Mis à jour : lundi 28 mars 2022

Le soleil de Yuki : Analyse

Après Fifi Brindacier, Le soleil de Yuki en 1972 est un autre projet préfigurant fortement la série TV Heidi, réalisée par Isao Takahata, qui entrera en production deux ans plus tard.
Tout d’abord, les paysages bucoliques des Alpes Suisses semblent faire échos aux paysages ruraux d’Hokkaidô, au nord du Japon.

Comme le personnage d’Heidi, Yuki est une jeune orpheline volontaire qui vit entourée d’animaux. Elle sera par la suite adoptée par une riche famille de la ville (Heidi deviendra la fille de compagnie de la fille de la famille Gérard à Francfort) avant de partir à la recherche de ses vraies origines, tout d’abord de son père, puis de sa mère (Heidi cherchera à retourner vivre chez son grand-père paternel).

Yuki est « une jeune fille moderne » car elle porte une salopette en jean, nous explique la voix off... « Une jeune fille dont la gaieté rivalisait avec le soleil, mais qui avait aussi ses bizarreries, celle de frapper les gens quand elle était trop heureuse de leur parler ! »

Il est certain que ce personnage féminin au caractère bien trempé a du inspirer Hayao Miyazaki dans lequel il du trouver une immédiate continuité au caractère effronté de Fifi qu’il vient de développer dans les recherches graphiques du projet de série. Dans un plan du pilote, ont peut même y voir Yuki mettre en déroute des garçons comme peu le faire la petite rouquine dans un des chapitres du roman d’Astrid Lindgren.

Dans les rares informations existantes sur ce pilote, Miyazaki est crédité à la réalisation et aux storyboard. L’animation reste dans les standards de l’époque. Difficile de savoir s’il s’est aussi lui-même chargé de celle-ci et des décors (la capacité de travail du réalisateur étant importante à cette époque) ou s’il a été aidé. Il n’est en effet pas impossible que la petite équipe transfuge de Tôei Dôga, à savoir Yasuo Ôtsuka, Yôichi Kotabe, ou même Isao Takahata, qui travaillera à la même période sur Lupin III / Edgar de la cambriole, Panda, petit panda puis Heidi ait été impliquée. On pense plus notamment à Ôtsuka, tant le character design des personnages secondaires semble subir sa grande influence et celle de la série Lupin III.

Deux premières images qui semblent être sous l'influence graphique de Yasuo Ôtsuka et de la série Lupin III / Edgar de la cambriole.

Un mot sur le contenu étonnant du pilote en lui-même. Celui-ci n’est pas qu’une introduction aux personnages et à l'univers mis en scène. Miyazaki semble avoir complètement condensé en 5 minutes toute l’œuvre de Tetsuya Chiba en sautant de scènes clés en scène clé du manga : abandon à l’âge de nourrisson de Yuki, sa vie à l’orphelinat, son arrivée chez la famille Iwabuchi, sa rencontre avec Ryûta, un jeune ainu qui déteste les Japonais du continent et qu’il voit comme des envahisseurs d’Hokkaidô (aurait-il préfiguré Ashitaka ?), la faillite de M. Iwabuchi, décès d’Akurapa, son vrai père et enfin (re)retrouvaille avec sa mère après de nombreuses péripéties.