Mis à jour : mercredi 6 octobre 2021

Un studio Ghibli inconnu
Jusqu’à la fin de la création de Souvenirs de Marnie...

L'équipe de l’émission NEWS ZERO a suivi le réalisateur Hiromasa Yonebayashi et le studio Ghibli pendant tout le processus de création du film Souvenirs de Marnie. Le 27 juillet 2014, la chaîne NTV a proposé un documentaire de 42 minutes accompagnant la sortie du film en salles japonaises.

Voici une adaptation française de son contenu. Le texte qui suit ne dévoile pas d’informations importantes de l’intrigue du film, le documentaire s’attachant plutôt à livrer les orientations artistiques du réalisateur et de ses principaux collaborateurs.

Mai 2014

Nous sommes tout juste à 2 mois de la sortie du film Souvenirs de Marnie en salles. Le doublage est une étape importante de fin de production. De leur côté, les animateurs sont aussi dans la dernière ligne droite et travaillent d’arrache-pied. Pour le nouveau film du célèbre studio Ghibli, le projet a été confié à Hiromasa Yonebayashi dont le talent a été découvert par Hayao Miyazaki.

Introduction

Souvenirs de Marnie est actuellement en salles. L’histoire parle d’une jeune fille introvertie de 12 ans, Anna, venue soigner son asthme dans un village en bord de mer et de sa rencontre avec une jeune fille blonde, Marnie. Les sentiments des 2 adolescentes sont au cœur même du film.

Le studio Ghibli va fêter ses 30 ans l’année prochaine, et jusqu’à présent, les deux piliers du studio étaient Isao Takahata et Hayao Miyazaki. Mais en septembre 2013, ce dernier a annoncé sa retraite.
« Cette fois-ci, j’en suis sûr », a affirmé le réalisateur lors d’une conférence de presse.

Quant à Takahata, il vient de terminer son dernier film, Le conte de la princesse Kaguya, sur lequel il a travaillé pendant 8 ans.

Souvenirs de Marnie a cette fois-ci été réalisé sans le concours des deux hommes. C’est pour cette raison que notre émission s’est intéressée à Hiromasa Yonebayashi, le talent découvert par Miyazaki, pour savoir quel film il va pouvoir créer.

« Cette fois-ci, le nom de Miyazaki n’est pas au générique du film », explique Yonebayashi. « Ce qui signifie que je dois travailler sans « monstre sacré » auprès de moi. »

Yonebayashi a mis 18 mois pour écrire le scénario et dessiner l’e-konte (le storyboard) du film. Son ambition est de proposer un film qui ne ressemble à aucun autre film du studio Ghibli.
La principale difficulté vient du personnage principal, Anna, qui est quelqu’un qui ne montre pas ses sentiments. Pour lui faire prendre vie, les animateurs ont essayé de créer une multitude de visages dénués d’émotion. Les décorateurs ont abandonné les ciels bleus et des nuages blancs, caractéristiques des films de Miyazaki, au profit d’un ciel couleur perle. Et pour la première fois dans l’histoire du studio, c’est Hokkaidô qui a été choisi comme décor, pour la beauté de sa nature.
La caméra de l’émission a également suivi les réunions visant à mettre en place la campagne de communication du film.
« Les adultes ne vont pas s’intéresser au film », déclare l’ancien producteur Toshio Suzuki. « Quelle accroche va attirer les spectateurs ? »

Cette émission va vous dévoiler l’exaltation qui anime la jeune relève amenée à prendre la suite d’un studio créé par des monstres sacrés. [Générique]

À propos de Hiromasa Yonebayashi

Il y a maintenant 4 ans, en juillet 2010, le studio Ghibli a sorti un film, Arrietty, le petit monde des chapardeurs, avec un jeune réalisateur à sa tête, Hiromasa Yonebayashi. Dans ce film, Yonebayashi parlait de l’amitié entre un être humain et des chapardeurs, des petits êtres pas plus hauts de quelques centimètres. Cette année-là, son film s’est hissé à la première place du box-office dans la catégorie films japonais. C’était pour lui un début de carrière fracassant.

