japonaise, confirmant la volonté de Disney de respecter l'œuvre de Hayao Miyazaki.

Florine Orphelin, 9 ans et demi, a été choisie parmi trois jeunes comédiennes pour jouer le rôle de Chihiro. Elle a le même âge que son personnage, contrairement à la version originale où la comédienne était bien plus âgée (13 ans et demi). Florine n'est pas à son premier doublage mais c'est son premier rôle important. Donald Reignoux double l'énigmatique Haku. Il a déjà une bonne expérience du doublage dans l'animation japonaise puisqu'il a joué Shinji dans Evangelion et Tai dans Digimon.
Les médias s'emparent du Voyage de Chihiro
A l'occasion du Festival nouvelles images du Japon en 2001, la presse a eu l'occasion d'interviewer Hayao Miyazaki et de préparer un terrain médiatique favorable à la promotion du Voyage de Chihiro en France. Deux mois avant l'exploitation du film en France, on pouvait déjà lire des articles sur Miyazaki, le studio Ghibli ainsi que sur le film. Au moment de la sortie, la critique est quasi unanime : les journalistes de la presse écrite encense littéralement le film de Miyazaki. Les magazines spécialisés sur le cinéma consacrent des dossiers complets sur le film et son réalisateur. Le voyage de Chihiro fait la une de plusieurs revues et les chaînes de TV généralistes proposent de nombreux sujets sur le réalisateur nippon. C'est la première fois en France qu'on voit un tel accueil pour une œuvre du studio, mais aussi sur un film d'animation japonais.

Gaumont Buena Vista International (Disney) a annoncé que le budget de la promotion du Voyage de Chihiro avait doublé par rapport à celui de Princesse Mononoke. Pour la première fois en France, on trouve dans les journaux et les magazines de nombreuses publicités pour le film, mais aussi pour sa bande son et les Anime Comics édités par Glénat. Beaucoup d'affiches aussi apparaissent dans les métros, arrêts de bus... A partir du Voyage de Chihiro, les films du studio Ghibli (ou du moins ceux de Miyazaki) connaîtront tous une promotion relativement importante.

L'accueil du public est à la hauteur de l'évènement. Le film atteindra près de 1,5 millions de spectateurs, score exceptionnel pour un film d'animation japonaise (hors Pokémon).
Le voyage de Chihiro : Art et technique
L'animation traditionnelle
Le voyage de Chihiro est un festival visuel auquel le spectateur est convié, aussi bien au niveau des décors (les intérieurs des bains publics et notamment les appartements de Yubâba sont sompteux), que du design des personnages.
Hayao Miyazaki a visiblement recherché une justesse d'évocation dans la représentation des bains, avouant s'être inspiré des bâtiments proposés par le musée d'architecture en plein air d'Edo-Tokyo, près du studio où il aime se promener. Son parc propose en effet une reconstitution de la capitale japonaise, entre le 17ᵉ et le début du 20ᵉ siècle. Pour Miyazaki, représenter ce lieu, c'est plongé le spectateur nippon dans une certaine nostalgie.



De même, pour le character design des personnages, le réalisateur va s'inspirer de ses proches. Chihiro est la représentation fidèle de la petite fille qui l'a motivé dans la réalisation du film. Le père de Chihiro est le portrait fidèle du père de la petite fille, dans son attitude vorace notamment. La mère de l'héroïne n'est autre que la copie conforme d'une collaboratrice de Miyazaki au sein du studio. On voit bien ici le souci de réalisme dans la réalisation de son film et sa volonté d'ancrer son œuvre dans un japon contemporain.
Concernant l'animation de certaines scènes, on retrouve le même souci de réalisme. On sait que pour expliquer à ses collaborateurs le mouvement de Haku, sous forme de dragon, tombant sur le sol, Miyazaki le décrit comme un lézard ou une couleuvre verte se tortillant sur un mur et s'effondrant d'un coup. Il encouragera même les animateurs à se rendre à un restaurant d'anguilles pour observer leur façon de se mouvoir. De même, lorsqu'il évoque avec eux la scène où Chihiro lui donne à manger une boulette, Miyazaki explique aux jeunes dessinateurs qu'il veut une gueule semblable à celle d'un chien. Par souci de respecter les consignes du réalisateur, les animateurs se rendront chez un vétérinaire pour observer le comportement d'un chien, sa dentition, la façon dont il faut maintenir sa gueule... Ces quelques exemples évoquent parfaitement tout le travail de recherche mis en place afin d'atteindre un réalisme certain de la mise en scène, dans un cadre toutefois fantastique.




