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Le château ambulant

« Peut-il y avoir une animation pour les vieilles personnes ?
Avec ce film, je tente de donner une réponse. »

(Hayao Miyazaki)

Sophie a dix-huit ans et chaque jour travaille inlassablement dans la chapellerie de son défunt père. Elle semble résignée à cette vie sans surprise lorsqu'un jour, pendant une de ses rares excursions en ville, elle rencontre par hasard le beau et charismatique magicien Hauru. La jalouse sorcière des Landes, témoin de cette rencontre, jette une malédiction sur Sophie, en la transformant en une femme âgée de 90 ans. Sophie s'enfuit avec difficulté dans la montagne et croise la route du château errant de Hauru.

Adapté du roman de Diana Wynne Jones, Hauru no Ugoku Shiro (Le château ambulant) décrit un univers foisonnant et explore une thématique riche. Hayao Miyazaki présente une œuvre déroutante, entre motifs typiques du réalisateur et partis pris inhabituels. Au premier abord aussi déconcertant que fascinant, le film connait un accueil plus mitigé qu'à l'habitude au Japon mais qui ne l'a pas empêché de battre des records d'affluence les premières semaines.

Film conseillé à partir de 10 ans (voir guide des parents)


Sources : dossier de presse du film - émission spéciale consacrée au studio Ghibli, diffusée sur NTV le 20 novembre 2004 - Animeland n° 107 - émission Professional - Shigoto no Ryûgi consacrée à Mamoru Hosoda et à la production du film Le garçon et la bête, diffusée sur NHK en août 2015
Remerciements : merci à Umi, Yumi et Yasuka qui ont contribué aux cotés de l'équipe webmaster à la rédaction de ce dossier


Le château ambulant : Résumé détaillé

Il était une fois, dans un royaume déchiré par la guerre, un étrange château ambulant qui se déplace bon gré mal gré d'un lieu à un autre. Il vient de s'installer aux abord de la ville où vit une jeune chapelière nommée Sophie, jeune fille douce mais peu sûre d'elle.

Alors qu'elle rend visite à sa sœur cadette, Sophie croise le chemin du mystérieux propriétaire du château ambulant, le sorcier Hauru. Ce dernier, dont l'étrange rumeur voudrait qu'il « mange le cœur des jeunes femmes », la sauve de deux soldats qui lui faisaient lourdement la cour. Le sorcier, lui-même poursuivi par des hommes-caoutchoucs à la solde de la sorcière des Landes, usant de magie, s'enfuit avec Sophie dans les airs au dessus de la ville grouillante d'activité. Le mystérieux personnage la dépose en sûreté et prend congé, laissant la jeune femme subjuguée par cette rencontre.

De retour à sa boutique, Sophie reçoit la visite de la sorcière des Landes. Un malentendu s'installe entre les deux femmes. La sorcière prend Sophie pour la nouvelle conquête de Hauru. Jalouse, la sorcière la maudit et la transforme en une vieille femme. Le charme ne s'arrête pas là : Sophie est dans l'impossibilité d'expliquer qu'elle est maudite et ne veut pas être vue par sa famille. Elle décide alors de s'enfuir de la ville.

Sur le chemin, le poids des années subitement acquis se font sentir. À la recherche d'un bout de bois pour lui servir d'appui, Sophie redresse un curieux épouvantail avec un navet pour tête, abandonné dans un fourré. À sa grande surprise, l'épouvantail prend vie. Rapidement surnommé Navet, ce nouveau compagnon fait tout ce qu'il peut pour montrer sa reconnaissance à Sophie. Il lui offre sa canne et lui indique un endroit pour passer la nuit. Mais l'endroit se trouve être le château ambulant de Hauru. Sophie se résout à s'y abriter.

La porte refermée, Sophie se retrouve dans un un foyer délabré, bien loin de l'idée qu'elle pouvait se faire de l'intérieur du château. Sophie s'écroule sur une chaise près de la cheminée, lorsque les braises encore chaudes de l'âtre prennent vie et lui parlent. Il s'agit en fait de Calcifer, démon du feu. Il explique à Sophie qu'il est exploité par Hauru, à cause d'un sortilège dont il est prisonnier. Vivant dans le foyer de la cheminée, c'est lui qui fait bouger le château. Lui-même entité magique, Calcifer sait que Sophie est sous le coup d'un charme et qu'elle ne peut pas parler de son sortilège. Pour les mêmes raisons, Calcifer ne peut pas parler du sien. Les deux personnages passent alors un marché : si Sophie découvre le secret qui lie Hauru à Calcifer, ce dernier, à son tour, la libérera de sa malédiction.

Une nouvelle journée commence. On frappe à la porte. Marko, le jeune apprenti de Hauru, dévale l'escalier et passe devant Sophie sans vraiment se soucier de sa présence. Sophie découvre bien vite l'un des secrets du château ambulant : la porte du château, en fonction de la couleur activée par un mécanisme, s'ouvre sur des lieux différents. Le château lui-même restant matérialisé dans un autre endroit. La ronde des clients de Hauru commence. Chacun vient chercher son sort préparé par Hauru, Jenkins ou Pendragon, divers noms d'emprunts du sorcier, en fonction que l'origine des clients soit de la ville de Sophie, du Port ou de Kingsberry. Marko se charge de vendre les potions de son maître, en se transformant en vieillard.

La couleur noire de la porte s'active. Hauru est de retour. Pour faire accepter sa présence au maître des lieux, Sophie se présente comme la nouvelle femme de ménage du château. Elle s'empresse de préparer à manger pour tout le monde. Malgré sa réticence, Calcifer doit ajouter la cuisson à la liste de ses tâches quotidiennes. Autour du repas, Hauru demande à Sophie de fouiller dans sa poche. Celle-ci s'aperçoit alors qu'un papier s'y trouve. Il s'agit d'un message à l'attention du sorcier, qui se transforme en étoile s'incrustant dans le bois de la table : la sorcière des Landes est toujours à sa recherche. Mais quel est le mystère de ce message ? Que signifie-t-il ? Hauru commande alors à Calcifer d'éloigner le château de l'endroit où il se trouve actuellement, afin de brouiller les pistes.

Sophie profite du voyage pour faire le ménage avec comme seule consigne de ne pas changer de place les objets de la maison. Sa tâche est rude car la propreté laisse à désirer tant Hauru, Marko et Calcifer semblent trois célibataires endurcis, sans réel sens de l'organisation ou de savoir-vivre. Alors qu'elle se démène, elle place Calcifer dans un petit récipient sans combustible. Calcifer menace de s'éteindre et implore l'aide de Sophie. Il a beau crier que s'il s'éteint, elle tuera Hauru, celle-ci fait la sourde oreille. Hauru arrive dans la pièce et sauve le démon, tout en demandant à Sophie de bien faire attention à Calcifer. Le château s'installe alors au bord d'un lac où la nouvelle petite famille prend ses aises.

Pendant que tous se reposent, Hauru traverse la porte du château, le mécanisme bloqué sur la couleur noire. Il se retrouve sur le front de la guerre, sous une forme mi-humaine, mi-oiseau. Le pays est un océan de feu. Il combat des sous-sorciers ayant pris la forme d'hommes-oiseaux. Il rentre au château alors que tout le monde est endormi. Exténué, il s'écroule sur la chaise, face à la cheminée. Il parvient difficilement à reprendre forme humaine. Calcifer le met en garde car un jour le jeune sorcier ne pourrait plus reprendre forme humaine, comme ces sous-sorciers ayant vendu leur âme à Suliman... Hauru s'approche de l'endroit de la pièce où Sophie a établi son lit et il l'observe endormie, sous son apparence de jeune fille.

Le lendemain, Sophie et Marko traversent la porte du Port et vont au marché du Port. Sur la berge, les habitants observent le fleuron de leur flotte navale qui rentre en un piteux état. Sophie remarque les hommes-caoutchoucs mêlés à la foule. Ils sont à la recherche de Sophie et, bien sûr, de Hauru. Sophie et Marko s'enfuient tandis que l'armée ennemie des habitants de la porte du Port lâche des tracs de propagandes et bombarde le bâtiment à quai. La guerre s'intensifie et se rapproche des villes.

De retour au château, Sophie et Marko voient jaillir Hauru de la salle de bain en hurlant et en se tenant la tête entre les mains. Il s'écroule sur une chaise, s'arrachant sa chevelure, devenue rousse. Ses cheveux blonds changent de couleur et retrouvent leur couleur naturelle, un noir bleuté qui plonge Hauru dans un profond abattement. Sophie, dans son grand nettoyage a changé des lotions de place et a ainsi modifié les teintures que Hauru utilisait avec coquetterie. Persuadé d'avoir perdu sa beauté et son pouvoir de séduction, Hauru entre dans une grande dépression et en appelle aux forces de ténèbres afin de montrer son mécontentement.

Choquée par tant de frivolité, Sophie laisse éclater sa colère. Comme peut-il être aussi futile ? Elle qui n'a jamais été belle ! Elle sort du château sous une pluie battante, et pleure à chaudes larmes sans pouvoir se calmer. Le réconfort viendra à nouveau de Navet qui lui porte un parapluie pour la protéger de l'eau. Sophie décide donc de rentrer au château. Elle transporte dans la salle de bains Hauru, englué dans un étrange liquide verdâtre qui menaçait d'engloutir le pauvre Calcifer.

Les tensions redescendues, le début des confidences commence. Alité, Hauru avoue à Sophie qu'il est un froussard. Il se protège de la sorcière des Landes qu'il a jadis approché mais dont il a rapidement pris peur. Mais il se protège aussi du roi, qui cherche à réunir les meilleurs sorciers pour leur demander main forte dans cette guerre contre une nation étrangère. Hauru se cache donc sous différents noms d'emprunts pour échapper à ses responsabilités de sorcier. Il fuit car il est simplement épris de liberté. Sophie lui conseille simplement d'affronter ses responsabilités et d'aller dire au roi qu'il refuse de participer à cette guerre. Mais Hauru a une autre idée et demande à Sophie de s'y rendre à sa place, dans le rôle de sa mère, et de refuser pour lui. Il la suivra à distance sous une autre forme.

Sophie part donc vers le Palais Royal. En chemin, elle cherche à identifier Hauru sous sa forme d'emprunt. Elle le reconnaît finalement sous la forme d'un chien qui semble se joindre à sa route. Aux abords du Palais, Sophie et son compagnon canin sont rattrapés par la sorcière des Landes. Cette dernière la remercie d'avoir porté son message à Hauru. Elle lui explique, qu'elle aussi a été invitée par le roi. Elle a été chassée du palais il y a 50 ans et elle attend de revenir à la cour depuis ce jour. La sorcière accélère sa course et laisse Sophie derrière elle.

