Topcraft : Contexte industriel et génèse du studio

Premières collaborations internationales

Pour comprendre l'émergence de Topcraft au début des années 1970, il convient de replacer sa création dans le contexte d'une industrie de l'animation japonaise en pleine mutation organisationnelle, technique et internationale. Dès le début des années 1960, le Japon s'impose progressivement comme une terre de sous-traitance et de coproduction privilégiée pour la télévision américaine. Les décisionnaires d'outre-Atlantique sont séduits par le coût modéré de la main-d'œuvre nippone, mais aussi par un savoir-faire technique en ascension fulgurante.

L'année 1960 marque le premier jalon de cette coopération transcontinentale lorsque le producteur américain Arthur Rankin Jr. initie la série en stop-motion Pinocchio, réalisée en collaboration avec des artisans tokyoïtes menés par Tadahito Mochinaga. En 1963, l'exportation par Osamu Tezuka de sa série Astro Boy sur la chaîne NBC consacre l'animation sur celluloïd faite au Japon sur le sol américain. Très vite, des séries comme Speed Racer, produite par Tatsunoko Production en 1966, deviennent des phénomènes de société aux États-Unis, tandis que la société Rankin/Bass Productions multiplie les projets télévisuels et cinématographiques en s'appuyant sur des équipes d'animation basées dans la capitale japonaise.

Arthur Rankin Jr. et Jules Bass en 1965

Crises industrielles des grands studios japonais

Parallèlement à ces réussites tournées vers l'exportation, les grands studios japonais traversent des crises financières et structurelles majeures au tournant des années 1970. Toei Dōga, géant hégémonique qui fonctionnait sur le modèle d'un studio de cinéma traditionnel avec des artistes mensualisés, fait face à une explosion insoutenable de ses coûts de production.

En 1972, la direction de Toei procède à des licenciements massifs et à des restructurations brutales pour réduire sa masse salariale. Cette politique provoque une vaste dispersion d'artistes majeurs. Des créatifs chevronnés et de jeunes prodiges quittent l'entreprise pour fonder de petites structures indépendantes et plus flexibles, à l'image de Kazuo Komatsubara créant Oh! Production. D'anciens employés de Toei, mais aussi de Mushi Production - le studio d'Osamu Tezuka qui fait faillite peu après en 1973 - ou de Zuiyo Entertainment, cherchent de nouvelles formes de production débarrassées de la lourdeur des appareils industriels traditionnels.

Tōru Hara et l’expérience fondatrice Horus, Prince du Soleil

C'est au cœur de cette recomposition globale qu'intervient le fondateur de Topcraft, Tōru Hara. Ancien producteur au sein de Toei Dōga, Hara s'était distingué en accompagnant la production emblématique de Horus, Prince du Soleil en 1968, long-métrage fondateur réalisé par Isao Takahata et magnifié par les conceptions visuelles d'un jeune animateur nommé Hayao Miyazaki.

Bien que Horus se soit soldé par un échec commercial retentissant en raison de dépassements de budget majeurs et d'un ton jugé trop mature pour son époque, le film est aujourd'hui considéré par la critique internationale comme l'acte de naissance de l'animation japonaise moderne, une œuvre s'affranchissant du divertissement enfantin pour embrasser une narration dramatique et une mise en scène ambitieuse.

Tōru Hara est contraint de quitter Toei animation mais tire de cette expérience une conviction profonde : les grands studios industriels ne sont plus adaptés aux exigences artistiques des créateurs et s'avèrent trop vulnérables aux variations du marché domestique. Des projets de l'ambition d'Horus nécessitent une structure plus à taille humaine et agile, en mesure de supporter les aléas du calendrier sans nuire à la liberté créative et la qualité finale.

Création du studio Topcraft

Le 1ᵉʳ février 1972, Tōru Hara enregistre officiellement la société Topcraft Co., Ltd. à Tokyo, avec le soutien financier du groupe de médias et de doublage Tohokushinsha Film. En prenant les commandes du studio, Hara apporte une culture d'exigence, une préoccupation constante de la rigueur de gestion et un réseau d'artistes d'exception. Il structure une équipe permanente initiale d'environ quarante à cinquante personnes, recrutant aussi bien des vétérans de Toei Dōga que des talents émergents venus de Tatsunoko Production. Parmi eux figure Tsuguyuki Kubo, character designer emblématique issu de Tatsunoko, ayant travaillé sur Mach GoGoGo, qui devient directeur et responsable artistique principal du studio.

L'objectif de Tōru Hara est clair : établir un modèle économique original fondé sur l'exécution intégrale de commandes internationales à haute valeur ajoutée, tout en servant de studio de renfort pour la télévision japonaise afin de garantir la continuité de charge de travail de ses équipes.