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Porco Rosso

L'histoire de Porco Rosso se déroule en Italie à la fin des années 20, alors que les ravages de la Première Guerre mondiale s'estompent à peine. Refusant de devenir un héros de la nation à l'approche d'un nouveau conflit, un pilote hors pair accepte volontairement de subir un mauvais sort qui le transforme en cochon. A la même période, bon nombre de pilotes désœuvrés ont formé un gang de pirates de l'air pour mieux pouvoir détrousser les riches vacanciers amateurs de croisières nautiques. C'est alors que notre héros, déjà surnommé « Porco Rosso », le « cochon rouge », par tous ses ennemis, décide de devenir chasseur de primes pour subvenir à ses besoins. Ses soutiens sont Gina, une amie d'enfance qui a été mariée autrefois à d'autres pilotes, et Fio, une jeune et talentueuse mécanicienne.

Kurenai no Buta (Porco Rosso) rencontre un grand succès à sa sortie au Japon (meilleur box-office national de l'année). Il reçoit le prix du meilleur film d'animation au Festival d'Annecy en 1993 et est le premier film du studio Ghibli à sortir en France. Carrière méritée pour ce long métrage atypique qui mèle avec bonheur aventure et nostalgie, humour et romantisme. Hayao Miyazaki s'est assurément fait plaisir avec cette œuvre très personnelle mais il n'oublie pas de combler le cinéphile le plus exigeant.

En complément : L'ère des hydravions, le manga qui a inspiré le long métrage.

Film conseillé à partir de 7 ans (voir guide des parents)


Sources : Animeland hors-série n° 3 - Hayao Miyazaki, Master of Japanese Animation d'Helen McCarthy - Porco Rosso, la légende (version française de l'Art of japonais) - Dans le studio Ghibli, travailler en s'amusant de Toshio Suzuki - Animage de septembre 1995
Remerciements : merci à Yasuka Takeda pour les traductions de l'article dans Animage


Porco Rosso : Résumé détaillé

Le générique d'introduction nous présente l'histoire en plusieurs langues (japonais, italien, coréen, anglais, chinois, espagnol, arabe, russe, français et allemand) dans un style télégraphique.

C'est un long et chaud après-midi d'été dans la fin des années 20, quelque part sur une île de la mer Adriatique. Marco Pagot fait une sieste sur son transat lorsque qu'il est réveillé par le téléphone. On lui apprend que le gang des pirates de l'air Mamma Aiuto a pillé un navire et a pris en otage un groupe d'écolières. Porco Rosso, le chasseur de prime et le héros des airs au faciès porcin, part à la rescousse.

Pourtant, ceux qui ont besoin d'être secourus sont plutôt les pirates, incapables de contrôler des petites filles peu impressionnées et surtout très turbulentes. Quand Porco attaque, elles rendent la tâche des pirates impossible et leur avion est rapidement dévasté. Les Mamma Aiuto acceptent alors la proposition de Marco qui récupère les écolières mais leur laisse la moitié du butin.

Le soir suivant, Porco se rend au bar de l'hôtel Adriano où la propriétaire, une amie d'enfance, chante pour les clients. Parmi eux se trouvent quelques pirates. Pour se débarrasser du cochon, ils viennent d'engager l'américain Donald Curtis, un as du pilotage. Mais pour l'instant celui-ci s'intéresse plutôt à la belle Gina et il n'échange que quelques mots avec son futur adversaire.

Marco prend son dîner à l'écart et est bientôt rejoint par Gina. Elle lui apprend que la mort de son troisième mari vient d'être confirmée, la carcasse de son avion ayant été retrouvée en Inde. Du groupe d'amis de Gina, Marco est maintenant le seul survivant mais il a cessé d'être un homme.

Après une nuit passée à l'hôtel, Porco se rend sur le continent pour régler quelques affaires. Alors que dans la rue une parade militaire bat son plein, il passe par la banque puis récupère sa mitrailleuse chez l'armurier. Un jeune vendeur lui propose les balles dernier cri ; mais soulignant qu'il ne fait pas la guerre, Porco repart avec ses munitions habituelles.

De retour sur son île, Porco tente de travailler sur le moteur de son avion. Celui-ci donne des signes d'essoufflement et il va falloir le faire réviser à Milan. Avant de partir, il entend à la radio que les pirates, épaulés par Curtis, se sont coalisés pour attaquer un paquebot. Mais cela n'émeut pas notre héros en vacances, décidé à prendre du bon temps.

Sur le chemin vers Milan, Porco est surpris par Curtis, qui surgit de nulle part pour réclamer un duel. Le cochon refuse le combat et tente de s'enfuir. Mais son moteur le trahit et l'américain ne rate pas l'occasion pour descendre l'avion. Porco passe deux jours échoué sur une petite île déserte, avec ce qui reste de son appareil.

De retour sur le continent, et après avoir passé un coup de fil à Gina pour donner de ses nouvelles, Porco file tout de suite à Milan pour faire réparer son avion. Il arrive de nuit à l'entreprise Piccolo où il est accueilli par son vieil ami Paolo. Celui-ci a déjà trouvé un nouveau moteur. Ses fils absents, il prévoit de confier le dessin des plans à sa petite-fille Fio.

D'abord réticent de confier la réparation de son appareil à une jeune fille de 17 ans, Porco se laisse convaincre par l'enthousiasme de Fio. Cette dernière se met aussitôt au travail et est bientôt rejointe par toute la main-d'œuvre féminine que peut compter la famille Piccolo. Notre héros ne peut qu'être admiratif devant la compétence et le courage de l'équipe. La réparation avance vite, mais les innovations de Fio font exploser le devis initial.

Pour se changer les idées, Porco va au cinéma. Il y rencontre Feralin, un vieil ami servant dans l'armée de l'air, qui le prévient que son comportement marginal en fait la cible idéale du gouvernement fasciste. Mais Porco, déjà au courant et sur ses gardes, n'est pas ému.

Après le film, Porco est accosté par Fio à bord d'un camion pour transporter l'avion achevé au lac. Il monte à ses côtés, mais très vite ils sont suivis par la police fasciste. Ce n'est qu'au prix d'une manœuvre osée que Porco arrive à s'en débarrasser. Il est évident que la famille Piccolo court de grands risques en aidant leur ami. Ils imaginent alors un plan pour tromper le Bureau : Fio part avec Porco mais eux affirmeront qu'elle a été prise en otage et qu'ils ont travaillé sous la menace.