Mais, sitôt arrivée au seuil des marches du palais, les deux porteurs de la sorcière sont neutralisés par un charme. La sorcière des Landes est obligée de gravir l'escalier gigantesque du palais par elle-même. Sophie la rattrape, le chien dans les bras. Une étrange course s'engage entre les deux femmes afin de savoir qui arrivera la première en haut de l'escalier. Finalement, c'est Sophie qui arrive la première. Mais elle ne trouve aucun triomphe dans sa victoire lorsqu'elle voit l'état de fatigue avancée de la sorcière...

Elles sont toutes deux conduites par un valet jusque dans une salle d'attente. La sorcière va s'écrouler de fatigue sur sa chaise. Sophie, elle, est attirée par le chien qui la guide dans d'autres couloirs. La sorcière, épuisée, tombe dans un piège : un charme semble la neutraliser et la clouer dans son fauteuil. Pendant ce temps, Sophie est introduite auprès de la sorcière royale Suliman et se présente sous le nom de Madame Pendragon. Mais Suliman n'est pas dupe, elle peut voir Sophie sous sa forme de jeune fille à travers son enchantement. À la grande surprise de Sophie, le chien qui l'accompagnait va se coucher aux pieds de la sorcière. Elle comprend que ce chien s'appelle en fait Hihn et qu'il est un espion de Suliman. Sa rencontre avec elle n'avait donc pour but que de guider son chemin vers le Palais Royal.

Sophie explique alors à la sorcière royale que le sorcier ne viendra pas. Mais Suliman n'est pas surprise. À son tour, elle lui avoue que Hauru était l'un de ses disciples les plus doués. Mais un démon s'est emparé de son cœur et l'a éloigné d'elle. Maintenant, il déborde d'une puissance menaçante et elle ne peut le tolérer. Elle doit le mettre hors d'état de nuire tout comme la sorcière des Landes. Une vieille dame est alors amenée dans la pièce et s'installe aux côtés de Sophie. Il s'agit de la sorcière des Landes ! Privée de ses pouvoirs, elle a retrouvé l'apparence de son âge : c'est maintenant une très vieille femme inoffensive et sénile.

Dans le jardin du palais, un appareil volant se pose et le roi entre dans la pièce où sont réunies Sophie et les deux sorcières. Il se place auprès de Sophie, quand entre dans la pièce, quelques secondes plus tard, une seconde réplique du roi. Celui-ci part d'un grand éclat de rire devant son double et pense à une blague, avant de quitter la pièce. L'identité du « premier roi » est révélée : Venu chercher Sophie, Hauru s'est transformé en monarque. Suliman leur jette un sort et ils se retrouvent à flotter dans les airs. Suliman les encercle alors par une ronde d'étoiles qui semble maintenir Hauru dans un état d'hypnose total. Alors que Suliman s'apprête à lancer le sort définitif qui mettra à terre le magicien, Sophie pousse un cri salvateur qui réveille Hauru et fait dévier le sort par son chapeau.

Hauru peut alors les faire fuir hors de portée de la sorcière et de ce monde imaginaire. Suliman lance immédiatement ses gardes à leur poursuite. Hauru et Sophie sautent dans l'engin volant, avec la sorcière des Landes et le chien Hihn à leur suite. Sophie autorise Hihn à les suivre, mais elle n'a pas confiance en lui. Pour elle, c'est un espion. Hauru tente de semer les poursuivants à l'aide d'un charme. Par un sort, il dédouble l'engin volant et remet à Sophie une bague magique qui lui indiquera le chemin du retour. Sophie et les autres sont libres de rejoindre le château, tandis que Hauru entraîne les poursuivants à sa suite.

Au même moment, des gardes envahissent simultanément « les domiciles » de Hauru, à ses trois adresses différentes. Mais ils débarquent tous dans des lieux vides. Le château ambulant n'est plus là. Pendant ce temps l'engin volant termine sa course en s'écrasant dans la pièce principale du château, venu à la rencontre de Sophie.

Plus tard, Hauru revient du front sous sa forme d'oiseau, plus mal en point que d'habitude. Cette fois, il ne parvient pas à reprendre un aspect humain. Il passe devant la sorcière des Landes et Sophie assoupies. Sophie, qui a recouvré sa forme de jeune fille, s'éveille et le suit dans sa chambre. Mais la pièce est maintenant à l'image des pensées intérieures de Hauru : la chambre enfantine a laissé place à un long tunnel sombre. Sophie le rejoint au fond de sa tanière et malgré son aspect repoussant, lui avoue son amour. Mais il fuit et Sophie retrouve son aspect de vieille femme avant de se réveiller en sursaut de ce mauvais rêve !

Le lendemain, Hauru, Sophie, Marko, la sorcière des Landes, Navet, Hihn et Calcifer, bref toute la « petite famille » est réquisitionnée pour ôter l'engin volant de la pièce principale du château. Cette première étape accomplie, Hauru s'active pour le « déménagement » des lieux, car il veut mettre tous ses proches à l'abri de Suliman. À l'aide de Calcifer et d'une puissante incantation, il transforme l'intérieur du château en un nouvel espace vivable afin de brouiller les pistes de leurs poursuivants. La pièce principale du foyer est en fait l'ancienne chapellerie de Sophie. Signe de rapprochement, Hauru a même prévu une chambre pour elle. Les couleurs du mécanisme de la porte sont réorganisées. L'une s'ouvrira sur la ville de Sophie.

Une autre s'ouvre maintenant sur le jardin secret de Hauru, un vaste champ de fleurs où se niche une petite maison, dans laquelle il a passé tous les étés de son enfance. Si les choses devaient mal tourner pour lui, Hauru souhaite les mettre tous à l'abri du danger. Cette déclaration fait à nouveau rajeunir Sophie. Hauru profite de l'occasion pour exprimer ses sentiments et la complimenter sur sa beauté. Mais la jeune femme, surprise, perd à nouveau confiance en elle et redevient une petite femme ridée. Des navires de guerre survolent bientôt le jardin de Hauru. Ce dernier, grâce à sa magie, met leur armement hors d'état de nuire. Les représailles ne se font pas attendre, des sous-sorciers s'échappent des navires. Hauru pousse Sophie vers le château et s'envole, l'ennemi à ses trousses.

Le temps passe dans le château, Sophie et les autres attendent le retour de Hauru. Marko rassure Sophie en lui disant que Hauru reste parfois plusieurs jours sans donner signe de vie. De son côté, la sorcière des Landes, sous son aspect enfantin, n'est pas dupe des sentiments de Sophie pour le sorcier tandis que son intérêt pour Calcifer se fait de plus en plus ambigu.

Cependant, une visite prouve que Suliman est toujours à la recherche d'Hauru et ne l'a pas encore capturé. Elle envoie la mère de Sophie pour à nouveau tenter de le piéger. Celle-ci, sous un prétexte fallacieux de visite, en profite pour laisser une sorte d'ectoplasme-espion. Mais la sorcière des Landes veille et désamorce le piège de Suliman en faisant avaler cet étrange mouchard à Calcifer. Mais le démon supporte mal cet aliment et perd peu à peu de son intensité et de son pouvoir protecteur.

Cette situation est d'autant plus préoccupante que la guerre se rapproche. La ville de Sophie est attaquée et les sbires de la sorcière ont réussi à situer le foyer du Hauru. L'étreinte se fait de plus en plus précise et les espions de Suliman entourent bientôt la maison-façade. Hauru arrive à un moment critique et sauve Sophie de la mort en bloquant une bombe. Hauru décide alors de mettre fin à la guerre et repart immédiatement au combat. Sophie se réfugie dans la maison et ferme la porte sur les envoyés de Suliman. Elle active le mécanisme pour revenir dans les landes et contemple les combats qui embrasent au loin sa ville.

Voyant Hauru livrer combat, Sophie décide de revenir en ville pour l'aider. Calcifer n'ayant plus assez de force pour faire bouger tout le château, Sophie imagine un plan. Elle pousse tout le monde à l'extérieur, même Calcifer, récalcitrant. Privé du petit démon, l'architecture s'effondre sous les yeux de nos héros. Sophie associe ses forces à celles de Calcifer pour reconstruire un château ambulant... miniature. Toute la petite troupe embarque dans cette étrange nouvelle bâtisse mobile pour aller prêter main forte à Hauru.

C'est alors que la sorcière des Landes, toujours étrangement obsédée par Calcifer, s'empare du petit démon. Mais celui-ci la brûle et Sophie est contrainte de leur jeter de l'eau pour éviter la mort de la vieille sorcière. Calcifer semble s'éteindre et la nouvelle structure s'emballe et part en morceaux. Sophie et Hihn sont expulsés du château et chutent dans un précipice.

Sophie et Hihn se réveillent au fond du ravin, des morceaux du château éparpillés tout autour d'eux. Sophie sombre dans un profond désespoir, persuadée d'avoir tué Calcifer et donc Hauru. Mais Hihn lui indique la porte du château posés contre une des parois du ravin. La bague, remise par Hauru lors de leur fuite du Palais Royal, s'active et indique la porte. Sophie l'entrebâille et découvre un passage. En l'empruntant, elle ne tarde pas à comprendre qu'elle a ouvert une brèche temporelle vers le passé.

Avec le chien Hihn, la voilà revenue dans le jardin secret de Hauru, la nuit où la malédiction s'est abattue sur le sorcier encore enfant et Calcifer. En spectatrice, elle observe comment le jeune garçon et le petit démon, tombé du ciel, ont lié leur existence. Le premier en offrant son cœur au démon et le second en restant prisonnier de celui-ci. Alors que Sophie et le chien Hihn tentent de s'opposer à cette union, le sol se dérobe sous leurs pieds, il est temps pour eux de revenir vers le présent. Sophie n'a que le temps de crier à Hauru et à Calcifer : « Je suis Sophie. Attendez-moi dans le futur ! », avant de se retrouver à nouveau dans le ravin, de l'autre côté de la porte.

Sophie a maintenant toutes les clefs de l'histoire en main pour révéler la malédiction qui pèse sur Hauru et Calcifer. Le sorcier, sous sa forme de rapace, l'attend à son retour de son voyage vers le passé. À bout de force, il ne peut plus se transformer. Mais c'est également une Sophie plus sûre d'elle qui revient de ce voyage. Elle a retrouvé son aspect de jeune fille, seuls ses cheveux ont gardé leurs reflets gris. Elle embrasse alors sans aucune crainte le visage de Hauru, dernière trace de son humanité. Hauru la transporte alors vers les restes du château ambulant qui continue sa course, avec à son bord les autres personnages.

La sorcière des Landes remet Calcifer à Sophie. Celle-ci le place avec précaution sur Hauru au niveau de la poitrine. Tous les deux fusionnent. Le charme est rompu. Calcifer reprend vie et dans un éclair, s'envole dans les cieux en remerciant Sophie de l'avoir libéré. Hauru reprend peu à peu conscience, la malédiction qui pesait sur lui est également levée.

Mais une ultime mésaventure arrive à nos héros. Comment arrêter le château, privé de son pilote Calcifer ? C'est une fois encore le brave Navet qui sauve la mise à Sophie en stoppant la course folle de la structure avant l'accident.

