Studio Topcraft
l’artisan de l’ombre à l’origine du studio Ghibli

La création du Studio Ghibli en juin 1985 fait figure de mythe fondateur : une genèse portée par le génie créatif de Hayao Miyazaki, la rigueur intellectuelle d'Isao Takahata et la vision stratégique du producteur Toshio Suzuki. Pourtant, aucun géant de l'animation ne naît ex nihilo. Bien avant que le studio Ghibli ne s’impose comme l'incarnation de l'animation traditionnelle 2D, une structure artisanale d'exception opérait dans l'ombre : le studio Topcraft.

Fondée au début des années 1970 par d'anciens cadres de Toei Dōga, le studio Topcraft s'est structuré pendant treize ans autour d'un modèle économique centré sur l'exécution intégrale de commandes d'animation pour des producteurs américains et européens, tout en assurant des prestations de sous-traitance pour la télévision japonaise. Spécialisé dans l'adaptation d'œuvres littéraires, le studio s'est distingué par sa maîtrise de la caméra multiplane, des mouvements de caméra complexes, de l'illustration détaillée et de la gestion complète de la chaîne de fabrication. Cette expertise technique et son autonomie de production ont conduit Isao Takahata et Hayao Miyazaki à choisir Topcraft pour réaliser Nausicaä de la Vallée du Vent.

Ainsi, Topcraft aura ainsi fonctionné comme le maillon intermédiaire entre le modèle de sous-traitance internationale des années 1970 et l'émergence des studios de longs-métrages japonais des années 1980. Si la marque Topcraft s'efface en 1985 au profit du Studio Ghibli, son savoir-faire technique et ses exigences artisanales continueront d'irriguer durablement l'animation japonaise au cours des décennies suivantes.


Sources : Page japonaise de wikipédia sur le studio Topcraft - Topcraft , aux origines du studio Ghibli, ouvrage de Maroin Eluasti aux éditions Ynnis, que nous vous conseillons notamment pour ses interviews exclusives et les nombreuses images et photographies d'époque, introuvables ailleurs - Les pages du site Sakugaart.com consacrées à Topcraft et ses principales figures - Dossier, aujourd'hui indisponible, du site http://www.deculture.es


Topcraft : Contexte industriel et génèse du studio

Premières collaborations internationales

Pour comprendre l'émergence de Topcraft au début des années 1970, il convient de replacer sa création dans le contexte d'une industrie de l'animation japonaise en pleine mutation organisationnelle, technique et internationale. Dès le début des années 1960, le Japon s'impose progressivement comme une terre de sous-traitance et de coproduction privilégiée pour la télévision américaine. Les décisionnaires d'outre-Atlantique sont séduits par le coût modéré de la main-d'œuvre nippone, mais aussi par un savoir-faire technique en ascension fulgurante.

L'année 1960 marque le premier jalon de cette coopération transcontinentale lorsque le producteur américain Arthur Rankin Jr. initie la série en stop-motion Pinocchio, réalisée en collaboration avec des artisans tokyoïtes menés par Tadahito Mochinaga. En 1963, l'exportation par Osamu Tezuka de sa série Astro Boy sur la chaîne NBC consacre l'animation sur celluloïd faite au Japon sur le sol américain. Très vite, des séries comme Speed Racer, produite par Tatsunoko Production en 1966, deviennent des phénomènes de société aux États-Unis, tandis que la société Rankin/Bass Productions multiplie les projets télévisuels et cinématographiques en s'appuyant sur des équipes d'animation basées dans la capitale japonaise.

Arthur Rankin Jr. et Jules Bass en 1965

Crises industrielles des grands studios japonais

Parallèlement à ces réussites tournées vers l'exportation, les grands studios japonais traversent des crises financières et structurelles majeures au tournant des années 1970. Toei Dōga, géant hégémonique qui fonctionnait sur le modèle d'un studio de cinéma traditionnel avec des artistes mensualisés, fait face à une explosion insoutenable de ses coûts de production.