À cette époque, l’émission NEWS ZERO avait déjà suivi son travail. Il était alors encore ni inexpérimenté ni aguerri.
« Mesdames et Messieurs, commence Yonebayashi, nous allons débuter la production de ce nouveau film qui parle de petits êtres qui vivent sous le plancher...
- On entend rien ! lui lance alors Hayao Miyazaki. Parle plus fort ! »

Yonebayashi a débuté sa carrière dans la plus parfaite insouciance. Il est entré au studio Ghibli en 1996. Son surnom : « Maro ». Il a commencé à collaborer sur les films de Miyazaki à partir de Princesse Mononoke en tant qu'intervalliste. Dès qu’il prend son crayon, il est talentueux et on le remarque. Il a explosé sur Ponyo sur la falaise, notamment sur la scène importante, et très convaincante selon Miyazaki, où Ponyo s’évade pour rejoindre Sôsuke. Cependant, Arrietty était sa première expérience au poste de réalisateur qu’il a embrassé sans en connaître réellement le travail. Aussi, a-t-il eu besoin de l’aide de Miyazaki pour progresser.

Juin 2010 : Projection interne d’Arrietty, le petit monde des chapardeurs

« Il a bien travaillé, vraiment », déclare Hayao Miyazaki à la fin de la projection. « On a enfin trouvé un réalisateur ! Et j’en ai pleuré ! », ajoute-t-il avant d’éclater de rire.

Cette scène date de maintenant 4 ans, et aujourd’hui, le second défi de Hiromasa Yonebayashi a commencé.
« Cette fois-ci, il n’y aura pas le nom de Miyazaki au générique et je dois créer l’univers du film par moi-même, à partir de zéro », explique t-il. « J’ai une pression en tant qu’auteur. J’ai tellement peur de faire quelque chose qui ne va pas. J’ai travaillé longtemps avec Miyazaki et sa « touche » ressort inconsciemment de moi. Mais je dois me forcer à m’en défaire. Je dois créer sans l’aide de ce « monstre sacré ». »

C’est le deuxième défi de sa carrière. Et cette fois-ci, un défi sur lui-même, tout simplement.

Juillet 2014 : Avant-première à Sapporo

Sapporo est la ville principale de l’île d’Hokkaidô où se déroule Souvenirs de Marnie. C’est la première étape de la tournée promotionnelle du film pour laquelle il est prévu de visiter 15 villes à travers tout le Japon. C’est aussi la première fois que le film est projeté devant un public.

Dôtô, marais de Kushiro

L’histoire originale est un roman pour les enfants d’origine anglaise. Tout au début du projet, Hayao Miyazaki voulait transposer le film à Setouchi. Mais Hiromasa Yonebayashi a insisté pour que cette adaptation prenne place à Hokkaidô. C’est la première fois que l’île située dans le nord du Japon est choisie comme cadre pour un film du studio Ghibli.

L’équipe a sélectionné plusieurs endroits d’Hokkaidô comme décors, et notamment Dôtô, à l’est de l’île. C’est un endroit marécageux, proposant des paysages uniques et naturels.

« Incroyable ! C’est immense ! », s’extasie la doubleuse Sara Takatsuki (Anna, dans le film). « C’est incroyable qu’il existe de tels paysages à Hokkaidô mais que Ghibli n’ai jamais pensé à les utiliser comme décors pour ses films. Pourquoi ?
- Je pense que si on prend ces paysages en référence, c’est tellement beau qu’on risque d’amoindrir l’impact des dessins de l’animation »
, lui répond Yonebayashi. « C’est peut-être la raison pour laquelle Hayao Miyazaki ne les a jamais utilisés. Ici, à l’est, c’est un endroit sauvage, et la couleur verte est plus vive qu’à Sapporo, par exemple. L’île de Hokkaidô est tellement vaste, qu’entre l’est et l’ouest, on ne trouve pas les mêmes paysages. »