Porco proteste mais ne peut trouver mieux. La police s'apprêtant à investir l'usine, il faut sortir sans tarder et décoller du canal alors que l'hydravion n'a même pas encore été testé. Mais nos deux amis s'en sortent -non sans mal- et quittent Milan pour les îles de l'Adriatique. En route, ils sont rejoints par Feralin. Il les prévient que l'armée de l'air leur tend un filet et leur indique le chemin à suivre pour l'éviter.

Porco fait un détour par l'hôtel Adriano avant de rentrer sur son île. Mais Gina a déjà de la visite. Curtis, escaladant les murets du jardin privé, est venu lui demander de l'épouser et de partir avec lui à Hollywood. La jeune femme détruit ses illusions en lui racontant le pari qu'elle s'est fait avec elle-même : si l'homme qu'elle aime vient la voir dans son jardin, elle lui avouera son amour.

C'est alors que l'hydravion de Porco se fait entendre. Gina se précipite au balcon. Curtis comprend alors qu'elle aime Porco Rosso. Pendant qu'elle regarde l'avion rouge faire des figures aériennes pour la saluer, elle se souvient avec nostalgie du jour où un jeune garçon du nom de Marco l'a emmenée faire son baptême de l'air. Mais l'avion ne s'arrête pas et Gina perd de nouveau son pari.

Après avoir fait le plein dans un petit village, Marco et Fio arrivent à destination. A leur grande surprise la coalition des pirates du ciel emmenée par les Mamma Aiuto les attendait sur l'île. Porco est impuissant et les pirates menacent de détruire son avion. Mais Fio explose de rage et les calme très rapidement. Mais afin de ne pas perdre leur fierté, ils suggèrent d'organiser une nouvelle confrontation entre Porco et Curtis.

C'est alors que Curtis, qui était caché et a tout entendu, fait une entrée fracassante. Il est immédiatement subjugué par Fio. Nerveuse et surexcitée, celle-ci suit la suggestion des pirates et lui propose un nouveau duel avec Porco. Si Curtis gagne elle consentira à l'épouser. Sinon, il devra payer toutes les factures liées à la réparation de l'avion de Porco. L'américain accepte et le marché est conclu.

Les pirates et Curtis partis, Porco reproche à Fio son inconscience mais reconnaît qu'elle a eu du cran et a su le sortir d'un mauvais pas. Désormais ils forment une équipe et elle est convaincue qu'il gagnera le duel.

Le soir, alors que Porco prépare ses munitions, Fio à moitié endormie croit voir Marco avec son visage humain. Troublée, elle commence alors à s'interroger. Pour la distraire, il lui raconte alors son histoire : pilote de l'armée de l'air italienne pendant la Première Guerre mondiale, il verra tous ses camarades tués lors d'une bataille particulièrement meurtrière. Lui frôle la mort et entrevoit son ami Berlini monter au ciel rejoindre le cimetière aérien. Après cet épisode, Marco ne sera plus jamais le même...

La nouvelle du combat entre Porco et Curtis s'est répandue comme une traînée de poudre. Lorsque les protagonistes arrivent sur le lieu prévu, le duel a été transformé en véritable kermesse. Le public est présent en masse et les pirates organisent les paris. Boss fait de son mieux pour présenter les deux pilotes et les enjeux de l'affrontement, tandis que Fio est couverte de fleurs par les Mamma Aiuto.

Au début du combat, Curtis prend l'avantage sur Porco sans parvenir à le toucher. Puis le cochon reprend le dessus mais, refusant de tuer, il ne tire pas et attend d'être sur le côté pour toucher le moteur de Curtis. Le public est médusé par le talent et l'audace des deux pilotes. Enfin bien placé, Porco a sa mitrailleuse qui s'enraille. L'américain, pour sa part, n'a plus de munitions.

Pendant ce temps à l'hôtel Adriano, Gina reçoit un message en morse de Feralin qui prévient que l'armée de l'air est en route pour stopper le duel. Elle part immédiatement pour la devancer.

De leur côté, Curtis et Porco ne pouvant plus tirer ont amerri et continuent le combat aux poings. Ils se mettent K.O. en même temps et Porco refait surface juste à temps pour gagner le duel.

Prévenus par Gina de l'arrivée imminente de l'armée, le public et les pirates se dépêchent de quitter les lieux. Porco demande à Gina de ramener Fio tandis qu'il fera diversion avec Curtis pour permettre à tout le monde de s'échapper. La jeune fille a juste le temps d'embrasser Porco. Ce baiser a-t-il levé le sortilège dont Marco était victime ? En tout cas, nul n'a entendu parler de lui ensuite...

Le générique de fin est illustré par des croquis, représentant avec une certaine nostalgie des images des années 20-30 qui mettent en scène des cochons et leurs avions.


Porco Rosso : Personnages

Marco Pagot (Porco Rosso)

Marco, le garçon qui allait devenir le « cochon rouge », est né à Gênes en 1893. Il s'est passionné pour l'aviation dès son plus jeune âge et a commencé à voler à 17 ans.

On peut voir sur un mur, dans l'hôtel Adriano, un portrait datant de 1912 qui montre le jeune Marco posant fièrement derrière le siège de pilote d'un petit appareil, en compagnie de Gina et de trois autres amis d'enfance. En 1929, de ce groupe d'amis, seuls Marco et Gina sont encore vivants, ce qui renforce d'autant plus leurs liens. L'amour de Marco pour Gina est sincère, mais peu disposé à exprimer ses sentiments, il le garde enfoui au plus profond de lui.

Lorsqu'il rejoint l'armée de l'air italienne au début de la Première Guerre mondiale, Marco prend rapidement du grade (capitaine) et devient un héros. Mais lors d'une bataille, il perd beaucoup de ses amis, dont son copain d'enfance Berlini, qui venait d'épouser Gina. Il commence alors à remettre en question la validité de ses propres actions et le fait de tuer et mourir pour son pays. Incapable de résoudre ses conflits intérieurs sur les notions de loyauté, de humanité et d'idéaux, il se transforme en cochon.

Avec la montée du fascisme, il quitte l'armée de l'air et devient un chasseur de primes. Décidé de se libérer de toutes attaches (que ce soit sur le plan de la loi ou sur celui des sentiments), il s'installe sur une petite île de la mer Adriatique. La beauté et l'intimité de ce cadre sont importantes pour lui et il sera furieux lorsque les pirates du ciel et Curtis investiront son repère.