En 1972, la direction de Toei procède à des licenciements massifs et à des restructurations brutales pour réduire sa masse salariale. Cette politique provoque une vaste dispersion d'artistes majeurs. Des créatifs chevronnés et de jeunes prodiges quittent l'entreprise pour fonder de petites structures indépendantes et plus flexibles, à l'image de Kazuo Komatsubara créant Oh! Production. D'anciens employés de Toei, mais aussi de Mushi Production - le studio d'Osamu Tezuka qui fait faillite peu après en 1973 - ou de Zuiyo Entertainment, cherchent de nouvelles formes de production débarrassées de la lourdeur des appareils industriels traditionnels.

Tōru Hara et l’expérience fondatrice Horus, Prince du Soleil

C'est au cœur de cette recomposition globale qu'intervient le fondateur de Topcraft, Tōru Hara. Ancien producteur au sein de Toei Dōga, Hara s'était distingué en accompagnant la production emblématique de Horus, Prince du Soleil en 1968, long-métrage fondateur réalisé par Isao Takahata et magnifié par les conceptions visuelles d'un jeune animateur nommé Hayao Miyazaki.

Bien que Horus se soit soldé par un échec commercial retentissant en raison de dépassements de budget majeurs et d'un ton jugé trop mature pour son époque, le film est aujourd'hui considéré par la critique internationale comme l'acte de naissance de l'animation japonaise moderne, une œuvre s'affranchissant du divertissement enfantin pour embrasser une narration dramatique et une mise en scène ambitieuse.

Tōru Hara est contraint de quitter Toei animation mais tire de cette expérience une conviction profonde : les grands studios industriels ne sont plus adaptés aux exigences artistiques des créateurs et s'avèrent trop vulnérables aux variations du marché domestique. Des projets de l'ambition d'Horus nécessitent une structure plus à taille humaine et agile, en mesure de supporter les aléas du calendrier sans nuire à la liberté créative et la qualité finale.

Création du studio Topcraft

Le 1ᵉʳ février 1972, Tōru Hara enregistre officiellement la société Topcraft Co., Ltd. à Tokyo, avec le soutien financier du groupe de médias et de doublage Tohokushinsha Film. En prenant les commandes du studio, Hara apporte une culture d'exigence, une préoccupation constante de la rigueur de gestion et un réseau d'artistes d'exception. Il structure une équipe permanente initiale d'environ quarante à cinquante personnes, recrutant aussi bien des vétérans de Toei Dōga que des talents émergents venus de Tatsunoko Production. Parmi eux figure Tsuguyuki Kubo, character designer emblématique issu de Tatsunoko, ayant travaillé sur Mach GoGoGo, qui devient directeur et responsable artistique principal du studio.

L'objectif de Tōru Hara est clair : établir un modèle économique original fondé sur l'exécution intégrale de commandes internationales à haute valeur ajoutée, tout en servant de studio de renfort pour la télévision japonaise afin de garantir la continuité de charge de travail de ses équipes.


Topcraft : Collaborations internationales
et apogée technique

Partenariat avec Rankin/Bass

Dès sa première année d'existence, Topcraft scelle un partenariat stratégique avec la société américaine Rankin/Bass Productions. Arthur Rankin Jr. et Jules Bass, cherchant à produire des séries animées en deux dimensions pour les grands réseaux américains, trouvent en Topcraft un partenaire capable d'assurer un niveau de finition technique irréprochable. Le studio japonais se voit confier la réalisation complète de la série Kid Power, diffusée dès septembre 1972 sur ABC. Adaptée du comic strip Wee Pals de Morrie Turner, novateur pour son époque par sa mise en scène de personnages afro-américains, la série permet à Topcraft de faire la démonstration de sa valeur. Le design est assuré par Akio Hosotani, Minoru Kibata et Katsumi Ōnishi, la supervision de l'animation par Tsuguyuki Kubo, tandis que la réalisation d'épisodes est confiée au très jeune Katsuhisa Yamada, repéré pour son travail d'assistant réalisateur sur Tiger Mask.