Et comme dans les meilleurs contes de fées, un « happy end » vient résoudre tous les problèmes laissés en suspens et réconcilier tous les protagonistes : pour lui montrer sa gratitude, Sophie embrasse Navet qui ne tarde pas à reprendre, lui aussi, forme humaine ! C'est le prince du royaume voisin qui a subi une malédiction. C'est sa disparition qui fut l'élément déclencheur de cette guerre absurde, qui n'est en fait que lutte de pouvoir entre sorciers.

Hihn reprend alors contact avec Suliman afin de montrer cet heureux dénouement. La sorcière royale ne peut que se résoudre à laisser tout ce petit monde en paix. Calcifer revient alors et décide rester auprès de sa « famille », tandis que le prince s'éloigne vers sa contrée.

Le château rebâti, le bâtiment ne sera plus ambulant mais volant ! Et c'est dans les airs que tous les personnages de cette étrange petite communauté s'éloignent et reprennent la route.


Le château ambulant : Personnages

Sophie

Timide et renfermée sur elle-même, Sophie a pris la succession de la chapellerie de son père tandis que ses sœurs ont imposé leurs choix et choisi leurs métiers. Manquant beaucoup de confiance en elle, Sophie va apprendre tout au long de sa mésaventure à s'affirmer et à prendre des décisions.

Transformée en vieillarde par la sorcière des Landes, elle s'impose dans le château de Hauru comme femme de ménage et arrive facilement à diriger Calcifer. Vieillissant ou rajeunissant selon ses humeurs, ses espoirs et ses craintes, c'est en assumant ses choix et son amour pour Hauru que Sophie retrouve peu à peu sa véritable apparence.

Malgré cet envoutement, elle séduit par sa douceur et sa générosité tous les protagonistes de l'histoire. Elle semble être elle aussi dotée de vertus magiques : c'est la seule habitante qui arrive à voir les hommes-caoutchouc ; elle charme littéralement Calcifer, qui prend même le risque de périr à la fin du film tant il a confiance en elle (« Si c'est toi, ça doit aller » lui avoue-t-il) ; c'est grâce à son amour que Navet, Calcifer et Hauru seront tous les trois libérés de leurs sorts.

Hauru

Hauru est un jeune et puissant magicien. Ancien disciple de la sorcière royale Suliman, il a conclu un pacte avec un démon du feu qui l'oblige à s'enfuir. Il tente ensuite d'approcher la fascinante mais terrifiante sorcière des Landes. Mais préférant sa liberté aux responsabilités, il l'abandonnera aussi et préférera la clandestinité. Il se réfugie dans un château ambulant et derrière plusieurs identité (Pendragon, Jenkins ou tout simplement Hauru).

Craintif et peureux, Hauru est terrifié à l'idée d'affronter la sorcière des Landes et Suliman. Mais grâce à la présence de Sophie et ayant trouvé en elle quelqu'un à protéger, il saura dépasser ses angoisses et affronter son destin. Il sait depuis le jour où il s'est uni à Calcifer que son destin est lié à celui de la jeune chapelière, qui viendra les sauver. Il voit en elle la belle demoiselle qu'elle est et non pas le sortilège qui fait d'elle une vieillarde.

Ayant pactisé avec un démon pour gagner de la puissance, Hauru est prisonnier d'un terrible maléfice qui ronge son âme humaine et fait de lui peu à peu un véritable démon. Trouvant la guerre entre les deux royaumes stupide et infondée, Hauru use de ce pouvoir démoniaque pour se transformer la nuit en créature ailée, recouverte de plumes noires, et tenter de désactiver les bombes magiques des deux royaumes en guerre.

Hauru a tout du beau prince charmant avec ses yeux bleus, ses cheveux blonds et ses chemises à jabots. À cause du grand ménage de Sophie, qui va mélanger les potions, Hauru retrouve sa véritable couleur naturelle, le brun, ce qui va le mettre dans un état plus que terrible et dévoiler son égocentrisme forcené. En rencontrant Sophie, il va apprendre peu à peu à s'occuper des autres et à mettre de côté l'apparence physique.

Calcifer

Démon du feu, Calcifer est une petite flamme qui, grâce à ses pouvoirs maléfiques, fait vivre et bouger le château de Hauru. Sans lui, la demeure ambulante n'est plus qu'un vulgaire tas de bois et de fer ! Lié par un pacte à Hauru, le démon est contraint de le servir en faisant bouger le château à sa demande ou chauffer l'eau du bain !

Calcifer, qui n'obéit normalement qu'à son maître Hauru, va accepter la présence de Sophie dans le château et va même établir un marché avec elle : si elle arrive à trouver les clefs du secret qui lie Calcifer à Hauru, il la délivrera de son sort.

Malgré ses constantes plaintes et ronchonneries, Calcifer est très attaché à Hauru et à Sophie, et n'a rien de démoniaque. Même une fois libre, il rejoindra sa petite famille et continuera à faire vivre le château.

La sorcière des Landes

Obèse et imposante, toute de noir vêtue, la sorcière des Landes fait régner la terreur sur le pays. Chassée du palais une cinquantaine d'années auparavant, elle attend pourtant une réhabilitation.

Hauru a voulu l'approcher, fasciné par son pouvoir, mais il finit rapidement par la fuir ayant pris peur devant tant de méchanceté. Prise de jalousie envers Sophie, la sorcière va jeter le sort à la chapelière.

Au début terrifiante et pleine de prestance, la sorcière des Landes va retrouver son véritable âge et prendre ainsi l'apparence d'une minuscule grand mère inoffensive, piégée par une ruse diabolique de Suliman.

Depuis toujours attirée par le cœur des hommes, elle est fascinée par Calcifer car il porte en lui le cœur d'Hauru.

Madame Suliman

Avec son visage doux et charismatique, la sorcière royale a tout de la gentille magicienne bienfaisante des contes traditionnels occidentaux. Mais sous cette apparence trompeuse de bonne fée, se cache une femme perfide, pleine de rancœur et assoiffée de pouvoir. Autrefois, le jeune Hauru a été son disciple, mais il l'a quitté lorsqu'il a pactisé avec un démon et a voulu étudier auprès de la terrible sorcière des Landes.

Suliman, blessée dans sa fougue dominatrice, ne pense qu'à se venger de Hauru et de la sorcière des Landes. Elle n'hésite pas à déclencher une guerre apocalyptique pour y aboutir. Elle avoue par ailleurs que cette lutte d'ego lui permet aussi de se divertir. Véritable détentrice du pouvoir royal, c'est elle qui détient les clefs de la paix et qui va accepter, à contre cœur, de faire stopper cette guerre insensée en un claquement de doigts.

Marko

Jeune et débrouillard, Marko est l'apprenti de Hauru. Il s'occupe de vendre les potions fabriquées par son professeur dans les diverses villes où est établi le château. Afin d'être plus crédible, il se transforme en un étrange petit vieillard grâce à une cape magique. Sans parents et sans véritable éducation, Marko va rapidement trouver en Sophie l'affection et l'attention maternelle dont il semble tant manquer.

Hihn

Hihn est un vieux chien à poils longs, gros et courts sur pattes, dont le physique rend comique toutes ses interventions. Lors de leur première rencontre, Sophie va prendre Hihn pour Hauru métamorphosé. Puis elle découvre que sous cette allure empotée se cache un espion de Suliman. Cela déclenche en elle une très grande méfiance envers cet étrange chien.

Hihn représente le bouffon (au sens théâtral du terme) du film, mais va aussi permettre la liaison entre les habitants du château ambulant et l'autorité royale : c'est lui qui mène Sophie jusqu'à la sorcière royale, qui la guide vers le voyage temporel. C'est enfin lui qui demande à Suliman de faire cesser la guerre.

Navet

Navet tient son surnom de Sophie, qui le baptise ainsi pour sa ressemblance avec le légume en question. Tombé sous le charme de chapelière, cet épouvantail magique va la suivre et la soutenir tout au long de sa mésaventure. Cette attitude digne d'un gentleman sied à merveille à son allure, avec son pardessus, son chapeau haut-de-forme et son nœud papillon.

Malgré ses interventions parfois secondaires, Navet tiendra un rôle décisif dans le déroulement de l'histoire : c'est grâce à lui que Sophie trouvera le château ambulant, mais c'est aussi lui qui détient les clefs du happy end. Sous cette trompeuse apparence se cache en fait le prince du royaume opposé, dont la mystérieuse disparition a déclenché la guerre. Et c'est grâce à un baiser de Sophie, plein d'amour et de reconnaissance, que Navet reprendra sa forme humaine et retournera dans son pays afin de calmer les esprits guerriers.

Lettie

Sophistiquée et coquette, la sœur de Sophie est courtisée par de nombreux jeunes hommes dans sa boulangerie. Jeune fille épanouie, Lettie a choisi elle-même sa voie, à l'opposé de Sophie. Elle va tenter de pousser sa sœur à se prendre en main et à s'affirmer.

Fanny

Volage et égoïste, la mère de Sophie se passionne bien plus pour les dernières tendances vestimentaires que pour ses filles. Fanny sera forcée par Suliman à duper sa propre fille et apporter chez Hauru un espion.


Le château ambulant : Analyse

À sa sortie, Le château ambulant était un des films les plus attendus de l'histoire de l'animation japonaise, la preuve étant le démarrage exceptionnel du film au Japon. Cependant, malgré ce succès public, tous les journalistes nippons n'ont pas vu dans le film de Hayao Miyazaki le chef-d'œuvre annoncé et ont estimé que le réalisateur s'était laissé aller à la facilité. À toutes ses critiques, le producteur Toshio Suzuki a répondu lors de la conférence de presse de l’exposition Miyazaki-Mœbius :

« Miyazaki a toujours réalisé des films en détruisant la grammaire cinématographique. Chaque fois, il a essayé de faire quelque chose de différents et il savait que pour ce film là, il allait se faire critiquer. Mais ce n'était pas important pour lui. Il savait qu'il allait faire quelque chose d'encore plus iconoclaste que ses œuvres précédentes. Ce qu'il voulait faire c'était faire un film qui était important pour les spectateurs d'aujourd'hui. Il savait que Le château ambulant allait être comparé à ses autres films mais il s'inscrit tout à fait dans la démarche de destruction des règles de la grammaire de son cinéma et il était prêt à affronter ces critiques ».

Face à cette nouvelle situation opposant pour la première fois les critiques et le réalisateur, comment aborder le film avec le plus d'objectivité possible ? C'est ce que nous avons tenté de faire avec une approche analytique.

Une œuvre auto-référentielle ?

Une impression de redite étreint parfois le spectateur durant le film. Œuvre auto-référentielle ? Redite de la part du réalisateur ? Salut final ou compilation ? Voici quelques clins d'œil et quelques scènes qui évoquent irrésistiblement le monde de Hayao Miyazaki.