Un tout jeune Hiromasa Yonebayashi (animateur clé sur le film)
qui filme des vidéos de références de la gueule d’un chien qui s’ouvre.
L'animation traditionnelle est absolument superbe. Les animateurs ont réalisé des prouesses comme la scène unique où Chihiro tombe en chute libre et verse des larmes qui semblent s'envoler. Pour la première fois, Miyazaki ne pourra d'ailleurs pas lui-même vérifier et corriger le travail des autres animateurs à cause d'un important problème de vue. Pour l'aider, il fait donc appel à Masashi Andô, qui travaille au studio depuis Souvenirs goutte à goutte. Celui-ci va seconder très intelligemment le réalisateur, veillant avec soin, et parfois jusqu'à l'épuisement, sur le bon déroulement de la réalisation.

Hayao Miyazaki et Masashi Andô.
En raison d'un long retard de production, Miyazaki fait également appel pour la première fois à un studio coréen, notamment pour la réalisation des intervalles. Réalisé principalement à la main sur celluloïd, Le voyage de Chihiro a également fait appel aux technologies les plus avancées en matière d'animation par ordinateur. Ainsi, tous les dessins ont été d'abord dessinés à la main, avant d'être scannés, digitalisés coloriés et retravaillés numériquement. Seuls certains plans et éléments du film ont été entièrement créés sur ordinateur. Si ces plans s'avèrent impressionnants, ils ne s'intègrent pas tous parfaitement, Miyazaki ayant lui-même reconnu que le studio ne maîtrisait pas encore totalement l'outil 3D.
L'infographie
100 plans sur les 1 400 qui composent le film ont été réalisés par la section 3D-CG, dirigée par Mitsunori Kataama. Il s'agit de scènes complexes voire impossibles à animer à la main, incluant souvent des mouvements rapides de caméra en 3D (comme la statue de pierre entrevue dans les bois ou la course de Chihiro entre les haies de fleurs) et l'animation d'éléments complexes comme l'eau.


Plusieurs techniques ont été utilisées. Selon Kataama : « Nous avons ajouté de la profondeur aux images 2D originales en projetant les décors dessinés à la main sur des modèles 3D. Puis, nous avons utilisé Softimage 3D pour calculer les réflections de lumière et les composantes d'éclairage que nous avons ensuite ajoutées aux décors. Nous avons également mis en œuvre un procédé original d'ombrage de texture 2D, permettant d'obtenir sous différents angles la projection appropriée de l'image du décor. Enfin, nous avons développé un plug-in aidant à changer plus facilement de champ de vision sur un plan donné. »


Un autre challenge significatif relevé par l'équipe 3D du studio Ghibli est la création pour la mer d'une surface réaliste et toujours changeante. Il a fallu le développement interne d'un autre procédé d'ombrage de texture 2D, et l'utilisation de plusieurs outils d'ombrage et d'éclairage pour simuler les réflexions et réfractions à la surface de l'eau.


Le doublage
Pour le doublage, Hayao Miyazaki a choisi des acteurs confirmés pour incarner la voix de ses personnages. La jeune actrice Rumi Hiiragi, âgée de 13 ans, connue au Japon pour un feuilleton sur la chaîne NHK, donne ainsi la réplique à Miyu Irino, qui joue le rôle de Haku. Leur interprétation est empreinte de justesse et de mesure. Bunta Sugawara, fort d'une carrière d'acteur de 45 ans, prête sa voix à Kamajî avec force et puissance et Mari Natsuki, transcende véritablement sa fine silhouette et sa douce voix pour incarner une Yubâba truculente et directive. Le plus surprenant est de découvrir que l'énorme bébé Bô est doublé par Ryûnosuke Kamiki, un petit garçon de 4 ou 5 ans, considéré comme un petit génie au Japon.