Le succès technique de Kid Power installe durablement le modèle économique de Topcraft, qui devient le bras exécutif quasi exclusif de Rankin/Bass pour l'animation traditionnelle. L'organisation du travail transpacifique repose sur une division rigoureuse des tâches : à New York, Rankin/Bass élabore les scénarios, enregistre les comédiens de doublage américains et fait dessiner les premiers concepts visuels ; à Tokyo, les artistes de Topcraft traduisent les textes, créent les storyboards définitifs, conçoivent les layouts, peignent les décors, exécutent l'animation clé, l'intervallisme et assurent la prise de vue sous la direction de Tōru Hara.

Entre 1972 et 1976, Topcraft livre une série ininterrompue de téléfilms spéciaux pour les fêtes de fin d'année ou de Pâques, très prisés des réseaux NBC, CBS et ABC : 20,000 Leagues Under the Sea, Tom Sawyer, Willie Mays and the Say Hey Kid, That Girl in Wonderland, 'Twas the Night Before Christmas, The First Easter Rabbit ou encore Frosty's Winter Wonderland.

Collaborations domestiques et européennes

Cependant, le marché de la commande américaine subit parfois des ralentissements imprévus. Lors des trous d'air de production entre la fin de l'année 1973 et 1974, Tōru Hara réoriente ponctuellement ses effectifs vers le marché intérieur japonais. Les animateurs de Topcraft prêtent main-forte au studio Eiken ainsi qu'à Tatsunoko Production, réalisant de nombreux épisodes de séries emblématiques telles que Kagaku Ninjatai Gatchaman, Time Bokan ou Paul no Miracle Daisakusen. Sur ces projets, des artistes comme Hidemi Kubo et Kazuyuki Kobayashi affinent leur vitesse d'exécution et leur maîtrise des designs mécaniques et d'action.

Parallèlement, Topcraft s'ouvre à l'Europe en animant la seconde saison de la série Les Barbapapa (104 épisodes courts) pour la société néerlandaise Polyscope BV en 1977, puis en réalisant la majorité des storyboards et de la supervision d'animation de la série culte Doctor Snuggles en 1979

Le choc Tolkien

L'année 1977 marque un tournant artistique majeur avec l'adaptation télévisée de The Hobbit de J.R.R. Tolkien par Rankin/Bass. Pour concrétiser cette entreprise visuelle ambitieuse, Topcraft s'immerge dans l'univers graphique de l'illustrateur britannique Arthur Rackham. Sous la supervision exigeante de Tsuguyuki Kubo, le téléfilm de deux heures nécessite près de 40 000 dessins, un chiffre exceptionnel pour une production télévisée de l'époque. Les décors aux ambiances poétiques et sombres sont peints par Hidetoshi Kaneko et Kazuko Itō sous la direction artistique du vétéran Minoru Nishida. Diffusé sur NBC avec un immense succès populaire et récompensé par le prestigieux Christopher Award, The Hobbit démontre la capacité unique de Topcraft à traiter de la fantasy occidentale avec une sensibilité graphique raffinée.

L'expérience est renouvelée en 1980 avec The Return of the King, qui mobilise 47 000 dessins et réunit la même équipe d'élite. Dans cet intervalle, Topcraft réalise également le téléfilm musical The Stingiest Man in Town (1978), réécriture d'Un chant de Noël dotée d'un budget colossal d'un million et demi de dollars.

Sommet technique et transition

Le sommet absolu du savoir-faire technique et artistique du studio est atteint en 1982 avec le long-métrage de cinéma La Dernière Licorne (The Last Unicorn), coproduit avec ITC Films et Rankin/Bass d'après le roman de Peter S. Beagle. L'auteur rédigé lui-même le scénario, retravaillé en storyboard avec le coréalisateur Katsuhisa Yamada. La production s'étale sur dix-sept mois exigeants et nécessite plus de 75 000 dessins. Pour la première fois de son histoire, Topcraft assure l'intégralité du processus de fabrication dans ses locaux de Kōenji, y compris la création des effets sonores. La direction de la photographie, confiée à Hiroyasu Ōmoto et Kōji Shiragami, fait un usage virtuose de la caméra multiplane pour créer des profondeurs de champ saisissantes. Les arrière-plans peints par Minoru Nishida, Mitsuo Iwazaki et Kazusuke Yoshihara offrent une richesse plastique exceptionnelle. L'animation culmine lors de la séquence anthologique du déferlement des licornes émergeant des vagues de l'océan, exécutée par Kazuyuki Kobayashi.