« Ici, c’est un endroit qu’on a vraiment visité en repérage pour le film », ajoute le réalisateur. « C’est un marais, mais il y a un endroit qui communique avec la mer. En fonction du temps, l’eau monte ou descend. Lorsqu’elle monte, l’herbe forme de petits îlots qui semblent flotter et donnent ainsi un panorama vraiment particulier. C’est ce qui donne le côté un peu mystérieux aux paysages qui entourent la maison de Marnie. »

« Pour donner un coté mystérieux, les paysages ont beaucoup joué », explique Yonebayashi. « En règle générale, dans les films de Ghibli, on retrouve un ciel très clair, bleu avec des nuages blancs. C’est ce que je voyais jusqu’à maintenant. Mais cette fois-ci, c’est un peu différent. Dans Souvenirs de Marnie, le ciel est nuageux et peu lumineux. Je voulais retranscrire les sentiments d’Anna à travers le ciel. Anna a un problème de communication. Au début, le ciel est très obscur. Mais avec sa rencontre avec Marnie, elle s'ouvre aux autres et le ciel s’éclaircit. »

Un ciel couleur perle

C’est Yôhei Taneda qui a contribué à ces variations dans le ciel. Celui-ci a notamment travaillé sur les décors du film Swallowtail Butterly (1996), pour lequel il a gagné le Japan Academy Prize (Ndt : l’équivalent des Oscars américains ou des César français) de la meilleure direction artistique. Il a également travaillé sur Kill Bill Vol.1 (2003). Cela fait maintenant 30 ans que Taneda travaille dans le milieu du cinéma mais c’est la première fois qu’il travaillait pour un long métrage d’animation.

« En règle générale, en tant que directeur artistique sur un film, une fois un décor terminé, je laisse la place au réalisateur et mon travail s’arrête là », explique-t-il. « En animation, le réalisateur imagine personnages et décors, séquence par séquence. Je dois le suivre en fonction de l’avancement du film. Quand je dessine un décor pour de l’animation, je ne dois pas simplement dessiner un lieu, je dois aussi veiller à dessiner l’environnement qui va l’entourer. »

Alors, pourquoi un ciel couleur perle ?
« C’est une description que l’on retrouve dans le roman original », explique Hiromasa Yonebayashi. « Et Je voulais absolument commencer le film avec un ciel de cette couleur. »

Un ciel couleur perle, qu’est ce que c’est ? Ce n’est ni un ciel bleu, ni un ciel nuageux. C’était un défi artistique à relever, même pour Taneda.
« C’est peut-être un mélange de différentes couleurs chaudes et froides », explique le décorateur. « En fonction de la position du décor, on découvre des changements de couleurs (il oriente le décor qu’il tient à la main dans différents sens devant la caméra). C’est un ciel assez lourd, qui décrit les sentiments intérieurs, assez sombres, d’Anna. »

« C’était très certainement difficile à dessiner pour les décorateurs », avoue Yonebayashi. « Mais au final, c’est très bien fait. C’est exactement ce que je voulais. »

L’utilité des maquettes

Yôhei Taneda est un décorateur issu du cinéma en prise de vue réelle. Il en a ainsi profité pour proposer à Hiromasa Yonebayashi d’autres approches qui viennent de ce milieu. Par exemple, l’utilisation de maquettes, notamment pour la maison de Marnie.
« Sur un film, on utilise des maquettes », explique Taneda. « Je peux ainsi pré-visualiser le rendu du soleil du matin ou du soir, et ainsi voir la lumière et les ombres qu’il produit dessus. »

Une multitude de schémas, des détails, comme les motifs du papier peint, ont été créés. Ce genre d’éléments qu’il n’est pas habituel de produire pour un film d’animation. Mais l’idée qui a vraiment convaincu Yonebayashi, c’est la double fenêtre. Comme Hokkaidô est au nord du Japon et qu’il y fait froid, beaucoup de demeure on un système de vitrage double.
« C’est quand même le genre de détail pénible en animation, car il faut faire ouvrir par deux fois la fenêtre au personnage... », relativise Yonebayashi. « Mais Yôhei Taneda n’a pas abandonné cette idée. »

Le décorateur a insisté, car lorsqu’il y a 2 fenêtres, il y aussi plus de croisillons, ce qui accentue l’impression d’être face à une grille et donc d’enfermement du personnage.
« C’est très efficace pour souligner le côté mystérieux de Marnie », justifie-t-il.
« C’est le genre de détail qu’on n’utilise pas en animation. Mais là, c’était l’occasion. Et au final, ça s’est révélé intéressant », conclut Yonebayashi.