Porco est un homme taciturne et parfois cynique, proférant des propos désabusés. Néanmoins, il n'est pas asocial, comme le montrent ses relations avec son ami Piccolo et la jeune Fio. Il est extrêmement loyal en amitié et en amour et derrière son attitude machiste (il accepte difficilement de confier la réparation de son avion chéri à des femmes) se cache une nature profondément romantique.

Porco Rosso est un personnage très différent de tout ce qu'a pu créer Hayao Miyazaki jusqu'alors. Le réalisateur dit à ce sujet : « Marco n'était pas destiné à être le genre de personnage qui plairait aux enfants [...] Quand je fais un film pour enfants, je montre des héros auxquels les enfants peuvent s'identifier. Ils ont un grand optimisme, croient que rien n'est impossible et que le futur est plein de promesses. Porco est un personnage qui ne peut plus revenir en arrière et refaire son passé. Il doit vivre avec ce qu'il a fait. »

Gina

Gina est la propriétaire de l'hôtel Adriano, un petit établissement sur une île de l'Adriatique fréquenté par les pilotes d'hydravions de la région. « Adriano » est le nom qu'elle a donné en souvenir de l'appareil dans lequel Marco la faisait voler alors qu'elle était encore adolescente.

Gina est une femme belle et intelligente qui a eu son lot de tragédies et qui, comme Marco, se trouve à un âge où elle ne peut plus revenir en arrière pour revivre son passé. Elle s'est mariée à trois reprises avec des amis d'enfance qui sont tous morts aux commandes de leur avion. Marco est le dernier lien avec son passé heureux et, bien qu'elle aimerait que leur romance aille plus loin, elle chérit la profonde amitié qui les lie.

Gina vit dans la nostalgie de son passé et rêve que Marco -celui qu'elle a connu avant qu'il fasse vœu de solitude- vienne la rejoindre dans son jardin privé. En attendant que son rêve se réalise, elle chante sa mélancolie (quel meilleur choix que Le temps des cerises ?) devant une bande d'hommes rustres médusés par son charme et sa beauté tranquille.

Bien que Gina soit décrite comme une femme forte et courageuse, certains fans ont trouvé que ses aspirations romantiques pour Marco en font un personnage peu féministe. Miyazaki n'est pas d'accord avec ce point de vue : « Si je rencontrais Gina et une féministe très « politiquement correcte », je préférerais parler à Gina. Parce que, dans une société dominée par les hommes, elle essaie d'être elle-même, d'exprimer ses sentiments et ses souhaits. Même dans des circonstances difficiles, une femme peut s'exprimer si elle est forte et je pense que c'est le cas de Gina. »

Fio Piccolo

Fio est la petite-fille de Paolo Piccolo. Après le départ de ses oncles, partis chercher du travail ailleurs, elle est la nouvelle ingénieur en chef de l'entreprise d'aviation de son grand-père. Son premier travail est la réparation de l'avion de Porco, dont elle doit redessiner les plans.

Fio n'a que 17 ans et aucune expérience, mais elle a du talent et de l'enthousiasme à revendre. Intelligente, elle saura convaincre Marco, initialement réticent, de lui confier son avion. Elle lui prouvera qu'elle est aussi compétente que n'importe quel homme dans ce travail, et gagnera son respect.

Avec sa passion pour l'aviation, sa vivacité et sa spontanéité naturelle, Fio est le garçon manqué dont tous les hommes rêvent en secret. Pour protéger Porco, elle tient tête au gang des Mamma Aiuto. Mieux : elle conquiert leurs cœurs. Et Porco de dire : « Elle est incroyable cette petite. »

Fio a encore un cœur d'enfant -comme le prouve son béguin pour Porco- et une confiance illimitée en la nature humaine. Cette innocence réchauffe le cœur du cochon qui peut, de nouveau, croire en l'humanité.

Donald Curtis

Curtis est un as du pilotage originaire de l'Alabama, qui a été engagé par la coalition des pirates de l'air pour se débarrasser de Porco Rosso.

Curtis est le stéréotype du bellâtre américain débarquant dans l'Europe sophistiquée. Sûr de lui, il se croit invulnérable et il est persuadé qu'il sera un jour une star à Hollywood, avant de devenir président des Etats-Unis, allusion probable au parcours de Ronald Reagan ! De nature impulsive et romantique, il a une forte tendance au coup de foudre. C'est ainsi qu'il cherchera à séduire Gina puis à épouser Fio, sans succès. D'ailleurs le revers qu'il essuie avec Gina est plutôt mémorable montrant que l'on peut être ridiculisé malgré un physique irréprochable !

En dépit de sa naïveté, d'une certaine arrogance et de son machisme latent, Curtis a quelques qualités qui forcent le respect : il est talentueux, déterminé, et il est homme à tenir parole. Ainsi, même lorsqu'il parvient à réaliser ses ambitions d'acteur de cinéma, il n'oublie pas les personnes qu'il a connues un été sur l'Adriatique.

Paolo Piccolo

Piccolo est un vieil et fidèle ami de Marco. Il dirige à Milan une petite entreprise d'aviation qui porte son nom. Les hommes étant partis chercher du travail ailleurs à cause de la crise économique, c'est une équipe composée de ses mère, tantes, cousines, filles, brus, et petites-filles qui travaillent maintenant pour lui !

Comme Marco, Paolo est un passionné d'aviation depuis toujours et un bricoleur de génie, puisqu'il a démonté son premier moteur à douze ans ! Sa mère connaît bien Porco qui est considéré par toute la famille Piccolo comme un ami de confiance. C'est pourquoi ce vieil homme au grand cœur n'hésite pas à confier au cochon le sort de sa petite-fille.

Boss et le gang des Mamma Aiuto

Boss et son gang de pirates sont des mercenaires prêts à attaquer n'importe quel navire en quête de butin. Leur tâche est néanmoins rendue difficile par leur ennemi juré, Porco Rosso. Loin de faire peur, c'est plutôt une bande d'énergumènes assez désopilants qu'on redoute surtout pour leur odeur de crasse, et pour cause, ils ne se lavent jamais ! Ils sont fiers de leur statut de pilotes d'hydravions et possèdent un certain code de l'honneur. Fio saura en profiter et ils tomberont tous sous son charme.

En italien Mamma Aiuto signifie « Maman, au secours ! ». On peut l'interpréter comme les pleurs que leurs victimes sont censées faire, ou leur propre cri lorsqu'ils voient arriver un cochon dans un avion écarlate !