La même année, le studio produit The Flight of Dragons, une autre œuvre de fantasy environnementale aux compositions minutieuses signées Tadakatsu Yoshida, et participe au long-métrage Le Magicien d'Oz, dont la bande originale est composée par un jeune talent encore méconnu, Joe Hisaishi.


Topcraft : Nausicaä, dissolution
et naissance de Ghibli

Contexte de la rencontre avec Takahata et Miyazaki

Au début de l'année 1983, l'industrie de l'animation télévisée à Tokyo souffre de surchauffe. Avec près de soixante-dix séries en cours de fabrication simultanée, les grands studios historiques affichent complet. De son côté, Hayao Miyazaki vient de publier avec succès les premiers chapitres de son manga Nausicaä de la Vallée du Vent dans la revue Animage. L'éditeur Tokuma Shoten décide de financer une adaptation cinématographique, mais ne dispose pas d'infrastructures d'animation internes. Nommé producteur exécutif du film, Isao Takahata se voit confier la mission de trouver le studio idéal pour fabriquer cette œuvre exigeante.

Takahata écarte les grandes structures industrielles et se tourne très vite vers Topcraft et son président Tōru Hara. Ce choix repose sur des arguments décisifs : dix ans de collaboration avec Rankin/Bass ont donné à Topcraft une maîtrise inégalée de la fantasy, des décors complexes et du maniement de la caméra multiplane, dont le studio possède un exemplaire depuis 1976. De plus, Topcraft est l'un des rares studios indépendants de Tokyo capable de prendre en charge l'ensemble de la chaîne de fabrication d'un long-métrage avec une autonomie technique totale. Enfin, une confiance historique lie Takahata et Miyazaki à Tōru Hara depuis l'aventure de Horus. Convaincu par cette analyse, Hayao Miyazaki s'installe dans les locaux de Topcraft à Kōenji pour réaliser son premier grand chef-d'œuvre personnel.

L'équipe du film Nausicaä. © Animage

Une production intensive

La production de Nausicaä de la Vallée du Vent s'étale sur neuf mois d'une intensité extrême. Une équipe d'élite est constituée sous la supervision de Kazuo Komatsubara pour le character design et l'animation. Les piliers de Topcraft, au premier rang desquels Kazuyuki Kobayashi et Tadakatsu Yoshida, prennent en charge les séquences d'action les plus complexes et le mouvement impressionnant des Ohmus. Ils sont épaulés par de grands animateurs indépendants invités par Takahata, comme Yoshinori Kanada et Yōichi Kotabe, ainsi que par de jeunes prodiges prometteurs tels que Hideaki Anno, qui dessine l'altération spectaculaire du Dieu Géant, et Mahiro Maeda. La direction artistique de Mitsuki Nakamura et les choix chromatiques de Fukuo Suzuki insufflent au film une identité visuelle saisissante. Sorti le 11 mars 1984, le film rencontre un succès critique et public retentissant, attirant près d'un million de spectateurs et démontrant qu'un long-métrage d'auteur exigeant peut s'imposer au box-office.

Au lendemain de ce triomphe, Topcraft honore ses derniers engagements contractuels, réalisant entre 1984 et 1985 la série pour enfants Koala Boy Kokki et apportant son concours à l'épisode 24 de Sherlock Holmes. Mais en coulisses, l'avenir du studio se réinvente. Tokuma Shoten, Hayao Miyazaki, Isao Takahata et Tōru Hara font le constat que le modèle de la sous-traitance internationale n'est plus en adéquation avec les ambitions créatives nées de Nausicaä. Il apparaît nécessaire de fonder un studio dédié exclusivement à la création de longs-métrages de cinéma d'auteur de haute qualité graphique.

