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Omoide no Marnie : un film aux deux visages

Catégorie : Actualités Japon Cinéma Publication : mardi 19 août 2014

Le 13 août dernier, le site Mantan Web (version numérique du Mainichi Shinbun) a proposé à ses lecteurs une entrevue avec Hiromasa Yonebayashi. Si le réalisateur ne revient pas sur les résultats mitigés du film Omoide no Marnie (Souvenirs de Marnie) au box-office japonais, il livre néanmoins quelques clefs de lecture et intentions sur son second long métrage. Nous vous proposons, ci-dessous, une traduction de ses propos.

Omoide no Marnie est le dernier film né du studio Ghibli. Il est réalisé par Hiromasa Yonebayashi. Le film n'est pas un franc succès pour un film estival, cependant, il se maintient actuellement à la 5ᵉ place du box-office. Il raconte l'histoire d'Anna, une jeune fille plutôt réservée, qui va évoluer à travers sa rencontre avec Marnie. La mystérieuse Marnie est le second personnage principal, mais aussi le 2ᵉ visage du film. Avec Anna et Marnie, le film raconte donc une histoire à 2 facettes. Yonebayashi nous parle du film.

« Après la lecture du roman original, j'ai refusé une première fois la réalisation du film. »
En 2010, juste après la sortie de son premier film, Arrietty, le petit monde des chapardeurs, Yonebayashi avait le sentiment d'être arrivé au bout du projet sans toutefois avoir réussi à faire tout ce qu'il souhaitait dessus. Le film avait été achevé très vite et il gardait le sentiment de ne pas avoir bénéficié de suffisamment de temps. En se remémorant cette époque, il se dit qu'il aurait voulu faire autrement. Pour ce second film, il voulait faire un film qui le satisfasse à 100 %. Il a parlé de sa frustration au producteur Toshio Suzuki. En retour, il a reçu le roman original de Marnie des mains du producteur. Il a lu le roman et l'a trouvé intéressant et bouleversant. Mais il s'est aussi dit qu'il sera compliqué d'en faire un film, car durant tout le roman, c'est Anna qui parle de ses sentiments de manière sensible et fragile. « Cette lecture était intéressante, mais j'ai sentis que ce serait difficile d'en faire un film d'animation. » Après cette première lecture, il a refusé le projet. Mais il a quand même essayé de dessiner quelques illustrations. « Je me suis dit que ça pourrait être une bonne idée d'apporter quelque chose de plus. Anna dessine elle-même. A travers ses dessins ou sa façon d'écrire, je pourrai peut-être aussi décrire les sentiments du personnage. » Il a également l'idée d'ajouter des scènes non présentes dans le texte original, comme Anna et Marnie qui dansent sous la lune ou la scène de pique-nique de nuit. « J'ai dessiné tout ça, et en passant par ces étapes, je me suis finalement dit : je veux continuer, et peut-être que je peux finalement réaliser ce film. »

La réunion durant laquelle Miyazaki donne son avis.
Lors de la réalisation de son film précédant, Arrietty, Hayao Miyazaki faisait partie intégrante de l'équipe du film. Il se mettait dans un coin de la salle, et c'était comme si Yonebayashi était sous sa surveillance permanente. Arrietty était donc assez proche d'un film de Miyazaki. « Cette fois-ci, j'ai clairement pensé que je voulais créer un film qui plairait au public et non à Miyazaki. » Cependant Miyazaki est un grand admirateur du roman original When Marnie was There. Au début de la production, le réalisateur était très chargé car il était encore lui-même en pleine production du Vent de lève, mais il lui arrivait quand même parfois de donner son avis à Yonebayashi sur le film. « J'ai en tête cette image, qu'est-ce que tu en penses ? » C'est arrivé très souvent. Mais fort heureusement, Suzuki est intervenu rapidement pour limiter ses intrusions. Miyazaki a tout de même obtenu le droit de présider une réunion devant un petit comité en charge du film. A cette occasion, il a donné sa vision du film. Il a dit que l'histoire devrait se passer à Setouchi, qu'il devrait y avoir une maison à l'architecture mi-japonaise, mi-européenne. Il pourrait y avoir aussi un bateau. Il a commencé à dessiner tout ce qu'il expliquait. Mais son dessin ressemblait beaucoup à Ponyo. « J'ai pensé que ça ne correspond pas forcement à ce que j'imaginais » explique Yonebayashi. Puis Miyazaki n'est plus intervenu, sauf pour décider que l'action du film se passerai à Hokkaidô, près d'un marais. Ce que Yonebayashi avait de toute manière déjà décidé bien avant que Miyazaki intervienne. Puis ils sont partis en repérage et Miyazaki ne s'est plus immiscé dans la réalisation du film.