La coalition des pirates de l'air

Cette coalition, dont font partie le Boss et sa bande, regroupe les forces des différents groupes de bandits du ciel dans le but d'augmenter leur efficacité. Tous aussi cocasses et sympathiques que les Mamma Aiuto, ce sont des marginaux qui, comme Porco, n'ont bientôt plus leur place dans un pays qui devient fasciste.


Porco Rosso : Analyse

Comment ne pas être séduit par Porco Rosso ? Car « séduction » est le mot qui convient à ce superbe long métrage de Hayao Miyazaki, savant mélange de romantisme, de mélancolie, de comédie et d'aventure. Sous une enveloppe drôle et tendre, le réalisateur parvient à donner une véritable profondeur à son sujet, ainsi qu'à ses protagonistes.

La transformation de Porco Rosso

Par la peinture de ses personnages masculins, Hayao Miyazaki nous invite à comprendre les faiblesses, les rancœurs, l'arrogance et la résignation sans pour autant juger ceux qui tombent dans le désœuvrement. Au travers de la mélancolie qui imprègne le film, il met en lumière les dérives humaines. Des dérives qui ont transformé un jeune homme plein d'espoirs et d'idéaux en cochon marginal et désabusé. Miyazaki ne nous donne pas d'explications pour cette transformation, il nous laisse libre d'interpréter, selon notre sensibilité et notre vision du récit.

Les circonstances de la transformation de Marco sont celles évoquées dans la scène clef du film où Porco raconte une histoire à Fio pour l'endormir. Le récit donne lieu à l'une des scènes les plus poétiques et émouvantes du film. Dans une bataille lors de la Première Guerre mondiale, Marco perd ses amis aviateurs et frôle lui-même la mort. Il voit, impuissant, les appareils de ses camarades et de ses ennemis monter au ciel rejoindre le cimetière aérien. Un cimetière où s'accumulent à perte de vue des milliers d'épaves d'avions de tous les pays, maintenant unis dans la mort, au point de former une véritable voie lactée. Quelle plus belle image pour dénoncer l'absurdité de la guerre et la folie humaine ?

Marco ne peut pas accepter le sort de son coéquipier Berlini, ami d'enfance qui venait de se marier avec Gina. Il aurait voulu partir à sa place mais le destin en a décidé autrement et l'a rappelé sur terre. Cet épisode tragique peut être considéré comme le tournant de sa vie. Marco remet désormais en question ses valeurs et ses convictions (notamment le fait de tuer et mourir pour son pays). Incapable de résoudre les conflits et les tiraillements dans son esprit, il se transforme en cochon.

Dans diverses interviews, Miyazaki suggère toutefois une autre interprétation. Il est vrai que, pour comprendre une œuvre aussi personnelle que Porco Rosso, il convient de regarder du côté de l'auteur. Le cochon décrit dans le film, n'est-ce pas lui, justement ? Un homme d'âge mûr qui rêvait dans sa jeunesse de changer le monde (Miyazaki était marxiste), et qui petit à petit s'est transformé en cochon en se compromettant dans le système. Car si Porco est un être marginal, ce n'est pas plus pour défendre un quelconque idéal, que pour être indépendant et se complaire librement dans son petit confort personnel.

Distinguant une certaine similitude dans le comportement humain et celui du cochon, Miyazaki choisit symboliquement cet animal pour représenter son héros : « Pour les japonais, le cochon est un animal pour lequel on a de l'affection, mais qu'on ne respecte pas. Pour moi, c'est un animal avare, capricieux et qui n'est pas sociable... En termes bouddhistes, il a tous les défauts de l'être humain : il est égoïste, fait tout ce qu'il ne faut pas faire, jouit de sa liberté. Il nous ressemble beaucoup ! ». Le cochon convient donc parfaitement au personnage de Marco : un pilote solitaire et marginal qui ne veut pas faire la guerre et tuer mais qui se complaît dans l'illégalité et les grosses primes !

Pourtant à force de vivre en se fermant aux autres, on ressent finalement de la solitude et du regret. Porco est une véritable métaphore de la condition humaine, selon Miyazaki : « ce film s'adresse à un public large mais aussi aux hommes d'âge mûr, qui, jeunes, rêvaient d'une vie pure, mais qui, progressivement, insensiblement, se sont transformés en « cochons » à force de travailler comme des fous. Eux qui, au nom des grands principes, luttaient contre le matérialisme et le mercantilisme, jouissent désormais de la société d'hyper-consommation. »

Le rôle des femmes

Par ce film -grâce notamment à ses personnages féminins-, Hayao Miyazaki veut leur redonner du courage, leur dire que rien n'est perdu et que cela vaut encore la peine de croire en l'humanité. Dans les magnifiques portraits de femmes, le maître nous donnent deux rôles que toute actrice rêverait d'interpréter, deux femmes séparées par les années mais qui seront unies dans une compréhension mutuelle et une amitié profonde et sincère. Gina, en particulier, mérite de figurer parmi les grandes héroïnes romantiques du cinéma. C'est une dame magnifique, pas une simple diva. Elle possède à la fois le glamour d'une star et la nonchalance si naturelle qui caractérise les grandes dames de ce monde. Mais elle a surtout la force et la profondeur d'une personne qui a souffert. Comment ne pas ressentir de la compassion pour cette femme qui vit en même temps dans le regret et dans l'attente ?

Le deuxième grand rôle féminin est celui de Fio. On retrouve là la foi de Miyazaki et son espoir en la jeunesse. Car si Gina est sans conteste l'aspect glamour de la femme, elle reste cependant impuissante devant le comportement misanthrope de Marco. Fio est la seule qui percera la carapace du cochon désabusé. Ainsi, on peut voir dans la réparation du Savoia S.21 une véritable métaphore. Comme avec l'avion cabossé, usé et en piteux état, Fio va « réparer » Porco, lui redonner peu à peu sa part d'humanité. C'est à elle que Porco confie d'ailleurs son histoire poignante, lorsqu'il évoque le cimetière d'avions. Par ce souvenir, le spectateur découvre Marco derrière Porco, l'humain derrière le cochon. Fio est une véritable cure de jouvence pour notre pourceau, la seule qui peut finalement attendrir véritablement Porco par son innocence et sa passion spontanée, et lui rappeler donc qu'il est un homme.