Le fin de Topcraft et la naissance du studio Ghibli

Le 15 juin 1985, le studio Topcraft dépose le bilan et la marque cesse officiellement ses activités sous sa dénomination d'origine. Les actifs du studio, ses locaux de Kōenji et une partie de son personnel sont rachetés et restructurés pour donner naissance au Studio Ghibli. Tōru Hara devient le tout premier président exécutif (Managing Director) de Ghibli, tandis que Hayao Miyazaki et Isao Takahata prennent la direction artistique, épaulés par Toshio Suzuki à la promotion.

Tōru Hara à son arrivée au studio Ghibli. © @KiharaHirokatsu

Toutefois, cette métamorphose s'accompagne d'une rupture humaine et contractuelle importante. Pour financer des longs-métrages ambitieux sans couler la jeune entreprise, la direction adopte la doctrine managériale dite "Triple A" (High Cost, High Risk, High Return). Les artistes ne sont plus mensualisés comme à l'époque des grands studios, mais rémunérés principalement au rendement, au dessin réalisé. Face à ces conditions de travail rigoureuses et à l'exigence maniaque de Hayao Miyazaki, une grande partie des animateurs historiques de Topcraft fait le choix de ne pas rejoindre l'aventure Ghibli. Tsuguyuki Kubo, Tadakatsu Yoshida et Minoru Nishida partent fondre Pacific Animation Corporation (PAC) pour continuer à collaborer avec Rankin/Bass sur des séries comme Cosmocats (Thundercats). Katsuhisa Yamada rejoint le studio Madhouse, tandis que Kiyoshi Sakai et Kazuyuki Kobayashi se tournent vers le studio Gallop.

L’héritage Topcraft et départ de Tōru Hara

Malgré ces départs, l'ADN technique de Topcraft irrigue directement les premiers chefs-d'œuvre du Studio Ghibli. Pour Le Château dans le ciel (1986), Takahata et Miyazaki rappellent plusieurs anciens de Topcraft, notamment Kazuyuki Kobayashi, Megumi Kagawa, Mahiro Maeda, Tadashi Fukuda et la coloriste Michiyo Yasuda. Sur Le Tombeau des lucioles (1988), Tōru Hara réunit d'anciens animateurs clés du studio comme Noboru Takano et Masuji Kigami. Sur Mon voisin Totoro (1988), les arrière-plans poétiques de la campagne japonaise sont peints par Hidetoshi Kaneko, l'un des directeurs artistiques historiques de The Hobbit.

L'ère de transition s'achève définitivement en 1991 avec le départ de Tōru Hara. Après le succès colossal de Kiki la petite sorcière en 1989, la direction de Ghibli décide de rompre avec le travail à la tâche pour mensualiser l'ensemble de ses équipes et construire un studio sur mesure à Koganei. Tōru Hara, formé aux réalités économiques précaires de l'animation des années 1970 et partisan d'une gestion prudente, s'oppose à cet investissement financier lourd qu'il juge trop risqué pour une structure ne produisant qu'un film tous les deux ans. En désaccord avec la vision défendue par Miyazaki et Toshio Suzuki, Tōru Hara démissionne de son poste de président en 1991. Son départ marque la fin définitive de l'ère de l'artisanat itinérant hérité de Topcraft, cédant la place à l'institution permanente du Studio Ghibli.


Topcraft : Figures clés et principales productions

Figures clés du studio

L'histoire de Topcraft a été façonnée par un groupe de créateurs et d'administrateurs dont la complémentarité a permis au studio de maintenir des standards d'exécution d'une régularité exceptionnelle :

Tōru Hara

Fondateur, président et producteur de Topcraft. Ancien producteur chez Toei Dōga où il avait encadré Horus, Prince du Soleil, il a insufflé au studio son exigence technique et sa rigueur d'organisation. Pionnier du modèle d'animation transpacifique, il a su pérenniser la structure Topcraft pendant treize ans avant de devenir le premier président exécutif du Studio Ghibli de 1985 à 1991.