Les mondes magiques du Château ambulant et du Voyage de Chihiro semblent très similaires. Ses thèmes de prédilection sont bel et bien là, sans de réels enrichissements formels. Ainsi on retrouve une scène de personnages en état d'apesanteur, rappelant la chute de Haku. Vers la fin, Hauru tombe sur le sol, sous sa forme d'oiseau et les plumes s'envolent, citation quasiment textuelle de la transformation du dragon en Haku. On retrouve également une crise de sanglot avec des larmes énormes rappelant les grosses gouttes qui ruisselaient sur le visage de Chihiro. On remarque aussi des magnifiques scènes de vol sublimant des engins volants semblant tout droit sortis du générique du Château dans le ciel ou de Nausicaä de la Vallée du Vent. Enfin, la bague que remet Hauru à Sophie pour lui indiquer son chemin jusqu'au château ambulant, semble faire référence à la pierre magique de Sheeta qui pointe de la même manière la cité volante de Laputa.

Des plans entiers des scènes de dialogues entre Kiki et le chat Jiji sont appliquées cette fois à Sophie et le chien Hihn, qui cavale à coté d'elle. On retrouve aussi des motifs graphiques sortis de la filmographie de Miyazaki, comme les hommes-caoutchoucs, rappelant le sans-visage de Chihiro.

Les thèmes de prédilection du réalisateur sont bien évidemment présents : scène de vols et courses poursuites aériennes bien sûr, force de caractère de l'héroïne principale, absence de manichéisme. Ainsi, les personnages de « méchants » sont ambigus. La terrifiante sorcière des Landes du début s'avère être un personnage drôle et inoffensif après avoir perdu ses pouvoirs. Suliman, sous des aspects doux et posés, peut s'avérer terrible.

Mais attention, d'autres scènes peuvent être comprises comme des redites totales quant à la mise en scène de Miyazaki, alors qu'elles ne sont qu'une reprise fidèle du roman. Ainsi, Hauru se couvre d'une substance verte qui s'étend lentement rappelant inévitablement le Dieu-cerf dans Princesse Mononoke. Or cette scène et cette description se trouve mot pour mot dans le chapitre 2 du livre de Dianna Wynne Jones, écrit des années avant les aventures de San et Ashitaka. Ces deux univers entrent donc ici en totale fusion, et il suffit à Miyazaki de prêter sa mise en scène et son graphisme à l'univers de l'auteur anglais.

Il est vrai qu'en réfléchissant bien et comme le remarque très justement l'article de Sébastien Célimon dans le numéro 107 d'Animeland, qu'on peut comprendre toutes ces « redites » comme la volonté pour Miyazaki de présenter une compilation de sa filmographie, une sorte de clôture à un cycle. Il est à noter que cette fois-ci, selon Toshio Suzuki, Miyazaki n'a pas ressorti son histoire de mise à la retraite anticipée et qu'il aurait même déclaré qu'il souhaitait rester encore actif une dizaine d'années...

En revanche, Le château ambulant tranche vraiment par rapport à d'autres aspects de la filmographie du réalisateur. En effet, Miyazaki assume pour la première fois une histoire d'amour assumée jusqu'à la fin par un baiser. Auparavant, les amours de Marco et Gina ou Ashitaka et San n'aboutissaient pas à l'écran. Seule une scène entre Fio à Marco montrait un baiser mais pour des raisons évidentes de référence aux mécanismes du conte de fées. Ici, on assiste à une véritable love story. Mais nous reviendrons sur cet élément à la fin de l'analyse.

Autre nouveauté notoire : Hihn n'est pas sans évoquer les sidekicks de Disney (à la différence que Hihn est bien moins bavard !). Le vieux chien accompagnant l'héroïne pourrait rappeler le rat et l'oiseau dans Le voyage de Chihiro. Il ne semble n'avoir qu'un but, celui de faire le pitre à des moments critiques ou tendus. Mais là où Bô et Yubâ-bird apportaient une touche de légèreté, Hihn apparaît plutôt comme un ressort comique un peu lourd, et parfois même en trop. Sa présence jusqu'à la fin du film peut cependant être assimilée à un rôle de témoin pour Suliman des mésaventures de Hauru et Sophie.

De même, Miyazaki se lance dans une évocation du voyage temporel (esquissé légèrement dans Chihiro). Ce passage ne figure absolument pas dans l'ouvrage original et relève de la pure imagination de Miyazaki. En effet, à la fin, Sophie se retrouve projetée dans le passé et assiste à la scène d'où tout est parti, la clé de voûte de l'énigme du Château ambulant : elle voit le sorcier, encore enfant, donner son cœur à Calcifer. Avant de se retrouver projetée dans le présent, elle a le temps de crier au démon et à Hauru : « Je suis Sophie. Attendez-moi dans le futur ». On comprend donc que depuis le début, Hauru et Calcifer connaissent Sophie et attendent désespérément que celle-ci lève leur malédiction. Cela explique alors la relative facilité avec laquelle Sophie pénètre dans le château, l'obéissance de Calcifer ou encore l'extrême tolérance de Hauru à son égard. Tous deux savent qui est Sophie, mais ne peuvent le révéler, puisque leur malédiction ne peut être prononcée par aucun d'eux.

Le monde des apparences : « un cœur changeant est la seule pérennité ici-bas. »

Le message de Hauru, derrière une apparente simplicité, est bien plus complexe qu'il n'y paraît. D'une simple approche sur la vieillesse, on peut ensuite y lire plusieurs niveaux de réflexion autour des apparences, des faux semblants et des masques. De fait, Sophie est le personnage emblématique de cette thématique. Elle apparaît au départ sous une apparence juvénile, mais sa belle-mère la qualifie de jeune fille bien trop sérieuse, vieille avant l'âge. Passé le premier choc de sa métamorphose, il est donc normal qu'elle se fasse très vite à ce nouveau corps, ce visage creusé de rides. Cette malédiction n'est dès lors plus un fardeau, et peu à peu, Sophie adopte ce corps fatigué et s'en accommode plutôt bien, puisqu'il correspond à son état d'esprit : « je n'ai jamais connu une telle sérénité » dit-elle, quelque temps après son installation au château.

Mais parfois, à des moments clés, Sophie lève le sort et redevient une belle jeune fille. Lorsqu'elle défend avec passion le jeune sorcier, lorsqu'elle lui avoue dans ses rêves son amour, ou encore quand elle dort, les autres pouvant la voir sous sa forme juvénile. Mais le moindre doute, la moindre peur la ramènent à son corps de vieille femme : « On a peu à perdre quand on est vieille » confie-t-elle à Hauru. Comme elle l'explique dans un accès de colère, elle se sent laide, et l'on peut penser que son apparence de vieille femme la conforte ainsi dans sa vision. En acceptant sa beauté, son amour pour Hauru, elle rompra le charme et pourra devenir enfin cette belle jeune fille dont Hauru est épris. Ce jeu des apparences est manié constamment par Hayao Miyazaki, qui représente ainsi les états d'âme de Sophie au fil du film par des multiples changements.

Mais ce jeu des apparences ne s'arrête pas ici et chaque personnage a sa propre carapace, son double antithétique le protégeant des agressions extérieures. Evidemment, le personnage de Hauru n'échappe pas à la règle. Tout d'abord, afin de fuir les responsabilités, il endosse de multiples identités, tantôt M. Pendragon, tantôt M. Jenkins. Ensuite, il ne cesse de changer de couleur de cheveux, ce qui peut être interprété comme une recherche de soi, mais aussi une fuite en avant. Enfin, depuis son pacte avec Calcifer, lui aussi souffre d'une transformation éprouvante, en se transformant en un terrifiant rapace, et cette métamorphose violente l'éloigne peu à peu de sa véritable nature, comme le souligne Suliman et Calcifer. Dans la scène du rêve, on l'aperçoit même terrifié fuyant les regards de Sophie. Toutes ces métamorphoses lui permettent de fuir à la fois les autres et lui-même. Seul l'amour persévérant de Sophie lui apportera le courage, mais aussi le repos et la stabilité.

Marko se transforme lui aussi en vieillard pour pouvoir sortir à l'extérieur, et le moment où ce costume disparaît est l'instant où il craint le départ de Sophie et lui avoue son affection pour elle. Là encore le masque se fissure sous l'émotion.

Ces cœurs changeants sont donc ici symbolisés par ce jeu de sortilèges transformant l'apparence. Les humeurs transparaissent finalement à travers ces costumes que les personnages endossent au gré de leurs émotions, fuyant bien souvent leurs véritables sentiments derrière ce masque, qui parfois cependant se fendille pour laisser apparaître la vérité.

Miyazaki joue même avec les codes représentatifs du costume pour tromper son spectateur. La sorcière Suliman a tous les attributs de la sage et éclairée magicienne et s'avère finalement la plus manipulatrice et machiavélique des sorcières. Cette fausse apparence est également valable pour le personnage de Navet, dont la drôle d'allure de bout de bois à tête de légume ne laisse pas imaginer l'identité royale. Le chien Hihn est encore plus mystérieux, puisque Miyazaki nous laisse d'abord supposer qu'il s'agit de Hauru, puis nous comprenons qu'il s'agit d'un messager fidèle de la perfide Suliman, pour enfin s'avérer un compagnon et un guide pour Sophie.

On assiste donc à une véritable valse des identités et des apparences, changeant au gré du film et des émotions de chacun des personnages, Miyazaki promenant son spectateur au cœur de cette galerie de métamorphoses vivantes.

Le conte revisité par Hayao Miyazaki

Un des aspects fondamentaux du Château ambulant est la façon dont Hayao Miyazaki aborde l'univers traditionnel du conte. En fait, il reprend ici le ton même de l'œuvre de Dianne Wynne Jones. En effet, comme dans le roman, le réalisateur se joue de ces codes immémoriaux auxquels le spectateur est habitué depuis sa plus tendre enfance.

Ainsi, et pour l'une des premières fois chez Miyazaki, tout se joue principalement autour d'une pièce principale, le foyer du château, véritable scène de tous les drames, jusqu'à sa dislocation finale. Le pari est risqué à plus d'un titre, car il faut sans cesse renouveler la vision de cet espace, ce que fait avec habileté Miyazaki. Ce procédé rompt avec une des caractéristiques du conte qui est la quête initiatique, où le héros part pour de nouveaux horizons pour se confronter à un univers inconnu. Ici, non seulement Sophie reste toujours près de chez elle, voire, vers la fin, se trouve réellement à domicile, mais elle bouge peu de son territoire qu'est devenu le château.

Miyazaki s'amuse également à reprendre des éléments du conte et à les utiliser de manière incongrue. Ainsi, il joue sans cesse avec la symbolique du feu, métaphore évidente sur la passion et sur l'amour. Ici, Miyazaki en fait même le cœur de Hauru, qui se consume littéralement. La sorcière des Landes, folle amoureuse du jeune sorcier, lui vole littéralement son cœur et en l'étreignant trop violemment le fait peu à peu s'étouffer et s'éteindre. Miyazaki semble prendre au pied de la lettre les clichés liés à l'amour et les utiliser ainsi de manière comique ou dramatiques. Suivant le même procédé, lorsque Hauru, suite à une crise de colère insensée, se couvre d'une substance verte, on pense à un danger réel pour lui, une menace de mort qui effraie Sophie. Mais au final, on apprend qu'il s'agit d'une inoffensive crise de bile et qu'un simple bain remettra d'aplomb le jeune homme trop susceptible. Là aussi, Miyazaki semble se jouer d'une simple expression pour lui faire prendre une acception bien plus réaliste.