Contrairement à Gina, qui attend un geste de Marco, Fio est impulsive et spontanée, véritable incarnation de la jeunesse fougueuse. C'est donc elle qui vole le baiser final de Porco et non Gina... A-t-elle réussi à libérer le cochon de son sortilège ? Rien n'est clairement dit ou montré, même si la scène peut évoquer dans notre imaginaire celle de la princesse embrassant son crapaud, se transformant en beau prince. Mais Miyazaki a l'intelligence de ne rien montrer, laissant l'imagination de chacun faire le reste...

Un film aux multiples facettes

En parallèle à la romantique histoire d'amour et à la puissante allégorie sur la perte de l'innocence juvénile et des idéaux politiques, on trouve un film d'action, d'aventure et d'humour tout à fait jubilatoire.

Les cascades rocambolesques ne sont pas sans rappeler Le château de Cagliostro ou Sherlock Holmes. Les personnages hauts en couleurs sont tous attachants, drôles, uniques, et véhiculent des émotions justes et sensibles. Les scènes de vols et de combats aériens sont particulièrement réussies, comme dans toutes les œuvres de Hayao Miyazaki !

L'humour n'est pas en reste. Dès la première rencontre avec les Mamma Aiuto, on sait que leurs efforts pour devenir les maîtres craints de l'Adriatique sont voués à l'échec. Pendant tout le film, les scènes sérieuses alternent avec des instants comiques, le point culminant étant le duel homérique entre Porco et Curtis qui tourne à la farce.

Porco Rosso est un film aux apparences légères qui soulève des questions adultes -la place de la femme dans la société, la relation entre les sexes, les souffrances qu'engendre la guerre, la remise en question de ses valeurs et de ses idéaux. Encore une fois, Miyazaki fait appel à notre cœur d'enfant pour nous faire partager, tout en nous divertissant, ses observations sur la société et la nature humaine.


Porco Rosso : Production

Les origines

L'introduction de The Art of Porco Rosso, édité en 1992, confirme que Hayao Miyazaki voit ce film comme « une œuvre personnelle créée pour [son] propre plaisir ». Questionné, dans une interview, sur ce qui l'a inspiré, le maître répond : « J'aime les hydravions. Bien que je fasse des films pour les enfants, ce film-là a été réalisé parce que je voulais exprimer mon amour pour ces avions. Jusqu'à ce que j'eusse terminé Princesse Mononoke, je me sentais un peu coupable -mais pas trop quand même- d'avoir impliqué le studio dans un projet personnel. »

Ses passions pour l'aviation et l'Italie étaient connues de ses collègues. Mais Miyazaki voulait aussi réaliser un film sur un cochon depuis plusieurs années. Il a de l'affection pour cet animal et aime le dessiner. L'idée de faire réaliser une vidéo contant l'histoire d'un cochon a manqué de se concrétiser. A cette époque, Miyazaki était sur le point de démarrer la production du Château dans le ciel. Comme il ne se voyait pas diriger deux films en même temps, le projet avec le cochon fut confié à un autre jeune réalisateur.

L'histoire initiale, inspirée de l'essai illustré Tahôtô no Deban (L'ère des tourelles à canons) que Miyazaki a créé en 1984, était la suivante. Ancien officier militaire, un cochon quitte son commandement, construit un tank et part en quête d'amusement et de gloire. Il kidnappe une jeune femme dont il tombe amoureux et tente en vain de la séduire. « Alors que je continuais à travailler l'histoire, j'ai pensé à une fin heureuse où l'amour du cochon conquiert le cœur de la fille. Au début, cette dernière était censée être une fille ordinaire, serveuse dans un restaurant routier. Mais le personnage a été modifié et elle est devenue une chanteuse dans un bar comme Marilyn Monroe dans La rivière sans retour, en un peu plus jeune et plus pure. » Mais le jeune réalisateur en charge de la réalisation ne croyait pas qu'un homme d'âge mûr puisse aimer sincèrement une jeune femme qu'il a kidnappée et réussir à gagner son cœur. N'arrivant pas à se mettre d'accord avec Miyazaki sur le scénario, il s'en va et le projet tombe à l'eau.

Extrait de la « Note de rêveries » intitulée Tahôtô no Deban (L'ère des tourelles à canons).

Quelques années plus tard, Miyazaki confie à Comic Box qu'il n'a pas abandonné l'idée de réaliser « un film pas sérieux dans lequel je montrerais mon côté embarrassant... La vérité est que je suis heureux quand j'écris des histoires stupides d'avions et de tanks dans des magazines comme Model Graphix [...]. Mais l'animation demande un travail d'équipe énorme. Un film ne peut être fait que par une organisation et il est difficile de la faire travailler sur un projet frivole. Donc, parfois, je rêve de faire un film débile avec mon propre argent, une vidéo (O.A.V.) qui ne me permettrait même pas de rentrer dans mes frais. »

Cette idée refait rapidement surface -avec un scénario une fois de plus modifié- dans l'historiette Hikôtei Jidai (L'ère des hydravions) publiée en 1990 dans Model Graphix. Maintenant, l'histoire prend place dans l'Adriatique au cours de l'été 1929. Le héros, un cochon aviateur ancien héros de guerre, vit sur une île près des côtes croates et l'action se déroule dans la ville de Dovrok et dans les airs.

Extrait du manga ayant inspiré la version définitive de Porco Rosso.

Le projet et la production

C'est alors que vint la proposition de faire un film destiné à être diffusé sur les vols nationaux de Japan Airlines. La compagnie aérienne pense à une distraction de 45 minutes pour ses clients, pour la plupart des hommes d'affaires fatigués. Ce projet est rapidement accepté car Hayao Miyazaki y voit d'abord un moyen de détendre l'atmosphère du studio et offrir à l'équipe d'animateurs une petite récréation, après le travail harassant fourni sur le long métrage Souvenirs goutte à goutte de Isao Takahata.

Il est certain que Miyazaki ne boude pas le plaisir de réaliser le film personnel dont il a toujours rêvé : une histoire fondée sur sa passion des hydravions et dont le héros est un cochon. Son imagination décollant, les idées affluent et le coût de la production s'envole. De plus, la guerre civile qui éclate en Yougoslavie au moment de la production et la chute du communisme convainquent Miyazaki de transformer le film en long métrage. Le producteur Toshio Suzuki intervient alors et confirme que le film va devenir un véritable long métrage dont la fabrication durera onze mois et emploiera près de 250 personnes. Ainsi, ce qui était prévu pour être un divertissement léger prend des accents plus sérieux.