Tsuguyuki Kubo

Réalisateur, character designer et responsable artistique principal de Topcraft. Ancien talent de Tatsunoko Production où il avait marqué l'animation d'ouverture de Mach GoGoGo, il est l'architecte graphique majeur du studio. Sa capacité à adapter le dessin japonais aux canons de la fantasy occidentale a été déterminante sur Kid Power, The Hobbit, The Return of the King et Doctor Snuggles.

Kazuyuki Kobayashi

Animateur clé et superviseur d'exception. Arrivé très jeune au studio, il s'est imposé comme l'un des techniciens les plus virtuoses de sa génération, capable de traiter les mouvements de fluides, les dynamiques de foule et les effets complexes. Ses séquences de vagues dans La Dernière Licorne et son travail sur les Ohmus de Nausicaä demeurent des références de l'animation 2D.

Katsuhisa Yamada

Réalisateur, storyboardeur et coréalisateur. Formé chez Toei Dōga, il a pris en charge la réalisation d'épisodes et la direction technique sur de nombreux projets internationaux, notamment Kid Power, Barbapapa, The Last Unicorn et The Flight of Dragons.

Tadakatsu Yoshida

Animateur clé et concepteur de layouts. Expert dans l'agencement des plans et la perspective des décors, il a été un rouage essentiel sur The Flight of Dragons et Nausicaä, avant de poursuivre sa carrière chez Pacific Animation Corporation.

Kiyoshi Sakai

Arrivé en 1975 en provenance de Zuiyo Entertainment, il a occupé le poste d'assistant de production avant de devenir le directeur opérationnel (studio manager) de Topcraft, veillant au respect des plannings de livraison avec les commanditaires américains.

Minoru Nishida (photo), Hidetoshi Kaneko et Kazuko Itō

Directeurs artistiques et peintres de décors dont les arrière-plans aux textures picturales riches ont caractérisé l'identité visuelle de Topcraft sur les productions Tolkien et La Dernière Licorne.

 

Filmographie sélective

Le tableau ci-dessous récapitule l'ensemble des œuvres majeures façonnées ou animées par le studio Topcraft entre sa création en 1972 et sa dissolution en 1985 :

AnnéeTitreFormat et
commanditaire
Rôle de Topcraft
1972Kid PowerSérie TV
Rankin/Bass / ABC
Animation principale, character design (T. Kubo), réalisation (K. Yamada)
197220,000 Leagues Under the SeaTéléfilm
Rankin/Bass
Animation intégrale
1973GatchamanSérie TV
Tatsunoko Production
Sous-traitance d'animation sur plusieurs épisodes (dir. K. Yamada).
1974'Twas the Night Before ChristmasTéléfilm
Rankin/Bass / CBS
Animation intégrale
1976Frosty's Winter WonderlandTéléfilm
Rankin/Bass
Animation et character designs
1977Les Barbapapa
(Saison 2)
Série TV
Polyscope BV / Tokyo 12
Animation principale
1977The HobbitTéléfilm
Rankin/Bass / NBC
Animation intégrale (40 000 dessins)
1977Lupin III: Part IISérie TV
Tokyo Movie / Shinsha
Animation principale sur 8 épisodes
1978The Stingiest Man in TownTéléfilm
Rankin/Bass / NBC
Animation intégrale
1979Doctor SnugglesSérie TV
Polyscope BV
Storyboards et supervision d'animation (T. Kubo, H. Ōhara)
1980The Return of the KingTéléfilm
Rankin/Bass
Animation intégrale (47 000 dessins)
1981Le Magicien d'OzLong-métrage
Toho
Animation clé (M. Hosoya)
1982The Last UnicornLong-métrage
ITC Films / Rankin/Bass
Animation complète (75 000 dessins), décors, effets sonores
1982The Flight of DragonsTéléfilm
Rankin/Bass
Animation intégrale, layouts et storyboards
1984Nausicaä de la Vallée du VentLong-métrage
Tokuma Shoten / Hakuhodo
Production intégrale (réal. H. Miyazaki, prod. I. Takahata)
1984Koala Boy KokkiSérie TV
Tohokushinsha
Dernière série télévisée officielle du studio