Dôtô, marais Mochirippu

« J’ai remarqué que pour les scènes du film se déroulant dans ce paysage, les gestes des personnages sont très détaillés » questionne Sara Takatsuki. « Comme quand Anna met ses pieds dans l’eau. »
- Je voulais faire ressentir le froid de l’eau et du vent, certaines odeurs. »
, explique Hiromasa Yonebayashi. « Je voulais aussi que la nourriture soit appétissante. Tout cela était important pour qu’Anna puisse retrouver sa joie de vivre. Par exemple, lorsqu’elle met les pieds dans l’eau, des cercles concentriques se dessinent autour de ses pieds. On a essayé de représenter ce genre de détail minutieusement. Lorsqu'Anna prend le bateau, elle n’est pas familière avec ce genre d’embarcation. Elle met de la force à ramer, mais de manière maladroite. Tous les mouvements de l’eau ont été travaillés. Pour dessiner tout cela, le réalisateur fait appel à son expérience. J’ai essayé de communiquer mes ressentis. »

Pour Souvenirs de Marnie, Yonebayashi a essayé de soigner les décors, mais aussi les visage des personnage et les émotions qui les traversent.
« Je me rappelle avoir été impressionnée par le visage d’Anna lors de la scène où elle découvre la maison dans le marais », commente Takatsuki.
- Pour cette scène, j’ai décidé de respecter la description que l’on trouve dans le livre », explique Yonebayashi. « Il était écrit : « un visage neutre ». »

À propos de Masashi Andô, directeur de l’animation

C’est Masashi Andô qui a eu la lourde tache de dessiner ce « visage neutre », mais néanmoins marqué par l’émotion. En tant que directeur de l’animation, une partie de son travail était d’harmoniser les dessins des personnages et notamment leurs visages. Pour ce film, il a ainsi contrôlé 80 000 dessins.

Il a commencé sa carrière chez Ghibli en tant que stagiaire en 1990. Il a été nommé directeur de l’animation pour la première fois sur Princesse Mononoke puis Le voyage de Chihiro. À une période, Andô était considéré comme le bras droit de Hayao Miyazaki. En 2001, il a cependant décidé de quitter le studio Ghibli pour devenir indépendant. Il a récemment travaillé au poste de character designer et de directeur de l’animation sur le film Lettre à Momo (2011), réalisé par Hiroyuki Okiura. Andô a acquis de l’expérience auprès de la plupart des réalisateurs les plus connus du Japon.

Son point fort est d’arriver à exprimer des émotions réalistes sur les visages de ses personnages.
« Je savais qu’Andô était doué pour dessiner des visages réalistes », explique Hiromasa Yonebayashi. « J’ai pensé que ce serait bien de l’avoir pour ce film. »

Pour parvenir à dessiner le visage neutre d’Anna mentionné dans le livre, Andô s’est concentré sur la zone autour des yeux.
« Un visage « neutre », c’est tellement vague », explique le directeur artistique. « Je vais donc dessiner un visage aux émotions cachées, qui ne semble pas livrer ses sentiments à quelqu’un. Pour cela, je me concentre sur la zone autour des yeux. »

Sur Arrietty, les yeux étaient constitués d’une paupière et d’un reflet de lumière. En comparaison, les yeux sur Marnie sont plus détaillés : iris, pupille, reflet de la lumière et ombre.
« Ça ne se passe pas seulement à l’intérieur des yeux », ajoute Andô. « La ligne sous les yeux ne doit pas être homogène et continue. Elle est coupée, il y a un point, puis continue. Le secret est de ne pas la faire continuer trop loin. Ça n’a rien d’évident. C’est simplement une petite coupure mais il ne faut pas la rater. Et c’est ce qui nous permet de faire passer une émotion compliquée sur le visage d’Anna. »