Yasuyoshi Tokuma est le producteur de Porco Rosso. Il a déjà financé Mon voisin Totoro et Le tombeau des lucioles, mais garde un goût amer quant à la réussite de ces deux films. En effet, en 1988 est sorti un autre film produit par Tokuma, Les chemins du désert, une œuvre à laquelle Tokuma tenait beaucoup. Mais Totoro, par son succès populaire, et Le tombeau des lucioles, par son succès critique, éclipsèrent totalement le film. Lorsque la date de Porco Rosso est annoncée pour le 18 juillet 1992, Tokuma décide de sortir quelques semaines auparavant la suite des Chemins du désert, Les rêves de Russie (ci-contre). Le télescopage est volontaire, puisque durant toute la production, Tokuma ne cessera d’attiser la concurrence entre ses deux productions, cherchant constamment à favoriser Les rêves de Russie, allant même jusqu’à contacter le président de Nippon Télévision en pleine réunion avec Toshio Suzuki pour le convaincre de laisser de côté Porco Rosso.

Heureusement, Tokuma ne parvint pas à ses fins, puisque à sa sortie en salle, le public japonais fait un triomphe au nouveau film de Miyazaki et confirme le succès de Kiki, la petite sorcière. Avec plus de 3 millions d'entrées, il se place devant des blockbusters tels que J.F.K. et La belle et la bête de Disney et constitue le plus grand succès d'un film d'animation au box-office japonais jusqu'alors.

Carrière internationale

Porco Rosso a été doublé en anglais et en français. En anglais, le film est tout d'abord proposé en exclusivité sur les vols internationaux de la compagnie aérienne japonaise Japan Airlines (coproductrice du film), du 1er juillet au 31 août 1992, soit quelques jours avant la sortie officielle du film en salles japonaises, le 18 juillet. Ce premier doublage anglais a aussi été diffusé sur le câble et le satellite en Grande-Bretagne dans l'indifférence générale.

« Si vous volez, vous regardez. », annonçait l'affiche.

Le cas de la version française est plus intéressant. Après son succès retentissant au Japon, Porco Rosso est projeté lors d’une unique séance au Max Linder à Paris dans le cadre de la convention de l’IDRAC (une école de commerce parisienne) fin 1992. Le film est ensuite projeté (avec les autres œuvres de Hayao Miyazaki) au Festival d'animation d'Annecy de 1993. Il y crée la surprise en remportant le prix du meilleur long métrage et en soulevant l'enthousiasme des professionnels et journalistes présents. Le Studio Canal, filiale cinéma de Canal+, prend contact alors avec Ucore (filiale française d'une grande entreprise en bâtiments représentant des compagnies audiovisuelles japonaises, dont Tokuma et le studio Ghibli) et un contrat est signé fin décembre 1993.

Un plus tard, Canal+ réalise un superbe doublage, digne des plus grands films, avec la voix de Jean Reno pour le rôle-titre. Après une présentation au Festival du film de Paris en 1994, on prépare sa sortie en salles. C'est UGC qui est en tête de liste pour la diffusion de Porco Rosso. La sortie est fixée au 21 juin 1995, date de l'ouverture de l'UGC Ciné Cité des Halles. AMLF, le plus grand distributeur indépendant en France, investit 2 millions de francs, somme tout à fait conséquente permettant une campagne d'affichage et de promotion télévisée.

Malgré tout cela, le film n'a pas le succès escompté et le nombre d'entrées (environ 50 000 lors de la première phase d'exploitation) est insuffisant pour satisfaire AMFL. La presse, si elle est globalement favorable, se contente d'un traitement discret et banal. Il semble que le film n'a pas réussi à surmonter les a priori négatifs pesant sur l'animation japonaise (Le Monde : « le graphisme des personnages reste proche de la niaiserie niveleuse des dessins animés nippons et le scénario [...] paraît manipuler les mêmes sempiternelles recettes. »)

Néanmoins, Porco Rosso connaît une carrière durable en vidéo et dans les séances de cinéma « jeune public » (portant le nombre total d'entrée en salles à 167 000). Et une première sortie DVD par Studio Canal en 1999, puis par BVHE (Disney) en 2006, prouve qu'il a su séduire peu à peu le cœur des Français.

« Le pilote de légende s’envole en France »

En septembre 1995, le magazine Animage a publié une double page sur la sortie française de Porco Rosso. Voici un petit retour sur notre sortie nationale commentée par Hayao Miyazaki.

« J’ai vu « Buta » en version française en vidéo. Je m’intéressais à Jean Reno en tant qu’acteur depuis que j’ai vu Le grand bleu. J’étais tout simplement content. Quant à Fio (Adèle Carasso), sa voix correspondait bien au personnage que je m’imaginais et c’était sympa. Si je regarde la photo des doubleurs de Curtis (Jean-Luc Reichmann) et de Gina (Sophie Deschaumes), ils sont doublés par des acteurs qui leur ressemblent et c’est amusant. Ils avaient une façon de parler sans beaucoup d’intonation. Leur façon de jouer était très naturelle dans le film. En revanche, en japonais, je pense que c’était une manière de parler excentrique et un peu trop forcée.
D’autre part, j’ai apprécié que les gens qui ont vu le film ne demandent pas pourquoi c’est un cochon. Quand le film est sorti au Japon, on m’avait demandé que ça et c’était gênant.
Je souhaite que le public accueille ce film comme une histoire européenne.
Autre chose que j’ai aimé, c’est l’affiche de la version française. Ce bleu au rabais me fait penser au paquet de cigarettes Gitanes. C’est bien frivole. Il faut que j’envois ce poster à Tokiko Katô
(la voix japonaise de Gina) ! (Rires) »

Sur la photo, Hayao Miyazaki se tient devant l’affiche française du film avec à la main une dédicace de Jean Reno (« M. Miyazaki, merci de tout cœur et bravo ! » – Jean Reno).

Hideaki Furubayashi, le rédacteur de l’article et rapporteur de la sortie française à Miyazaki, assiste à des séances dans les 3 salles UGC parisiennes (Champs-Élysées, Les Halles, Odéon) qui projettent le film.
Grâce à une longue tradition du conte comme La Belle et la Bête, il pense que le public français n’a pas trouvé étrange de découvrir un personnage au visage de cochon. Aussi, le personnage de Porco a naturellement été bien accueilli.
Porco Rosso sort au moment de La fête du cinéma (programmée en 1995, du 25 au 27 juin). Si les films Mort ou vif de Sam Raimi avec Sharon Stone et le nouveau Tim Burton, Ed Wood, attirent à cette époque le jeune public, il constate peu d’écart entre les trois films en terme de remplissage de salles.
Cette même année, un peu avant la sortie de Porco Rosso, Pompoko de Isao Takahata a gagné le prix du meilleur long métrage au Festival du film d'animation d'Annecy avant d’être projeté lors du Festival du film de Paris.
Cette sortie française lui fait penser à celle de Nausicaä de la Vallée du Vent au Japon. Furubayashi a de l’espoir et pense que c’est là le début de la reconnaissance et peut-être du succès en France des longs métrages d’animation japonais, notamment ceux de Ghibli...