« J'ai voulu construire une histoire à 2 faces, comme dans le roman original. »
Toute la première partie du roman original se focalise sur la rencontre entre Anna et Marnie. La seconde partie s'apparente plus à du suspense. Yonebayashi voulait retrouver ces 2 faces. Mais c'était difficile, car Marnie n'apparaît seulement que dans la première partie du roman, ce qui n'est pas forcement très cinématographique comme approche. Yonebayashi a donc légèrement changé la construction de l'histoire, tout en prenant soin de garder le mystère entourant le personnage de Marnie. « J'aime bien les relations entre Anna et Marnie. J'ai donc passé du temps sur ces scènes. Mais je ne devais pas négliger la seconde partie du roman pour autant. J'ai donc essayé de respecter ces 2 facettes de l'histoire originale. »

« J'ai essayé de faire un film qui touche la même génération que les deux héroïnes. »
« Cette fois-ci, avec Marnie, on savait que le film allait attirer l'attention, car c'est le premier film du studio Ghibli à ne pas avoir été supervisé par Miyazaki ou Takahata. » Quand on demande à Yonebayashi s'il a ressenti de la pression à cause de cela, il répond : « Je n'ai pas eu ce genre de pression. Mon souci était plutôt de trouver comment je pouvais adapter ce roman pour en faire un film intéressant. Je me suis dit aussi qu'il ne fallait pas que je me demande ce que Miyazaki et le studio Ghibli allaient penser de mon film. » Yonebayashi a plutôt souhaité faire attention aux réactions du public de la même génération que les héroïnes. Le vent se lève et Le conte de la princesse Kaguya étaient plutôt des films pour les adultes. Mais le réalisateur pensait que le studio Ghibli devait revenir à des films s'adressant aux enfants. « Je me suis dit qu'Anna est un personnage qui vit dans son propre monde. Elle est réservée et peut-être qu'elle se sent un peu marginalisée par rapport aux autres. Ce sentiment est tout à fait partageable avec les enfants actuels, mais aussi les adultes qui sont aussi confrontés à ce genre de problème de rapport aux autres. Je voulais que le film soit partagé avec le plus de monde possible, et notamment la génération de Marnie et Anna. »

« Je voulais montrer Anna faire un grand pas. »
L'époque du roman a été modifiée pour prendre place de nos jours, ce qui est plus intéressant pour traiter de nos problématiques contemporaines. « De nos jours, il existe différents outils de communication, comme Line (NDT : application de messagerie instantanée très populaire au Japon) ou les SMS. On peut joindre ses amis très tôt dès le matin, ou tard le soir. Si bien que les relations qui se développent à l'école continuent ensuite à la maison. Mais ce n'est pas forcément une bonne chose et peut-être que les enfants de nos jours sont beaucoup trop sensibles à comment ils se situent dans leur groupe d'amis. Suis-je à l'intérieur ou en dehors de ce groupe ? J'ai changé l'époque car peut-être que le film parlera à ces gens-là. Dans le film aussi, Anna sent qu'elle est en dehors de son cercle d'amis. Elle se métamorphose au contact de Marnie et de plusieurs personnages. C'est là, la colonne vertébrale du film. Anna est quelqu'un qui ne pouvait pas regarder les gens en face, mais peu à peu, elle apprend à parler aux gens, les yeux dans les yeux. Ce n'est pas grand chose pour la plupart des gens, mais pour Anna, c'est un grand pas. Dans ce film, je décris ce genre de changement avec beaucoup de soins pendant 103 minutes. C'est ce que je voulais mettre dans ce film. »

Source : Mantan-web.jp
Merci à Yasuka pour sa traduction !