Tout au long du film, Miyazaki laisse également un fil conducteur : l'étoile. Elle apparaît dès le début, lorsque Sophie arrive dans le château. Elle donne à Hauru un petit papier qui se révèle être une malédiction. On s'aperçoit qu'il s'agit d'une étoile filante. Plus tard, Suliman tentera de piéger Hauru en lui lançant un sort, qui prend la forme d'une ronde d'étoiles filantes encerclant le sorcier et Sophie. Puis, notre héroïne découvrira la clé de cette énigme : Calcifer était un démon sous forme d'étoile filante, avec qui Hauru passera un pacte. Cette découverte marquera à jamais Sophie, dont les cheveux resteront gris, comme la couleur de l'étoile, comme si la découverte de l'énigme devait à jamais la marquer. A posteriori, on comprend alors que la sorcière des Landes a toujours su elle aussi la malédiction de Hauru, d'où son message et son intérêt pour Calcifer. Cette symbolique de l'étoile est un des thèmes récurrents de l'univers du conte : les rois mages et l'étoile polaire, le mythe de Castor et Pollux se transformant en étoile, Le Petit Prince... Mais dans Le château ambulant, Miyazaki renverse encore une fois la symbolique. Là où habituellement l'étoile évoquait l'espoir, l'accomplissement d'un vœu, le miracle, l'astre devient ici une malédiction, un sort puissant qui poursuit Hauru tout au long de l'œuvre, et qui marquera à jamais Sophie.

D'autres éléments sont tout droit issus de l'univers du conte : Navet n'est pas sans rappeler l'épouvantail dans Le magicien d'Oz et, par ailleurs, Sophie lui rend son apparence en lui donnant un baiser, référence évidente au mythe du prince charmant qui sommeille en chaque grenouille ! L'univers de Kingsbury évoque aussi irrésistiblement le monde magique des châteaux de princesse. Le nom de Pendragon n'évoque-t-il pas irrésistiblement le nom du père du roi Arthur ?

Mais le fait le plus marquant reste cependant cet étrange happy end, ce semblant de « il se marièrent, ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants » ! Comme nous l'avons écrit précédemment, c'est la première fois que Miyazaki assume pleinement une relation amoureuse. Mais c'est aussi probablement l'unique fois où son dénouement semble aussi idyllique, stéréotypée et définitive. Habituellement on sait que, par une fin ouverte, Miyazaki laisse au spectateur le soin d'imaginer n'importe quelle suite à son aventure. Mais en observant de plus près la fin du Château ambulant, on peut se pencher sur quelques éléments qui permettent de nuancer ce point de vue. Tout d'abord, la déconcertante attitude de Suliman semble nous délivrer un message : cette terrible guerre n'est en fait qu'une simple bataille d'ego de sorciers qui jouent avec leurs sujets comme de vulgaires pions. Suliman se lassant de ce jeu, elle décide de stopper cette guerre apocalyptique comme un enfant arrêtant sa partie de Monopoly. Le message est donc bien plus fort que l'apparente désinvolture avec laquelle Miyazaki semble traiter le sujet.

Ensuite, ce baiser final et cette vision idyllique de la petite famille à bord du château ambulant (et visiblement reconstruit !) peut dérouter les amateurs de Miyazaki. Un happy end aussi facile et prévisible chez notre réalisateur nippon ? Serait-ce possible ? Mais restez bien sagement assis jusqu'au générique et lisez bien les sous-titres de la chanson finale :

[...] Même seule maintenant,
Je me souviens de notre hier à deux,
Aujourd'hui brille encore des mille feux

Du jour où nous nous sommes rencontrés
Dans mes souvenirs, tu n'as nulle part ta place
Mais, devenu Zéphir, tu caresses mes joues de ton souffle

Même après notre séparation,
A l'heure où le soleil disparaissait dans les arbres
La promesse du monde n'est pas du tout rompue

Même seule maintenant,
Mes lendemains sont infinis
Car, tu me l'as appris, la douceur se cache au sein de la nuit
[...]

Faisons alors une comparaison avec un conte animé classique comme Aladdin. Imaginons la scène finale où Yasmine et son prince s'évadent vers les cieux. À ce moment là commencerait la chanson de générique qui nous parlerait de séparation, d'un amour passé et révolu, dont une chanteuse se souviendrait avec émotion... Cela ne vous semblerait-il pas incongru au regard des images d'amour éternel que renvoient nos deux tourtereaux ?

Dans le film de Miyazaki, cette association inattendue est pourtant utilisée. Le dénouement au message idyllique se teinte alors d'une nostalgie nouvelle et étrange : Quel avenir dès lors pour nos personnages ? Un évènement va-t-il séparer Hauru et Sophie ? Leur amour serait-il menacé ? Comme le dit Hauru, « un cœur changeant est la seule pérennité ici-bas », et notre couple n'est peut-être donc pas celui des contes de fées, où les amants se jurent serment de fidélité jusqu'à la fin des temps.

Evidemment, pour nous, spectateurs occidentaux, cette association peut nous sembler ténue, mais cela demeure troublant pour un japonais qui entend ces paroles, là où nous devons nous contenter de sous-titres. Il ne s'agit bien entendu que d'une interprétation parmi les autres que devrait susciter ce dénouement, mais cela nuance tout de même sérieusement cette fin un peu sirupeuse, comme si Miyazaki ne voulait pas assumer jusqu'au bout cette histoire un peu trop conventionnelle. À vous de décider !

Quelques critiques

Il faut admettre dès le début que Le château ambulant n'est sans doute pas le meilleur film de Hayao Miyazaki. Non pas qu'il soit raté, loin de là, mais le film, malgré sa beauté et sa virtuosité maîtrisée, semble moins en état de grâce que ses précédentes réalisations. Il s'agit d'une déception, mais d'une déception cependant relative ! Ce n'est pas encore aujourd'hui que Miyazaki nous livre un film juste passable. Cependant, pour la première fois dans l'histoire de Buta Connection, nous émettons, comme vous allez le constater, quelques réserves.

On ne peut pas cataloguer le film comme l'une des œuvres les plus personnelles de Miyazaki. Il est d'ailleurs amusant de remarquer que Kiki, la petite sorcière est souvent cité comme son long métrage le plus conventionnel. Or on remarque des similitudes quant aux conditions de production avec Le château ambulant. Tout comme pour Kiki, Miyazaki a récupéré le poste de réalisateur en cour de développement et n'est pas à l'origine de l'histoire.

La déception est peut-être également un signe des limites de la technique de travail particulière de Miyazaki. En effet, on sait que le réalisateur nippon n'est pas un adepte des scénarios écrits à l'avance et préfère attaquer des croquis d'ambiance et le storyboard, l'histoire se construisant au gré des inspirations. Or, dans Le château ambulant, l'action semble parfois prendre des chemins étranges et inattendus, et le spectateur perd parfois le fil du scénario. Cette technique, qu'aucun autre studio n'aurait osée pour des raisons évidentes, a peut-être ici désuni la continuité narrative.

Mais dès que l'on cesse de l'analyser, le film est une merveille pour les yeux et la mise en scène de Miyazaki est toujours un modèle et de fluidité. Les péripéties, complètement irrationnelles mais toujours crédibles, se succèdent à un rythme étourdissant. Comme d'habitude, la musique de Joe Hisaishi est là pour magnifier l'image, bien qu'elle semble parfois un peu noyée dans l'action, tout en étant par instant un peu répétitive. La petite pointe de dépit concernant le manque de renouvellement des motifs graphiques et scéniques est compensée par des trouvailles réjouissantes. Il y a tout de même plus d'idées dans le film que dans toute la filmographie de certains réalisateurs... Par exemple, le visuel du château ambulant est un des points forts du film, transformant cet amas de ferraille en un personnage à part entière.

Une des critiques qui reviendra probablement souvent dans les journaux est l'apparente confusion qui règne dans cet univers. Cependant, après un deuxième visionnage, on s'aperçoit rapidement que le scénario est complexe, maîtrisé et méticuleusement pensé. La narration, la multiplicité des thèmes et des sous-intrigues s'entremêlant sont riches, à l'image des dernières réalisations de Miyazaki. Le spectateur suit ainsi un véritable parcours, découvrant au fur et à mesure les différentes trames de l'aventure sans en saisir forcément la portée immédiate. Ainsi, le récit débute sur la romance avec Sophie, sur laquelle se greffe une histoire de jalousie et de revanche entre la sorcière des Landes et Hauru. La sorcière semble d'ailleurs être la grande « méchante » du film, dans l'esprit du personnage de Yubâba, mais entre en scène, vers la moitié du récit, le personnage de Suliman. On réalise alors qu'au final, toute cette histoire et ses tenants ne sont qu'une guerre de pouvoir et d'ego entre magiciens. Cette complexité rend les motivations des personnages plus difficiles à saisir. Au final, le spectateur est parfois un peu perdu et se demande où le réalisateur veut l'emmener. Ce parti pris scénaristique était un pari risqué, et il faut bien avouer que Miyazaki ne l'a pas entièrement remporté.

Pour conclure

Nous nous permettons de vous donner un petit conseil : loin de nous l'idée de gonfler artificiellement les entrées du film en salles, mais soyons honnêtes, un second visionnage ne fait pas de mal pour apprécier le film à sa juste valeur et peut-être se réconcilier avec le savoir-faire de Hayao Miyazaki ! C'est bien ce qu'il nous a fallu -avec en plus de nombreux brainstormings- pour écrire cette analyse. Et il reste sans doute encore de nombreuses pistes à explorer que nous n'avons pas évoquées. À vous désormais de vous amuser à démêler tous les fils de cet écheveau aussi intriguant qu'éblouissant !


Le château ambulant : Production

Le château ambulant entre en production début février 2003. Elle s'achèvera presque un an et demi plus tard, le 30 juillet 2004. Pourtant la genèse du film a été plus chaotique que ces dates ne le laissent penser.

Dès septembre 2001, peu de temps après le raz-de-marée Chihiro, le studio Ghibli annonce qu'il travaille sur deux nouveaux projets de film. Le premier doit être un moyen métrage réalisé par Hiroyuki Morita et le second un long métrage réalisé par Mamoru Hosoda (La traversée du temps, Les enfants loups, Ame et Yuki), montrant que la place est à la relève. Le moyen métrage devient finalement le long métrage Le Royaume des chats et sort, comme prévu, pendant l'été 2002. Le film de Hosoda, en revanche, prend du retard. En juin 2002, alors que l'E-konte est déjà bien avancé, le jeune réalisateur jette finalement l'éponge pour avoir échoué dans l'élaboration d'un concept satisfaisant au yeux des pontes du studio. Le projet reste un temps abandonné et le poste de réalisateur vacant... avant que Hayao Miyazaki, comme pour la production de Kiki, la petite sorcière, décide de tout reprendre.