Mari Natsuki et le jeune Ryûnosuke Kamiki.
Concernant l'enregistrement de ces voix, Miyazaki a choisi cette fois-ci, et ce pour la première fois, de ne pas séparer la salle d'enregistrement de celle où se trouvent habituellement l'ingénieur du son et le réalisateur. Miyazaki, mais aussi Toshio Suzuki, se trouvent donc dans la même pièce que les acteurs. Le but de cette nouveauté est de pouvoir avant tout pouvoir mieux diriger les doubleurs et de pouvoir mieux expliquer les intonations que recherchent Miyazaki pour tel ou tel personnage. Miyazaki ira même jusqu'à mimer la danse et chanter la ritournelle de l'intendant des bains à l'acteur Takehiko Ono.


Le son
C'est une première pour le studio Ghibli, Le voyage de Chihiro bénéficie du format digital DLP. A l'instar de Star Wars : Episode 1 - La Menace Fantôme, le film est directement enregistré sur disque dur, sans passer pour l'étape de la bobine. Il bénéficie en outre du système de son EX 6.1, utilisant six canaux pour lui donner toute son ampleur sonore.
La bande sonore est une fois de plus extrêmement soignée et contribue magnifiquement à l'immersion du spectateur dans le monde étrange d'Aburaya. L'ingénieur du son, Shûji Inoue, se rend à Kusatsu pour enregistrer le bruit produit par l'eau de ses célèbres sources thermales. Il emmagasinera ainsi une multitude de sons : balais frottant le sol de bains publics, la vaisselle s'entrechoquant dans une cuisine ou dans une salle de réception, le moteur de la voiture du père de Chihiro. Tôru Noguchi, qui s'occupe des bruitages de dessins animés depuis 20 ans, recrée en studio d'autres sons, comme ceux de la multitude de pas des personnages du film. Tous ces sons rendent l'univers du Voyage de Chihiro très réaliste, et ce, encore une fois, malgré le contexte fantastique de l'histoire.


La musique
On retrouve bien évidemment Joe Hisaishi pour la réalisation de la bande originale. Outre le thème principal du film au piano, on reconnaît pour chaque personnage un thème différent. Ainsi, pour le sans-visage, l'air qui lui correspond est composé principalement de percussions et de sonorités métalliques, renforçant l'aspect mystérieux du personnage. Le magnifique thème de la scène du train, intitulée Sixième gare, est une musique assez sombre, qui teinte cette scène d'une note de tristesse et de mélancolie. Pour l'enregistrement, Hisaishi choisira d'enregistrer la bande originale dans une grande salle de concert, avec plus de 60 micros disséminés dans la pièce, aboutissant à un enregistrement d'une qualité et d'une finesse remarquables.


Itsumo Nando Demo, l'inattendue et touchante chanson du générique de fin a été composée et chantée par Yumi Kimura, une artiste quasi inconnu, s'accompagnant à la lyre. Celle-ci a envoyé spontanément à Hayao Miyazaki une chanson dont elle a composé la musique et dont son amie Wakako Kaku a écrit les paroles. Cela se produit après la sortie de Princesse Mononoke et la jeune femme rêve qu'une de ses compositions illustre un jour une des œuvres de Miyazaki. Celui-ci lui répond en la complimentant sur sa composition. Malheureusement, il travaille alors sur le projet de Rin et le peintre de cheminée et le thème de Kimura ne correspond pas au film. Leur correspondance cesse pendant quelques temps, le projet Rin est abandonné et Miyazaki se lance sur celui du Voyage de Chihiro. Il travaille sur ses dessins en écoutant la musique de Kimura et s'aperçoit alors que le thème de la chanson est identique à celui du Voyage de Chihiro : la nostalgie et la force que l'on trouve au fond de soi. Il contacte à nouveau Kimura pour lui demander d'utiliser la chanson comme générique de fin de son film. La mélodie tendre et juvénile de cette ritournelle, sa légèreté et son apparente simplicité pénètre le cœur du spectateur après ce véritable feu d'artifice visuel et sonore.