Porco Rosso : Art et technique

Les sources d'inspirations et les hommages

Hayao Miyazaki a créé le héros de Porco Rosso en puisant dans le cinéma hollywoodien. Porco est visiblement inspiré des personnages mythiques des années 30/40, le type même du héros à l'ironie désabusée, qui n'entre pas dans les canons de beauté et qui refuse avec nonchalance l'ordre établi. Avec son feutre vissé sur la tête, son imperméable et une cigarette « Gitane » aux lèvres, la comparaison avec le flegmatique Humphrey Bogart de Casablanca est inévitable. Par ailleurs, le combat homérique qui l'oppose à Donald Curtis à la fin du film s'inspire d'un autre classique hollywoodien : L'Homme tranquille de John Ford, dans lequel John Wayne et Victor McLaglen se battent à mains nues.

Un petit air de Bogart, avec l'embonpoint en plus !

Avec Porco Rosso, Miyazaki s'inspire à nouveau de la littérature européenne : il introduit des thèmes (la mythologie du pilote d'avion) et un univers poétique proches d'Antoine de Saint-Exupéry. Miyazaki avoue à ce propos : « Pour Porco Rosso, ma véritable inspiration est avant tout littéraire. C'est plus du côté d'Antoine de Saint-Exupéry, un écrivain que je vénère, qu'il faut chercher une influence. »

Une autre référence littéraire apparaît également dans une des scènes clés du film, la scène du cimetière d'avions formant la voie lactée. La même scène est décrite par Roal Dahl, en 1946, dans un recueil de nouvelles intitulé A tire d'aile (titre original : Over to you). Nous vous proposons ici de lire un extrait de Ils ne feront pas de vieux os :

« Je volais à 20 000 pieds (...) du côté de la chaîne du Liban. (...) Soudain, je me trouvais à voler à l'intérieur d'un nuage, un nuage si blanc si épais et si doux que je ne pouvais plus voir au delà de mon cockpit (...) Jamais je n'avais vu un nuage pareil (...) comme dans les contes de fées, je me sentais porté sur un tapis volant (...) et tout d'un coup, je fus aveuglé, ébloui. (...) Je sortais du nuage, mais d'une façon si brutale et si rapide que j'en fus comme illuminé. (...) Tout était bleu, d'un bleu si pur que jamais je n'en avais vu de semblable (...) C'est alors que je les aperçus. Au loin, devant moi et un peu plus haut que moi, je vis une mince et longue ligne noire d'avions qui passaient à travers le ciel; ils avançaient sur une seule file, bien serrés (...) et la file s'étendait sur toute la largeur du ciel, aussi loin que mes yeux pouvaient porter. (...) J'ai vu, j'ai su que c'étaient les pilotes et les équipages qui avaient été tués en combat aérien et qui, là, dans leur propre avion, étaient en train de faire leur dernière course. (...) Je reconnus les appareils un par un. Il y en avait de tous les types: des Lancaster, des Dornier, des Halifax, (etc.) Et cette ligne infinie et mouvante atteignait déjà le fin fond du ciel où elle s'effaçait presque, alors que la queue de la procession était encore tout près de moi. »

A travers d'autres références, le film prône également les valeurs artisanales et l'indépendance de l'animation. Ainsi, dans une scène, Porco regarde un film d'animation dérivé de Gertie, le dinosaure, de Betty Boop et de Mickey, trois créatures nées respectivement de l'imagination de trois grands artisans indépendants du dessin animé américain des années 20, Winsor McCay, les frères Fleischer et Walt Disney.

Images du cartoon que regarde Porco.

Graphisme

Porco Rosso est le dernier long métrage de Miyazaki dans lequel les personnages et les arrière-plans sont entièrement dessinés ou peints à la main, sans aucune utilisation d'images générées par ordinateur. Encore une fois, on ne peut qu'admirer la clarté des traits, la subtile palette des couleurs et la beauté raffinée des décors qui sont dans la lignée de ceux de Kiki, la petite sorcière.

Chaque couleur dans les scènes se déroulant dans l'Adriatique est baignée de la lumière du soleil méditerranéen. L'île de Marco est un rêve de sable chaud et doré, protégé du monde extérieur par les murs du cratère d'un volcan éteint. C'est clair, chaleureux et tendre en même temps. D'ailleurs, le contraste entre ce paradis terrestre et la grisaille urbaine de Milan est frappante. On est aussi émerveillé par la représentation du ciel avec ses majestueux nuages, qui met en valeur les magnifiques scènes de vols.

L'île de Porco / Exemple d'intérieur (l'entrée de l'hôtel Adriano).

L'élégant hôtel Adriano brille comme un bijou au milieu d'une mer parfaitement bleue et le délicieux jardin privé de Gina est le cadre parfait pour une romance en conte de fée. Les deux reflètent la grâce et la beauté de la jeune femme et rendent sa résolution d'attendre Porco d'autant plus poignante. Enfin, les intérieurs, que ce soit de l'Hôtel ou des locaux de Piccolo, sont dessinés avec une minutie et une délicatesse rares, et sont mis en valeur par de magnifiques éclairages et jeux de lumières.

La musique

Poursuivant sa fidèle collaboration avec le musicien Joe Hisaishi, Hayao Miyazaki insère au milieu des thèmes originaux du compositeur l'hymne communard français Le temps des cerises de Jean-Baptiste Clément, chanté dans le film par le personnage de Gina. Cette chanson renforce l'évocation nostalgique de la sensibilité politique du réalisateur. Dans la version japonaise, elle est chantée en français -avec un léger accent- par Tokiko Katô. Sa voix est superbe et l'interprétation émouvante. Elle interprète aussi le nostalgique générique de fin, Toki ni wa Mukashi no Hanashi wo (Parfois, parlons des jours anciens).