E-konte de Mamoru Hosoda

(Cliquez pour agrandir les images)

Entre temps, voyant sans doute de nombreux collaborateurs démoralisés par les mois de travail inutiles (Miyazaki repartant de zéro !), le studio Ghibli ferme pendant six mois, permettant à tous de se reposer ou de s'investir dans d'autres projets... Ce n'est donc qu'en février 2003 que la production du Château ambulant reprend.

Croquis préparatoire de Hayao Miyazaki

À partir de là, on revient au scénario classique de production d'un long métrage signé Hayao Miyazaki : les producteurs s'inquiètent de la longueur du film et surtout du retard pris par le réalisateur pour fournir les storyboards aux animateurs. En décembre 2003, on estimait que les animateurs avaient globalement réalisé plus de la moitié de leur travail ; mais personne ne savait réellement ce qu'il restait à faire car les storyboards n'étaient toujours pas achevés et arrivaient au fur et à mesure.

Ce n'est que le 16 janvier que toute l'équipe apprend avec soulagement que le storyboard est enfin terminé. Il y a aura un total de 1 400 plans. Les animateurs clés passent le cap symbolique des 1 000 plans le 13 février et l'animation clé sera au final achevée le 21 mai. Les autres jalons importants de la production sont les suivants :

  • La vérification de l'animation clef le 8 juin
  • L'enregistrement des voix le 17 juin
  • Le travail des intervallistes le 25 juin
  • L'enregistrement des effets sonores le 28 juin
  • L'enregistrement de la musique le 30 juin
  • La dernière projection d'essai validant l'animation complète le 4 juillet
  • Le montage et le mixage le 26 juillet
  • La fin de la production marquée par une projection interne le 30 juillet

La sortie du film dans les salles de cinéma japonaises Tôhô, initialement prévue pour juillet 2004, est reportée au 20 novembre 2004. Présenté le 5 septembre à la Mostra de Venise, Le château ambulant est chaleureusement accueilli par les festivaliers. Le jury décerne même au studio Ghibli l'Osella, récompensant une contribution technique exceptionnelle.

Contrairement au Voyage de Chihiro où Hayao Miyazaki et Toshio Suzuki ont accordé beaucoup d'interviews, la promotion du Château ambulant s'est limitée à une exposition et quelques bandes-annonces. Le producteur explique : « Nous sommes convenus de ne pas parler en détail de l'histoire, du contenu ou du thème. En fait, Hayao Miyazaki a souhaité très ardemment que le film soit découvert sans connaissance préliminaire, donc sans préjugé, tout simplement. Nous avons beaucoup réfléchi ensemble après la sortie du Voyage de Chihiro et conclu que nous en avions trop fait, qu'il y avait eu trop de publicité. » Le réalisateur a également décidé de ne faire aucune promotion en dehors du Japon. Seule entorse à cette règle, sa visite en France, début décembre, à l'occasion de l’exposition Miyazaki-Mœbius et de l'avant-première parisienne du Château ambulant.

Malgré cette relative absence de promotion, au premier jour de sa sortie au Japon, le nouvel opus de Miyazaki semble connaitre une affluence encore plus forte que celle du Voyage de Chihiro il y a trois ans. À Tôkyô, 1 300 personnes (dont un centaine depuis la veille) ont fait la queue pour la première séance au Teatro alla Scala de Hibiya de Tôhô. Le château ambulant est distribué au Japon dans un nombre record de 448 salles sur les 2 700 que compte le pays. Le précédent record était détenu par Princesse Mononoke avec 348 copies tandis que Chihiro n'avait bénéficié « que » de 336 copies.

Le premier week-end d'exploitation a totalisé un box-office record de 1,1 million de spectateurs et 1,4 milliard de yens (plus de 10 M€). Au vu de ce démarrage, Tôhô a (trop) vite annoncé que le film « mobilisera » quelques 40 millions de spectateurs -Chihiro en avait totalisé 23 millions- et atteindra 50 milliards de yens (360 M€) de recettes ! Après deux semaines et quatre semaines, le film bat de nouveau un record avec respectivement plus de 5 millions et plus de 9 millions de spectateurs. Mais le rythme s'essouffle un peu par la suite, peut-être du fait d'un retour du public et de la critique japonaise -jugée trop conservatrice par le studio Ghibli!- un peu plus partagée qu'à l'habitude. Beaucoup trouvent que le film manque de force, que l'histoire est incompréhensible ou encore critiquent le choix des doubleurs. Au final, le film atteindra plus de 14 millions de spectateurs, ce qui représentera le troisième plus gros box-office au Japon derrière Titanic et devant Princesse Mononoke.

Pour ce qui est de la distribution internationale, le film a été exploité par Disney dans une cinquantaine de pays, en commençant par la Corée le 24 décembre, Singapour le 30 décembre, et bien sûr la France le 12 janvier 2005. Dans l'hexagone, la promotion est conséquente mais handicapée par l'absence d'interview de Miyazaki. Comme au Japon, le film ne fait pas mieux que Le voyage de Chihiro mais, avec plus de 1,3 millions de spectateurs, remporte un très joli succès.

Pourquoi Mamoru Hosoda n'a pas réalisé Le château ambulant ?

En août 2015, dans l'émission Professional - Shigoto no Ryûgi de la chaîne NHK consacrée à la production de son film Bakemono no Ko (Le garçon et la bête), Mamoru Hosoda est revenu sur son parcours dans le milieu de l’animation et les circonstances de son éviction de la réalisation du Château ambulant pour le studio Ghibli.
Voici une traduction de cette partie de l’émission.

Mamoru Hosoda est élevé par sa mère. Enfant, il a beaucoup de difficulté a s’exprimer par lui-même, complexé par un bégaiement (il l’est encore un peu), et se retrouve, à cause de cela, en classe spéciale. Un jour, sa mère l’emmène voir Le château de Cagliostro de Hayao Miyazaki. Il sort bouleversé par le film et caresse dès lors le rêve de devenir lui aussi réalisateur.

Ses études universitaires achevées, il présente sa candidature pour rejoindre la structure de formation du studio Ghibli, mais il est refusé.
Hosoda montre alors à la caméra ce qu’il considère comme son « trésor », qu’il garde précieusement chez lui : cette fameuse lettre de refus du studio Ghibli. Pourtant, quand il a reçu cette lettre, son premier réflexe a été de rouler en boule cette lettre type (néanmoins signée par Miyazaki lui-même), se terminant sur des encouragements et l’invitant à persévérer...
A cette époque, il ne pensait pas recroiser la route de Miyazaki et encore moins celle du studio Ghibli.

Mais il lui est impossible d’oublier son rêve de réalisation de long métrage d’animation. Il rejoint donc la Tôei. Pendant 9 ans, il travaille pour être reconnu. C’est un court métrage pour la série Dejimon Adobenchâ (Digimon Adventure), qu’il réalise, qui attire finalement l’attention sur lui. C’est alors qu’il reçoit un coup de fil inattendu de Ghibli lui proposant la réalisation d'un long métrage en préparation : Le château ambulant.

Emu, mais plutôt sûr de lui, il se présente au studio Ghibli et commence à travailler sur le storyboard du film. Mais le roman éponyme dont est tiré Le château ambulant est complexe à adapter. Il a du mal à jeter les prémices du script. Et il fait l’erreur de ne demander à personne de l’aider.
« J’avais une confiance en moi-même un peu excessive. En y réfléchissant maintenant, je pouvais peut-être demander des conseils à Hayao Miyazaki ou Isao Takahata. Mais je souhaitais peut-être aussi ne pas trop être dirigé par eux. »

Il est de plus en plus seul, renfermé sur lui-même. 8 mois plus tard, le storyboard n’a pas avancé et il se retrouve dos au mur. Le producteur de l’époque le convoque et lui dit : « Hosoda-kun, on ne peut pas continuer comme ça. » C’était le 21 avril 2002.
« Vous vous souvenez bien de ce jour là ? »
- Oui, je me disais qu’il me serait maintenait impossible de regagner la confiance de quiconque en tant que réalisateur.

En effet, ses difficultés ne sont pas terminées. Il retourne à la Tôei où ses projets sont tous refusés. Dans le milieu de l’animation, on commençait à entendre : « Hosoda est fini. »
Sa mère, son soutien principal, tombe malade. Il hésite alors à rentrer dans sa région natale pour s’occuper d’elle ou persévérer dans le milieu de l’animation. Il choisit finalement de rester fidèle à son rêve d’enfant : tout en pensant à sa mère, il continue de travailler sur des séries TV et de développer en parallèle des projets, sans toutefois avoir l’espoir qu’ils se concrétisent.

Finalement, au bout de 3 ans, le producteur Masao Maruyama (studio Madhouse) séduit par la qualité d’un épisode (le n° 40) de la série Ojamajo Doremi (Magical DoReMi) lui propose la réalisation d’un projet de long métrage : Toki wo Kakeru Shôjo (La traversée du temps).
Surpris par cette proposition, Hosoda décide de tenter le tout pour le tout pour se consacrer à ce projet. Il quitte la Tôei, pour laquelle il a travaillé pendant 14 ans, ne souhaitant pas entendre parler de « plan B » en cas d’échec de ce nouveau projet. Ce n’est plus le même Hosoda qui aborde ce nouveau long métrage. Cette fois-ci, il saura demander l’avis de ses collaborateurs sans orgueil mal placé.

La suite est maintenant plus connue. Bakemono no Ko (Le garçon et la bête) est sorti le 11 juillet 2015 en salles et l’attente du public japonais n’a jamais été aussi forte pour l’un de ses films, surtout depuis l’annonce de la retraite à la réalisation de longs métrages d’un certain Hayao Miyazaki...

Le château ambulant : Adaptation du roman

Le château ambulant est l'adaptation du célèbre roman de la britannique Diana Wynne Jones Howl's Moving Castle (Le château de Hurle en français), publié en 1986 en Grande-Bretagne et seize ans plus tard en France (éditions Le pré aux clercs). Diana Wynne Jones est reconnue comme l'un des meilleurs auteurs de son pays dans le registre du fantastique pour enfants, auquel elle se consacre largement et avec succès depuis 1970, alignant trente titres à son actif.

Couverture de la version britannique, japonaise et française du roman.

L'histoire originale

Sophie est une jeune fille de dix-huit ans, persuadée qu'être l'aînée de la famille est une tare. Pensant que son destin ne lui réserve rien d'intéressant, elle va pourtant être métamorphosée en vieille femme par la cruelle sorcière du Désert. Partie chercher sa fortune ailleurs, elle se retrouvera au château du magicien Hurle, un sorcier prétendument cruel et puissant. Elle fera la connaissance de Michael, son apprenti et Calcifer, son démon du feu. Souvent exaspérée par les caprices et la désinvolture du sorcier, elle apprendra pourtant qu'il est un garçon intelligent et d'une bonté extrême, peut-être corrompu par une grande solitude et un contrat mystérieux passé avec son démon du feu. Sophie devra, sur la demande de Calcifer, découvrir comment rompre ce contrat, tout en cherchant à résoudre les nombreuses énigmes du pays d'Ingary, qui semblent toutes mystérieusement liées à Hurle et à la sorcière du Désert...