Le voyage de Chihiro : Fiche technique



Crédits
| Titre | 千と千尋の神隠し (Sen to Chihiro no Kamikakushi) Spirited Away / Le voyage de Chihiro |
|---|---|
| Année de création | 2001 |
| Œuvre originale, scénario, storyboard et réalisation | Hayao Miyazaki |
| Directeur artistique | Yôji Takeshige |
| Character design | Masashi Andô |
| Directeurs de l'animation | Masashi Andô, Megumi Kagawa, Kitarô Kôsaka |
| Contrôle de l’animation | Hitomi Tateno, Mariko Suzuki, Masaya Saitô, Minoru Ôhashi |
| Couleurs | Michiyo Yasuda |
| Directeur de l'animation numérique | Mitsunori Kataama |
| Directeur de la photographie | Atsushi Okui |
| Son | Kazuhiro Hayashi, Shûji Inoue |
| Musique | Joe Hisaishi |
| Chanson du générique de fin | Itsumo Nando Demo (Toujours avec moi), paroles de Wakako Kaku, composée et interprétée par Yumi Kimura |
| Producteur exécutif | Yasuyoshi Tokuma |
| Producteur | Toshio Suzuki |
| Production | Studio Ghibli, Tokuma Shoten, Nippon Television Network Corporation, Dentsu Inc., Mitsubishi Corporation, Tohokushinsha Film Corporation, Disney (Buena Vista Home Entertainment) |
Doublage japonais
| Chihiro / Sen | Rumi Hiiragi |
| Haku | Miyu Irino |
| Le père de Chihiro | Takashi Naitô |
| La mère de Chihiro | Yasuko Sawaguchi |
| Yubâba / Zenîba | Mari Natsuki |
| Bô | Ryûnosuke Kamiki |
| Kamajî | Bunta Sugawara |
| Rin | Yûmi Tamai |
Doublage français
| Chihiro / Sen | Florine Orphelin |
| Haku | Donald Reignoux |
| Le père de Chihiro | Jean-François Aupied |
| La mère de Chihiro | Laurence Bréheret |
| Yubâba / Zenîba | Anne Ludovik |
| Kamajî | Jean-Claude Sachot |
| Rin | Véronique Volta |
Quelques chiffres
| Date de sortie du film au Japon | 20 juillet 2001 |
| Date de sortie du film en France | 10 avril 2002 |
| Durée du film | 2 heures 4 minutes |
| Durée de la production | 20 mois, de décembre 1999 à juillet 2001 |
| Budget du film | 1,9 milliards de ¥ |
| Nombre de cellulos utilisés | Environ 120 000 |
| Nombre d'entrées au Japon | Environ 23 millions de spectateurs |
| Box-office Japon | 29,9 milliards de ¥ |
| Nombre d'entrées en France | 1 436 845 spectateurs |
Récompenses
Nous ne citons ci-dessous que les principales récompenses. Pour la liste plus complète (mais pas encore exhaustive), voir la page sur IMDb qui recense 36 Prix et 19 Nominations.
- 2002 - Japan Academy Awards : lauréat du Meilleur film d'animation et de la Meilleure chanson
- 2002 - Mainichi Film Concours : lauréat des Prix du Meilleur film, Meilleur film d'animation, Meilleur réalisateur et Meilleure musique
- 2002 - Festival International du Film de Berlin : lauréat de l'Ours d'or
- 2003 - Annie Awards : lauréat des Prix du Meilleur film, Meilleur réalisateur, Meilleur scénario et Meilleure musique
- 2003 - Academy Awards : Oscar du Meilleur film d'animation