Les thèmes originaux alternent des morceaux en fanfare et d'autres beaucoup plus mélancoliques. Des sonorités italiennes sont de rigueur, mais se marient parfaitement avec les autres thèmes typiques des musiques de Hisaishi. Au final, c'est une bande originale de grande qualité, avec de nombreux thèmes, et facile à apprécier.

Les avions

Hayao Miyazaki considère les hydravions comme des engins plus attirants, plus sûrs et plus rapides que les avions classiques de l'époque. Leurs performances furent accrues en temps de guerre et ils ont connu leur période de gloire dans les années 20. Après la crise de 1929, l'Italie fut le dernier bastion de l'hydro-aviation, malheureusement vouée à l'oubli pendant la seconde guerre mondiale en raison de ses moteurs inadaptés.

On connaît la passion de Miyazaki pour l'Italie et le design de ses hydravions, qui selon lui étaient la référence en matière d'élégance :

« Tant qu'un avion vole en dessous de 300 km/h, on peut garder une place pour l'inventivité et l'originalité dans son design. Les italiens étaient les meilleurs constructeurs d'avions à cette époque car c'étaient des génies du design. Ils utilisaient leur sens stylistique unique pour créer des appareils vraiment beaux et élégants [...].

Lorsque, qu'en revanche, on dépasse les 300 km/h, il faut alors faire très attention aux matériaux et aux techniques utilisés et il n'est plus possible de faire des designs aussi beaux. Même les italiens ont oublié, avec l'avènement du fascisme, combien leurs avions avaient pu être attirants. Le problème avec la technologie est qu'en s'améliorant, elle requiert des infrastructures toujours plus grandes et il n'y a pas de place pour l'expression individuelle. »

Tous les avions dans Porco Rosso, à l'exception d'un, ont été imaginés par Miyazaki. Mais tous sont fondés sur les technologies de l'époque. Le seul hydravion des années 30 authentique est celui de Donald Curtis, le Curtiss R3C-0. C'est une copie du modèle R3C-2, avion de course qui remporta le trophée Schneider en 1925, battant l'avion Italien Macchi M.3, un proche cousin du Savoia S.21 de Porco.

Jimmy Doolittle, le vainqueur du trophée Schneider 1925 avec son Curtiss R3C-2.

Savoia S.21

Il existe un vrai Savoia S.21 mais ne ressemble pas du tout à l'avion de Porco. En fait, Miyazaki ne l'a jamais vu et s'est inspiré de ses souvenirs qu'il avait, enfant, du Macchi M.3.

Hydravion de chasse expérimental Savoia S.21.
L'avion de Porco Rosso, bien qu'imaginaire, a été adopté par les modélistes !

Dans le film, l'avion chéri de Porco Rosso n'a été fabriqué qu'à un seul exemplaire, surnommé à l'origine « le Folgore ». Sur les esquisses, les Savoia étaient équipés de moteurs Rolls-Royce Kestrell. Dans le film, il est équipé d'un moteur Isato Fraschini Aso, puis d'un moteur Fiat Folgore AS2.

L'emblème présent sur l'empennage du Savoia est celui de la ville natale de Porco Rosso, Gênes. Le « R » représente à la fois le « R » de « Rosso » et le « R » de « Republicano ».

Curtiss R3C-0

Le Curtiss R3C-0 est un avion américain authentique qui a gagné le trophée Schneider en 1925 dans sa version hydravion R3C-2. Dans les esquisses originales l'emblème de Curtis était la tête de mort, mais dans le film elle a cédé la place à un serpent à sonnettes. Dans la scène du combat final, Miyazaki a rajouté un cœur transpercé d'une flèche sur le fuselage.

De même, les autres avions apparaissant dans le film sont souvent inspirés, tout en étant différents, des appareils ayant existé à l'époque.

Dabohaze

Le Dabohaze est l'avion des Mamma Aiuto, composé d'un équipage de 4 personnes. Il est très difficile de déterminer de quel type d'avion il s'agit tant il a subi de transformations. Il semble néanmoins être inspiré d'un hydravion allemand de type Dornier.

Les autres avions

On trouve enfin d'autres modèles come le biplace de Gina, le biplan « Adriano », le jet civil appartenant à la société Piccolo, l'escadron de protection du paquebot « Queen », l'hydravion appartenant à l'armée de l'air italienne ou encore le Hansa-Brandenburg CC de l'armée autrichienne.


Porco Rosso : Fiche technique

Crédits

Titre紅の豚 (Kurenai no Buta)
Porco Rosso
Année de création 1992
Œuvre originale, scénario, storyboard et réalisation Hayao Miyazaki
Directeur artistique Katsu Hisamura
Character design Toshio Kawaguchi
Directeurs de l'animation Megumi Kagawa, Toshio Kawaguchi
Contrôle de l’animation Hitomi Tateno, Rie Nakagome, Rie Fujimura
Couleurs Michiyo Yasuda
Directeur de la photographie Atsushi Okui
Musique Joe Hisaishi
Chanson du générique de fin Toki ni wa Mukashi no Hanashi wo (Parfois, parlons des jours anciens), composée et interprétée par Tokiko Katô
Montage Takeshi Seyama
Producteur exécutif Yasuyoshi Tokuma
Producteur Toshio Suzuki
Production Studio Ghibli, Tokuma Shoten, Nippon Television Network Corporation, Japan Airline

Doublage japonais

Porco Rosso Shûichirô Moriyama
Fio Piccolo Akemi Okamura
Gina Tokiko Katô
Curtis Akio Ôtsuka
Paolo Piccolo Bunshi Katsura
Boss, chef des Mama Aiuto Tsunehiko Kamijô

Doublage français

Porco Rosso Jean Reno
Fio Piccolo Adèle Carasso
Gina Sophie Deschaumes
Curtis Jean-Luc Reichmann
Paolo Piccolo Gérard Hernandez
Feralin Eric Dufay
Boss, chef des Mama Aiuto Jean-Pierre Carasso

Quelques chiffres

Date de sortie du film au Japon 18 juillet 1992
Date de sortie du film en France 21 juin 1995
Durée du film 1 heure 33 minutes 18 secondes
Nombre de cellulos utilisés 58 443
Nombre de couleurs utilisées 476
Nombre d'entrée au Japon 3 050 000 spectateurs
Box-office Japon 2 713 000 000 de ¥

Récompenses

  • 1993 - Festival International du Film d’Animation d'Annecy : lauréat du Meilleur long métrage
  • 1993 - Mainichi Film Concours : lauréat du Meilleur film d'animation et de la Meilleure musique