L'adaptation de Hayao Miyazaki

Le roman Howl's Moving Castle est une histoire ironique, pleine d'humour, de suspense et de romance qui, bien avant Shrek, s'amusait à détourner les conventions inhérentes aux contes de fée.

Hayao Miyazaki a pourtant pris d'autres directions cinématographiques depuis 1997, à l'époque où il réalisait des films aux thèmes plus sombres. Même s'ils étaient toujours destinés à un public jeune, le message semblait être plus grave. À la suite du Voyage de Chihiro, une œuvre foisonnante, au lyrisme n'ayant d'égal que ses innombrables niveaux de lectures, il était désormais difficile d'imaginer quel tournant prendrait le réalisateur-phare du studio Ghibli, surtout après ses multiples annonces de retraite anticipée. Pourquoi dès lors accepter d'adapter Howl's moving Castle ?

Sur le choix de l'œuvre originale, Diana Wynne Jones explique que « Howl's Moving Castle est un livre très visuel. Je pense qu'il a retenu l'attention de Miyazaki parce qu'il illustre un récit se déroulant simultanément dans plusieurs lieux. Il adore les paysages différents, mêlés ou superposés, et de tels éléments sont surabondants dans le roman. L'animation est vraiment un médium idéal pour relater des événements magiques. J'imagine que Miyazaki peut instantanément réfléchir à la façon dont il va animer un démon du feu. »

Selon le producteur Toshio Suzuki, Miyazaki appréciait l'idée d'une adolescente qu'un magicien aurait transformée en vieille femme. Rares sont les dessins animés dont les protagonistes sont âgés, et le cinéaste a paraît-il longuement réfléchi sur la question du physique de son héroïne. Jones, quant à elle, avait ses propres raisons de la concevoir âgée. « J'ai découvert, en écrivant ce roman, que les femmes mûres sont bien plus amusantes que les jeunes » confie l'auteur. « J'espère que Miyazaki l'a également constaté. Confier le statut d'héroïne a un tel personnage n'a peut être jamais été fait dans le passé, mais cela m'a toujours interpellée. Les gens n'ont tout de même pas l'esprit aussi étriqué ? ».

Jones décrit son contrat avec le studio Ghibli comme minimal. « Mon seul véritable contact fut la rencontre avec un groupe délégué par le studio, venu me voir en compagnie d'interprètes. Ce groupe tenta d'établir une assise visuelle adéquate pour le film. »

Diana Wynne Jones en entretien pour la promotion du film.

Comme pour Kiki, la petite sorcière, le scénario a dévié de l'histoire originale du livre, Miyazaki ayant toujours tendance à ajuster le matériel de base à sa convenance. Mais bien qu'ayant élagué ou modifié beaucoup d'éléments du livre, le réalisateur lui est toutefois resté aussi fidèle que possible dans l'esprit. Jones n'avait, selon ses propres aveux, aucune crainte. « Je suis une admiratrice de Miyazaki depuis de nombreuses années (Ndlr : elle a découvert le réalisateur avec Le château dans le ciel). Il a la faculté de faire des images magnifiques et précises, sans perdre le rythme et l'élan de son histoire. Je suis mal placée pour me défier ou émettre des réserves. Un livre peut être transposé à l'image tout comme il est traduit dans une autre langue. »

On remarque cependant de nombreuses libertés par rapport à l'histoire du roman. Ainsi, dans le roman, les sœurs de Sophie, Lettie et Martha, ont un rôle très important et permettent de mettre en place un imbroglio amoureux digne des meilleurs vaudevilles : Hurle est amoureux de Lettie, qui est en fait Martha, mais cela rend jaloux Michael (qui est un jeune homme et non un petit garçon), qui aime la véritable Lettie (ouf !). Et en fait, celle que Hurle prend pour Lettie est en réalité Sophie qu'il a pu apercevoir jeune ! Cet aspect très confus est totalement abandonné par Miyazaki, car ce nœud sentimental était probablement bien trop complexe à représenter sans perdre complètement l'attention du spectateur. De même il simplifiera le dénouement du roman qui paraît bien trop difficile à représenter. Miyazaki adapte ainsi l'écrit au support visuel, car si le lecteur peut revenir sur un passage incompris, le spectateur, lui, doit comprendre immédiatement ce qu'il voit.

La sorcière Suliman, aux idées machiavéliques, n'est absolument pas celle du roman. D'une part, il s'agit d'un sorcier, et d'autre part, il a disparu depuis plusieurs mois, ainsi que le frère du roi, le prince Justin, qui était parti à la recherche du sorcier royal. Le roi soupçonne la sorcière du Désert comme cause de ces disparitions et embauche Hurle pour les retrouver. L'intrigue est donc très différente. Miyazaki semble abandonner l'idée d'un simple duel entre deux sorciers pour insister sur l'aspect apocalyptique que ce simple conflit peut engendrer. De plus, il préfère éviter un certain manichéisme et nuance chacun de ses personnages. Il n'y a pas ici de « super-méchant », tandis que la sorcière du Désert apparait comme un personnage horrible de l'œuvre de Diane Wynne Jones.

Miyazaki laisse également de côté l'aspect contemporain de l'œuvre. Dans le roman, Hurle est non seulement sorcier, mais aussi un jeune Gallois du XXᵉ siècle, méprisé par sa famille. Dans Le château ambulant, rien de tel, le sorcier ayant visiblement vécu toute son existence à Kingsbury. Miyazaki semble vouloir insister sur l'aspect féérique du conte et non pas sur un aspect réaliste et contemporain.

Après le visionnage du film, Diana Wynne Jones a donné à Animeland ses impressions sur le film : « Je l'ai beaucoup aimé. L'animation est superbe, et j'ai beaucoup ri, autant que quand j'ai écrit le livre. Ce n'est certes pas mon œuvre, mais au moins jusqu'à sa moitié, c'est un film qui pénètre vraiment à l'intérieur de mon livre, et lui rend hommage de la meilleure manière. [...] Mais dans la seconde moitié du film, Miyazaki a choisi de dévier nettement de l'intrigue que j'avais écrite. »


Le château ambulant : Art et technique

Le graphisme

Les décors

Bien qu'il s'agisse de l'adaptation d'un roman britannique destiné aux enfants, il semblerait que son cadre et son design soient plutôt français. On sait qu'une partie des décors du Château Ambulant sont inspirés de la région alsacienne. En septembre 2002, pour donner vie à sa vision, l'équipe principale du studio part en Europe, plus précisément en France, à Colmar (Alsace), 5 mois avant le début de la production du film.

Colmar (Alsace) / Décor du film

À l'époque des séries TV Heidi et Marco / 3 000 lieues en quête de mère, Isao Takahata et Hayao Miyazaki étaient déjà venus en Europe pour des repérages et avait été fortement marqués par ce voyage. Mais c'est lors de sa venue en France, pour la sortie du Voyage de Chihiro en 2001, que sous les conseils du distributeur français du film, Miyazaki a découvert l'Alsace et qu'il a été frappé par son architecture. Durant ce second voyage studieux, l'équipe a notamment visité le château du Haut-Kœnigsbourg et a observé le travail d'artisans locaux comme des chapeliers et des forgerons. Diana Wynne Jones a approuvé le choix d'un tel parti-pris esthétique : « Je ne suis jamais allée en Alsace, mais j'ai entendu dire qu'on y trouve des paysages tout droit sortis d'un conte de fée. »

Pour amplifier cette ambiance française, les design du film s'inspireront du travail de l'illustrateur et romancier français Albert Robida (1848-1926). Ce rival de Jules Verne projeta ses visions d'avenir à travers des romans comme Le vingtième siècle où se mêlent romantisme loufoque et rigueur technique qui figurent également dans les films de Miyazaki.

Machine volante imaginée par Robida / Les gardes de Kingsbury

La ville de Porthaven n'est pas sans rappeler l'univers de Kiki, la petite sorcière, ce port baigné de lumière, tandis que les montagnes nous remémorent irrésistiblement celles d'Heidi et du Château de Cagliostro. Quant au palais royal, il évoque un subtil mélange entre l'architecture viennoise et le faste de Versailles.

Palais de la Hofburg (Vienne) / Palais de Kingsbury

L'animation traditionnelle

L'animation est toujours du plus haut niveau. Le travail sur les différents âges de Sophie en fonction de son état d'esprit a dû constituer un challenge pour les animateurs. Ceux-ci ont utilisés deux manières différentes de représenter ces changements morphologiques. La transformation peut être progressive : les rides s'estompent, les traits s'affinent et se lissent. Le plus souvent, la métamorphose se fait hors champ de la caméra. Le temps d'un changement de plan (champ/contre-champ par exemple), la vieille dame devient jeune fille ce qui provoque la surprise et suscite l'attention du spectateur quant aux sentiments de Sophie. On remarque également une recherche de réalisme dans les traits qui n'est pas sans rappeler le travail de Yoshifumi Kondô dans les œuvres de Takahata comme Souvenirs goutte à goutte.

Quand on découvre le personnage de Hauru, on est surpris par son character design, une caricature de dandy tout droit sorti d'un shojô manga et loin de la sobriété à laquelle ont était habitué dans les films de Hayao Miyazaki. Lorsqu'il perd sa « beauté », le graphisme se simplifie, s'épure. Son costume devient sobre. Cela correspond à l'évolution psychologique du personnage. D'un égocentrisme et d'une superficialité agaçants, le sorcier se transforme peu à peu en jeune homme avenant et altruiste. On remarque donc une véritable réflexion quant au character design. Le jeu des apparences, véritable thématique de l'œuvre, prend ici tout son sens.

Le château ambulant

À peine décrit dans le roman, l'énorme château du sorcier Hauru, tout entier constitué de ferraille, de passerelles, d'une gueule béante crachant de la vapeur, n'est pas sans rappeler les créations de Jean Tinguely, un artiste sculpteur suisse du XXᵉ siècle. Ce dernier s'était fait une spécialité de sculptures réalisées à partir de métaux, des rebuts d'usine, et que l'adjonction d'un moteur permettait de mettre en branle. Ces assemblages produisaient par la suite de la musique, de la peinture ou de l'eau. L'artiste a, plus tard, ajouté des mâchoires ou des crânes d'animaux, des morceaux de tôle froissée provenant de voitures accidentées, de sorte que ses sculptures ressemblaient presque à des totems, angoissants et menaçants.

