Topcraft : Collaborations internationales
et apogée technique

Partenariat avec Rankin/Bass

Dès sa première année d'existence, Topcraft scelle un partenariat stratégique avec la société américaine Rankin/Bass Productions. Arthur Rankin Jr. et Jules Bass, cherchant à produire des séries animées en deux dimensions pour les grands réseaux américains, trouvent en Topcraft un partenaire capable d'assurer un niveau de finition technique irréprochable. Le studio japonais se voit confier la réalisation complète de la série Kid Power, diffusée dès septembre 1972 sur ABC. Adaptée du comic strip Wee Pals de Morrie Turner, novateur pour son époque par sa mise en scène de personnages afro-américains, la série permet à Topcraft de faire la démonstration de sa valeur. Le design est assuré par Akio Hosotani, Minoru Kibata et Katsumi Ōnishi, la supervision de l'animation par Tsuguyuki Kubo, tandis que la réalisation d'épisodes est confiée au très jeune Katsuhisa Yamada, repéré pour son travail d'assistant réalisateur sur Tiger Mask.

Le succès technique de Kid Power installe durablement le modèle économique de Topcraft, qui devient le bras exécutif quasi exclusif de Rankin/Bass pour l'animation traditionnelle. L'organisation du travail transpacifique repose sur une division rigoureuse des tâches : à New York, Rankin/Bass élabore les scénarios, enregistre les comédiens de doublage américains et fait dessiner les premiers concepts visuels ; à Tokyo, les artistes de Topcraft traduisent les textes, créent les storyboards définitifs, conçoivent les layouts, peignent les décors, exécutent l'animation clé, l'intervallisme et assurent la prise de vue sous la direction de Tōru Hara.

Entre 1972 et 1976, Topcraft livre une série ininterrompue de téléfilms spéciaux pour les fêtes de fin d'année ou de Pâques, très prisés des réseaux NBC, CBS et ABC : 20,000 Leagues Under the Sea, Tom Sawyer, Willie Mays and the Say Hey Kid, That Girl in Wonderland, 'Twas the Night Before Christmas, The First Easter Rabbit ou encore Frosty's Winter Wonderland.

Collaborations domestiques et européennes

Cependant, le marché de la commande américaine subit parfois des ralentissements imprévus. Lors des trous d'air de production entre la fin de l'année 1973 et 1974, Tōru Hara réoriente ponctuellement ses effectifs vers le marché intérieur japonais. Les animateurs de Topcraft prêtent main-forte au studio Eiken ainsi qu'à Tatsunoko Production, réalisant de nombreux épisodes de séries emblématiques telles que Kagaku Ninjatai Gatchaman, Time Bokan ou Paul no Miracle Daisakusen. Sur ces projets, des artistes comme Hidemi Kubo et Kazuyuki Kobayashi affinent leur vitesse d'exécution et leur maîtrise des designs mécaniques et d'action.

Parallèlement, Topcraft s'ouvre à l'Europe en animant la seconde saison de la série Les Barbapapa (104 épisodes courts) pour la société néerlandaise Polyscope BV en 1977, puis en réalisant la majorité des storyboards et de la supervision d'animation de la série culte Doctor Snuggles en 1979

Le choc Tolkien

L'année 1977 marque un tournant artistique majeur avec l'adaptation télévisée de The Hobbit de J.R.R. Tolkien par Rankin/Bass. Pour concrétiser cette entreprise visuelle ambitieuse, Topcraft s'immerge dans l'univers graphique de l'illustrateur britannique Arthur Rackham. Sous la supervision exigeante de Tsuguyuki Kubo, le téléfilm de deux heures nécessite près de 40 000 dessins, un chiffre exceptionnel pour une production télévisée de l'époque. Les décors aux ambiances poétiques et sombres sont peints par Hidetoshi Kaneko et Kazuko Itō sous la direction artistique du vétéran Minoru Nishida. Diffusé sur NBC avec un immense succès populaire et récompensé par le prestigieux Christopher Award, The Hobbit démontre la capacité unique de Topcraft à traiter de la fantasy occidentale avec une sensibilité graphique raffinée.

L'expérience est renouvelée en 1980 avec The Return of the King, qui mobilise 47 000 dessins et réunit la même équipe d'élite. Dans cet intervalle, Topcraft réalise également le téléfilm musical The Stingiest Man in Town (1978), réécriture d'Un chant de Noël dotée d'un budget colossal d'un million et demi de dollars.

Sommet technique et transition

Le sommet absolu du savoir-faire technique et artistique du studio est atteint en 1982 avec le long-métrage de cinéma La Dernière Licorne (The Last Unicorn), coproduit avec ITC Films et Rankin/Bass d'après le roman de Peter S. Beagle. L'auteur rédigé lui-même le scénario, retravaillé en storyboard avec le coréalisateur Katsuhisa Yamada. La production s'étale sur dix-sept mois exigeants et nécessite plus de 75 000 dessins. Pour la première fois de son histoire, Topcraft assure l'intégralité du processus de fabrication dans ses locaux de Kōenji, y compris la création des effets sonores. La direction de la photographie, confiée à Hiroyasu Ōmoto et Kōji Shiragami, fait un usage virtuose de la caméra multiplane pour créer des profondeurs de champ saisissantes. Les arrière-plans peints par Minoru Nishida, Mitsuo Iwazaki et Kazusuke Yoshihara offrent une richesse plastique exceptionnelle. L'animation culmine lors de la séquence anthologique du déferlement des licornes émergeant des vagues de l'océan, exécutée par Kazuyuki Kobayashi.

La même année, le studio produit The Flight of Dragons, une autre œuvre de fantasy environnementale aux compositions minutieuses signées Tadakatsu Yoshida, et participe au long-métrage Le Magicien d'Oz, dont la bande originale est composée par un jeune talent encore méconnu, Joe Hisaishi.