Mai 2014 : enregistrement de la musique, Tôkyô

Hiromasa Yonebayashi est ému lors de la session d’enregistrement.
C’est Takatsugu Muramatsu qui est chargé de la musique. Il a seulement 36 ans et sa carrière a débuté très tôt. Il a sorti son premier album alors qu’il était encore au lycée et a déjà travaillé pour un bon nombre de films et de drama. Mais Souvenirs de Marnie est son premier film d’animation.

Et pourquoi lui ?
« Ce qui était important, c’était de choisir quelqu’un capable de décrire les émotions d’Anna en semblant être à ses côtés », explique Yonebayashi. « Et j’avais l’impression que la musique de Muramatsu était à côté d’Anna et la poussait par les épaules pour qu’elle puisse avancer. »

Pour décrire les sentiments d’Anna, Muramatsu a utilisé une approche un peu spéciale. Ordinairement pour la musique de film, si on utilise un piano, on en utilise qu’un seul pour unifier la composition. Mais pour la musique de Marnie, il a utilisé 2 pianos de tons différents pour décrire l’évolution des sentiments d’Anna.
« Actuellement, j’utilise un piano Bösendorfer qui produit un son assez rond et une chaleur douce », explique le compositeur. « Demain, nous allons enregistrer le son pour les scènes du marais. Je vais utiliser un autre piano, de marque Steinway, qui produit un son plutôt pétillant. Pour les scènes ou les sentiments d’Anna changent, j’ai utilisé les 2 pianos. »

Pour la musique, Yonebayashi n’a pas donné d’instructions précises à Muramatsu mais il lui a fourni des mémos qui résument les personnalités d’Anna et de Marnie. Quand le compositeur a commencé à créer la musique, le film n’était pas achevé. Il a donc composé sur la base des mémos du réalisateur.

Par exemple, sur ces fiches manuscrites, on peut voir écrit : « Thème d’Anna », « Thème de Marnie » ou « Thème du marais ». Mais aussi des lignes de texte comme : « Quelque chose est coincé dans mon cœur. Comment l’ôter ? Est-ce que c’est à quelqu’un de l’enlever ou bien à moi ? »
« C’est de l’ordre du poème, mais pour moi, c’était assez clair » explique Muramatsu. « Ici, c’est noté « Thème d’Anna ». À la fin, « visage neutre », suivit de 3 points. Ce sont ces 3 points qui sont importants pour moi. »

Réunion marketing, 1 h du matin, quelque part à Tôkyô

Le studio Ghibli a pour habitude de mettre toutes ses forces dans la création du film mais aussi de son affiche. Il y a notamment et systématiquement une accroche sur chacune de celles des films du studio. Certaines ont marquée le public, comme celle de Kiki, la petite sorcière : « Il m’arrive parfois d’être négative, mais en général, je me sens bien. »

En matière de campagne publicitaire, le style du studio est avant tout de définir cette accroche. Jusqu’à maintenant, c’était Toshio Suzuki qui était chargé de définir le plan marketing des films du studio. C’est dorénavant Yoshiaki Nishimura qui endosse ce rôle pour la seconde fois.

C’est l’accroche « Je t'aime beaucoup » qui a été choisie. Ils pensent que, de nos jours, les gens sont dans l'attente de quelqu'un pour entendre ou dire « Je t'aime ». Ils réfléchissent ensuite au visuel qui peut l’accompagner.

Nishimura a amené différentes images extraites du film et Suzuki lui demande de les montrer à tout le monde. Ils doivent sélectionner l'image la plus représentative du film. Nishimura est très attaché au visuel d’Anna et Marnie dos à dos se tenant la main. Mais l’ancien producteur doute.
« Qu'est-ce qu'elles font ? demande Suzuki.
- Elles se tiennent par la main, lui répond Nishimura.
- Mais pourquoi sont-elles dos à dos ?
- Elles forment une personne et non deux.
- On ne comprend rien. »
Ils n'arrivent pas à se mettre d'accord.