À l'instar de Tinguely, Hayao Miyazaki recherche lui aussi à animer son château. Si au repos, celui-ci doit avoir l'air drôle et sympathique, il doit, en mouvement, faire peur. Ce challenge technique sera relevé par l'équipe des graphistes. L'animation du château, mélange de 2D et 3D, est particulièrement convaincante. Pour la première fois le numérique est utilisé pour un « personnage » animé et non plus seulement pour des paysages ou décors.

Le cyclope de Tinguely

À ce sujet, l'équipe s'est souvenue du travail d'animation de l'Ômu sur Nausicaä de la Vallée du Vent. Selon eux, il était intéressant de réutiliser le principe d'animation de la créature par ordinateur et l'appliquer au château, beaucoup plus complexe. La technique actuelle va permettre un véritable bon en avant concernant l'animation : le seul mouvement possible à l'époque de Nausicaä était la translation ; avec l'ordinateur, on peut facilement ajouter des mouvements avant en arrière, ainsi que des déformations réalistes.

Pour concevoir le château, les graphistes dessinent d'abord une ébauche, puis un dessin précis et définitif qu'ils colorisent. Après avoir scanné le dessin, les graphistes vont le découper en plusieurs petits morceaux, comme une mosaïque, à l'aide du logiciel de retouche d'images Adobe Photoshop. Le dessin sera donc divisé en une multitude de petits fragments : plus les morceaux seront petits, plus le rendu de la texture mise en mouvement sera précis. On va ensuite élargir les contours de chaque partie : ainsi, on aura une marge pour superposer tous les petits morceaux, nécessaire pour masquer la jonction entre ces fragments.

Enfin, avec le logiciel Softimage, les parties sont assemblées sur un polygone de base, en faisant bien attention à leur ordre de superposition. Une fois les éléments mis en place, il faut animer l'ensemble. Afin de rendre le mouvement du château le plus réaliste possible, les graphistes se sont inspirés d'un sac de randonneur plein avec ses ustensiles accrochés. Comme le sac qui entraine les ustensiles dans son mouvement, le polygone de base du château doit faire bouger en léger décalage les éléments superposés. Le château ambulant, au final, est asymétrique, là où les occidentaux dessinent des bâtiments symétriques.

Dans la création de tous les détails de l'apparence du château ambulant, Miyazaki a passé beaucoup de temps pour créer les pattes. Lui et ses collaborateurs ont fait beaucoup d'essais (dont un avec des jambes humaines) mais finalement, ce sont des pattes d'oiseau qui ont été retenues. Un autre problème s'est posé : la quantité nécessaire de pattes. Dans les premiers dessins préparatoires, Miyazaki l'avait dessiné avec six pattes. Puis il a demandé au producteur Toshio Suzuki ce qu'il en pensait. Il lui a répondu que quatre suffisaient, car plus pratique à dessiner (et moins cher !).

La bande son

Le casting du film

Pour Sophie, Hayao Miyazaki voulait une actrice qui soit capable de jouer le personnage jeune mais aussi le personnage vieux. C'était là son seul souhait. Lui et Suzuki ont commencé à faire des essais avec de jeunes actrices. Pour le personnage à l'âge de 18 ans cela fonctionnait toujours mais dès qu'elles interprétaient le personnage à l'âge de 90 ans, cela ne correspondait pas. Ils ont donc abandonné cette piste. C'est alors qu'ils regardaient un film de la saga Tora-san, que Miyazaki et Toshio Suzuki sont tombés d'accord sur la voie de Chieko Baishô, qui joue le rôle de la sœur du personnage principal dans la série. Ils lui on fait faire un essai concluant et l'on engagé tout aussi simplement.

Takuya Kimura, idole des jeunes japonaises, a été chargé du doublage de Hauru. Beaucoup de critiques ont jugé sa prestation en deçà de la qualité attendue pour un Ghibli. L'agence Johnny & Associates qui produit le jeune chanteur à un pouvoir de pression immense sur tout le paysage audiovisuel japonais et il n'est pas exclu qu'il ait été imposé à Miyazaki. Cependant, il ne serait pas étonnant que Miyazaki s'en soit accommodé, car la personnalité frivole et superficielle de Hauru correspond parfaitement à l'image que l'on se fait du chanteur de J-pop.

Pour le rôle de la sorcière des Landes, l'acteur-chanteur-travesti Akihiro Miwa était retenu dès le début de la création du personnage. Miyazaki connaît sa voix et son jeu. Il jouait déjà le rôle de Moro la louve dans Princesse Mononoke.

Le reste du casting est également composé de valeurs sûres, ayant déjà collaboré à d'autres films de Miyazaki. Ainsi Ryûnosuke Kamiki (Marko) et Tatsuya Gashûin (Calcifer) ont respectivement joué le bébé Bô et la grenouille verte dans Le voyage de Chihiro. Haruko Katô (Suliman), à quant à elle, déjà joué le rôle de Madame, la vieille dame, dans Kiki, la petite sorcière.

Les effets sonores

En octobre 2003, après le commencement de l'animation au Japon, l'équipe son du studio Ghibli est à son tour allée en Europe pour enregistrer des sons d'ambiance. Le film prenant place dans un XIXᵉ siècle imaginaire, Miyazaki tenait à des sons authentiques et purs. La difficulté pour l'équipe fut d'enregistrer des sons vierges, dénués de parasitages électriques. Ils ont notamment enregistré des bruits de pas, puis de calèches tirées par des chevaux sur des routes pavés traditionnelles ainsi que des bruits d'ambiance de cafés et de rues françaises.

La musique

Toujours aux commandes de la musique, Joe Hisaishi a écrit des compositions rendant parfaitement l'atmosphère onirique présente dans le livre. L'expérience à été très riche pour lui, puisque ses inspirations musicales se sont fait par le biais de Hayao Miyazaki, mais également par celui du livre de Diana Wynne Jones. Pour Le château Ambulant, Miyazaki lui a demandé comme particularité de créer un thème et ses variations pour Sophie. Le personnage change au cours du film, il passe de 18 ans à 90 ans mais le film a besoin d'une chanson pour le personnage qui, elle, ne change pas. Pour lui, toute la difficulté du travail venait de ces variations du thème. Parfois comique, parfois romantique, la musique est déclinée tout au long du film, ce qui signifie un travail très technique pour arriver au résultat voulu.

À la fin de son travail sur le thème et ses variations, au moment de présenter son travail à l'équipe du studio Ghibli, habituellement il amène le résultat sur un support digital. Mais cette fois-ci, par souci d'authenticité, il a préféré jouer le morceau au piano devant l'équipe car il voulait montrer l'humanité de sa musique. Mais trop concentré, il a eu le trac et s'est trompé plusieurs fois... Malgré tout Miyazaki et Suzuki furent impressionnés et gardèrent la chanson que l'on entend maintenant dans le film.

La partition de Joe Hisaishi emprunte beaucoup de sonorités à sa bande originale précédente, Le voyage de Chihiro. Très symphonique, elle peut aussi évoquer le travail de John Williams. Les arrangements sont de toute beauté et les éblouissantes envolées orchestrales emportent le spectateur dans un tourbillon musical comme dans celui des images. Certains passages, sur un air d'accordéon, sont peut-être parfois le reflet des stéréotypes qu'ont les japonais pour la musique française.

On a cependant moins de variété dans la composition par rapport à d'autres œuvres comme Chihiro : le thème principal, une valse, est décliné tout au long du film. Malgré sa puissance lyrique, la bande originale semble plus en retrait qu'à l'accoutumée, peut-être parce qu'aucun thème inoubliable ne se dégage de l'ensemble.


Le château ambulant : Fiche technique

Crédits

Titre ハウルの動く城 (Hauru no Ugoku Shiro)
Howl's Moving Castle / Le château ambulant
Années de création 2003-2004
Œuvre originale Howl's Moving Castle (Le château de Hurle) de Diana Wynne Jones
Scénario, storyboard et réalisation Hayao Miyazaki
Directeurs artistiques Yôji Takeshige, Noboru Yoshida
Character design Akihiko Yamashita
Directeurs de l'animation Akihiko Yamashita, Takeshi Inamura, Kitarô Kôsaka
Contrôle de l’animation Hitomi Tateno, Rie Nakagome, Mariko Suzuki, Masaya Saitô, Kaori Fujii
Couleurs Michiyo Yasuda
Directeur de l'animation numérique Mitsunori Kataama
Directeur de la photographie Atsushi Okui
Son Kazuhiro Hayashi
Musique Joe Hisaishi
Chanson du générique de fin Sekai no Yakusoku (La promesse du Monde), composée par Yumi Kimura et interprétée par Chieko Baishô
Montage Takeshi Seyama
Producteur Toshio Suzuki
Production Studio Ghibli, Tokuma Shoten, Nippon Television Network Corporation, Dentsu Inc., Disney (Buena Vista Home Entertainment), Mitsubishi Corporation, Tôhô

Doublage japonais

Sophie Chieko Baishô (jeune et âgée)
Hauru Takuya Kimura
Calcifer Tatsuya Gashûin
La sorcière des Landes Akihiro Miwa
Madame Suliman Haruko Katô
Marko Ryûnosuke Kamiki
Hihn Daijirô Harada
Navet / le prince Justin Yô Ôizumi
Le roi Akio Ôtsuka
Lettie Yayoi Kazuki

Doublage français

Sophie Laura Préjean (jeune)
Frédérique Cantrel (âgée)
Hauru Rémi Bichet
Calcifer Thierry Leroux
La sorcière des Landes Catherine Sola
Madame Suliman Manoëlle Gaillard
Marko Simon Koukissa
Lettie Céline Mauge
Fanny Anneliese Fromont

Quelques chiffres

Date de sortie du film au Japon 20 novembre 2004
5 septembre 2004, première présentation, en compétition au 61ᵉ Festival international du film de Venise (Mostra de Venise), Italie
Date de sortie du film en France 12 janvier 2005
Durée du film 1 heure 59 minutes
Nombre d'entrée au Japon 14 millions de spectateurs
Box-office Japon 20 milliards de ¥
Nombre d'entrée en France 1 354 340 spectateurs

Récompenses

  • 2004 - 61ᵉ Festival international du film de Venise : nommé au Lion d'or
  • 2004 - 61ᵉ Festival international du film de Venise : lauréat du Prix Osella de la Meilleure contribution technique (studio Ghibli)
  • 2004 - Festival international du film de Catalogne : nommé pour le Meilleur film, lauréat du Choix du public
  • 2005 - San Diego Film Critics Society Awards : lauréat du Meilleur film d'animation
  • 2005 - New York Film Critics Circle Awards : lauréat du Meilleur film d'animation
  • 2005 - Mainichi Film Concours : lauréat du Choix du public
  • 2005 - Hollywood Film Festival : lauréat du Meilleur film d'animation
  • 2005 - Tokyo Anime Awards : lauréat du Meilleur réalisateur (Hayao Miyazaki)
  • 2006 - Academy Awards, USA : nommé pour l'Oscar du Meilleur film d'animation
  • 2006 - Hong Kong Film Awards : lauréat du Meilleur film asiatique
  • 2006 - Annie Awards : nommé pour le Meilleur film d'animation