Pour Nishimura, il y a une autre raison qui plaide pour l'utilisation de ce visuel : les 2 filles portent des manches courtes. Traditionnellement, les films du studio Ghibli sortent toujours en été. Les affiches de Ponyo sur la falaise et Le vent se lève sont vraiment représentatives du style Ghibli, avec un ciel bleu et des nuages. Elles donnent toutes deux l'impression que l'été de Ghibli est arrivé. Dans l'esprit des gens, c'est l'été, donc « On va aller voir le film de Ghibli en salles. » Il veut donc retrouver cet effet avec l'affiche de Marnie, film qui pourtant ne propose pas de beaux ciels bleus.

« Ca n'a rien à voir », lui rétorque Suzuki. « Tu vois l'affiche de Chihiro ? C'est tout noir et en plus, il y a un gros cochon dessus. Il n'y a aucun lien avec ce que tu nous racontes. Pour Le Royaume des chats, la fille dort dans l'herbe. J'ai beaucoup cherché cette image dans le film avant de la trouver. L'équipe n'était pas d'accord parce que son visage était de profil. Mais si Haru était de face, ça n'aurait pas fonctionné et les gens ne seraient pas venus voir le film. Mais au final, c'était ce qu’il fallait et ç'a eu du succès. Tu vas continuer à chercher. »

2 h 30 du matin...

Toshio Suzuki est toujours l'homme à convaincre.
« Il faut montrer la relation entre les deux filles », explique-t-il. « C'est ça qu'il faut montrer à mon avis. »

Un autre jour

Ils ont finalement décidé de garder le choix de Yoshiaki Nishimura. Toshio Suzuki donne son opinion à l’assemblée.
« Il y a longtemps que je travaille pour le studio Ghibli et j'ai mon propre avis quand je m'occupe de la publicité », explique t-il. « Je ne prends jamais de risque, je ne pars jamais à l'aventure et je choisis toujours une valeur sûre. Je prends un risque quand je n’ai pas d’autre choix. Pour Marnie, c’était un peu le cas, car les bases de ce film étaient un peu particulières, dans le bon et le mauvais sens. En tout cas, différentes des films de Miyazaki et Takahata. C'est un film « jeune », toujours dans le bon et le mauvais sens. Il fallait mettre en valeur le côté « frais » de la jeune relève du studio après l’annonce de la retraite de Miyazaki. On a perdu ce coté rassurant du studio Ghibli mais on a gagné en fraicheur. Et c'est ça le point important de ce film. »

« Ce dessin d’Anna et Marnie ensemble décrit tout à fait ce film », conclu Nishimura. « J'en ai parlé avec Suzuki. Ce film montre l’évolution des sentiments d'Anna. Elle est assez renfermée psychologiquement mais Marnie la soutient. Ce dessin symbolise bien le film. »

Juin 2014 - Projection interne

Deux ans et demi ont passé depuis le début du projet et c’est aujourd’hui le point final de celui-ci pour Hiromasa Yonebayashi.
« Il y a 4 ans, pour mon premier film, Hayao Miyazaki surveillait de près la production », déclare Yonebayashi à la fin de la projection. « Mais cette fois-ci, j'ai tout fait seul. Pour faire avancer ce projet, il y avait un chemin facile et un chemin difficile. J'ai choisi le difficile. Pour cela, je vous ai demandé beaucoup d'efforts et je vous en remercie profondément. Merci à tous pour votre travail ! »

Pour son nouveau film, Hiromasa Yonebayashi a su s’entourer des bons collaborateurs. C'est un homme de talent découvert par Hayao Miyazaki qui a su ajouter une nouvelle page à l'histoire du studio Ghibli.

En guise de conclusion, une ultime question est posée : « Qu'est-ce que représente le studio Ghibli pour vous ? »
« L'ambition », répond Nishimura.
« Une équipe constituée de gens ambitieux », confirme Yonebayashi.